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Nouvelles diverses

Nouvelles diverses Yun-nan. — Massacre de M. Mérigot. Le 22 de ce mois, un télégramme de Yong-pé (texte chinois) déposé au bureau de Li-kiang, nous annonçait la mort du P. Mérigot, tué le 20 (mardi) à Tsing-iu (cent lis au sud de Yong-pé). Un télégramme du P. Bailly, déposé au bureau de Ta-ly, nous confirme la triste nouvelle en ces termes : « Mérigot, un chrétien morts assassinés, onze maisons brûlées. Vingt décembre. Tsing-iu. —Bailly ».
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    Nouvelles diverses

    Yun-nan. — Massacre de M. Mérigot. Le 22 de ce mois, un télégramme de Yong-pé (texte chinois) déposé au bureau de Li-kiang, nous annonçait la mort du P. Mérigot, tué le 20 (mardi) à Tsing-iu (cent lis au sud de Yong-pé).
    Un télégramme du P. Bailly, déposé au bureau de Ta-ly, nous confirme la triste nouvelle en ces termes : « Mérigot, un chrétien morts assassinés, onze maisons brûlées. Vingt décembre. Tsing-iu. —Bailly ».
    Nous vous donnerons ultérieurement, lorsqu'ils nous seront parvenus, des détails sur la cause et les circonstances de ce meurtre. Pour le moment nous ne pouvons que faire des conjectures : nous savons en particulier que le P. Mérigot était, à Tsing-iu, l'objet de vives inimitiés de la part des notables de ce gros marché, ceux-ci s'opposant, de connivence avec le préfet de Yong-pé, à la construction d'une chapelle dans la chrétienté voisine.
    Nous sommes heureux de savoir aussi que peu de jours avant ce triste événement, le cher P. Mérigot avait reçu la visite du P. Leparoux. (Lettre de Mgr de Gorostarzu, Vicaire apostolique du Yun-nan).
    Premiers détails sur la mort de M. Mérigot 1. — Aussitôt après le meurtre de notre confrère, les émeutiers, irrités par les première s arrestations opérées parmi eux, sont restés en armes prêts à résister aux poursuites du prétoire. Par suite nos confrères voisins, MM. Leparoux et Bailly n'ont pu jusqu'à cette heure se rendre eux-mêmes sur les lieux. Mais quelques chrétiens, témoins oculaires, sont venus leur porter des nouvelles qu'ils nous ont communiquées. De plus, deux de ces chrétiens envoyés à Yun-nan-sen par M. Bailly nous ont raconté ce qu'ils ont vu. Nous empressons de faire part à nos confrères de ces premiers détails :
    Le 14 décembre MM. Leparoux, Bailly et Mérigot se trouvaient réunis à Yong-pé. M. Leparoux regagna Ma-chang (5 étapes s à l'est) dès le lendemain. Le samedi 17, M. Bailly repartait pour Ta-pin-tseu (2 fortes journées au sud-ouest), accompagné de M. Mérigot, qui devait s'arrêter à Tsing-y 1 (40 klm sud de Yong-pé) pour y surveiller les travaux d'un oratoire commencés le 30 novembre.

    1. Il est utile de faire remarquer que, d'après les traités passés avec la Chine, le missionnaire était dans son droit en voulant construire une chapelle sur un terrain possédé légalement par la mission catholique. Son droit paraît évident, puisque la possession de ce terrain n'a pas été contestée de 1906 à 1908. Les autorités chinoises n'ont à ce sujet soulevé de difficultés qu'au moment où M. Mérigot a commencé la construction de sa chapelle. D'ailleurs après le drame sanglant du 20 décembre, le mandarin de Yong-pé n'a pas contesté la légitimité de la possession du terrain, mais il a imaginé d'accuser les chrétiens de s'être armés et d'avoir, les premiers, attaqué les païens.

    On sait que les notables de l'endroit, gênés par l'établissement de la mission catholique chez eux, avaient imaginé, en septembre 1908 de nous contester la légitimité du contrat, par lequel, en 1906, nous avions acquis là un emplacement. Les mandarins appuyèrent ces réclamations, et leurs procédés de mauvaise foi empêchèrent jusqu'ici la solution de ce litige. Fatigué de leurs chicanes, le P. Mérigot, dont les matériaux de construction (d'une valeur de 300 taëls) se détérioraient sur place, et qui voyait la chrétienté souffrir gravement des longueurs du procès, se décida à commencer les travaux. Toutefois, il en informa au préalable le préfet de Yong-pé lui demandant de prévenir par une proclamation toute opposition violente de la part de nos ennemis. Ajoutons tout de suite que le préfet n'en fit rien ; il se contenta de dire au Père que, le procès n'étant pas terminé, il ne pouvait construire.
    Le lundi 19 décembre au matin, M. Bailly prit congé de son confrère, et M. Mérigot continua à surveiller les travaux au hameau de Jouan-kia-tchang, aux portes du gros marché de Tsing-y (300 familles) ; il n'y avait encore sur les chantiers que 8 ou 10 maçons ou manoeuvres. Depuis trois jours, paraît-il, les chefs de la région tenaient des réunions dans ce marché, soit disant pour aller au-devant du mandarin, et le P. Mérigot ne soupçonnait rien de grave.
    Tout à coup le 20 décembre dans l'après-midi, les milices de neuf communes, avec drapeaux et gongs, se trouvent réunies au nombre de cinq ou six cents hommes armés dans le dit marché. Une femme chrétienne, qui a vu ce qui se prépare, court prévenir le Père dans son logement ; il était 3 heures de l'après-midi. Tout d'abord M. Mérigot refuse de croire au danger, cependant il sort aussitôt sur l'emplacement des constructions, et aperçoit une foule de plusieurs centaines d'hommes armés venant du marché, drapeaux déployés. Trois coups de feu sont dirigés sur lui, un seul l'atteint, traversant la manche de son habit. Vite le Père et les quelques chrétiens qui l'avaient suivi se replient dans la maison d'habitation et montent au grenier. Les cinq ou six familles du hameau prirent aussitôt la fuite, heureusement pour elles. M. Mérigot croyait sans doute que la foule voulait simplement lui faire évacuer les chantiers. Mais voici qu'au bout de quelques instants le feu prend aux maisons.

    1. Les lettres que nous recevons portent Tsing-in, Tsing-y, Tsin-y, ce qui provient, sans doute, de la différence de prononciation.

    La situation lui apparaît alors dans toute sa réalité. Des larmes jaillissent de ses yeux : « Je n'aurais jamais cru, dit-il, qu'ils en vinssent à cette extrémité ; fuyons comme nous pourrons ». Il part le premier ; son catéchiste Hiang-jen-ho le suit ; puis viennent le maître d'école Sié Tse-hen, et les deux autres chrétiens. Hiang Jen-ho tombe dans la cour de la maison, la gorge traversée d'un coup de feu ; et les émeutiers l'achèvent à coups de lances et de couteaux. Tandis que la plupart de ces miliciens s'élancent à la poursuite du Père, Sie Tse hen se jette dans le puits de la maison (environ trois pieds d'eau sur dix de profondeur) et y reste caché jusqu'à la nuit. Les deux autres chrétiens réussissent à s'échapper dans la campagne.
    Poursuivi par une nombreuse bande, notre cher confrère parcourt sept à huit cents mètres à travers champs ; mais il finit par être atteint, et tombe à son tour criblé de blessures. Ses meurtriers, armés de lances, fusils et couteaux, s'acharnent sur lui.
    Le hameau fut entièrement consumé par les flammes, et la nuit la foule retourna dans le marché.
    Le corps de M. Mérigot resta dans le champ à l'endroit où il était tombé, jusqu'au surlendemain vers midi, moment où le préfet de Yong-pe vint faire les constatations nécessaires, et le fit mettre en bière. Le cercueil fut déposé dans une pagode du marché.
    Deux des serviteurs de M. Mérigot, échappés au massacre, coururent l'un à Ta-pin-tseu, résidence de M. Bailly à 45 kilomètres sud-ouest ; l'autre à la résidence de Yong-pe. Les chrétiens de cette dernière ville, informés ainsi du désastre dès le matin du 21 décembre, envoyèrent le même serviteur porter la nouvelle au P. Leparoux tandis qu'ils dépêchaient un courrier à Ly-hiang (4 journées à l'ouest) déposer au bureau de cette ville un télégramme pour l'évêché de Yun-nan fou. Nous connûmes ainsi la triste nouvelle dès le 22 décembre à 6 h. du soir.
    Le préfet de Yong-pe, Chen Pin-tchang, informé par le personnel de la mission des désordres et des meurtres commis à Tsing-y, s'était rendu aussitôt sur les lieux. Les milices n'étant pas encore dispersées, il comprit aussitôt les graves responsabilités qu'avaient encourues leurs chefs. Aussi arrêta-t-il plusieurs d'entre eux. De retour à Yong-pe, il alla lui-même raconter aux gardiens de la résidence de M. Mérigot les résultats de ses constatations et donna cet important détail, que toutes les blessures avaient été reçues par derrière, et que les meurtriers avaient poursuivi le Père jusqu'à 2 ly environ (800 mètres) de distance.
    Néanmoins Chen Pin-tchang voyait aussi des responsabilités peser sur sa propre personne. Pourquoi les chefs du pays avaient-ils réuni les milices, et procédé à cette scène de meurtres et d'incendies avec la publicité et l'assurance d'une troupe qui obéit à un mouvement officiel? Le moins que l'on puisse, dire, c'est que les excitations des mandarins à vexer les chrétiens et les missionnaires, l'appui odieux que le prétoire, même en haut lieu, avait toujours donné aux inimitiés des notables contre nous, étaient pour ces derniers une garantie d'impunité. Donc pour dégager sa responsabilité et un peu celle des notables, Chen Pin-tchang vient d'inventer la calomnie suivante. Le P. Mérigot, ayant réuni plus de cent chrétiens armés, leur faisait surveiller les travaux. La population païenne, irritée, voulut les obliger de force à quitter la place. Les chrétiens firent feu pour les effrayer ; là-dessus une rixe à mort fut engagée ; le P. Mérigot et son catéchiste moururent atteints de plusieurs blessures. Telle est la version que ce préfet vient d'envoyer au vice-roi. Comment donc expliquera-t-il que toutes les blessures ont été reçues par derrière ; qu'il n'y a ni tué, ni blessé du côté des païens, etc... ? On sait d'ailleurs que, en comptant les femmes et les enfants, tous les chrétiens de la région de Tsing-y ne dépassent guère le chiffre de quatre-vingts, que le Père ne possédait pas d'armes, non plus que les chrétiens à part un ou deux ayant un fusil.
    Aujourd'hui même la nouvelle est arrivée aux autorités provinciales que le pays Tsing-y est en rébellion. Ceci n'est pas pour nous surprendre, un chrétien de Tsing-y, parti de cette localité le 23 décembre, nous raconte,en effet, que, le préfet ayant arrêté des miliciens, les compagnons de ces derniers murmurèrent disant : « C'est pour lui obéir que nous avons marché, et voilà qu'il nous punit. Tant qu'à être coupables, soyons-le pour de bon ». Et ils se mirent à piller un village chrétien (Lan-guy-tsin) à 2 kilomètres resté intact jusque-là. Ainsi le mouvement provoqué par les mandarins se tourné aujourd'hui contre eux. Puisse-t-il ne pas s'étendre et causer de nouveaux désastres dans les chrétientés des environs !
    Sur les ordres de M. de Margerie, ministre de France à Pékin, le consul de Yun-nan-fou a délégué M. Beauvais, vice-consul, pour enquêter à Tsing-y d'accord avec le préfet de Ly-kiang, délégué par les autorités provinciales. M. Beauvais s'est mis en route ce matin ; nous osons espérer que le calme sera promptement rétabli à Tsing-y, et que M. le vice-consul pourra arriver sans retard au terme de son voyage. (Lettre de Mgr de Gorostarzu, 7 janvier 1911).

    Mandchourie septentrionale. — M. Bourlès mort de la peste Harbine. Le télégraphe vous a déjà transmis la si triste nouvelle de la mort de mon confrère M. Bourlès. Il arriva dans la Mandchourie septentrionale en l'année 1899. Il fut placé près de M. Régis Souvignet, pour apprendre la langue chinoise et se former au ministère apostolique. Entraîné par le zèle du futur martyr de Houlan, il eut bientôt acquis assez de connaissances pour être mis à la tête d'un district. On lui assigna celui de Nong-an, à une journée de distance de Kouan-tcheng-tse.
    Il quitta avec regret le cher M. Souvignet, qui lui témoignait tant d'affection, et arriva à son nouveau poste. Il s'y trouvait depuis peu de temps, quand survint la terrible persécution de 1900. Pour éviter la fureur des Boxeurs, il s'éloigna de la ville où se trouvait sa résidence habituelle, et se retira dans la chrétienté voisine. Cette chrétienté, n'étant composée que de vieux chrétiens, lui offrait un refuge plus assuré. C'est là qu'il passa les mauvais jours de la persécution, obligé souvent d'aller se cacher dans une forêt de saules pour échapper aux recherches de ses ennemis, qui voulaient sa mort.
    Enfin, les troupes Russes étant arrivées dans le pays, le calme revint, M. Bourlès était sauvé. Il n'en fut pas de même pour M. Régis Souvignet, Georjon, Leray et un prêtre indigène Pierre Tchang. Tous les quatre furent massacrés en haine de la religion.
    Cependant il s'agissait de leur trouver des remplaçants. M. Bourlès fut appelé à succéder à celui qui l'avait formé à la vie, apostolique, M. Régis Souvignet. Ce fut avec bonheur qu'il se rendit à son nouveau poste. Grâce à son zèle, à son activité, une nouvelle résidence fut bientôt réinstallée à Hou- lan ; les anciens postes, brûlés pendant la persécution; furent reconstruits, de nouveaux oratoires furent ouverts. Tous les ans il était heureux d'enregistrer de 80 à 100 baptêmes d'adultes.
    M. Monnier étant mort. M. Bourlès lui succéda. Il était installé à Harbine depuis 7 à 8 mois, quand la peste commença à sévir dans la ville chinoise de Fou kia-tien. Poussé par le désir de profiter de cette occasion pour sauver des âmes, M. Bourlès ouvrit un hôpital. Ses chrétiens s'offrirent pour soigner les pestiférés, et on peut dire qu'à ce moment presque tous ceux qui sont morts, ont été victimes de leur dévouement et martyrs de la charité.
    On recevait indifféremment à l'hôpital et chrétiens et païens. Un catéchiste fut chargé d'exhorter les païens à embrasser le catholicisme. Y consentaient-ils ? Il leur expliquait les vérités nécessaires pour le salut. Sur 200 païens environ, qui sont entrés à l'hôpital, tous ont voulu mourir régénérés dans les eaux du baptême.
    Me trouvant à Harbine pour y passer les premiers jours de l'an, en compagnie de MM. Delpal, Bourlès, Mutillod et Obin, j'ai eu le bonheur d'admirer les fruits spirituels qu'obtenait le cher et regretté M. Bourlès. Chaque jour il allait visiter les pestiférés à l'hôpital où il constatait une dizaine de décès.
    Mais le zélé disciple de Notre Seigneur, respirant ainsi un air empesté, finit par être pris lui-même de la peste. Deux confrères allèrent le voir. Ayant un jour craché du sang, il se hâta de leur dire qu'il ne guérirait pas. Il avait remarqué, en effet, que dès qu'un pestiféré crache le sang, c'en est fait de lui. Il déclara à ses confrères qu'il était heureux de mourir pour voir secouru les pestiférés. Il profita du peu d'instants qui lui restaient à vivre, pour se préparer à mourir saintement. Il se confessa plusieurs fois, reçut avec une grande dévotion le Saint Viatique et le sacrement de l'Extrême Onction. Ses derniers moments furent employés à faire des oraisons jaculatoires, à écouter pieusement les exhortations et les lectures que lui faisaient ses deux confrères.
    L'agonie commença ; comme M. Bourlès était d'une nature extrêmement robuste, elle fut plus terrible pour lui que pour les autres malheureux attaqués de la peste. Le bon Dieu le voulut ainsi pour lui permettre d'achever son purgatoire en ce monde. Quand son âme fut entièrement purifiée, elle s'envola, dans le séjour des Elus, je l'espère, pour y recevoir une récompense bien méritée. Il mourait martyr de la charité chrétienne. ( Lettre de Mgr Lalouyer, Vicaire apostolique de la Mandchourie septentrionale, 18 janvier 1911).

    Coïmbatour. — Procès gagné. Peste. Depuis longtemps déjà nos chrétiens de Kanampaleam sout en aient un procès contre les païens qui voulaient les empêcher de puiser de l'eau au puits du village ; l'affaire avait déjà été portée devant plusieurs juridictions. Enfin le jour de la fête de l'lmmaculée Conception, à 1 heure de l'après- midi, la Haute Cour de Madras admettait le droit de nos chrétiens de caste à puiser de l'eau dans les puits publics en même temps que les païens de caste. Cette affaire de Kanampaleam avait passionné tout le Sud de l'Inde. Les païens se préparaient à boycotter tous les chrétiens. Ils sont déboutés. La Haute Cour a reconnu pour les « catholiques romains » de caste le même droit que pour les païens de caste.
    Donc ils ne perdent pas leur caste par le seul fait qu'ils deviennent des baptisés, et ne doivent pas être considérés comme des parias.
    De la part des païens ces manoeuvres étaient vraiment diaboliques. Que seraient devenus nos pauvres chrétiens, puisque dans la plaine nous n'avons presque pas de parias chrétiens mais seulement des chrétiens de caste ?
    Ce procès, qui dure depuis 9 mois, nous a coûté bien des peines et pas mal d'argent ; mais c'était un principe qu'il fallait défendre et nous ne l'avons pas payé trop cher. Les, païens ont bien dépensé dix fois plus que nous. Ils ont offert jusqu'à 1500 roupies à un témoin pour dire un mensonge. Généralement un faux témoignage peut s'obtenir pour 1 roupie, sans difficulté. Enfin le boycottage général des chrétiens n'aura pas lieu. Pauvres païens ! Ils se croyaient si sûrs de gagner que la lettre aux païens de la Présidence était prête à être lancée ; on n'attendait que le télégramme donnant le jugement. Tout leur plan s'est effondré sous le pied de l'Immaculée.
    Vont-ils nous réattaquer par la voie civile ? Je ne le pense pas, et d'ailleurs je crois qu'ils perdraient leur temps et leur argent. Mais leur orgueil est grand et il se sent blessé. Enfin à la grâce de Dieu ! Nos chrétiens se sont magnifiquement conduits pendant toute cette persécution. Les femmes surtout étaient plus courageuses que les hommes dans ces épreuves. Que de chapelets ont été dits ! Maintenant la conclusion est très claire : Si vous aviez un peu d'argent à votre disposition, je vous prierais de l'envoyer par ici pour boucher les trous faits par les avocats qui étaient évidemment de première classe pour ce cas et qui se faisaient bien payer.
    A peine sortis de ces tracas, nous voilà aux prises avec la peste. Le couvent indigène est atteint, toutes les religieuses se sont faites inoculer et se sont dispersées, excepté les pestiférées ; nous envoyons leurs orphelines dans un camp à deux milles de Coïmbatour. Le collecteur a mis la police à la porte du couvent pour empêcher les communications du dehors. Les officiers du gouvernement sont très aimables et pleins de complaisance. Nous dispersons aussi une partie de nos orphelins de l'école industrielle et nous fermons notre collège. Cette dispersion nous cause une grande tristesse, mais que faire ? Nous n'avons rien aux environs de Coïmbatour. Il nous faudrait une maison de campagne qui servirait à nos religieuses tant indigènes qu'européennes, et à leurs enfants pour les promenades, puis à notre pensionnat et à nos orphelins, à tour de rôle, et aussi et surtout pour les vacances, et en temps de peste.
    A trois ou quatre milles aux environs de Coïmbatour les terrains se vendent à des prix très élevés. La ville augmente très vite, et dans quelques années, dit-on, sa population dépassera celle de Trichinopoly.
    Il y a, à trois milles de Coïmbatour, près de la rivière Noyai, un beau terrain d'une vingtaine d'acres, arrosé en partie par trois puits, planté de manguiers et par conséquent ombragé, appartenant à une catholique qui a une dizaine d'enfants. Elle nous le céderait, je crois, pour une somme relativement peu élevée, parce qu'elle a besoin d'argent pour l'éducation de ses enfants, il n'y aurait plus qu'à y bâtir.
    Si nous l'avions présentement nous ne craindrions pas tant pour tout notre monde. Que vont-ils devenir dispersés de tous côtés ?

    1911/102-108
    102-108
    France et Asie
    1911
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