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Nouvelles diverses

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    Nouvelles diverses

    Corée. Le Journal. Le journal marche aussi bien qu'on peut le désirer quand on ne veut pas tout faire à la fois ; il tire à plus d'exemplaires que ses collègues, et grâce à certains perfectionnements il est plus utile aux chrétiens et atteint plus de monde. Dans tel district sur 100 abonnés, 50 sont protestants, 7 à 800 feuilles au moins sont chaque semaine achetées par des païens sans compter les païens abonnés qui augmentent chaque jour. J'en envoie 50 feuilles par semaine aux gouverneurs et mandarins à tour de rôle et plusieurs m'ont adressé des lettres très élogieuses et se sont abonnés. Le journal va au Japon, aux Hawaï, à San Francisco. Dernièrement, deux protestants l'un de Ouen-san, l'autre du Hpyeng-an-to, m'ont écrit après avoir abjuré pour me dire qu'ils devaient leur conversion à la lecture assidue du Po-Kam qu'ils avaient rencontré par hasard chez un chrétien. Enfin de plusieurs endroits les missionnaires me disent que le contact du journal (feuille intérieure) a un effet excellent sur les chrétiens et la feuille extérieure nous attire les païens. (Lettre de M. Demange, mars 1908).

    Eglise de Notre-Dame du Rosaire. En 1894, durant ma tournée d'administration, je traversais Tjyang-ho-ouen ; à l'extrémité est du village, au pied de la montagne, j'aperçus une grande maison en tuiles entourée d'un beau mur, qui tranchait singulièrement sur les paillottes qui l'environnaient.
    « Si la Sainte Vierge voulait, me disais-je, elle choisirait cette maison pour demeure, je serais son valet de chambre et nous serions tous deux bien mieux logés que dans mon taudis de Pou-heng-kol ».
    Et dire que ce simple désir allait être bientôt exaucé !
    Cette maison appartenait à M. Min-hyeng-sik, neveu de la reine, qui, en 1882 s'était réfugiée ici pendant que tout le royaume portait le deuil de sa mort. L'emplacement de la maison en chaume que Sa Majesté a habitée est devenu le jardin actuel.
    Min-hyeng-sik, comme du reste beaucoup de ses parents, ne reculait pas devant les injustices quand il s'agissait de garnir sa bourse ou d'agrandir son domaine. Il crut que l'occasion était bonne pour rançonner ceux qui avaient commis le gros péché de ramasser une petite fortune.
    Dès le départ de la reine il annonça qu'il allait construire une maison plus convenable pour le cas où Sa Majesté daignerait de nouveau venir chez lui : tels favorisés de la fortune étaient chargés de procurer les pierres de taille, tels autres le bois de charpente, tels autres les tuiles ; et le pauvre peuple commença à trimer.
    En quelques mois une maison très vaste et vraie perle pour le pays s'éleva, et en attendant l'arrivée très peu probable de Sa Majesté la reine, M. Min l'habita.
    Mais comme bien mal acquis ne profite jamais sous aucune latitude, Min-hyeng-sik ne devait pas tarder à subir les fatalités que le proverbe prédit aux mains peu scrupuleuses.
    La reine Min fut assassinée en 1895 et les Japonais pensant que de ce fait les Min devenaient leurs ennemis, firent porter contre plusieurs d'entre eux des sentences de bannissement. La Corée en même temps se souleva pour venger sa souveraine.
    Min-hyeng-sik comprit que le voisinage du poste japonais de Tjyangho-ouen, préposé à la garde du télégraphe, ne disait rien de bon pour lui. Il crut t que le meilleur parti était de battre en retraite, lui qui auparavant ne prétendait craindre que le ciel. C'était en janvier 1896. On vint me proposer l'achat de la maison pour 6000 piastres ; avec 4000 je crois qu'on aurait pu s'en tirer, mais d'où sortir cette somme ? Il n'y avait qu'à attendre que la bonne Vierge exauçât la prière que je lui avais faite 2 ans auparavant. Cela ne devait pas tarder. Au mois d'avril des milliers de volontaires venaient attaquer le poste japonais de Tjyang-ho-ouen : la maison des Min, veuve de ses habitants, devenait le quartier général des soldats de la justice. Les Japonais, après 3 jours de bataille, n'ayant plus de munitions firent une sortie à la faveur du crépuscule alors que les volontaires étaient repus de vin ; ils mirent le feu de tous les côtés au village et tirèrent leurs dernières cartouches. Nos Coréens, pris de panique, s'enfuirent ; les Japonais maîtres de la position faute de défenseurs vinrent mettre le feu au quartier général. Le lendemain comme il restait encore des bâtiments, ils recommencèrent leur couvre incendiaire, lorsque les pauvres gens qui avaient vu la veille leurs mai-sons brûlées vinrent demander en grâce qu'on leur laissât les débris de celles-ci pour s'abriter. Les soldats faisant droit à leurs justes supplications éteignirent le feu. J'appris cela et je crus l'occasion bonne de tenter un coup hardi : j'envoyai un entremetteur faire l'achat des débris du palais en cendres. Par une assistance spéciale de la bonne Vierge que nous invoquions, le marché était conclu pour 188 piastres.
    En choisissant cet emplacement la sainte Vierge elle-même semblait indiquer le vocable qu'elle désirait pour le sanctuaire que je me proposais de bâtir sur ces ruines : La montagne à laquelle la mai son était adossée portait le nom de montagne des roses, il était tout naturel de dédier la chapelle à Notre-Dame du Rosaire.
    Faute de ressources l'édifice ne put être élevé qu'en 1903.
    Cette même année, le diable voyant qu'on lui jouait un mauvais tour, voulut mettre des bâtons dans les roues, en essayant de faire bâtir juste devant la porte d'entrée une pagode en l'honneur de la feue reine. On me déconseilla de construire, parce que la chapelle s'accommoderait mal de cette construction païenne. Je répondis par retour du courrier : « La sainte Vierge a pris possession ici, elle ne renonce pas à ses droits, à moins d'une manifestation contraire bien visible de sa volonté, je construirai cette année, prière d'envoyer immédiatement des ouvriers ».
    L'avenir prouva en effet que ce n'était là qu'un ballon d'essai, le projet de pagode ou de palais comme ses entrepreneurs le décoraient, pour faire mousser l'affaire et avoir un semblant de raison de gruger le peuple au profit de leur bourse toujours vide, ce projet, dis-je, tourna à la honte de ses partisans. Le diable avait encore une fois sa tête écrasée et Marie restait maîtresse de la position.
    Notre-Dame du Rosaire se dresse maintenant au pied de la montagne des roses (Lettre de M. Bouillon, 20 janvier 1908).

    1908/182-183
    182-183
    France et Asie
    1908
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