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Nouvelles diverses

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    Nouvelles diverses

    Singapore : Singapore et la Révolution Chinoise. A propos de cette révolution chinoise, je crois bien que Singapore a été quelque peu diffamé. D'après ce que j'ai lu dans certains journaux ou revues, notre pays aurait été le centre du mouvement réformiste. C'est au moins exagéré. Sun yat-sen a résidé ici pour la première fois il y a quelque 12 ou 15 ans. Ce jeune homme avait alors des allures pacifiques et ne songeait guère à jouer un jour le rôle de chef de parti, je le crois du moins. Depuis son aventure de Londres, arrestation suivie de mise en liberté, Sun yat-sen a fait durant ces dernières années de nombreuses apparitions à Singapore. Il n'est point resté inactif et a trouvé tout naturellement de chaudes sympathies parmi une population chinoise élevée dans l'atmosphère britannique. Il a organisé un comité local, a trouvé des secours pécuniaires. La police était au courant et laissait faire, se contentant d'inviter Sun yat-sen à gagner le large quand il jouait des coudes un peu trop fort. Bref Singapore a été un des centres du mouvement, mais c'est tout.
    Pour le quart d'heure notre pays est fort tranquille. Quelques centaines peut-être quelques milliers de Chinois sont rentrés dans leur pays pour grossir l'armée des rebelles ; des sommes considérables ont été depuis longtemps déjà envoyées au parti réformiste et les souscriptions se font aujourd'hui publiquement ; le drapeau de la rébellion flotte un peu partout en ville et les célestiaux organisent de temps à autre des démonstrations, il y a fusillade de pétards et coupe de tresse de cheveux, tout cela se fait pacifiquement et les affaires vont leur train ordinaire. (Lettre de M. Couvreur, procureur des Missions Etrangères à Singapore).

    Tonkin Occidental : Consécration épiscopale de Mgr Bigolet. Le Tonkin Occidental vient de célébrer à Ké-so, avec un éclat inaccoutumé, le sacre de Mgr Bigolet, évêque d'Antiphrae et coadjuteur de Mgr Gendreau, le vénérable vicaire apostolique de cette mission. La fête a eu lieu le 12 novembre 1911, dans la grande église construite, il y a trente ans, par Mgr Puginier, en l'honneur de l'Immaculée Conception. Jamais, dans nos missions d'Annam et peut-être de tout l'Extrême-Orient, on n'avait vu cérémonie aussi imposante, surtout à cause du nombre des évêques présents et de la foule immense qui y assista. Mgr Gendreau avait convié à cette solennité douze évêques des Vicariats voisins : NN. SS. Velasco, Arellano et Munagori, de l'ordre de Saint Dominique, Vicaires apostoliques du Tonkin septentrional, central et oriental ; Ramond, du Haut-Tonkin ; Marcou, du Tonkin maritime ; Belleville, du Tonkin méridional ; Allys, de Hué ; Mossard, de Saigon, Jeanningros, coadjuteur de la Cochinchine orientale ; Bouchut, du Cambodge ; Perros, du Siam, et de Guébriant, qui rentrait de France et gagnait sa mission du Kien-tchang en traversant le Tonkin et le Yun-nan. Dès le vendredi soir, les chrétiens annamites commencèrent à affluer à Ké-so de tous les points de la mission. Le samedi, la foule était déjà si considérable qu'il n'y avait plus une seule place dans les maisons des habitants et qu'on dut laisser ouvertes toute la nuit les portes de l'église. Beaucoup de visiteurs s'y installèrent pour dormir ; mais le plus grand nombre préféra passer la nuit en prières, si bien qu'on n'entendit, du soir jusqu'au matin, que la modulation plaintive et chantante de nos chrétiens récitant à deux churs le chapelet ou les prières du chemin de la croix. Les messes commencèrent vers deux heures du matin, afin que les cent prêtres présents ce jour-là à Ké-so eussent le temps de célébrer le saint sacrifice avant la cérémonie du sacre. De très nombreux chrétiens firent la sainte communion ; ou en a compté deux mille, et cependant beaucoup, empêchés par l'encombrement de s'approcher des autels, furent obligés de renoncer à satisfaire leur dévotion.
    Vers huit heures et demie, le cortège se forma pour se rendre à la cathédrale. En tête marchait une fanfare formé par un de nos jeunes confrères ; les délégués de nos cinquante-cinq paroisses suivaient, graves et recueillis, comme savent le faire les Orientaux lorsqu'ils prennent part à une cérémonie religieuse ; puis, derrière un nombreux clergé, s'avançaient les quatorze évêques, dont douze en mitre et en chape, ombragés par de grands éventails en plumes et des parasols d'apparat. Dans la cathédrale splendidement décorée et envahie par une foule immense, les prêtres indigènes chargés du service d'ordre avaient peine à réserver un étroit couloir pour le passage de la procession. Les invités européens, placés dans le choeur, purent suivre tous les détails de la liturgie. Quant aux Annamites, entassés à étouffer dans les nefs, ils ne purent guère remarquer que la prosternation et l'intronisation. Toute l'assistance s'agenouilla quand le, jeune évêque se prosterna sur les marches de l'autel. Quelle ne dut pas être son émotion, lorsque étendu presque à l'endroit où nos grands évêques dorment leur dernier sommeil, il entendit le chur, puis le consécrateur appeler sur lui l'intercession de toute la cour céleste ? Toute l'histoire sanglante de nos missions du Tonkin dut s'éveiller en ce moment dans son esprit et dans son cur. Là était couché sous la pierre de son tombeau Mgr Retord, dont toute la vie ne fut qu'un long chemin de la croix et qui, témoin douloureux du massacre de ses prêtres et de ses chrétiens, réalisa jusque dans sa mort sa belle devise : Fac me cruce inebriari ! Là était aussi ce Mgr Theurel, qui, au sortir de la persécution, réorganisa, au prix d'un labeur inouï, sa mission dévastée et qui, épuisé par ses travaux, mourut à trente-neuf ans. Là dormait aussi l'évêque au grand cur, Mgr Puginier, qui, au milieu des troubles causés par la conquête du Tonkin et alors que tout s'effondrait autour de lui, imposait silence à ses angoisses en levant les yeux vers le ciel et en répétant la fière devise de son blason : Scio cui credidi !
    Une vive émotion se manifesta dans l'assistance, lorsque Mgr Gendreau, ayant fait asseoir le nouvel évêque sur son propre siège lui mit la mitre au front et la crosse en main, puis se retira vers le coin de l'autel comme pour présenter à son peuple le soutien de sa vieillesse et le continuateur de son oeuvre. Tout le monde s'inclina, quand Mgr Bigolet, souriant et majestueux, descendit les degrés de l'autel et s'avança lentement jusqu'au fond de l'église, bénissant la foule attendrie.
    Vers trois heures de l'après-midi, les quatorze évêques sortirent de la mission pour recevoir les félicitations et les hommages des Annamites. Ils prirent place sur une estrade drapée de rouge, entourés de nombreux missionnaires, et le défilé des délégations commença. Nos prêtres indigènes s'avancèrent les premiers, conduits par leur doyen, le P. Trinh, curé de la paroisse annamite de Hanoi. Les élèves du grand séminaire se présentèrent ensuite, portant deux grandes pièces de soie rouge, sur lesquelles étaient brodés des compliments en annamite. Le défilé de tous les corps de notre mission, comme aussi des Vicariats voisins, continua ainsi pendant deux heures.
    Au modeste banquet qui, à midi, réunit autour des évêques les missionnaires et quelques amis de la mission, aucun discours ne fut prononcé. Seul Mgr Gendreau remercia en quelques mots ceux qui avaient bien voulu répandre à son invitation. Les autres compliments furent réservés pour le repas plus intime du soir. Après que NN. SS. Gendreau et Bigolet eurent éloquemment et délicatement donné cours aux sentiments qui emplissaient leurs curs, Mgr Ramond eut la touchante inspiration de comparer le sacre actuel à celui de Mgr Theurel, célébré cinquante ans auparavant, dans des circonstances bien différentes. Mgr Theurel, en effet, reçut la consécration épiscopale en 1859, au plus fort de la persécution de Tu duc. La cérémonie eut lieu dans une pauvre case. Le consacré n'avait ni gants, ni bas, ni sandales ; sur sa tête on posa une mitre en papier ; en guise de crosse on lui mit à la main un bambou couvert de papier doré et surmonté d'une volute en corde. « Et voilà écrivait-il à cette occasion, comment on fait ici les évêques d'Acanthe ». Ce n'est pas ainsi qu'on fait aujourdhui les évêques d'Antiphrae ; mais, comme le dit Mgr Ramond, « si les circonstances ne sont plus les mêmes, les curs, eux, n'ont pas changé : ils battent toujours aussi fort pour le succès de la même cause ».
    ***

    Mgr Bigolet est né en 1872, au diocèse de Langres. Son intelligence, ses vertus, sa science théologique, sa connaissance approfondie de la langue et des choses annamites le désignaient depuis longtemps à la confiance, à l'estime et à l'affection de son évêque et de ses confrères. Nous lui souhaitons respectueusement un long et fructueux épiscopat. (Lettre de M. Léchaudé, missionnaire apostolique au Tonkin Occidental).

    Kien-tchang : Services rendus à la mission Legendre. Nos lecteurs n'ont pas oublié les périls courus au Kien-tchang par le Dr Legendre et par ses compagnons. Dans une lettre adressée à Mme Legendre, le vaillant explorateur parle des services que les missionnaires lui ont rendus ; voici ce qu'il écrit :

    Ning-yuen-fou, 16 novembre 1911.

    Nous avons été reçus à Ning-yuan par l'excellent P. Bourgain, qui s'est dépouillé de tout pour nous, nous permettant de nous débarrasser de nos vêtements souillés de sang et surtout de notre linge rempli de vermine ramassée dans les couvertures de la misérable auberge où nous sommes restés six longs jours dans la position de condamnés à mort.
    Le P. Bourgain nous a cru morts jusqu'au 2 novembre, où la famille Tchang a risqué la vie de plusieurs hommes pour avertir le préfet que nous étions blessés, mais en vie. Dans la ville, on nous avait, non seulement déclarés massacrés, mais le chef, Tchang Iao-Tang s'était vanté d'avoir attaché nos têtes à la queue de son cheval, pendant que notre sang avait servi à bénir les fanions des rebelles.
    Je dois une vive reconnaissance au P. Bourgain qui, nous croyant entre les mains de Tchang Iao-Tang, a voulu négocier avec ce chef de rébellion la rançon de nos existences.

    1912/103-107
    103-107
    France et Asie
    1912
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