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Oeuvre des partants

Oeuvre des partants SOMMAIRE COMPTE RENDU DE L'OEUVRE. - LA. VENTE DE CHARITÉ. - PAIN DE SAINT ANTOINE. - RECOMMANDATIONS. - Nos MORTS. Compte Rendu de L'oeuvre Le 5 avril dernier a eu lieu la réunion annuelle des Associées. Avant le salut du Saint-Sacrement, le Directeur de l'oeuvre a, dans le rapport suivant, exposé les progrès accomplis pendant l'exercice 1897. MESDAMES,
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    Oeuvre des partants

    SOMMAIRE

    COMPTE RENDU DE L'OEUVRE. - LA. VENTE DE CHARITÉ. - PAIN DE SAINT ANTOINE. - RECOMMANDATIONS. - Nos MORTS.

    Compte Rendu de L'oeuvre

    Le 5 avril dernier a eu lieu la réunion annuelle des Associées. Avant le salut du Saint-Sacrement, le Directeur de l'oeuvre a, dans le rapport suivant, exposé les progrès accomplis pendant l'exercice 1897.

    MESDAMES,

    On raconte que sur un canal, celui du Midi, si je m'en souviens bien il y avait une barque très vieille, et sur cette barque, une femme plus vieille encore. La barque, faisant eau de toutes parts, menaçait à chaque instant de couler; néanmoins la femme ne voulait la quitter à aucun prix. Son mari, disait-elle, avait été le patron de ce bateau sur lequel il était mort; ces planches vermoulues constituaient donc ce qu'elle avait de plus cher au monde : c'était comme sa maison, sa patrie. Une pieuse ouvrière qui habitait dans le voisinage, avait essayé de faire quelque bien à la pauvre vieille; mais celle-ci n'était pas facile à aborder, moins encore peut-être au moral qu'au physique.

    Une nuit, des cris déchirants réveillent la jeune fille; ces cris partent du canal; elle y court... Hélas! le bateau était en train de sombrer et avec lui, la vieille femme qui, se sentant perdue, appelait au secours d'une voix désespérée. Seule, que pouvait l'ouvrière? A son tour, elle se met à crier.

    Par bonheur, un soldat qui n'était pas loin, l'entend: il accourt, se jette résolument à l'eau et parvient à sauver l'infortunée du gouffre que la barque creusait en sombrant.

    La conclusion du récit est que, grâce aux soins délicats de la jeune fille, ce sauvetage fut pour la pauvre batelière le commencement de son retour au bon Dieu.

    Est-ce là une histoire ou simplement une légende? Je ne le sais pas; mais, histoire ou légende, cette scène m'est revenue comme un symbole... Que vous en semble, Mes dames'?

    Cette femme si attachée aux planches pourries et disjointes du bateau sur lequel vécut et mourut son mari, ne représente-t-elle pas les infortunés païens et leur aveugle obstination à ne point abandonner les vieilles traditions et les pratiques idolâtriques de leurs ancêtres'? 'Trop souvent, hélas! à qui leur montre l'impuissance de leurs Musses divinités pour leur salut, ils sont prêts à frire cette réponse rapportée par un vicaire apostolique (le la Chine : « En somme, nous suivons l'exemple de nos pères et de nos concitoyens qui sont le nombre; après la mort, si nous sommes malheureux, du moins nous ne serons pas seuls. »

    La jeune ouvrière chrétienne est l'image de ces âmes qui, éprises d'amour pour Dieu et de compassion pour les infidèles, voudraient arracher ces malheureux aux ténèbres de l'erreur! Seules, elles ne peuvent arriver à atteindre ce but, car il faudrait aller là-bas, et (les devoirs les retiennent ici. Que font-elles alors? Elles prient pour le salut des païens: elles crient vers Dieu en leur faveur par le travail, par l'aumône et par la prière. Et Dieu les entend. Des jeunes gens à l'âme ardente, au zèle d'apôtre, se présentent pour accomplir ce qu'elles ne peuvent pas réaliser. Soldats du Christ, ils iront jusque dans les empires où Satan règne encore en maître, guerroyer contre lui et lui enlever les coeurs qu'il tient en servitude.

    Les efforts réunis de ces généreuses chrétiennes et de ces vaillants soldats parviendront à arracher beaucoup de malheureux infidèles à l'abîme où le paganisme les aurait conduits.



    Des païens à sauver; des chrétiennes qui désirent ardemment procurer leur salut; des soldats qui, aidés par le travail, l'aumône et la prière de ces âmes généreuses, partent à la conquête des pays encore soumis au démon : voilà bien les éléments qui se retrouvent dans l'oeuvre des Partants. Je ne me suis pas trompé : l'histoire ou la légende de la femme et de sa barque est le symbole d'une vivante réalité.

    La conclusion naturelle de ces lignes, c'est, me semble-t-il, de mettre sous vos yeux le nombre des missionnaires, les soldats dont je parlais tout à l'heure, que votre Association a vus partir. J'y ajouterai celui des conversions et des baptêmes obtenus clans les missions confiées à notre Société, depuis le jour où les premiers Partants équipés par vous, ont pu concourir à cette grande oeuvre. Réjouissez-vous, Mesdames, réjouissez-vous dans le Seigneur, et rendez-Lui de ferventes actions de grâces !

    Vous avez coopéré à l'envoi de 752 missionnaires qui, à leur tour, ont contribué à obtenir les magnifiques résultats suivants : 5,132 hérétiques entrés dans le sein de la véritable Église; 409,117 païens adultes régénérés par le saint baptême; 2, 281, 522 petits enfants d'infidèles, baptisés en danger de mort et ayant, pour la plupart, pris leur vol vers le paradis.

    En face de tels chiffres, il nous est bien permis de nous unir à ceux qui disent et à bon droit que jamais peut-être la France n'a été plus fidèle qu'en notre temps à son rôle de missionnaire.

    L'exercice 1897, objet plus spécial du présent compte rendu est de tous ceux qui se sont écoulés depuis la fondation de l'oeuvre, le plus riche en Partants. Vous savez déjà que les nouveaux missionnaires ont été au nombre de 70 : le Bulletin a successivement donné leurs noms, leurs destinations et les dates de-leur départ.

    Soixante-dix nouveaux apôtres! L'an dernier, en vous annonçant ce nombre considérable, je vous disais la confiance que j'avais de voir nos Associées augmenter en proportion leurs efforts et leurs offrandes. Cette confiance, fondée d'ailleurs sur le zèle et l'industrie éprouvés de tous ceux qui s'intéressent à notre oeuvre, s'est réalisée, magnifiquement réalisée. Nos ouvroirs ont accompli des prodiges d'activité et nous ont envoyé des articles nombreux, solides et utiles: nos Zélatrices ont tout fait pour augmenter le chiffre de leurs cotisations: des Associées ont doublé leur apport.

    Je nie souviens, à ce propos, de deux soeurs qui ne cachent pas leur affection pour l'oeuvre des Partants; elles sont, du reste, formées à bonne école. Chaque année, c'est un plaisir de les voir apporter ici, joyeusement et simplement, leurs cotisations prélevées sur leurs petites économies. La dernière fois, 'elles .ont offert, chacune, non pas 5, mais bien 10 fr. , et elles ont dit avec un sourire qui manifestait leur bonheur : « Nous avons appris que le nombre des Aspirants a beaucoup augmenté et que, par suite, plus grand sera le nombre des Partants. » Je crois savoir que la plus jeune de ces deux soeurs est appelée à faire bientôt sa première communion. Les Aspirants et les Partants ne l'oublieront pas : ils demanderont à la Reine des Apôtres d'orner son âme de toute les fleurs que Jésus aime.

    J'ai dit tout à l'heure que les espérances exprimées l'année dernière s'étaient amplement réalisées. Je dois ajouter que vos efforts réunis sont arrivés à un résultat sur lequel, malgré toute ma confiance, je n'aurais pas 'osé compter.

    Soixante-dix Partants! Si vous vous le rappelez bien, c'est un peu plus d'un millier de francs qu'il faut pour équiper chacun d'eux et le conduire à Marseille, prêt à s'embarquer pour la mission qui lui est échue en partage. C'est donc une somme de 72,000 francs environ qui était nécessaire, l'an dernier, pour atteindre le but que nous venons d'indiquer. Etes-vous arrivées, Mesdames, à recueillir pareille somme?

    J'ai scrupuleusement additionné le produit de la dernière vente de charité, le montant des dons et des cotisations, et j'ai trouvé exactement... 69,815 fr. 95.

    C'est beau, c'est très beau! De tout coeur je vous remercie, ou plutôt nous vous remercions car je ne parle pas ici en mon nom seul et nous demandons à Dieu de vous départir avec abondance les grâces et les bénédictions qu'Il a promises à ceux qui, par amour pour lui, se montrent dévoués et généreux à l'égard des prédicateurs de son Évangile.

    Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que, tout en vous réjouissant de la belle récolte du dernier exercice, vous éprouvez comme une appréhension. Sans doute, vous pensez que, cette fois encore, je vais terminer le tableau de notre bilan par les mots accoutumés il y a un déficit. Je me hâte de vous dire : chassez toute crainte, nous avons un boni, peu considérable, il est vrai, mais enfin nous avons un boni. J'ai fait le calcul de nos dépenses, et j'ai constaté qu'elles se sont élevées seulement à 68,448 fr. 5o. C'est donc 1,367 fr. 45 que nous pouvons reporter à l'exercice suivant; ou plutôt, c'est là un premier acompte qu'il est donné à l'oeuvre de verser pour les dépenses au delà de Marseille. En effet, nous ne devons pas oublier que, dès le début, l'oeuvre des Partants s'est proposé de conduire ses missionnaires jusqu'à leur destination définitive.

    Mais tout à l'heure j'ai peut-être posé un problème dont vous désirez avoir la solution, car il est évident que nos dépenses en 1897 n'ont pas suivi la progression normale, régulière, des précédents exercices. Aurait-on, par hasard, diminué le trousseau des Partants? Non certes ; votre charité a trouvé un excellent moyen de résoudre la difficulté. Elle a. multiplié les travaux dans ses ouvroirs; elle a fourni un nombre beaucoup plus considérable d'objets en nature : voilà la solution du problème! Il en est venu d'Amiens, d'Angers, de Bétange, de Dracy, de Limoges, de Lisieux, de Montbard, de Marseille, de Nancy, de Paris, de Rennes, de Rodez, de Roubaix, de Toulouse, de Troyes, et d'ailleurs. Il ne m'est pas possible d'énumérer ici tout ce qui a été envoyé; le relevé exact en sera donné dans le prochain numéro des Annales.

    Les directrices des ouvroirs ont quelquefois accompagné l'envoi des objets confectionnés par les Associées, de lettres qui relataient des traits édifiants ou le détail de mille petites industries employées pour augmenter les ressources Déjà plusieurs de ces lettres ont été insérées dans le Bulletin de l'oeuvre. Mais il en est d'inédites; je me ferais un reproche de ne pas vous faire partager l'émotion qu'elles m'ont causée.

    Vous me permettrez de commencer par Toulouse. Vous n'avez certainement pas oublié l'accent de tristesse empreint dans les lignes que nous adressa, l'an dernier, M. l'abbé Marceau. Hélas! Cette année, le même sentiment se trouve exprimé dans sa lettre. C'est que, comme vous le savez, un nouveau deuil est venu frapper la famille d'Antin, et l'absence de notre Présidente, si fidèle pourtant et toujours si heureuse d'assister à notre réunion annuelle, son absence, dis je, annonce que les épreuves douloureuses n'ont pas encore pris fin. M. Marceau ne traduit pas seulement l'impression (les associées de Toulouse, il traduit ;aussi la nôtre, quand il écrit : « Nous adorons dans le silence les desseins de Dieu sur la famille tant éprouvée; nous prions, voulant espérer, même contre toute espérance. »

    M. Marceau nous dit ensuite que Toulouse, où jusqu'ici il n'y avait eu qu'une réunion annuelle des Associées dans la chapelle du Carmel, possède désormais un ouvroir établi au monastère de la Visitation ; il termine en remerciant avec effusion les Filles de Saint-François de Sales du sympathique accueil qu'elles ont fait à notre oeuvre.

    De Toulouse à Lourdes, le voyage n'est pas long. Nous rencontrons là une communauté dont nous voudrions voir l'exemple suivi par un grand nombre (le maisons religieuses, car s'il est vrai de dire que l'aumône fournit le nerf de la guerre, les missionnaires sont unanimes à reconnaître que la prière et les bonnes oeuvres donnent la victoire. Mais écoutons les Dominicaines de Lourdes : « Notre Révérende Mère éprouve le besoin de resserrer encore les liens qui unissent déjà le Séminaire des Missions-Étrangères à notre humble communauté, de les resserrer par une ferveur plus grande de notre part. Assurément, cette union disproportionnée est toute à notre avantage, mais qu'elle est donc consolante pour nous! Nous aimons tant vos missionnaires, nous voudrions tant les aider de nos deniers, soutenir matériellement la chère oeuvre des Partants surtout! Le Bon Jésus ne nous le permet pas: Il nous aime assez pour nous laisser en partage une pauvreté que nous chérissons comme Il a chéri la sienne, alors même qu'elle nous impose le sacrifice, dur mais méritoire, de ne pouvoir faire le bien à notre gré. Par la prière, le sacrifice, l'immolation plus complète de tout notre être à Dieu, nous essaierons d'y suppléer avec un redoublement de ferveur et de zèle. Le vendredi surtout, car nos vendredis vous appartiennent totalement, nous dirons et redirons au Bon Dieu de donner des âmes à nos chers missionnaires, un grand nombre d'âmes capables de comprendre et de goûter notre sainte religion; nous le Lui demanderons au nom de son Fils Jésus mort pour elles à pareil jour. »

    Puis, faisant allusion à la petite parcelle du rocher béni où l'Immaculée Conception daigna reposer, parcelle que les bonnes Soeurs envoient, délicieusement enchâssée, pour chacun des nouveaux missionnaires, la même lettre ajoute : « Que le bien humble souvenir que nous nous faisons une joie d'offrir à vos chers Partants leur rappelle aussi que, là-bas, aux pieds de la Vierge Immaculée, notre Mère à tous, de pauvres religieuses prient et s'immolent pour le succès de leur mission, ne demandant en retour qu'une toute petite part des mérites de leurs frères. »

    Encore tout embaumés de ce céleste parfum de Lourdes, revenons sur nos pas, et arrêtons-nous un instant à Limoges pour y constater combien la charité est ingénieuse à mufti-plier le bien. « Cette année, écrit celle qui est l'âme de notre oeuvre en cette ville, nous venons de tenter une petite innovation; j'espère que le bon Dieu voudra bien la bénir. Voici tout simplement ce que nous avons établi depuis un mois. Outre notre réunion de travail du vendredi, nous en avons une autre; le lundi, dei heure à 2 heures, pour des ouvrières de bonne volonté. Parmi ces bonnes filles qui, elles, ne peuvent pas donner d'argent, nous avons pensé que nous en trouverions de disposées à renoncer, une fois par semaine, à leur heure de récréation pour venir travailler en faveur des Missions. Elles ont répondu à notre appel avec un dévouement très édifiant, et depuis que ces petites réunions ont commencé, elles viennent avec joie. Elles ne sont pas encore très nombreuses, mais elles doivent en amener d'autres; elles sont heureuses de pouvoir faire quelque chose pour les Missions. On prie en travaillant; on lit aussi, soit le bulletin des Partants, soit des annales dans le même genre. Nous voudrions surtout que ces bonnes filles entrent bien dans l'esprit de l'OEuvre, prient pour les Missions et soient, autant que possible, par l'exemple et le dévouement, missionnaires à leur façon dans les milieux où elles se trouvent. »

    Nous allons maintenant nous diriger vers la Bretagne, en passant par la Normandie. Sans nous y arrêter, adressons un mot de reconnaissance au groupe de Saint-Pierre-sur-Dives; il est petit, c'est vrai, mais il est si fidèle! Un moment, nous ferons halte à Lisieux; il y a là un nouvel ouvroir dont les débuts méritent d'être signalés. « La petite exposition de l'ouvroir de Lisieux, écrivait celle qui a beaucoup contribué à le fonder, vient de se terminer, et Mme de Richemont doit vous annoncer l'envoi de nos modestes travaux. Ce n'est pas pour la devancer en vous apprenant cette bonne nouvelle, Nique je me permets de vous écrire. Ces lignes n'ont d'autre but que de vous exprimer la joie réelle et profonde que j'éprouve à la pensée que vous serez satisfait de notre envoi. En lui-même, il serait peu de chose, s'il n'était une preuve que l'OEuvre des Partants a définitivement pris racine ici. Je la crois même en très bonne voie, et d'après les débuts, j'augure bien de l'avenir. Les associées ont montré beaucoup de bonne volonté, et l'exposition de leurs travaux sera un encouragement à faire plus et mieux encore l'année prochaine.

    De Rennes, Mme Oberthur, après avoir dit que ses associées et elle sont toujours fidèlement attachées à l'OEuvre et que les zélatrices de Perpignan et de Béziers lui sont de plus en plus dévouées, nous adresse cette page où éclate sa reconnaissance envers le bon Dieu : « Tout marche à souhait! La Providence à laquelle nous nous abandonnons avec confiance, vient souvent à notre aide d'une façon touchante. Ainsi elle a répondu une fois à une certaine inquiétude de ma part, au sujet du résultat de nos recettes et travaux de l'année, par la visite d'un prêtre bien Connu des missionnaires. Il était porteur d'un superbe présent pour les chers Partants, et en même temps il offrait le concours d'une jeune parente aussi généreuse que zélée.

    Un autre jour, la piqûre d'une petite épine se trouva cicatrisée par la main d'une amie, qui me remit 100 francs au nom du mari qu'elle pleure et pour lequel les futurs Partants ont prié.

    « Nous sommes protégées par le bon Dieu, parce que nous travaillons avec toute notre foi, avec tout notre coeur, pour ceux qui quittent tout afin de le faire connaître et de sauver des âmes. »

    Je me contenterai ici de saluer en passant les associées et ouvrières de Troyes, de Montbard, d'Amiens, de Nancy, de Roubaix, dont le Bulletin nous a dit précédemment le dévouement et l'activité. Avant de revenir à Paris, nous ne nous arrêterons plus qu'à Dracy.

    « Vous me demandez, écrit Mine la marquise de Laubespin, comment je fais valoir le denier que vous m'avez -confié, et je voudrais vous raconter de brillants succès, mais il nous est impossible de nous constituer en ouvroirs; nous sommes trop éloignées les unes des autres. Les braves petites écolières des Soeurs du Saint-Sacrement confectionnent les chemises dans leurs classes même, et parmi les tricoteuses, plusieurs laissent courir leurs aiguilles tout en surveillant leurs vaches... alors quelle place donner à la bergère et à son troupeau?

    « Les bonnes volontés isolées n'en restent pas moins ardentes. Vous voyez que parmi les travailleuses de la famille apostolique notre part est la plus modeste peut-être, mais elle est la plus aimée, car il me semble que le bon Dieu la voit d'un oeil de complaisance. Mes ouvrières le pensent comme moi et rivalisent de zèle, jeunes et vieilles. L'une d'elles, dans mon village même, confectionne les chaussettes par douzaines; à Autun, une pieuse octogénaire n'achève un bas que pour en recommencer bien vite un autre, parce qu'elle veut que la mort la trouve les aiguilles entre les doigts.

    « Dans le Jura, est née en i800 la plus habile et la plus active des ouvrières ; elle conserve l'oeil sur, la main agile, le coeur vaillant pour les missionnaires. Une autre Franc-Com-toise enfin, dont le nom est presque semblable à celui de deux de vos apôtres, les PP. « Prudhomme, s'inspire sans doute de cette similitude pour envoyer aux Partants des douzaines de chaussettes faites par elle. »

    Nous voici de retour à Paris où je veux vous montrer un nouveau centre d'action. Toutefois laissez-moi auparavant' vous faire part d'un petit trait qui m'a beaucoup ému. C'était au mois de mars 1897, on me remit une lettre trouvée aux pieds de Marie Immaculée, dans le petit jardin de Nazareth, et portant cette suscription : A la grotte de Lourdes, 26, rue de Babylone, Paris. Et sous l'enveloppe, entourant 120 francs, un papier qui contenait ces lignes : « 21 mars 1897 en reconnaissance de la protection que la sainte Vierge a eue pour moi, je dépose à sa grotte ma cotisation pour les bons missionnaires. Jean DE ROCHEBOUET. » Un autre billet achevait de nous édifier : « Le petit Jean de Rochebouet, âgé de dix jours, offre à la Reine des Apôtres sa cotisation perpétuelle, pour avoir part, dès son entrée dans la vie, aux mérites des missionnaires » et comme conclusion : Magnificat pour son heureuse naissance! »

    Oui, cher enfant, les missionnaires demanderont à la Reine des Apôtres et des Martyrs de vous garder et protéger toujours, et de bénir ceux qui, en votre nom, se sont montrés si généreux à leur égard.

    Une dernière lettre qui vous fera connaître comment s'est fondé le nouveau centre que je vous ai tout à l'heure annoncé : « Au mois de mai 189 , un numéro du Bulletin des Partants m'a été donné par une de mes amies, et je me suis sentie pénétrée d'enthousiasme pour les apôtres et les martyrs, qui vont faire connaître et aimer, le nom du Christ dans les pays, les , plus barbares. J'ai voulu les aider ; mais que pouvais-je faire, seule? Alors l'idée m'est venue de réunir quelques âmes de bonne volonté qui, comme moi, prieraient et travailleraient.

    « L'élément et le but de ma vie étant la prière et l'apostolat, j'ai résolu de faire entrer mes amies dans ce double esprit, et j'ai organisé une petite association de jeunes filles qui, sous la protection de la Vierge du Temple, offriraient leurs travaux, leurs prières et toutes leurs petites peines pour les chers missionnaires.

    « Tous les mois, nous nous retrouvons au nombre de I2. Les deux dernières réunions ont -été présidées par M.' l'abbé d'Angély qui nous a donné un règlement et a 'béni nos efforts.

    « Nos ressources sont bien modestes, et jusqu'ici nous nous sommes confiées à la divine Providence, sures que Celui qui -multiplia les cinq pains entre les mains de ses apôtres, sau rait pourvoir à tous nos besoins. Un jour, pourtant, l'argent vint à manquer une jeune fille, apprenant mon embarras, m'apporta 3o francs, prix de deux petits objets d'art qu'elle avait vendus.

    « Voilà quelques détails sur notre oeuvre naissante; mon plus ardent désir est devoir mes chères compagnes entrer de plus en plus dans cet esprit de prière, de travail et de' charité. »

    Vous désireriez sans doute savoir le nom .de celle qui m'a écrit ces lignes et qui .a. été la fondatrice de ce petit cercle. Or, voici comment elle a signé : « La petite servante des missionnaires; c'est le seul none que je veux porter. »

    Après avoir constaté tant de générosité, de dévouement et de sacrifices de la part des .membres de notre Association, j'ai bien le droit, me semble-t-il, de conclure que l'OEuvre des Partants contribue largement, pour sa part, à la réalisation de l'apostolat de la France à travers le monde.

    Vive Dieu! En avant! C'était le cri des preux, quand la mêlée devenait plus vive. Qu'il soit le vôtre, Mesdames, à mesure que les besoins de l'OEuvre augmentent, que le nombre de ceux qu'elle doit aider devient plus considérable.

    En ce moment-ci, au Séminaire des Missions-Étrangères, 75 aspirants se préparent à aller rejoindre leurs aînés en Extrême,-Orient; clans quelques jours vont partir les premiers de cette nombreuse phalange. Vous avez commencé, je vous l'ai montré, l'exécution de la seconde partie du programme arrêté dès la fondation de votre oeuvre. Vous ne voudrez pas que le compte rendu de l'exercice en cours accuse le moindre mouvement en arrière.

    Le soir même du jour où lecture fut donnée du rapport qui précède, partait de Toulouse une dépêche qui ne portait que ces mots : « Ma fille au ciel. »

    Cette formule si chrétienne nous apprenait que Mme la comtesse d'Antin de Vaillac, après une longue maladie héroïquement supportée, était allée dans le Paradis rejoindre les trois anges dont le Bulletin a successivement annoncé le départ pour la bienheureuse éternité.

    En apprenant ce nouveau deuil, un religieux, après avoir exprimé sa respectueuse sympathie à M. le comte d'Antin, lui écrivait : « Dieu vous traite vraiment en ami de son divin Fils crucifié; et ce dernier coup serait de nature à terrasser une âme moins forte et moins profondément croyante que la vôtre. Mais vous êtes habitué depuis longtemps à placer vos ambitions et vos espérances en haut, clans les biens surnaturels. Et là tout est profit et vie, de ce qui, ici-bas, est douleur et séparation. » Nous avons voulu reproduire ces lignes; elles rendent bien le sentiment que nous éprouvons tous en face d'une douleur, humainement parlant, inconsolable, et si chrétiennement supportée par tous les membres de la famille qu'elle atteint.

    Mme la comtesse d'Antin était présidente de notre comité de Toulouse. Fidèle aux conseils et aux exemples maternels, elle s'intéressait à tout ce qui pouvait favoriser le développement de l'OEuvre. Et naguère, quand sur son lit de douleur, elle apprit l'établissement de l'ouvroir au monastère de la Visitation, elle éprouva une grande joie, une des dernières qu'elle ait ressenties ici-bas.

    Les membres de la Société des. Missions Etrangères et les associées de l' OEuvre des Partants ne forment qu'une famille dans le. Seigneur. Les épreuves des uns sont les épreuves des autres. Aussi, dans cette douloureuse conjoncture, tous ont pris part à l'affliction de notre Présidente générale et de la famille d'Antin; tous ont prié et prient pour que le bon Dieu veuille bien consoler les coeurs meurtris.

    Les deux branches de notre grande famille se sont trouvées représentées aux obsèques, près du cercueil où reposait la regrettée défunte l'OEuvre des Partants, par les associées de Toulouse; les Missions-Étrangères, par le Supérieur du Sanatorium de Montbeton, accompagné de deux autres missionnaires.


    Liste des objets confectionnés reçus à Nazareth en 1897

    Calices . . . . . 5 Cordons d'aube . 18

    Ciboire.. . . 1 Surplis et cottas. 10

    Nappes . . . . . 25 Amicts . . . . . 424

    Garnitures de nap- Manuterges . . 346

    pes ou d'autel . 46 Scapulaires . . . 46 douz.

    Croix de chasubles 7 Signets pour mis-

    Purificatoires . . 65o sels . . . . . . 5

    Corporaux. . . . 229 Serviettes . . . . 14 douz.

    Pavillons deciboi- Mouchoirs. . 108 douz. ½

    res . . . . . . 70 Chaussettes . . . 1,069 paires

    .Conopées . . . . 4 Bas de laine. . . 10-

    Pales . 122 Gilets de laine. . 68

    Etoles . . . . . . Gilets de flanelle. 28

    Tours d'étole . . 67 Cache-nez. . . . 57

    Bourse . . . . . 1 Calicot. . . . . . 1 pièce

    Aubes ..... 51 Flanelle . . . . . 1 coupon

    Bas d'aube . . 19 Chemises . . . . 80 douz.

    Pochettes pour porter le Saint-Sacrement . . . . 50

    La Vente De Charité

    Mon Père, une indiscrétion que je taxerai d'heureuse, a fait tomber entre mes mains la lettre d'un enfant annamite traduisant ses impressions sur notre vente; peut-être vous amusera-t-elle comme elle m'a amusée, et je vous l'envoie sans commentaires.

    A. D' A.

    De la capitale du royaume des Français, le 22 du 4e mois 1898.

    Salut !

    Cent saluts à mon père et à ma mère ; que le Dieu en trois personnes répande ses meilleures bénédictions sur eux et qu'ils sachent : Il m'est arrivé de voir une chose extraordinaire, laquelle m'a beaucoup surpris : La grande dame, au coeur très grand, qui m'a amené dans son palais, m'a dit hier : Petit, toi qui aimes bien les Pères qui t'ont baptisé et qui t'ont instruit; tu vas venir avec moi, et tu verras comment ici l'on sait aimer et travailler pour les missionnaires et leurs néophytes.

    Le coeur tout joyeux, je monte avec elle dans une voiture presque aussi grande que notre case, et les chevaux qui la trai paient me paraissaient aussi hauts que les éléphants du roi d'Annam; j'avais bien un peu peur, mais ils étaient bien attachés par de grosses courroies de cuir. Nous roulions vite, vite, et presque tout de suite on arriva devant une grande porte tellement épaisse qu'il y a des maisons par-dessus. Ça me rappelait la grande porte d'entrée du palais du roi d'Annam. Elle aussi est très épaisse, et dessus il y a des maisons, où vous m'avez dit que le roi montait autrefois pour regarder les missionnaires qu'on conduisait à la mort.

    Après avoir passé sous cette grande porte, nous traversons une petite cour au fond de laquelle il y a une pièce de toile portant ces mots en couleur : Missions-Étrangères. oeuvre des Partants. La grande dame m'a expliqué alors que tout ce que j'allais voir, c'était pour faire du bien aux missionnaires qui allaient partir pour venir chez nous rejoindre les autres Pères. Comme je ne comprenais pas bien, j'ai demandé à la grande dame la permission d'être impoli, et de lui dire que les missionnaires étaient riches et n'avaient pas besoin de cela. Alors la grande dame me dit : Pourquoi crois-tu Glue les missionnaires sont riches? Et moi j'ai demandé encore la permission d'être impoli pour répondre ceci : Nous autres pauvres Annamites, nous n'avons pour habits que des guenilles et nous n'en avons pas toujours; les jours de fête, nous n'avons qu'un pantalon en loques et un habit qui souvent n'a qu'une manche, tandis que les Pères ont des habits qui ne sont pas déchirés, mettent des souliers pour dire la messe et nous font souvent l'aumône. Tout cela me faisait croire que les Pères avaient de grands biens. Je suis un ignorant, c'est pourquoi je comprends comme cela. La grande dame me dit : Les Pères n'ont que ce que nous leur donnons, et tu vas voir où nous le trouvons.


    Elle dit et me fait entrer dans une chambre où était un beau monsieur avec de beaux boutons d'or et des bandes rouges à ses habits. Il ouvrait et fermait la porte, et par cette porte, on entrait dans une très haute salle en fer où il y avait beaucoup de place, et c'était beau, beau au-dessus de toutes forces! J'avais la bouche et les yeux tout grand ouverts, et pendant un temps, mes yeux ne voyaient point et ma langue était comme paralysée.

    Quand mon esprit fut de retour, je vis une foule de grandes dames bien habillées, avec des habits de toutes les couleurs garnis de pierres précieuses, et, dans leurs chapeaux, il y avait des fleurs comme on n'en voit pas dans nos jardins, et j'étais bien étonné en voyant que ces fleurs ne se fluaient pas comme chez nous; vrai, je ne sais pas quel secret on emploie pour cela, sans quoi je vous le dirais; oh que je suis ignorant! Ces grandes dames s'appelaient entre elles, marquise, comtesse, baronne, et moi je ne savais pas ces mots de langue française; mais j'ai cherché dans un gros livre et j'ai compris que toutes ces dames étaient de grandes princesses, mais pas comme les princesses de notre pays qui ne sont pas si bien habillées, sont arrogantes, ne parlent aux pauvres gens que pour leur faire donner des coups de bâton, et ne s'occupent qu'à manger du bétel, fumer des cigarettes et jouer aux cartes. Et moi, petit et ignorant, j'étais étonné en moi même de voir que les grandes dames d'ici ne mâchent pas de bétel et n'ont pas la bouche noire comme les femmes annamites et ne crachent pas partout.

    Beaucoup de ces dames se tenaient devant des boutiques où il y avait de belles choses, beaucoup de belles choses, comme il doit y en avoir au ciel. Ces grandes dames disaient : achetez-moi quelque chose, c'est pour les partants, et elles disaient cela en riant comme on ne sait pas rire dans notre pays : il parait que rire comme cela s'appelle sourire, et je trouvais que cela faisait ressembler les dames aux deux anges que le Père a mis aux côtés de l'autel de notre village.

    Les autres daines disaient : de grand coeur j'achète, elles prenaient quelque chose sur la table, et tirant du sac de leur habit un petit sac d'argent, elles donnaient une sapèque d'or. Mais ici encore j'ai eu beaucoup d'étonnement, car une des grandes dames examinant la chose qu'elle avait achetée, se mit à rire bien gaiement en disant : c'est moi qui l'ai fabriquée, et elle laissa l'objet, mais ne reprit pas son argent. Chez nous, on n'agit pas comme cela, et moi ignorant comme un poisson, je n'ai pas compris; alors la grande dame qui m'avait amené m'instruisit en me disant : Petit, presque tout ce que tes yeux voient ici, a été fabriqué ou donné par ces grandes dames qui ont travaillé à en avoir les mains et les pieds tout raidis, des éclairs dans les yeux et des tournoiements dans la tète, et qui aujourd'hui donnent encore leur argent pour les partants; comprends-tu? Moi je ne répondis rien, je voulais pleurer, ça me rappelait ce que le Père disait au catéchisme : Jésus a passé en faisant le bien, et moi ignorant et bouché, je pensais : les grandes daines de

    France passent en faisant le bien, et je comprenais combien la religion du Père est belle ; si j'étais grand, avec beaucoup d'esprit, je comprendrais mieux, et si j'étais aussi grand que le Père, et avais (le la barbe Comme lui, je comprendrais assez pour pouvoir tout raconter.

    Salut à mon père et à ma mère, veuillez m'excuser, j'ai tant de choses à dire que je parle à l'endroit et à l'envers.

    La grande dame qui m'avait amené me prit par la main et me mena devant toutes les tables les unes après les autres, mais comme les noms des grandes dames de France sont bien différents des noms de l'Annam, je lui ai demandé de m'excuser et de me les écrire pour vous les envoyer, afin que votre coeur soit en repos.

    En entrant et allant du côté de ma main droite, je regardai le premier magasin ; il y avait tant de belles choses et de choses qui me semblaient extraordinaires, que pour moi c'é- tait tout brouillé. J'ai regardé de ma main droite à ma main gauche, du haut en bas, et il m'a semblé que le marché de la préfecture de chez nous n'approchait pas de toutes ces belles choses.

    Mes yeux contemplaient les grandes dames de Laubespin et de Mellanville qui vendaient, et elles me paraissaient si bonnes que je n'avais pas peur d'elles. Elles doivent être bien savantes, car elles connaissaient la multitude de leurs marchandises et en disaient le prix, sans chercher sur des livres. Je voyais qu'elles avaient un bon coeur pour les missionnaires, alors moi, j'ai senti aussi beaucoup de coeur pour elles.

    J'ai vu ensuite la table de la grande clame de la Hitte, on m'a dit que son mari est général, c'est-à-dire le grade le plus élevé comme mandarin militaire. Ce magasin était tout resplendissant, il y avait des éclairs qui sortaient des vases en

    porcelaine et en verre; et puis il y avait aussi de grandes bouteilles de la médecine qui s'appelle armagnac; moi, je suis ignorant, je ne sais pas pour quelle maladie elle sert, mais on m'a dit que si les petits enfants en buvaient, cela les empêcherait de grandir. J'ai ri, et j'ai dit que je ne voulais pas en boire.

    A la boutique à côté, la grande daine qui s'appelle de Noailles aime bien les enfants des missionnaires, car elle a un beau-frère dans le pays du soleil levant, et quand j'ai su cette chose, j'ai senti en moi beaucoup de coeur pour cette dame.

    Ensuite je suis arrivé devant un magasin bien plus haut que les autres. J'ai vu là un grand nombre d'habits comme ceux que met le Père à l'église les jours de fête, et il y en avait d'une beauté au-dessus de toutes forces. Ce magasin était gardé par deux grandes dames de Semallé, la mère et la fille. Dans celui-ci, j'ai vu une chose aussi bien extraordinaire. Si j'étais savant comme, le Père, je vous expliquerais bien tout, mais hélas ! Je suis trop ignorant, c'est pourquoi je vous demande la permission de vous écrire trois mois comme j'ai compris : Les deux dames très pieuses avaient placé dans leur magasin trois statues : celle de la sainte Vierge des Miracles sur le degré le plus élevé, puis celle de Monsieur saint Antoine, le fils spirituel de Monsieur saint François le pauvre, et en bas celle d'un soldat qui n'est pas connu chez nous, c'est Monsieur saint Expédia. Alors moi, portant toutes ces choses dans mon esprit, j'ai compris que l'on demandait du pain à Monsieur saint Antoine le pauvre, mais que n'en ayant point, il priait la Vierge des Miracles de lui en donner, et quand les affaires n'allaient pas assez vite, il disait à Monsieur saint Expédia d'activer un peu, car dans le pays (le France on s'adresse à Monsieur saint Expédit, quand on veut obtenir quelque chose tout de suite. Et j'ai beaucoup admiré la ruse de ces deux grandes dames mère et fille.

    La grande dame qui me conduisait me fit descendre du côté de ma main gauche devant un beau magasin, où il y avait beaucoup de grandes dames marchandes. L'une paraissait bien douce, mais bien triste, bien fatiguée, elle avait des habits noirs et un grand mouchoir noir qui lui couvrait la tète et la figure ; on m'a dit qu'elle était en deuil, et j'ai trouvé cela extraordinaire, puisque chez nous on revêt des habits blancs quand on est en deuil. A côté de cette grande dame toute triste, il y en avait une autre qui m'a embrassée; cela m'a fait beaucoup de surprise, car chez nous il n'y a que les mamans qui embrassent leurs enfants; mais j'ai compris que cette grande dame a un coeur de mère comme la grande dame noire. J'ai entendu leurs noms, c'est la grande dame de Saint-Jean et la grande dame baronne de Gargan, et quand j'eus appris que c'étaient les mamans des missionnaires, alors mon coeur a sauté dans mon ventre et j'ai fait le grand salut de notre pays en disant : Salut, cent saluts à mes cieux grand' mères.

    En les quittant, mon coeur dansait toujours, et pardonnez-moi, mon père et ma mère, je n'étais plus insensible comme un boeuf à qui l'on pince le bout de la corne. Aussi, en passant devant la boutique d'après, mon coeur et mon esprit n'y étaient plus, je voulais pleurer et je ne pleurais pas, je voulais rire et je ne riais pas. Mon coeur a tressailli cependant, quand j'ai su que des deux grandes dames qui vendaient, l'une était la belle-soeur du P. de Guébriant, Père général de l'empire du Milieu, et que l'autre, la grande dame baronne du Mesnil, vendant pour la première fois pour les missionnaires, avait promis qu'elle les aimerait bien et qu'elle les aiderait encore. Oh! Que le coeur charitable des grandes dames est admirable! Tout ce que je voyais entrait dans mon esprit et dans mon coeur et y restait. Ça produisait un tout autre effet que de verser de l'eau sur la tète d'un canard.

    Enfin près de sortir, je vis une table toute différente des autres ; elle é tait couverte de bouteilles, de verres, de gâteaux, de toutes sortes de bonnes choses sucrées, et aussi il y avait du thé de notre pays. J'ai compris que la grande dame, comtesse du Parc, était bien charitable, puisqu'elle donnait à boire et à manger. Elle m'a donné un gâteau si doux que je croyais manger une canne à sucre, plus par fumée que la meilleure canne à sucre; la grande dame qui me conduisait, donna une sapèque d'or, et la grande daine marchande remercia en souriant.

    Salut, cent saluts à mon père et à ma mère. J'aurais encore beaucoup de choses à dire; plus tard je le ferai.

    En sortant, j'avais un grand coeur pour toutes ces dames qui faisaient du bien aux missionnaires, et mon coeur bondissait si fort que je ne pouvais l'arrêter; alors ne sachant comment dire pour faire sortir dehors ce que mon coeur sentait au dedans, je n'ai pu que dire :

    Salut, cent saluts à toutes les grandes da Mes mères des missionnaires, et mes grand'mères à moi; que le Seigneur du ciel et la Sainte Vierge les bénissent, pour que leur vie soit longue, et leurs forces grandes!

    Signé : VÊRÔ CON MON MANG.



    Ce que notre Annamite ne dit point, parce qu'il l'ignorait, c'est le résultat de la vente. Nous le savons maintenant, et nous nous empressons de l'inscrire ici : dix-neuf mille francs. Dieu soit béni! Et comme dit Vèrô Mang, cent saluts à nos aimables et infatigables vendeuses, cent saluts à toutes les personnes qui ont si généreusement répondu à leur appel!

    PAIN DE SAINT ANTOINE

    PAIN DES APOTRES

    Une petite fille, soeur de l'un des aspirants missionnaires, envoie 1 franc pour le pain des Apôtres, en priant saint Antoine de la guérir d'une surdité dont elle est atteinte depuis plus de trois ans, à la suite d'une grave maladie... Elle compte sur les prières des associés pour obtenir plus sûrement cette faveur.

    Bon saint Antoine, je vous ai prié et vous ai promis 2 francs si je touchais ma note sans recourir à mi procès. Vous m'avez exaucé, voici les 2 francs, merci ! Continuez-moi, je vous prie, votre protection, car moi je ne cesserai point de vous prier et de vous aimer.

    Je vous adresse des timbres-poste pour la valeur de 5 fr. 10, de la part de saint Antoine de Padoue, comme remerciement d'une grâce obtenue :lamélioration de la santé de maman.

    Le fils d'une de rues amies était très malade depuis trois mois (fièvre typhoïde, phlébite, etc.). Je promis à saint Antoine que si Dieu lui rendait la vie, j'enverrais à Mme de Saint-Jean 5 francs pour le pain des Apôtres c'est après avoir lu le bulletin de l'OEuvre des Partants que j'ai fait cette promesse. Le jeune homme est en pleine convalescence, je suis heureux de payer ma dette à ce bon saint Antoine.

    RECOMMANDATIONS

    Nous recommandons aux prières de nos associés l'Église, la France, le Souverain Pontife, les familles de nos Partants, nos séminaristes soldats, la Société des Missions-Étrangères.

    Une jeune associée qui se dispose à entrer dans un ordre religieux enseignant. Retour de plusieurs pères de famille à la pratique (les sacrements. Les âmes de plusieurs jeunes gens. Une conversion. Une mère, ses enfants, leur vocation. Un homme, jeune encore, qui perd la vue et est atteint de paralysie. La santé de plusieurs associées de Perpignan. Plusieurs mariages. Le succès d'une affaire très importante. Un voyage. Plusieurs commerces. Deux affaires temporelles. Une affaire très difficile. Deux guérisons. Un examen.
    1898/124-142
    124-142
    France
    1898
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