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oeuvre des partants SOMMAIRE NOUVELLES DE L'OEUVRE. LA SAINT JEAN-BAPTISTE A LA RUE DU BAC. ALLOCUTION DU P. Durand A LA MESSE DE L'OEUVRE DES PARTANTS, 2 MAI 1927. COTISATIONS PERPÉTUELLES. DONS. RECOMMANDATIONS - NOS MORTS. NOUVELLES DE L'OEUVRE Mme Oberthur a adressé au centre de l'OEuvre le travail de l'Ouvroir de Rennes, ouvroir toujours très actif et qui, depuis trente-deux ans, contribue puissamment à la formation du trousseau des jeunes Partants.
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    SOMMAIRE

    NOUVELLES DE L'OEUVRE. LA SAINT JEAN-BAPTISTE A LA RUE DU BAC. ALLOCUTION DU P. Durand A LA MESSE DE L'OEUVRE DES PARTANTS, 2 MAI 1927. COTISATIONS PERPÉTUELLES. DONS. RECOMMANDATIONS - NOS MORTS.

    NOUVELLES DE L'OEUVRE

    Mme Oberthur a adressé au centre de l'OEuvre le travail de l'Ouvroir de Rennes, ouvroir toujours très actif et qui, depuis trente-deux ans, contribue puissamment à la formation du trousseau des jeunes Partants.
    Depuis deux années, la santé de notre Présidente de Rennes a été très éprouvée. Nous prions la Reine des Apôtres de hâter sa complète guérison.
    L'Ouvroir de Rennes est vraiment comme une ruche en pleine activité. La mère abeille, eût dit saint François de Sales, ne se contente pas du beau rayon de miel dont ses lavettes industrieuses garnissent les blondes alvéoles, elle aspire à essaimer au loin et s'y emploie de tout son coeur. Lisons plutôt ce qu'elle écrit à la date du 4/7/27 :

    MON RÉVÉREND PÈRE,

    ... Nous allons partir pour les Pyrénées Orientales où j'ai une amie qui se multiplie et réussit à grouper un nombre assez important d'associées. Celles de Rennes sont habituées à faire de leur mieux sans bruit. C'est du reste ici une habitude. Toutes les oeuvres marchent bien et ne sont pas rivales les unes des autres.
    Mais je nie reproche d'avoir laissé par trop dans l'ombre nos associées de Perpignan dont l'aide a été si utile, notamment pour les achats de toile. Il arrive parfois que le résultat du travail fait à Rennes est publié dans les Annales. Je viens vous demander qu'il n'en soit pas fait mention détaillée cette année, à cause de cette lacune. Notre caisse de travail ne sera pas anonyme pour le bon Dieu. Dans notre envoi de l'an prochain, je signalerai le concours apporté par Perpignan.

    Les Annales de l'OEuvre n'attendront pas cette lointaine échéance pour remercier les dévouées associées des Pyrénées Orientales.
    Les Présidentes de l'OEuvre des Partants de Toulouse et de Limoges ont, elle aussi, fait des envois importants.

    LA SAINT JEAN-BAPTISTE

    AU SÉMINAIRE DE LA RUE DU BAC.

    Nos lecteurs des Annales et nos associées de l'OEuvre des Partants nous sauront gré de mettre sous leurs yeux le compliment de fête adressé à S. G. Mgr de Guébriant, et de leur permettre ainsi de s'unir, de voeux et de prières, aux sentiments de haute estime et de profonde vénération que la grande famille des Missions Etrangères professe pour soi très aimé Supérieur.

    Monseigneur,

    Interprète de mes Confrères, connaissant leur coeur, je voudrais vous traduire avec leur pensée, en cette fête de famille qui nous rassemble, et notre filial attachement et notre désir toujours plus vif de grandir nos efforts pour qu'ajoutés à votre rude labeur, ils vous aident dans l'accomplissement d'une tâche que les événements d'aujourd'hui rendent particulièrement lourde.

    Des profondeurs de la Chine jusqu'aux plaines ensoleillées de l'Inde, mille voix s'unissent aux nôtres en ce jour ! Elles sont voix de nos frères qui toutes demandent à Dieu par l'intercession de ce premier ami de coeur de Jésus qui vous a sous son patronage, cette « mesure pleine et pressée » de grâces divines bien suprême de l'intelligence pour l'exercice du gouvernement étendu, délicat et si compliqué dont vous avez la haute charge, toutes vous remercient de votre sollicitude dont elles éprouvent les heureux effets, des paroles et des directions opportunes et réconfortantes venant au moment nécessaire. Comme celle du grand Précurseur, votre voix anime le désert, réveille les énergies et active les volontés.
    C'est que l'heure est grave. Les vieilles civilisations, au sein desquelles vivent vos fils, s'écroulent dans de terribles convulsions, et parce qu'elles ont trop longtemps écarté la grande lumière donnée à l'humanité au Sinaï, au Thabor et au Calvaire, elles n'ont pas trouvé en elles la puissance de réaction qui leur eût permis de résister à l'envahissement du matérialisme.
    Les peuples en effet, de plus en plus coupés du surnaturel, pliés uniquement sur des besognes matérielles, sont livrés sans défense à une basse démagogie qu'exploite une poignée d'audacieux qui, sachant leurs doctrines trop peu conformes à la nature des choses, comprennent qu'elles ne peuvent s'établir que par la force brutale, et par la force également se maintenir!
    Si ces nations qui attirent votre coeur et les nôtres, ne sont pas libérées par les clartés de l'Evangile, elles se détruiront elles-mêmes par la frénésie des concupiscences déchaînées. Le Christianisme seul peut assainir l'atmosphère empestée qui les enveloppe, lui dont les disciples suivant l'exemple de leur divin Maître savent mépriser ce pourquoi les autres s'entretuent, de nier ce qu'ils croient être l'unique raison de vivre.
    Ces avertissements, vous les avez portés, Monseigneur, dans cette Chine Occidentale où vous avez fondé une Eglise ; Vous les avez portés dans toutes les Missions du Céleste Empire avec l'autorité que vous donnait votre dignité de Délégué Apostolique; depuis votre retour d'Extrême-Orient, dans tous les Diocèses de France, vous êtes « le Missionnaire » qui de toutes les forces de sa foi, de son coeur et de sa raison fait lever les regards des catholiques vers les immenses conquêtes à réaliser. Sous vos pas, le zèle apostolique s'accroît dans l'âme des fidèles, dans celle des prêtres; vous entraînez à la prière qui est l'âme de tout apostolat; vous nous ramenez, nous, aux fortes traditions de nos ancêtres.
    Notre pensée accompagne le vôtre auprès de nos frères d'Extrême-Orient qui affrontent les horreurs de l'anarchie, les étapes douloureuses d'une lente persécution. Cette pensée devient, comme la vôtre, une prière et une offrande de tout sacrifice possible, pour que ceux qui souffrent, connaissent dans toute leur ampleur les joies divines promises par Celui qui a dit : « Beati qui persecutionem patiuntur... »
    Dans ce berceau de la Société des Missions Etrangères, devenu le centre de vos activités, nous aimons toujours vous voir, animateur merveilleux, encourager ceux qui doutent d'eux-mêmes, aiguillonner ceux chez qui la sève apostolique garde une circulation un peu lente, rectifier toutes les ardeurs, attiser les flammes, répandre la paix.
    Et nous comprenons qu'à régler nos vies sur la vôtre, nous leur donnerons leur plein rendement. Parce que, serviteur de tous, vous obéir nous est facile, travailler sous vos ordres nous est un devoir très doux.
    Un mot résumera notre admiration, notre fierté, et ce mot vient de notre cur et s'adresse directement au vôtre : « Nous vous aimons ». Et parce que nous vous aimons, nous disons ardemment au Maître de la vie : « Seigneur, pour notre chef, pour notre père, ...ad multos annos! »

    ALLOCUTION

    PRONONCÉE PAR LE P. DURAND, A LA MESSE DE L'OEUVRE

    DES PARTANTS, LE 2 MAI 1927

    MESDAMES,

    C'est pour la seconde fois que j'ai le grand honneur d'adresser quelques paroles d'édification aux Dames de l'OEuvre des Partants. La première, ce fut il y a quarante ans, dans l'ancien Nazareth, au boulevard des Invalides.
    J'étais bien jeune alors et nul doute que, ne sachant rien de la vie de Mission, je dus en dire de fort belles choses, car l'imagination, à ses 23 printemps, est un peintre merveilleux qui ne connaît sur sa palette que les couleurs de l'arc-en-ciel, et le noir n'y figure pas.
    Or, hélas ! Il existe, et je sais maintenant que la rude vie de missionnaire ne saurait s'en passer. Car elle est souvent faite de contrastes violents où, tour à tour, les rayons et les ombres font le jour ou la nuit dans son ciel, la joie ou le deuil dans son âme, la vie ou la mort dans son coeur.
    Et cela est justice, la rédemption des âmes n'étant qu'à ce prix. Quand Jésus, le Roi des apôtres, eut consommé pour nous le sacrifice du Calvaire, d'horribles ténèbres couvrirent, comme d'un noir linceul, les pentes et le sommet du Golgotha, et ce ne fut que le matin du troisième jour qu'elles se dissipèrent devant le glorieux mystère de la Résurrection.
    Ainsi en va t-il du missionnaire : du Thabor au Calvaire il suit partout son divin Maître, sans jamais oublier que le Thabor quand le bon Dieu lui donne d'y monter n'est qu'une halte de sa route, qu'une oasis dans son désert, et qu'il ne lui est pas permis d'y planter sa tente et de s'y fixer. Son oeuvre d'évangélisation le réclame pour le reprendre tout entier.
    Car c'est un long travail et c'est un dur métier que de forger une âme, surtout une âme de païen, de la brasser dans la fournaise pour la rendre pure, de la marteler sur l'enclume pour la rendre droite, de lui donner la trempe de l'acier pour la rendre forte. On y peine,... on s'y use,... on en meurt.
    Mais ne croyez pas, Mesdames, que notre forgeron se plaigne des risques du métier et de ses conditions sévères. Oh non ! Écoutez-le, il chante en battant le fer, il chante en activant sa forge, il chante... ou si parfois il pleure, il détourne la tête pour n'être vu que de Dieu seul. Ah ! Cest qu'il sait bien qu'il travaille pour le meilleur des Maîtres, qui, de la première à la onzième heure, saura si royalement, si divinement payer.
    Un de nos évêques martyrs, Mgr Berneux avait, jeune Partant, rimé une romance intitulée : A la joie, dont les strophes commençaient par Vive la joie quand même ! Et finissaient par Vive la joie toujours ! De sa prison d'Annam où, en 1842, il préludait à sa prison de Corée, en 1866, il l'envoya avec le billet ci-joint à l'évêque martyr de 1861, le Bx Etienne Cuenot :
    « Je serai bien aise que Mgr Retord sache que la Tristesse a pris au sérieux le libellé de divorce que nous lui donnâmes à (la procure de) Macao, lorsque en présence de Sa Grandeur nous prîmes la Misère pour épouse et, pour devise : Vive la joie quand même! »
    Ah ! Cest que mais vous ne l'ignoriez pas, Mesdames vos missionnaires sont de grands optimistes et de terribles entêtés. Ils sont, de gré ou de force, pour les perpétuels recommencements. Quand leur travail est saboté, ils le reprennent à pied d'oeuvre; quand, sur le coup de minuit, l'homme ennemi est venu furtivement semer la mauvaise herbe dans leur champ, ils n'attendent même pas le temps de la moisson pour séparer l'ivraie du bon grain et quand parfois la récolte est perdue, ils remettent la main à la charrue pour creuser de nouveaux sillons, jusqu'à ce que, pour y mourir, ils se couchent au bord de leur dernier labour inachevé. Et c'est justement cet optimisme impénitent qui garde leur coeur de tout découragement et préserve leurs oeuvres de tout désastre irréparable.

    ***

    Mais plus et mieux que ces considérations abstraites, je sais, Mesdames, que vous attendez de moi quelques souvenirs d'Extrême Oriente et, particulièrement, quelque écho de ma vieille Mission de Quinhon.
    Voici donc une tranche de vie, comme on dit maintenant, d'une vie de missionnaire en pays d'Annam. Il s'agit, sinon de mon meilleur ami, du moins du plus intimement connu de moi, et de ses années de district les plus occupées.
    Ses débuts furent quelconques : les rayons et les ombres dont je parlais tout à l'heure. Plus tard, quand on le jugea en possession de tous ses moyens, ou plus exactement, quand on l'eut mis en possession de ses meilleurs moyens d'apostolat, c'est-à-dire : un bon vicaire, un bon catéchiste et un bon serviteur, je veux parler de ce bon serviteur qu'est le nerf de la guerre, on lui confia la direction d'un large et long district qui fut beau, qui fut grand, qui fut héroïque, mais qui hélas! Nexistait guère que pour mémoire, broyé, brûlé, ensanglanté, anéanti par la tourmente de 1885 qui, dans notre seule Coéhinchine Orientale, sur 41.000 chrétiens, fit 25.000 martyrs.

    Trois ans avant qu'il ne lui fût confié, j'avais parcouru ce district de Kimson, le Mont d'Or. Un vieux prêtre indigène et un jeune missionnaire français en avaient déjà déblayé quelques ruines, regroupé quelques survivants, régénéré quelques catéchumènes. C'était l'aube de la résurrection. Et cependant, que de tristesse encore enveloppant, comme d'un suaire, tant de choses mortes, sunt lacrymae rerum, et quel silence planant sur ce qui fut une église, un couvent, un orphelinat ! Les tertres où ils s'élevèrent restaient carbonisés et, dans la cendre refroidie des martyrs, on recueillait encore quelques ossements calcinés.
    Ruinae lugent ! les ruines mêmes semblaient pleurer...
    Ici fut Dôngqua, chef-lieu du district. Quand la meute païenne, sur le mot d'ordre d'extermination donné par la Cour, eut encerclé le village, le curé, le P. Trang, s'enferma dans l'église, suivi de presque tous ses chrétiens. L'acte de contrition récité, une dernière absolution donnée, les prières de la recommandation de l'âme commencèrent, psalmodiées à haute voix, cependant qu'à l'extérieur, des amas de matières incendiaires s'entassaient sous la véranda, montaient le long des murs en torchis et rejoignaient les paillotes du toit.
    On y mit le feu. Et, quand, vaincus par la douleur, des survivants s'élançaient au travers des flammes, un coup de pique les repoussaient dans le brasier. La même cruauté et le même héroïsme se reproduisirent dans les huit principales chrétientés du district. Les isolés furent souvent précipités au fond des puits que l'on comblait à demi sur leurs têtes. Que j'en ai vu de ces puits sinistres, dont on avait pieusement retiré les corps des martyrs, et qui restaient là, béants, reliquaires désaffectés ! Dans une autre province, j'ai vu, en 1888, le puits d'un couvent indigène et, penché sur sa margelle, un aréquier anormalement courbé... C'est dans ce puits, me dit-on, que furent jetées vivantes les moniales du couvent et à cet aréquier que fut pendue leur supérieure ! C'était d'une tristesse indicible...

    ***
    Le premier geste de mon confrère, en prenant la direction du district, fut un acte de foi. Les restes des martyrs avaient été recueillis par ses prédécesseurs dans d'énormes cercueils. Il les rangea dans un vaste caveau, sur lequel il édifia une jolie chapelle où trônait Mater dolorosa la statue de N.-D.-des-Sept-Douleurs. Murs en limonite toiture en tuiles, fenêtres de style roman, vitraux rouges, portes sculptées à jour : tel est ce que l'on nomme dans la région le Monument des Martyrs de Kim-son. Chaque samedi, après la prière en commun, la chrétienté se massait autour de la chapelle et clôturait la semaine par des cantiques et des invocations à la Reine des Anges, des Confesseurs et des Martyrs.
    Et ces prières furent entendues, et ce sang des Martyrs devint semence de chrétiens, à tel point que durant ses cinq années de séjour dans ce poste, mon bienheureux confrère récolta annuellement une moyenne de 400 conversions, qui lui firent une gerbe de 2.000 baptêmes d'adultes.
    Son coeur exultait. Son acte de foi avait été surtout un acte d'espérance, et son espérance n'avait pas été confondue. Debout, les morts! Et les martyrs de Kimson étaient venus du ciel pour en montrer la route à leurs compatriotes, à leurs bourreaux d'hier. C'était là toute la vengeance qu'ils en voulaient tirer : Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor...

    ***

    D'autres aides aussi, et combien précieux, l'avaient secondé : les ayant tous connus, je puis vous les présenter, Mesdames.
    D'abord son vicaire, Cha Cây, le P. l'Espoir. C'était une « moitié de martyr », comme je l'appelais en riant, pour mieux masquer mon émotion. Aux derniers massacres, il avait eu le cou à moitié tranché d'un coup de sabre mal ajusté, après quoi il avait fait le mort, pendant que son missionnaire, le P. Chatelet, était tué net. H lui en était resté un port de tête à 45° sur l'épaule droite.
    Ensuite, son premier catéchiste, ancien élève du Collège général de Pinang, qui n'avait dû qu'au licenciement inopiné du Séminaire de la Mission, de n'être pas massacré avec son supérieur, le Père Macé.
    Puis, les grands et petits séminaristes de son district : ils étaient quatre frères, tous les quatre voués au service des autels par leurs pieux parents; trois arrivèrent au sacerdoce et le quatrième, Doan, au martyre. Pris, torturé, éventré, son foie (symbole de courage et d'intrépidité chez nos Annamites), son foie arraché, grillé sur des charbons ardents, fut dévoré par ses bourreaux. Leur soeur aînée, la religieuse Ky, avait été brûlée vive dans l'église de Thacda, avec le P. Barrat et les chrétiens de son district.
    Rescapé lui aussi de la persécution, ce petit clerc qui servait mon confrère et n'avait dû qu'à son bas âge d'être sauvé par la pitié ou le calcul d'une païenne.
    Et ses notables, ses chefs de chrétientés : tel ce dignitaire de la paroisse de Dôngdi qui, précipité dans un large puits, avant et après d'autres victimes, put se préserver des blocs de pierre qui les écrasaient et, simulant la mort parmi tant d'autres morts, s'échapper à la faveur des ténèbres.
    Cet autre enfin, pour me borner, dont l'influence était grande dans toute la région et qui l'employa tout entière à poursuivre de ses bienfaits répétés le propre bourreau de son père et finit par l'avoir! Niais à l'avoir pour Dieu.
    Le martyre de ce père est trop beau pour que je ne l'offre pas, Mesdames, à votre sainte admiration. Comme son fils le devint, c'était, pour le pays, un personnage considérable, auquel, avec les biens de ce monde, le bon Dieu avait départi un coeur d'or. Quand sa chrétienté fut cernée, il se trouvait dans la forêt prochaine. Les coups précipités du tamtam des corvées et les battements répétés du tambour de guerre, des hurlements de haine et des lueurs sinistres, lui firent comprendre que tout était fini. Resté seul sur la terre, pensait-il, il s'enfonça plus avant dans la montagne.
    Des chiens de chasse, lancés à sa poursuite, l'eurent bientôt rejoint. Malgré tout, il en imposait encore et ce fut avec des égards qu'il fut ramené vers le brasier qui achevait de consumer les dernières colonnes de son église et les derniers ossements des siens. Pour n'en être pas séparé dans la mort, c'est là qu'il fit creuser sa tombe. Au prix d'une barre d'argent qu'il avait serrée sur lui, il fit acheter une pièce blanche de cotonnade écrue, couleur et qualité du grand deuil en Annam, la fit couper en longueur de turbans, distribués aux assistants pour s'en bander le front. Le bourreau, le boucher du village, réquisitionné pour cet office reçut, en plus, une ceinture de deuil. Et quand tout fut prêt, notre grand notable, sans qu'un muscle crispât son visage, sans qu'un seul pli barrât son front, sans qu'une larme perlât aux cils, posément, gravement, s'agenouilla sur le bord de la fosse, fit un large signe de croix, offrit son âme à Dieu, leva les yeux au ciel, puis, relevant sou chignon pour dégager la nuque et rabattant le col du vêtement la tète droite, le regard ferme et la voix assurée, il dit au bourreau : « J'ai fini; à ton tour ». Et le bourreau, comme pour lui demander, d'inférieur à supérieur, la permission de frapper, ou plutôt, pour le prier de ne pas lui imputer ce crime, le salua trois fois, le front dans la poussière, puis, d'un seul coup, lui trancha la tête.

    ***

    Avouons-le, Mesdames, si mon confrère eut d'excellents coopérateurs sur la terre, il en trouva au ciel de plus puissants encore. Car à vrai dire, l'action personnelle est bien peu de chose en matière d'apostolat; elle est même moins que rien si la grâce d'En haut ne la seconde. Or, seule, la prière la prière que la souffrance exalte et que la mortification épure peut incliner, peut attirer la grâce qui, seule à son tour, peut déclancher, si j'ose dire, le mouvement des conversions.
    Votre devoir de collaboratrices des missionnaires est donc tout tracé : à l'aide matérielle que votre cher Ouvroir apporte à vos jeunes Partants, il vous faut joindre l'aide surnaturelle que votre pieux Oratoire donnera à leur apostolat.
    Or, vous ne serez écoutées, exaucées de Dieu que dans la mesure où, de jour en jour et de plus en plus, vous deviendrez :
    des âmes eucharistiques, d'une vie d'intimité telle avec N. S. qu'il ne puisse rien vous refuser de vos vux et de vos prières pour l'extension de son Règne par la propagation de son saint Evangile;
    des âmes réparatrices pour toutes les aberrations et toutes les corruptions du paganisme, pour son mortel aveuglement, sa haine persécutrice, et cette vague de xénophobie qui, peut-être demain, submergera nos missions ;
    des âmes crucifiées qui, à l'exemple de la « petite Thérèse », acceptent joyeusement de porter la croix des souffrances de la vie et des anticipations de la mort, pour que la croix de l'apostolat pèse un peu moins à l'épaule meurtrie de vos frères missionnaires;
    et des âmes obéissantes; par qui le Fiat ! De l'abandon confiant et de la soumission totale n'est jamais refusé à Jésus.
    Et c'est ainsi, Mesdames, qu'ayant collaboré, et des mains et du coeur, au travail de l'apôtre, vous aurez droit au salaire de l'apôtre, à sa rétribution immense, mer ces tua magna ni mis, à sa récompense éternelle. Ainsi soit-il !

    COTISATIONS PERPÉTUELLES

    Mme la Csse Pierre DE MOUSTIERS.
    Mme de PRUINES.
    Mme Félix TERRIEN, défunte.
    M. et Mme Raymond PIFFAUT.
    Mme REMBEAU.
    Mme DEMOGUE.

    DONS

    Pour l'Oeuvre des Partants.

    Mme de V... . . . . . . 100 fr.
    M. l'Abbé D. . . . . . . 500 »
    M. J. H... . . . . . . . 50 »
    M. T... . . . . . . . 100 »
    Anonyme de Nice . . . . . 300 »
    Mme de CLOCK . . . . . 100 »
    Au nom de Mme TERRIEN, défunte. . . 500 »
    Mme F... . . . . . . . 35 »
    Mlle M. M... . . . . . . 15 »

    Pour la Mission de Birmanie méridionale.

    En souvenir du R. Père BUTARD . . . 100 fr.

    REMERCIEMENTS

    Le P. Mironneau nous écrit : « Je n'étais pas partant, je n'avais donc aucun titre aux libéralités de la chère oeuvre. Ma reconnaissance en est donc plus grande d'avoir été si promptement secouru après le sinistre qui de ma maison, de ma chapelle et de mon vestiaire ne m'avait laissé qu'un tas de cendres. Veuillez assurer ces Dames de l'OEuvre des Partants que je redis souvent au bon Dieu toute ma gratitude pour elles a.

    RECOMMANDATIONS

    Nous recommandons aux prières de nos Associés : la France, le Souverain Pontife, la Société des Missions Étrangères;
    Les associés d'Amiens, Rennes, Dunkerque, Limoges et Chalon-sur-Saône. Un projet de mariage. Une naissance. Plusieurs malades. Plusieurs défunts. Plusieurs conversions. Plusieurs examens Plusieurs situations. Plusieurs intentions particulières.

    1927/395-405
    395-405
    France
    1927
    Aucune image