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Nouvelles diverses

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    Nouvelles diverses
    Nos Bienheureux. Cochinchine orientale. Enfin a lui ce beau jour du 27 mai. Les flamboyants de notre cour étalent joyeusement leur front couvert de fleurs rouges et nous invitent à les pavoiser sans crainte. Aussi après la messe et un petit réconfort, chacun se met à la besogne avec ardeur et dans quelques heures, des deux côtés de la route qui vient du fleuve chez nous, se dressent deux rangées de grands bambous artistement ornés de papier blanc, vert, rouge, bleu en spirale, laissant flotter au-dessus des drapeaux tricolores; sur les mêmes bambous, à hauteur d'homme, on adapte trois petites banderoles et un peu plus haut une grande lanterne vénitienne en forme d'étoile avec les initiales de nos Bienheureux; devant la porte d'entrée également deux grands poteaux laissant flotter le drapeau tricolore; sur la porte elle-même on hisse une grande croix ornée de papier rouge, vert, jaune, avec une couronne de lanternes vénitiennes tout autour; un peu plus loin, suspendu aux branches de deux grands arbres du pays, apparaît un double lustre; il fait un effet magique et a le don d'émerveiller tous les Annamites, qui n'ont jamais rien vu de pareil: aussi ne peuvent-ils en détacher les yeux.
    Au fond, vis-à-vis de la route d'entrée, devant notre ancienne maison d'habitation est improvisée une espèce de chapelle: c'est un dôme élevé sur quatre hautes colonnes et surmonté lui-même d'un orbe terrestre sur lequel domine majestueusement la croix: sur l'orbe terrestre on aperçoit une ligne rougeâtre en forme de S : c'est l'Annam dont l'S représente à peu près la configuration. Sous le dôme est disposé un joli autel en jacquier sculpté, paré de tout ce que nous avons de plus riche au séminaire en antipendium, candélabres et fleurs: c'est le trône de la Reine des Martyrs qui, de là, va présider la fête.
    A sept ou huit mètres plus loin, planant dans les airs apparaît une immense croix en papier, au-dessus du pinacle de la nouvelle chapelle et dominant tous les environs de la capitale; pendant la nuit plus d'un doigt aura montré cette croix lumineuse planant dans les airs, et plus d'un il aussi aura contemplé ce signe de notre rédemption.
    La séance commence vers huit heures du soir: on prélude par le carillon de toutes les cloches, tam-tam et une forte pétarade. Les pétards c'est l'élément indispensable de toute fête dans l'Annam; s'il n'y a pas de pétards, la fête n'a plus de prix. Les lanternes vénitiennes allumées, de petits godets disposés sur les toitures des maisons voisines et également allumés, tout cela au milieu d'une nuit noire produit un effet féerique.
    Toute la cour est bondée de monde, c'est une vraie forêt de têtes, et jamais certainement il n'y a eu chez nous pareille agglomération de personnes. La police n'ayant pas été très sévère, tous, chrétiens et païens, ont pénétré dans la cour pour jouir de ce spectacle si nouveau pour eux.
    Une vingtaine de confrères et de prêtres indigènes, Monseigneur en tête, viennent prendre place aux sièges, qui leur sont préparés. Aussitôt un élève se met à l'harmonium et le P. Izarn, de sa voix ample, forte et harmonieuse, entonne le Te Deum, continué avec entrain par tout le monde.
    Le Te Deum achevé, les pétards se mettent à tonner furieusement: on se croirait à une bataille, tant les détonations sont vives et bien nourries, puis des feux de bengale, des chandelles romaines, des bombes préparées par le lieutenant de Pirey. Après quoi on chante un cantique français composé pour la circonstance par le P. Izarn sur l'air: Noble Tonkin. Puis, sur l'invitation du P. Allys, qui nous prie de descendre jusqu'au fleuve, on fait une procession aux flambeaux; et là, quelle n'est pas notre surprise à la vue de cinq ou six belles barques toutes brillantes de lumière, elles viennent doucement et en ordre devant nous, nous saluent et aussitôt fusées de voler dans les airs comme des flèches de feu, pétards de tonner de tous côtés: aux fusées succèdent des feux de bengale, des soleils tournants, des gerbes de feu, et ainsi sans discontinuer, pendant un bon quart d'heure, tout le monde demeure sous le charme de ces feux roulants variés avec un art parfait et admirablement bien réussis. Elle a été agréable la surprise, d'autant qu'elle était inattendue; le P. Allys, par délicatesse, ne nous avait soufflé mot de la chose. Aussi n'avons-nous ménagé ni félicitations ni remerciements au bon père et à ses généreux chrétiens. Ils ont tenu à honorer grandement leur compatriote le vaillant Paul Doi-Buong. Que le bon Dieu et le Bienheureux Martyr qu'ils ont exaltés, les récompensent du zèle qu'ils ont déployé à les honorer.
    Enfin après cette aimable surprise nous remontons et une nouvelle pétarade, digne de ses aînées, nous souhaite la bienvenue pendant que trois bombes partant en même temps, remplissent l'air d'une fumée blanche et le parfument de l'odeur enivrante de la poudre.
    Après quoi on invoque les Bienheureux et puis les séminaristes chantent dans leur langue quelques cantilènes qu'eux-mêmes poètes sans le savoir ont composées en l'honneur des Martyrs. L'auditoire écoute religieusement le récit abrégé de la vie de ces héros de la foi. Il est même jusqu'à des païens qui ont été profondément touchés et qui n'ont pu s'empêcher de manifester leur émotion: témoin le petit mandarin que Monseigneur a entendu dire: « Que nous avons été cruels à l'égard des chrétiens! Que recueillons-nous maintenant de cette cruauté? Nos victimes au contraire les voilà exaltées, glorifiées. » (Lettre du P. Mendiboure.)
    Su-tchuen oriental. Nous sortons à Tchong-kin des fêtes du Triduum solennel, célébré en l'honneur de nos cinq nouveaux Bienheureux, martyrs du Su-tchuen, Mgr Taurin-Dufresse et les quatre prêtres indigènes, Tchao, Uen, Paul et Thaddée Liou. Ce fut une belle manifestation qui dans son ensemble est demeurée ce qu'elle devait être, pieuse, recueillie, toute remplie de surnaturel, et imposante au dehors suivant l'expression d'un témoin autorisé, M. Bons d'Anty, consul de France à Tchong-kin. Les trois jours fixés avaient été les 26, 27 et 28 avril, de manière à faire coïncider ces fêtes avec la retraite annuelle de notre clergé indigène; étaient ainsi présents à ce Triduum près de trente prêtres chinois, plus quelques confrères de Tchong-kin ou des environs, en tout une quarantaine de prêtres faisant couronne à notre vénérable vicaire apostolique Mgr Chouvellon.
    On célébra les offices dans la principale paroisse de la ville, le Tien-tchou-tang, et on ne saurait ici passer sous silence, sans une réelle injustice, le nom du P. Dangy, curé de la paroisse, dont l'activité et la générosité doublées de celles de ses chrétiens avaient fait de l'église du Tien-tchou-tang un vrai sanctuaire aux armes de nos martyrs; trois grands baldaquins rouges suspendus à la voûte et retombant en larges banderoles rattachées aux piliers de l'église du haut en bas, de magnifiques inscriptions chinoises ressortant en caractères d'or, immenses sur leur fond rouge, toutes célébraient à l'envi la gloire de nos Bienheureux. L'autel était comme encadré sous un berceau de fleurs et de verdure, le tout enfin produisait un très gracieux effet, c'était un cadre élégant et de bon goût digne de ces belles fêtes.
    Le vendredi 26 à 9 heures, la solennité s'ouvrait par le chant du Veni Creator, suivi de la grand'messe chantée par un Père chinois, Mgr de Dansara tenant chapelle. Le premier panégyrique fut prononcé par un jeune prêtre indigène, et tout le monde fut unanime pour en louer la correction et la sobriété. Après la Messe, bénédiction du Saint-Sacrement. Le samedi 27, seconde grand'messe comme la veille; le célébrant était, cette fois, le R. P. Lorain, provicaire de la Mission, puis nouveau panégyrique par un autre prêtre chinois.
    Nous n'avons rien dit encore de l'affluence de la population de Tchongkin à ces solennités. Certes on en parle et on en parlera longtemps encore. Ces trois jours, l'église fut entièrement remplie. Chrétiens, païens, dès l'aube, avaient envahi l'oratoire, crainte de ne pas trouver une place, et de fait, nous avons entendu des assistants nous disant en riant, que là où ils s'étaient assis ou mis à genoux, à l'arrivée, ils durent y rester jusqu'à la fin, incapables d'aucun mouvement, tant les rangs étaient pressés. L'attitude générale fut toujours digne, pas de ces contestations si ordinaires parmi les foules chinoises, nos chrétiens demeuraient recueillis, on lisait sur leurs visages rayonnants le bonheur intime qu'ils éprouvaient de cette glorification de leurs anciens Pères. Les païens regardaient curieux, ravis, admirant l'ordre, la majesté des belles cérémonies liturgiques qui se déroulaient sous leurs yeux. Quelle différence avec les nôtres, semblaient-ils penser et dire: chez nous, tout est sombre, triste, lugubre, c'est le culte de la crainte, ici tout rayonne, tout est plein de lumière et par-dessus tout, comme les curs paraissent heureux! Espérons, en effet, que ce sera là la première bénédiction de nos nouveaux Bienheureux pour leur chère église Su-tchuennaise, ils nous aideront à attirer ces pauvres âmes de païens dans les filets de la sainte Église.
    Enfin le troisième jour, Messe pontificale rehaussée par la présence de M. le Consul de France en costume officiel. Ce troisième jour, le panégyrique fut prononcé par le R. P. Lorain, pour lequel la langue chinoise n'a plus de secrets. Son discours compléta très heureusement les deux premiers, il sut avec beaucoup d'à-propos rappeler à nos chrétiens, de la génération actuelle, les glorieux exemples de foi et de patience de leurs devanciers, les engageant à ne pas déchoir de ce noble passé. Dans l'après-midi, salut solennel donné par Sa Grandeur, toujours au milieu de la même affluence, chant du Te Deum, bénédiction, et enfin la foule s'écoula émue, louchée, tandis qu'en dedans l'orgue jetant ses dernières notes, nous envoyait comme un écho du ciel. (Tchong-kin, 5 mai 1901.)
    Caïmbatour. Une mission au pays des Missions. Les PP. Rondy, vicaire général, et Rivière ont procuré ce bienfait à la paroisse de Coïmbatore. Pendant quatorze jours les Indiens ont été fidèles à se grouper, matin et soir, autour de la chaire de vérité, et ont retiré le plus grand fruit des exercices de cette mission pendant laquelle on a tâché de leur faire gagner le Jubilé.
    Des instructions en anglais pour les Eurasiens ont été données, après ces instructions en langue tamoule, par les PP. Rondy et Petit, de sorte que les deux parties de cette paroisse ont été également favorisées.
    Su-tchuen oriental. La ville de Tchong-kin est toujours paisible. Les prédicants anglais et américains reviennent dans la province et s'installent un peu partout. Leurs adeptes qui tous avaient placé les tablettes païennes pendant les troubles, s'empressent de les enlever et recommencent à fermer boutique le dimanche.
    Le consulat d'Angleterre est en construction depuis bien des mois, mais les travaux sont loin d'être terminés. L'architecte n'a pas l'air pressé et il va être obligé de suspendre ses travaux à l'époque des pluies.
    Une des canonnières anglaises qui avait fait l'année dernière le voyage de Tchong-kin, Lou-tcheou et Souy-fou, vient de quitter I-tchang pour venir ici. On pense que cette canonnière ne mettra pas plus de dix jours pour arriver au port de Tchong-kin avec ses cinquante hommes d'équipage et ses officiers. Nous allons donc être sous la protection du canon anglais.
    Aujourd'hui même, deux courriers de Souy-fou partent pour I-tchang; ils vont pour accompagner le P. de Guébriant qui va remonter le fleuve Bleu avec les PP. Benezet, Tarisse, Veyrac et trois frères de Marie. Les Frères ouvriront à Souy-fou une école de français. Tous ces messieurs seront ici fin mai prochain.
    La construction de notre hôpital touche à sa fin. C'est un bel établissement. Il surpasse de beaucoup les hôpitaux des protestants anglais et américains. (Tchong-kin, 22 avril 1901. LORAIN, provicaire apostolique.)

    1901/262-266
    262-266
    France et Asie
    1901
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