Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Nouvelles diverses

Nouvelles diverses
Add this
    Nouvelles diverses
    Haut Tonkin : Chez les Tay Blancs. Je suis actuellement à Vinh-tuy chez les Tay blancs à 87 kils en amont de Tuyen quang et à 102 kils en aval de Ha-giang. Je suis ici depuis deux ans. Cette année j'ai fondé une nouvelle chrétienté à 60 kils dici, à Pai-xat, sur le Song-con, dans la direction de Yen-binh-xa. Vinh-tuy situé sur le bord (rive droite) de la rivière Claire, à l'embouchure du Song-con, dépend de Tuyen quang, mais Pai-xat dépend du 3e territoire militaire dont le centre est Ha-giang. Ce n'est pas le travail qui manque ici. Il m'a fallu apprendre le tay. J'ai fini en toute cette année un dictionnaire : tay-anamite-français (800 pages), l'année prochaine j'y ajouterai les caractères chinois et le ferai imprimer si Mgr Ramond le veut bien. L'année prochaine, je préparerai également un catéchisme et traduirai quelques prières. Ces Tay blancs diffèrent des Tay de Nghia-lo. Ces derniers ont une écriture propre qui a fixé et conservé la langue. Ici la race, ayant perdu son écriture, a emprunté les caractères chinois (phonétiques), et sa langue n'ayant plus d'écriture propre pour la fixer, a beaucoup emprunté au chinois et à l'annamite ; elle varie d'ailleurs de tribu à tribu. (Lettre de M. Savina).

    Tonkin maritime : Une église en construction. Je veux refaire l'église du village, l'installation a commencé il y a dix ans environ. L'église faite provisoirement n'est plus convenable et surtout est devenue beaucoup trop petite, car maintenant j'ai un gros village de 700 âmes, et de plus chef-lieu de paroisse. Au passage de Monseigneur, tout dernièrement, chaque jour, la moitié des fidèles était obligée de rester dehors ; aussi Sa Grandeur m'a dit de me débrouiller pour faire une nouvelle église. Mais comment me débrouiller ? Enfin, l'affaire est lancée et je compte que la bonne Providence m'aidera à la terminer. J'ai prié le P. Pilon de venir me faire un plan ; il est reparti il y a deux jours avec le P. Corbel qui l'avait accompagné. C'est décidé, on construira. On est en train de se préparer pour cuire des briques et des tuiles. (Lettre de M. Chevallay).

    ***

    NOCES D'OR ET NOCES DE DIAMANT SACERDOTALES. Plusieurs missionnaires ont cette année célébré le cinquantième anniversaire de leur ordination sacerdotale : au Sanatorium de Montbeton M. Remes, ancien supérieur de cette maison ; au Coimbatour, M. Pageault Tous les deux furent ordonnés prêtres le 2 juin 1860.
    Dans la mission du Thibet, M. Desgodins a célébré ses noces de diamant. Prêtre le 25 mai 1850, M. Desgodins est parti en 1855 pour le Thibet. Que Dieu nous laisse longtemps encore ces vétérans du sacerdoce et de nos missions, dont les exemples de travail et de vertus sont pour nous tous un puissant encouragement.

    Cochinchine Orientale. Incendie de l'église de Kon-tum. Un grand malheur a frappé le district de Kon-tum et nous a tous bien affligés. Dans la nuit du 15 au 16 juin, vers 11 heures 1/2, le feu a complètement dévoré l'église et tout ce qu'elle contenait. On n'a pas même pu sauver le Saint-Sacrement. Quand six à sept minutes après que l'incendie eut éclaté, le P. Jannin se précipita pour sauver la Sainte Réserve, l'autel flambait et le feu était si violent que notre confrère a dû reculer. L'incendie a commencé dans la sacristie, il semble bien qu'elle ait été causée par l'imprudence d'un sacristain annamite, lequel aurait laissé une bougie allumée sur le plancher au-dessous de soutanelles et d'habits d'enfants de choeur. Le P. Decrouille a perdu absolument tout ce qu'il possédait en fait d'ornements et d'objets religieux. Il supporte ce malheur avec une abnégation toute apostolique. Les sauvages ont été fort affligés et presque scandalisés de ce que les Saintes Espèces soient devenues la proie des flammes. C'est une forte tentation pour leur foi encore peu robuste. Cette église était provisoire. Le P. Vialleton l'avait construite après l'incendie de la belle grande église qui lui avait coûté tant de dépenses et de travail pendant plusieurs années. Lorsque je suis arrivé sur le lieu du sinistre, ma première question a été : « Et le Saint-Sacrement ? ». Le P. Decrouille tendit la main vers la fournaise et me dit d'un ton navré : « Il est là ». Je reçus un coup au coeur, et je souffris comme si véritablement Jésus Hostie eût enduré la torture du feu. Il avait cependant été absolument impossible d'arriver jusqu'à l'autel ». (Lettre du P. Guerlach Ro-hai, 20 juin 1910).

    Thibet-Sud : Etat général. Afin d'avoir du côté de l'Inde un pied à terre à la porte du Thibet pour y pénétrer quand les circonstances le permettraient, M. Desgodins qui avait déjà travaillé de longues années dans la partie Orientale vint fonder la Mission du Thibet-Sud. Après quelques années d'explorations et de négociations qui se terminèrent en 1883, il put enfin s'établir à Padong, en pays anglais, au seuil du Thibet, du Sikkim et du Boutan. Il avait alors comme compagnon d'apostolat un jeune missionnaire, M. Mussot qui devait bientôt le quitter pour se rendre dans la partie orientale de la Mission. C'est là, qu'en 1905, il a été massacré par les Lamas de Bathang.
    M. Desgodins, qui est le doyen d'âge de toute la Société dés Missions Etrangères, est toujours à Padong. Le 25 mai dernier nous avons fêté le plus solennellement possible le 60e anniversaire de son ordination sacerdotale. Au mois d'août 1883 il était encore dans sa hutte de bambous quand il y fut rejoint par M. Hervagault qui venait remplacer M. Mussot. Les commencements furent pénibles, car les missionnaires ne trouvaient que très difficilement les provisions qui leur étaient nécessaires et enduraient beaucoup de peines et de soucis pour leur installation. Au point de vue spirituel, tout était encore à commencer, puisqu'il n'y avait aucune âme convertie dans la région.
    M. Saleur qui vint ensuite partager leurs travaux ne fit que passer et mourut à Padong à la fleur de l'âge.
    Après avoir beaucoup travaillé à répandre parmi les païens la Bonne Nouvelle, les missionnaires eurent enfin la consolation de voir quelques orphelins et quelques adultes se convertir et venir rendre leur solitude plus agréable. Durant une épidémie ils purent baptiser plusieurs enfants à l'article de la mort.
    M. Douênel, arrivé en mission en 1892, fut dès le début terrassé par la maladie, mais son courage ne l'abandonna pas. Après avoir à son tour parcouru la vallée de Padong et les villages environnants il réussit à faire de nouvelles conversions qui ont formé la chrétienté actuelle de Padong. Au prix de fatigues et de sacrifices très grands, il a pu construire une très belle église, une nouvelle maison pour les missionnaires, un spacieux bâtiment comprenant salles de classe et de catéchisme etc, enfin un asile pour les vieillards et les infirmes recueillis par lui.
    Cette dernière oeuvre, fondée par notre Confrère il y a plusieurs années, lui a procuré la joie de plusieurs conversions et attire vers la Mission la sympathie des païens et des autorités. Jusqu'à ces derniers temps, l'asile n'était qu'une construction en planches qui elle-même avait déjà fait place à une série de huttes de branchages. M. Douênel a réussi à édifier deux jolis pavillons séparés et très bien aménagés.
    Dans le cercle de Padong, deux écoles catholiques ont été établies : la première à Sakiong, l'autre à Kaching.
    Au sujet de cette dernière nous devons de grands remerciements à de nombreux bienfaiteurs. Il y a quelques années en effet, manquant de fonds pour construire cette école, nous avions envoyé une supplique qui fut chaleureusement recommandé et qui reçut un accueil très généreux. Ces secours, joints à nos faibles moyens, nous ont permis de bâtir une école, une chapelle pour les catholiques de la localité et une chambre pour le missionnaire. Cette fondation est l'oeuvre de M. Durel qui depuis quelques années se dévoue à Pa-dong. Grâce à ses soins et à ses fatigues, le village de Kachin possède une très agréable station. Notre confrère va y passer plusieurs jours chaque semaine. Puisse-t-il y recueillir bientôt une belle moisson d'âmes.
    En 1891 un nouveau poste fut fondé. Ce fut celui de Maria, Basti (village de Marie). Le gouvernement anglais, en récompense des services rendus par M. Desgodins, ayant accordé à la Mission une forêt d'environ 800 ares pour y établir un village catholique, M. Hervagault quitta Padong pour aller fonder la nouvelle station. Il y fit son entrée le 16 octobre 1891, avec quelques orphelins et quelques familles chrétiennes amenées avec lui, en toute une vingtaine de personnes. Là aussi, comme à Padong, les commencements furent très modestes. Notre confrère s'y installa dans une hutte de bambous pendant que les ouvriers défrichaient la forêt aux environs et nivelaient le sommet de la montagne sur laquelle devait s'élever l'église et la maison. Les orphelins logeaient sous des abris improvisés. Durant le jour, sous la direction de M. Hervagault, ils travaillaient aux défrichements et aux premières semailles, le soir venu, au milieu du silence de la forêt, ils chantaient des cantiques et étudiaient les prières et le catéchisme. Quand M. Hervagault, peu de temps après son arrivée, commença la construction de son église il n'avait encore que quelques rares familles chrétiennes. Néanmoins confiant dans l'avenir il la fit assez grande pour contenir 400 personnes environ. Ses voeux se sont accomplis. La forêt, qui est maintenant presque toute défrichée et occupée, a fait place à un village catholique. La belle église qui est au centre domine les deux versants de la montagne et est aperçue de plusieurs lieues à la ronde. Au nord, la vue n'est bornée que par les plus hauts sommets des Himalayas, toujours converts de neige, qui nous séparent du Thibet. Ce qui est mieux encore, c'est que le dimanche, l'église de Maria-Basti est remplie de chrétiens. On pense déjà à l'agrandir. Puissent les nouvelles et nombreuses conversions nous y forcer.
    Faute de place désormais disponible à Maria-Basti, les nouveaux convertis ne pourront plus y venir demeurer. Ils devront forcément ainsi que les orphelins nouvellement mariés, rester ou s'établir dans les villages païens des environs. Cela nous occasionnera sans doute quelques soucis, mais il y aura le bon côté. Obligés de demeurer auprès des infidèles, les chrétiens, qui sauront se montrer les vrais disciples de Notre Seigneur, ne manqueront pas de le faire connaître autour d'eux.
    Deux écoles catholiques dépendent de la station de Maria-Basti ; celle de Lingés et celle de Kagué. L'une et l'autre ont été l'occasion de quelques conversions.
    La Mission a toujours recueilli des orphelins en plus grand nombre possible. L'oeuvre de la Sainte Enfance nons cause des dépenses assez considérables, mais nous donne aussi beaucoup d'espoir, car les orphelins formeront petit à petit des familles chrétiennes qui s'établiront dans les environs. Ce qui manquait jusqu'ici c'était une maison convenable pour abriter les orphelins. Cette année nous avons entrepris la construction d'un orphelinat. Malheureusement, la somme dont nous disposons ne sera pas suffisante pour couvrir les frais.

    Le 14 mai, c'était une grande fête à Maria-Basti ; nous avons béni une statue de N.-D de Lourdes qui venait d'arriver de France. Elle est placée sous une voûte naturelle du rocher qui forme le contrefort de l'éminence sur laquelle sont construits l'église et les divers établissements de la Mission. Depuis plusieurs semaines les orphelins et les chrétiens travaillaient à niveler l'emplacement en avant des rochers et creusaient dans la pierre une niche pour y placer la statue, Daigne la Très Sainte Vierge, qui est si méricordieuse dans les Pyrénées répandre aussi ses faveurs dans les Himalayas.
    Outre ces deux stations de Padong et de Maria-Basti, les missionnaires essayèrent de fonder de nouveaux postes : M. Durel à Nok et un autre confrère à Kalimpong. Ils y passèrent de longs mois sujets à bien des misères, espérant enfin pouvoir s'y établir définitivement. Des circonstances indépendantes de leur volonté ne le leur permirent pas, et avec regret ils durent abandonner leurs pauvres huttes. Toutefois leur séjour dans ces deux localités ne fut pas inutile. Une famille de Nok se souvint dans la suite de M. Durel et vint le rejoindre, à Maria-Basti. L'essai de fondation à Kalimpong fut accompagné de quelques conversions d'enfants. Un d'entre eux montra une très grande fermeté pour résister à ses parents païens qui employèrent tous les moyens possibles pour le retenir et le ramener. Il fut dans la suite baptisée par M. Douênel, chez qui d'ailleurs il était venu se convertir quelques jours avant notre arrivée à Kalimpong. Il devint un jeune homme modèle et enfin catéchiste très dévoué aux missionnaires. Il est mort il y a quelques années à Padong avec des sentiments admirables de piété.

    Il resterait à dire quelques mots sur les obstacles qui nous empêchent de faire des conversions plus nombreuses. Ici comme dans toutes les Missions, le diable, outre le respect humain, met en jeu mille ruses pour empêcher toute conversion. Nous avons aussi à nos côtés la propagande protestante qui a placé maîtres décoless et catéchistes dans presque tous les villages et qui attire ainsi les âmes que nous aurions peut-être converties, si nos ressources nous avaient permis d'employer les mêmes moyens.

    Malgré beaucoup d'obstacles, à force de travail, d'abnégation et de sacrifices, les missionnaires du Thibet ont donc pu former, avec la grâce du bon Dieu, un petit troupeau de fidèles.
    D'après notre dernier compte-rendu annuel la population catholique actuelle de nos diverses stations est d'environ 500 personnes.
    Jusqu'ici plus de 200 baptisés sont morts. Le plus grand nombre d'entre eux étaient des enfants qui sont entrés au paradis par la porte de l'innocence. (Lettre de M. Moriniaux, 9 juin 1910).

    1910/274-280
    274-280
    France et Asie
    1910
    Aucune image