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Nouvelles diverses LA MISSION DU PAPE AU JAPON Extrait de la Croix du 31 janvier 1906. LE MOUVEMENT INTELLECTUEL ET RELIGIEUX AU JAPON
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    Nouvelles diverses

    LA MISSION DU PAPE AU JAPON
    Extrait de la Croix du 31 janvier 1906.

    LE MOUVEMENT INTELLECTUEL ET RELIGIEUX AU JAPON

    Le peuple japonais est à l'ordre du jour. Sec succès militaires l'ont révélé à l'opinion occidentale qui croyait le connaître et n'en soupçonnait point les prodigieuses ressources. Les « légations » à Tokio se transforment en « ambassades », reconnaissant ainsi officiellement l'entrée des Japonais parmi les grandes puissances. Toute occasion d'enquête sur le Japon devient par suite une impérieuse obligation pour tout publiciste, à plus forte raison la présence à Rome de Mgr O'Connell qui vient de remplir d'une façon si brillante une importante mission du Pape auprès du mikado. Il m'a été donné de m'entretenir aussi avec Mgr Berlioz, l'évêque d'Hakodate, qui « missionne » au Japon depuis 1870 1, et qui professe pour les Japonais la même admiration que j'avais déjà remarquée en Mgr Mugabure, le coadjuteur de Mgr Osouf, archevêque de Tokio. D'autres rencontres heureuses n'ont permis de compléter ces conversations.
    Il m'est rigoureusement interdit, faute de place, de m'attarder en des considérations générales. Deux remarques seulement ; tous ceux que j'ai entendus m'ont parlé de la volonté intense avec la quelle les Japonais se portent vers toutes les sources du savoir. Il n'est point de peuple européen chez qui l'instruction élémentaire soit plus répandue. Les plus humbles ont la passion de la lecture. Vous rencontrez souvent, me dit un interlocuteur, des portefaix, attelés à leur pousse-pousse, qui s'arrêtent un moment, et tirent de leur poche quelque journal pour le parcourir à la dérobée. En même temps, les controverses religieuses provoquent toujours l'attention. Ce peuple qu'on nous dépeint comme irréligieux s'arrache les publications religieuses. En 1902, par exemple, pour ne citer qu'un chiffre, le nombre des ouvrages nouveaux qui traitaient de questions religieuses s'est élevé à 1134 ! A la fin de 1905, la revue néo-bouddhiste, le Shin Bukkyo, envoya à 185 personnages du Japon les plus en vue pour leur influente intellectuelle, un questionnaire sur la vie future. Les réponses de 103 d'entre eux prirent 106 pages de la revue. Les réponses furent divergentes : mais le fait qu'un pareil débat puisse prendre une pareille ampleur n'en est pas moins significatif.

    1. Mgr Berlioz n'est arrivé au Japon qu'en 1879.

    L'esprit Japonais, aiguisé par la culture intellectuelle, s'ouvre donc toujours davantage aux problèmes religieux. Il a déjà fallu rabattre du préjugé qui montrait dans les Japonais un peuple intelligent, mais capable seulement d'imiter et non de concevoir originalement ; il faudra « mettre en observation » le fameux aphorisme qui nous les présente comme un peuple incapable de vie profonde et réfractaire au besoin religieux.

    LA RÉCEPTION A TOKIO

    ... A l'Eden-Hôtel, où il est descendu, Mgr O'Connell m'accueillit, les deux fois où j'allai l'y saluer, avec une bonne grâce parfaite. Je ne présenterai pas au lecteur l'archevêque de Portland l'ancien supérieur du séminaire américain de Rome, sacré évêque à quarante-deux ans, en 1901. M. Ligneul l'apostolique missionnaire de Tokio, que Mgr O'Connell et Mgr Berlioz ont vivement loué devant moi le fera à ma place.
    « Grand et puissant, écrit M. Ligneul dans une lettre particulière, accoutumé à la représentation, il produit une excellente impression. Tout de suite il a demandé tous les documents qu'on pourrait lui fournir pour l'éclairer. Il a avec lui deux secrétaires, tous deux docteurs. Ni lui ni eux ne perdent de temps... En toute occasion, Mgr O'Connell ne manque pas de répéter que personne ne connaît le Japon tel qu'il est, que ce n'est pas un pays comme un autre, que tout ce qu'il pourra faire pour le Japon à Rome et en Amérique, il le fera ».
    De fait, il ne faut pas causer longtemps avec l'archevêque de Portland pour s'apercevoir que le Japon a conquis son affection, et que le Prélat aime ce vigoureux pays de toute la prédilection que le fils de l'Amérique ressent pour une race laborieuse, ardemment tendue vers le progrès.
    Naturellement, l'envoyé extraordinaire du Pape au Japon ne se départira pas de la discrétion nécessaire. Mais les faits extérieurs, insuffisamment transmis à l'opinion occidentale, ont par eux-mêmes le plus haut intérêt : ces faits, il les a puisés à plusieurs sources...
    Et puisque la seule chronique a toute la saveur d'une page d'histoire, le lecteur trouvera ici une chronique, non une interview.

    MARS AVRIL 1906. N° 50.

    Je vais suivre pas à pas Mgr O'Connel depuis son arrivée au Japon jusqu'à son départ.
    Le 25 octobre 1905, Mgr O'Connell débarquait à Yokohama. Le gouverneur de la province venait aussitôt le saluer officiellement. Le lendemain, l'archevêque était à Tokio ; il y descendait au Splendide Hôtel Impérial.
    Le baron Komura, ministre des Affaires étrangères, venait à peine d'arriver d'Amérique où il avait joué le rôle important que l'on sait.
    Cette circonstance retardait d'un jour ou deux la réception de lenvoyer du Pape par le ministre.
    Mais dès le 4 novembre, jour de la naissance de l'empereur, M. le baron Komura conviait Mgr O'Connell à une réception officielle, à laquelle les seuls étrangers invités étaient les ministres plénipotentiaires accrédités auprès du mikado. C'était reconnaître de suite, avec éclat, en Mgr O'Connell, le caractère d'ambassadeur.
    Le prélat rencontra, pour la première fois, dans cette réception, les hommes qui ont joué au Japon un rôle considérable, et ce marquis Ito, qui a tant contribué, avec le mikado, à ouvrir aux Japonais les voies du progrès moderne, et cet amiral Togo, dont il suffit de prononcer le nom. « Je n'ai pu m'empêcher d'admirer, me dit Mgr O'Connell au sujet de l'amiral Togo, la grande modestie qui rehausse chez cet homme un mérite immense ». Autour de ces hommes illustres se pressait l'élite du monde politique et militaire ; l'envoyé du Pape remarqua l'extrême facilité avec laquelle chacun d'eux parlait au moins deux des langues européennes.
    M. le comte Katsura, président du Conseil des ministres, fit aussitôt à Mgr O'Connell un accueil significatif. Un cercle se formant autour des deux interlocuteurs, M. le comte Katsura adressa au représentant du Pape une allocution pleine de courtoisie, de prévenance et d'à-propos.

    RÉCEPTION PAR LE MIKADO

    Le départ de M. le baron Komura pour la Chine, où le ministre des Affaires étrangères avait à remplir une mission extraordinaire, eut pour conséquence de mettre dès lors Mgr O'Connell en rapport direct avec le premier ministre. La mission de l'archevêque de Portland en revêtit un caractère plus imposant.
    Le 10 novembre, l'empereur devait recevoir Mgr O'Connell. Un carrosse de gala, aux livrées de la cour, vint le prendre à son hôtel. Un landau suivait pour son secrétaire. Le spectacle ne laissait pas d'être nouveau pour le peuple de Tokio. A la vue de l'archevêque, revêtu de tous les insignes de sa dignité, portant sur la poitrine la croix qu'il avait reçue du Pape le jour de son sacre, les passants s'arrêtaient étonnés, mais en saluant respectueusement.
    Le mikado attendait l'envoyé du Pape dans la salle du Trône, vêtu en généralissime, entouré de sa maison impériale. Le premier ministre était à son côté.
    Ce que dit à l'empereur Mgr O'Connell et ce que lui répondit le mikado n'appartient évidemment pas au domaine public. Il est pourtant permis de savoir que Mgr O'Connell, en remettant à l'empereur la lettre autographe du Souverain Pontife, exprima au souverain du Japon la reconnaissance du Pape et de tout le monde catholique pour la protection dont les missionnaires avaient été l'objet durant la guerre.
    Mgr O'Connell retourna à l'hôtel dans le même carrosse de gala, qui fut mis à sa disposition, durant tout ce jour, pour les visites officielles aux membres du gouvernement.
    Deux jours après, l'empereur donna un dîner officiel en son honneur, dans le palais Schima, dîner qui fut présidé par le prince Fushima.

    RÉCEPTION A L'UNIVERSITÉ

    Le 15 novembre, les étudiants de l'Université, puis deux jours après, le Conseil impérial de l'instruction publique ajoutaient leur manifestation spontanée de sympathie à l'accueil significatif que le représentant du Saint Siège avait reçu dans les sphères officielles.
    Un grand meeting fut organisé par les étudiants dans la plus grande salle de Tokio.
    4000 personnes s'y pressèrent. Les orateurs qui adressèrent la bienvenue à Mgr O'Connell étaient au plus haut degré des « représentative men ». C'était M.Anezaki, professeur non chrétien de religions comparées à l'Université de Tokio. M.Anezaki a récemment accompli un voyage d'enquête en Europe. Avant de s'y rendre, il croyait suivant les sophismes courants, que le catholicisme était lié à des choses mortes, qu'il représentait l'impuissance de rénovation, que toute nation catholique était une nation en décadence, qu'au contraire le protestantisme était le christianisme de l'avenir... Il a rapporté au Japon une conclusion très différente de ces impressions premières : le catholicisme, au contraire, lui a apparu comme la plus puissante et la plus robuste construction religieuse que l'humanité ait connue ; et l'orateur allait le déclarer au cours de ce meeting. Le second orateur était l'homme le plus éloquent du Japon, M.Shimada ; il avait choisi pour sujet : « L'Eglise catholique et la civilisation ». Un pasteur protestant, M. Lloyd, traita, chose remarquable, des martyrs du Japon. Enfin, précédant immédiatement Mgr O'Connell, M.Maeda, le prêtre japonais, collaborateur du P. Ligneul, brillant écrivain et remarquable conférencier, parla « du Pape de Rome et de la place qu'il tient dans le monde ».
    M.Anezaki avait, dès le début, caractérisé heureusement le catholicisme « fondé sur l'autorité, qui est le centre de l'unité et la force de l'universalité ».
    Mgr O'Connell fut ainsi introduit de plain pied dans le sujet qu'il avait à cur de développer. Plein de reconnaissance pour l'accueil qu'il recevait du peuple japonais comme de son chef, il fit remonter ces honneurs jusqu'à celui qui en était l'objet au-dessus de lui, au chef de notre religion et à la religion elle-même. Il montra dans le mot d'ordre du Christ : «Allez, enseignez toutes les nations, » la source de l'unité, de la catholicité et de l'universalité... Il fit toucher du doigt la raison d'être de cette unité par un rapprochement plein d'à-propos avec la force de cohésion du peuple japonais...
    Une immense acclamation salua Mgr O'Connell quand il eut terminé. Les étudiants japonais, agitant leurs mouchoirs, poussaient leur cri : « Banzai le pape ! Banzai (Vive) Mgr O'Connell ! »... Et ces applaudissements, ces acclamations suivirent longtemps l'archevêque de Portland. Comme il s'éloignait en voiture, une rumeur lointaine lui apportait encore les échos de cet enthousiasme japonais dont les Européens se font difficilement une idée.
    Le surlendemain, au palais de l'Université impériale, Mgr O'Connell était reçu par les hauts dignitaires de l'enseignement officiel.
    L'archevêque de Portland retrouva d'abord, dans un entretien intime, nombre de savants japonais qui avaient reçu à Harward une éducation tout américaine.
    Dans l'Aula magna de l'Université, 2000 personnes l'attendaient. Mgr O'Connell traita, suivant le désir qu'on lui en avait exprimé, de l'éducation. Il mit en relief la puissance d'éducation intégrale du principe catholique qui ne limite pas l'éducation au seul enseignement, mais qui exige la formation de l'homme complet, âme, esprit et corps.
    Ce discours prononcé en latin, fut traduit aussitôt en japonais. Le président de l'Université remercia l'orateur en lui remettant un diplôme de membre honoraire de l'Université impériale.

    DINER D'ADIEU.

    Le 22 novembre, le premier ministre donna en l'honneur de Mgr O'Connell un grand dîner, auquel il invita les autres ministres et les principales notabilités politiques. Au champagne, M. le comte Katsura se leva, et, avec solennité, prononça un toast en l'honneur du Pape. Mgr O'Connell répondit par un toast en l'honneur de l'empereur. Ces deux toasts furent écoutés debout. C'était la première fois dans l'histoire du Japon, que le Pape et le mikado échangeaient ainsi par leurs représentants des témoignages d'aussi éclatante cordialité...
    Deux autres toasts suivirent, de M. le comte Katsura à Mgr O'Connell pour le remercier du tact avec lequel il avait accompli son importante mission, et de Mgr O'Connell pour remercier le premier ministre et tous les autres personnages politiques japonais de lui avoir facilité cette mission.
    Quand, le 23, le représentant du Saint Siège quitta Tokio, il fut salué à la gare par le premier ministre, par le gentilhomme de l'empereur, par d'autres notabilités japonaises et par le corps diplomatique presque entier.
    Comme on le pense bien, Mgr O'Connell fut en contact intime avec nos missionnaires. Avec quelle émotion il m'a parlé de leur zèle, de leur vie laborieuse, de l'entrain avec lequel ils subissaient les privations.... « Que j'eusse voulu, ajoutait-il, être en mesure de mettre à leur disposition les ressources matérielles qui, seules, leur manquent pour donner à leur travail l'efficacité qu'il mérite !.... Leurs vertus, leur dignité morale, la sainteté de leur vie sont partout très hautement appréciées ; j'en ai recueilli des échos dans tous les milieux où j'ai pénétré ».
    Est-ce à cette profonde estime dé nos missionnaires, est-ce au sentiment religieux qui travaille les Japonais qu'il faut attribuer le trait suivant ? Mgr O'Connell, durant son séjour, fut invité par un riche bouddhiste. En face de lui, un personnage, vêtu de soieries somptueuses, était assis. L'archevêque de Portland sut que c'était le chef des bonzes japonais. Celui-ci lui dit : « J'ai souhaité vous voir ; il me serait agréable de visiter Rome, où siège le successeur de Pierre. Puisque cette satisfaction m'est impossible, je vous demande de présenter en mon nom au Pape l'expression de mes sentiments de profond respect ».
    Or, le japonais bouddhiste qui avait invité Mgr O'Connell est précisément le donateur d'un terrain, en un site magnifique, pour y ériger une église catholique.

    Su-tchuen Oriental. Attaque contre M. Marrot. Le 14 juin, j'avais pris possession de mon nouveau poste de Liang-chan-hien, lorsque le 24, dans la nuit, mon oratoire fut assiégé. C'était vers 3 heures du matin. En entendant le bruit que faisaient les bandits, j'appelai mes domestiques, qui saisis de peur, avaient pris la fuite, et de la sorte je me trouvai tout seul contre une forte bande.
    L'oratoire étant trop isolé, je ne voyais d'autres moyens de salut que de parlementer avec les brigands, et pour cela j'ouvris une fenêtre qui donnait sur la cour intérieure d'où venaient les cris de : cha. Il m'en prit mal, car à ce moment, un coup de fusil fut tiré et ma main gauche reçut presque toute la décharge ; le pouce de la main droite n'eut pas moins de 6 grains de plomb. C'était inutile alors de parlementer, je n'avais qu'à offrir le sacrifice de ma vie au Bon Dieu.
    La porte volait en éclats, lorsque je rentrai dans ma chambre de travail, et malgré les bandits j'essayai de sortir. Hélas ! Je reçus encore un coup de poutre dans le coté gauche, je n'en continuai pas moins mon chemin. L'obscurité et l'inexpérience des lieux retardèrent un peu ma marche, mais je parvins à prévenir les gardes nationaux et de là je me rendis en ville où le mandarin se fit un devoir de donner des ordres pour prendre les coupables ; actuellement 7 des bandits sont arrêtés et seront jugés selon la justice légale.
    Quant à mes blessures, mon côté va mieux ; ma main droite va assez bien ; ma main gauche avec la grâce de Dieu ne tardera pas à être rétablie.
    Pour ce qui est du vol, les brigands emportèrent tout l'argent de la récolte du riz ; ils piétinèrent tous mes ornements et tout mon linge d'autel ; ils n'emportèrent que mes deux plus belles nappes d'autel, et d'autre linge, de moindre valeur.
    (Lettre de M. Marrot, 10 septembre 1905.)

    1906/112-118
    112-118
    France et Asie
    1906
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