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Nouvelles diverses

Nouvelles diverses Japon, Tôkiô. — Consécration épiscopale de Monseigneur Bonne. — La consécration du nouvel archevêque de Tôkiô, Mgr Bonne, a eu lieu à Nagasaki le 1er mai. J'étais arrivé le 29 avril au soir.
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    Nouvelles diverses

    Japon, Tôkiô. — Consécration épiscopale de Monseigneur Bonne. — La consécration du nouvel archevêque de Tôkiô, Mgr Bonne, a eu lieu à Nagasaki le 1er mai. J'étais arrivé le 29 avril au soir.
    C'est avec une bien grande joie que j'ai revu plusieurs de nos anciens camarades du Séminaire. Le bon esprit et la cordialité de tous les missionnaires qui étaient là pour le sacre m'a beaucoup frappé et édifié. Mais parmi eux, le roi, à tous les points de vue, c'était le P. Bonne. « Quel mal vous faites à notre mission en nous prenant Mgr Bonne. Vous ne savez pas quel vide vous faites chez nous. Vous ne comprenez pas quel trou vous creusez ici : il sera impossible de le combler ». Voilà les appréciations que j'entendais de tous côtés. Aussi, le jour du sacre, 1er mai, quatre évêques, de Nagasaki, d'Osaza, de Hakodate, et le vicaire apostolique de Mandchourie méridionale, 85 missionnaires ou prêtres indigènes, une foule de plus de 5.000 chrétiens, dont beaucoup venus de très loin, étaient là pour témoigner au nouvel élu leur vénération et leurs regrets. Ce fut une bien belle fête. Pour beaucoup cependant c'était plutôt une journée de deuil que de joie.
    Dès le lendemain, les confrères regagnèrent peu à peu leurs districts. Je fus désigné pour accompagner Monseigneur dans son voyage. Je restais donc là jusqu'au 8 mai, jour fixé pour le départ. Je profitai de ces cinq jours de répit, d'abord pour faire un voyage à Kumamoto avec le P. Lebel. Je vis là l'hôpital des lépreux. A mon retour, un riche chrétien de la ville m'emmena, sur son petit vapeur, visiter quelques paroisses chrétiennes des îles qui entourent la rade de Nagasaki. Dans ces îles, tous ou presque tous les habitants sont chrétiens. Ce sont les descendants des confesseurs de la foi qui se sont réfugiés là pour fuir la persécution. Quelle foi, quelle simplicité, quel respect filial pour le prêtre ! On ne voit plus cela ailleurs, même dans nos vieux pays d'Europe. Mais ma plus grande joie fut pour le dimanche 7 mai. Le curé d'Ourakami m'avait invité à venir dans sa paroisse. Ourakami est à une lieue de Nagasaki et comprend 6 à 7.000 chrétiens. L'église provisoire se remplit à déborder partout 4 fois chaque dimanche : 5 h., 6 h., 8 h. et 9 h. Je chantai la messe de 6 h. et fis le sermon. Quelle foule ! Ç'était comme cela du temps de Notre Seigneur. Tous les coins sont pris, la sacristie elle-même est pleine, et beaucoup assistent à la messe par les portes et les fenêtres ouvertes. Après la messe je distribuai la communion. J'ai cru que je n'en finirais jamais. Mon Dieu ! Que l'es missionnaires chargés de ces chrétientés sont surchargés, mais qu'ils doivent être heureux. « Vous venez de Tôkiô et vous nous emmenez Mgr Bonne! Puis qu'il en est ainsi mon corps reste ici, mais mon coeur vous accompagne », dit la Supérieure des Soeurs japonaises de la communauté paroissiale ; et tous ceux qui me parlaient me disaient la même chose en des termes différents.
    Aussi le lendemain, 8 mai, la séparation fut un peu plus triste. Je crus que le pauvre Mgr Cousin qui perdait en Mgr Bonne plus de la moitié de lui-même, n'y tiendrait pas. Il se déroba au dernier moment pour se réfugier à l'église, Malgré l'heure matinale un grand nombre de fidèles étaient venus assister à 4 h. 1/2 à la messe de Monseigneur l'Archevêque et à la gare une foule plus considérable encore était là pour les derniers adieux. Mgr Choulet, qui partait avec nous, me dit : « Si j'avais su que ce dût être si triste, je serais parti vendredi comme j'avais résolu tout d'abord ». Mgr Bonne était encore celui qui dominait le mieux la situation. Après un dernier regard jeté sur l'église témoin de sa vie pendant plus de 30 ans et de la statue de Notre Dame du Japon, en descendant la côte du haut de laquelle est placée la mission : « C'est le Bon Dieu qui le veut. Sit nomen Domini benedictum. Adjutorium nostrum in nomine Domini » me dit-il, et il ne faisait paraître aucune émotion.
    A la gare plusieurs centaines de chrétiens nous avaient précédés. Ils tenaient eux aussi à dire un dernier adieu à Mgr l'Archevêque et, quand le train s'ébranla, des larmes, que le Japonais sait pourtant contenir, s'échappaient de bien des yeux. De Nagasaki jusqu'à Moji, dernière limite de la mission de Nagasaki, chaque fois que le train express s'arrêtait, un nouveau missionnaire ou prêtre indigène venait se joindre à nous pour accompagner Sa Grandeur jusqu'à la limite de la mission, de sorte que nous étions une dizaine au passage du détroit de Shimonosaki. Dans cette ville il fallut pourtant se séparer : les missionnaires de Nagasaki retournèrent chez eux, et Mgr Choulet nous quitta aussi pour monter sur le bateau qui devait le conduire en Corée.
    Nous fûmes seuls toute l'après-midi et aussi la nuit où nous tachâmes de trouver un peu de sommeil dans les soi-disant couchettes des soi-disant wagons-lits du train. Le matin à cinq heures le P. Charron, curé de Himeji, vint nous réveiller et à 6 heures 1/2 nous descendions à Kobé, où Mgr Chatron et les confrères nous attendaient. A midi tous les missionnaires d'Osaka et des environs firent fête à Monseigneur eu se réunissant à l'évêché. Après les visites aux écoles et aux missions de la ville d'Osaka, Monseigneur prit un repos bien mérité. Le lendemain le train dé 8 h. du matin après 12 h. de marche nous amenait à Yokohama, où une dizaine de confrères attendaient Sa Grandeur. C'est le lendemain 11, à 10 heures du matin, que nous arrivâmes à Tôkiô. Tous les confrères de la mission et les délégués des autres corps religieux, en surplis, attendaient à la porte de la cathédrale. Un grand nombre de chrétiens de la capitale remplissaient la cour. Après l'entrée solennelle, la prise de possession et le salut solennel, les chrétiens, puis les missionnaires offrirent en corps leurs hommages à Sa Grandeur.
    Monseigneur a donné à tout le monde l'impression que nous avons acquis un évêque selon le coeur de Dieu. En résumant les éloges faits par tous ceux qui le connaissent à fond et les impressions que j'ai ressenties à la suite de plusieurs entretiens avec lui, je puis dire qu'il remplira à souhait les fonctions épiscopales, qui sont de « gouverner » l'Eglise de Dieu « dulciter et fortiter », « doux » dans les procédés, mais « fort » dans les actes... Deo gratias...
    Je ne veux pas achever cette lettré sans vous parler ainsi d'un autre petit événement, qui m'a donné bien de la joie. A Tôkiô le P. Drouart, curé de Sekiguchi et le P. Demangelle, directeur de l'Orphelinat de ce même port, ont voulu mettre à profit un coin du vaste enclos dont ils jouissent pour bâtir une grotte de Lourdes. Elle est, pour la grandeur et la forme, absolument pareille à la grotte de Massabielle, autant au moins que l'art peut imiter la nature. Les Pères n'attendaient que l'arrivée de Monseigneur pour la faire bénir. Cette bénédiction a eu lieu en grande pompe dimanche dernier. Je n'y ai pas assisté ; mais on y a vu une foule de chrétiens telle que jamais on a en avait vu de pareille à Tôkiô. Je me suis rendu à la cérémonie du soir, à la quelle j'avais été invité pour faire le sermon. Après avoir entendu le chant de l'Ave Maria de Lourdés, répété à travers les allées du jardin, et vu un millier de fidèles tenant un cierge à la main, se grouper devant la grotte, j'ai pu du haut de la chaire de pierre, contempler ce petit horizon que limitait la clarté des cierges de la grotte et de ceux des fidèles, et j'ai eu la complète illusion de me trouver à Lourdes et de prêcher là-bas à la foule des pèlerins réunis. J'ai ressenti là un moment de bien douce joie. Puisse N.-D. de Lourdes au Japon attirer à Elle et par Elle à son divin Fils les foutes de païens qui nous entourent. (Lettre de M. Mayrand, miss. apost. à Tôkiô).

    France. — La maison natale de Mgr Pigneau de Béhaine. Exposition de quelques souvenirs. Toutes les personnes au courant de notre histoire coloniale savent quel rôle considérable a joué Mgr Pigneau de Béhaine, plus connu sous le nom d'évêque d'Adran, dans les événements qui ont été le point de départ de notre établissement en Indochine. Envoyé vers la fin du XVIIIe Siècle en Cochinchine par les Missions Étrangères, et devenu l'ami et le conseiller de Nguyen-Anh qui avait été écarté du trône d'Annam, il comprit tout le parti qu'il pouvait tirer pour la France de ses relations avec ce prince indigène. En son nom, il vint à Versailles en 1787 pour demander des secours et signer un traité qui noua les premiers liens entre la France et l'Annam. Il était accompagné du fils aîné de Nguyen-Anh, le prince Canh, un enfant de six ans, qui, pendant six mois, fut le favori de la cour de Louis XVI. Malheureusement des intrigues de toutes sortes empêchèrent que le traité portât ses fruits. Les projets de l'évêque d'Adran furent contrecarrés à Pondichéry. Il réussit cependant à ramener en Cochinchine des navires, des armes, des munitions, et surtout un groupe de jeunes Français, avec qui il devint l'artisan de la fortune de Nguyen-Anh, qui, sous le nom de Gia-Long, monta sur le trône et a été le fondateur de la dynastie annamite actuelle. De cette intervention serait sortie, sans doute, dès le début du XIXe siècle, la transformation graduelle et sans secousse du peuple annamite, sous notre protectorat, si nos gouvernants avaient su mettre à profit les facilités qu'elle leur offrait. Pigneau de Béhaine n'en reste pas moins l'initiateur de la politique française en Indochine. Mais si l'empereur Gia-Long a reconnu ses services en lui faisant édifier près de Saigon un tombeau dont nous avons fait une propriété nationale et qui, après un siècle, est encore l'objet de la vénération des Annamites, si la Cochinchine a rendu hommage à sa mémoire en lui élevant une statue à Saigon, place de la cathédrale, la France métropolitaine n'a encore, sous aucune forme, payé sa dette de reconnaissance au précurseur de notre politique coloniale.
    Une occasion s'est présentée de réparer ce trop long oubli. La maison natale de l'évêque d'Adran, à Origny-en-Thiérache (Aisne), étant menacée de tomber dans des mains indifférentes, peut-être même hostiles aux souvenirs qu'évoque le nom de Pigneau de Béhaine, M. Salles, inspecteur honoraire des colonies, a eu l'heureuse inspiration de faire appel au concours des amis de la cause coloniale pour l'acheter et la consacrer au culte de cette illustre mémoire. La Société de Géographie de Paris a obtenu que la cession de cette maison lui fût faite. Elle en est propriétaire, elle a fait classer comme monument historique la façade sur laquelle une plaque commémorative a été apposée en 1860 et qu'ornent les armoiries de l'évêque et, dans la chambre natale, elle réunira tous les souvenirs et documents qui se rattachent à la vie de Pigneau de Béhaine et à son oeuvre.
    Un certain nombre de ces souvenirs ont été exposés du 25 au 28 juin dernier dans une des salles de la Société de Géographie, Boulevard Saint Germain, Paris. On y remarquait plusieurs Portraits de Mgr d'Adran ; son Dictionnaire Annamiticum-Latinum, manuscrit de 0,345 X 0,240, 732 pages ; un Catéchisme annamite composé par lui, plusieurs lettres autographes, une Imitation de Notre Seigneur Jésus Çhrist, lui ayant appartenu : la Copie sur satin du discours prononcé par l'empereur Gia-Long aux obsèques de Mgr d'Adran, suivant l'original conservé à l'évêché de Saigon, (Broderie faite à la Sainte Enfance à Saigon, don de Mgr Mossard) ; la Traduction française de ce discours, calligraphiée au collège Taberd à Saigon (don de Mgr Mossard), etc., etc.
    Nous reviendrons prochainement sur cette exposition et probablement nous reproduirons quelques-unes des pièces qu'elle offrait aux visiteurs.

    Corée. — L'incendie de Ryong-Tyeng (Kanto). — Me voici de nouveau revenu au Kanto au milieu de mes chers chrétiens, en bonne santé après une retraite très intéressante que nous a prêchée le P. Ligneul, vétéran de la mission de Tôkiô. Mais les nouvelles que j'ai reçues en route et que j'ai vérifiées en arrivant, n'étaient pas très consolantes. Une heure après mon départ de Séoul, Monseigneur Mutel recevait un télégramme à moi adressé, qui lui apprenait que la mission catholique de Ryong-tyeng (Kanto) et plus de 200 maisons étaient devenues la proie des flammes. J'avais pris le chemin des écoliers et me trouvais chez le P. Denise, à 100 kilomètres de la capitale. C'est là que j'appris cette triste nouvelle. Je télégraphiai aussitôt pour savoir si on avait pu sauver quelque chose : on me répondit qu'à part un surplis, une aube, une nappe d'autel envoyés au lavage, quelques livres et autres objets brûlés ou perdus, le gros avait été sauvé par les chrétiens. C'est muni de ces renseignements que je repris le chemin de Kanto. En sept jours j'étais arrivé. Le spectacle était lamentable : ma chapelle, la maison de mes domestiques, l'école, la maison que je m'étais bâtie l'an dernier à l'automne, tout était détruit, les petits arbres du jardin brûlés, les semis faits par mon domestique en mon absence tout secs et 30 maisons de chrétiens disparues. Plusieurs même n'avaient pu emporter que ce qu'ils avaient sur le dos, ce qui pour des Coréens se réduit à peu de chose.
    J'ai admiré la foi et la résignation de mes chrétiens : pendant que les païens gémissaient, se roulaient par terre, lançant contre le ciel des injures épouvantables, eux, le visage serein se contentaient de dire comme Job : « C'est le bon Dieu qui nous avait donné ce que nous avions : il nous l'a enlevé, que son saint nom soit béni ! Il est notre père, nous avons mérité qu'il nous châtie, mais il saura bien pourvoir à nos besoins ». Je vous assure que la vue de tant de grandeur d'âme m'a consolé. Ne pouvant pas rester dans ce village qui est pourtant le centre de mon district, je suis venu à dix lys de là m'établir dans un village chrétien, où il y avait une chambre de disponible dans la maison commune où les chrétiens se réunissaient le dimanche pour faire leurs prières. Mais comme rien n'avait été préparé, j'ai eu beaucoup d'occupations, et ce n'est pas encore fini. Il a fallu agrandir une porte pour faire entrer mon bureau et une armoire. Il n'y avait pas de clôture : on a fait un mur en terre. On est en train maintenant de faire la porte d'entrée et de bâtir une petite cuisine et un logement pour mon cuisinier qui cumule en même temps les fonctions de servant de messe.
    Les chrétiens du village, quoique très pauvres, sont enchantés d'avoir le Père chez eux : il n'est pas de petits services qu'ils ne soient prêts à me rendre. A tour de rôle, les petites filles vont à la montagne chercher des herbes pour faire ma soupe, les garçons vont à la rivière attraper des poissons pour relever le menu de mes repas. Grâce à Dieu mon estomac s'accommode de ce genre de nourriture, et le régime aura au moins pour moi l'avantage de m'empêcher de commettre des péchés de gourmandise. Le malheur sert toujours à quelque chose. (Lettre de M.Curlier, 5 juin 1911).

    1911/273-279
    273-279
    France et Asie
    1911
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