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Nouvelles diverses

Nouvelles diverses Tonkin Occidental. — Ruines et Travaux à Yen-kien. — Depuis ma dernière lettre, qui date déjà de longtemps, je suis venu m'installer à Yen-kien.
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    Nouvelles diverses

    Tonkin Occidental. — Ruines et Travaux à Yen-kien. — Depuis ma dernière lettre, qui date déjà de longtemps, je suis venu m'installer à Yen-kien.
    J'avais fait une chapelle en bambous, de dix travées ; le chevet, où se trouvait l'autel, était un mur en maçonnerie. Tous mes bambous étaient peints à la céruse ; les portes étaient vernies et avaient des serrures ; les fenêtres du choeur possédaient des vitres ; la toiture était cachée par des stores faits sur mesure, etc... Quoique en bambous, la chapelle était très propre, et faisait bon effet malgré sa pauvreté.
    Ma chambre était en bambous, comme la chapelle ; elle comptait huit travées.
    Le soir du 7 mai, un ouragan est passé et a tout renversé.
    J'ai acheté d'autres matériaux, je me suis remis au travail et déjà tout était refait, sauf les cloisons, quand le fameux typhon du 7 juin survint et à son tour détruisit tout de nouveau.
    Ainsi, l'argent que l'on m'avait envoyé a été emporté par le vent !
    J'ai reconstruit encore, mais cette fois, ,j'ai fait des murs en briques, qui ne sont que des gach moc, il est vrai, c'est-à-dire des briques séchées simplement au soleil ; mais c'est tout de même plus lourd que les cloisons et plus solide.
    Cette année a été vraiment extraordinaire. L'ouragan qui avait renversé mes immeubles au 7 mai, avait couché tout le riz dans l'eau, et on eut à peine une demie moisson. Depuis, nous avons eu une quantité de gros coups de vent, et de la pluie en masse, jusqu'à la fin d'octobre. C'est seulement maintenant que le temps frais et sec commence. J'espère que la moisson du dixième mois réparera les torts causés par celle du cinquième, car elle est jusqu'à présent magnifique.
    La religion fait encore quelques progrès ici, mais ils sont très lents. Parfois une famille se convertit, longtemps après une autre la suit, et c'est tout.
    Le progrès est plus rapide et plus sûr à côté de la grande chaîne de montagnes, où j'ai acheté, à bon compte, plusieurs mamelons pour y installer des villages. Sur le premier mamelon, il y a déjà une trentaine de familles ; sur le second, dix ; sur le troisième, sept ; et sur le quatrième, six.
    Quand mes revenus me le permettront, je demanderai à Monseigneur un prêtre annamite pour me remplacer à Yen-kien, et j'irai moi-même m'établir dans ces mamelons, afin de soigner ceux qui y demeurent et d'en attirer le plus possible, de manière à former une nouvelle paroisse.
    (Lettre du P Le Page).

    Japon. — Prêtres catholiques aumôniers. — Le gouvernement japonais vient d'autoriser l'envoi d'aumôniers catholiques sur le théâtre de la guerre. Trois prêtres japonais ont déjà été désignés pour remplir ces fonctions : ils seront considérés comme ayant le grade de lieutenant.

    Japon, Nagasaki. — Funérailles d'un marin catholique. — J'ai eu la semaine dernière une belle cérémonie ici. Un de mes chrétiens est mort sur le Yoshimo 1, et, selon la noble habitude, il avait droit à des funérailles publiques.
    Ici les enterrements civils sont inconnus, même pour ceux qui, pendant leur vie, ne croient ni à Dieu ni au diable. La plupart du temps, les bonzes n'ont d'autre but que de rehausser la solennité des enterrements. La ville fut fort embarrassée, ne voulant pas favoriser les sentiments religieux des parents et ne comprenant rien aux solennités catholiques. Il y eut plusieurs pourparlers entre les représentants de la ville et moi.
    Plus de 10.000 personnes devant assister officiellement à la cérémonie, il ne fallait pas songer à ma chapelle. En outre, on aurait désiré une après-midi pour ne pas déranger les écoles et les Yakuba 2 de la cité. Sur ce dernier point j'ai été inflexible à refuser. On m'a demandé alors le dimanche ; encore impossible de consentir, vu que ce jour je ne pouvais avoir aucun confrère chez moi.
    La cérémonie fut fixée au lundi, à 8 heures du matin. Il y eut un service solennel dans ma chapelle où, avec mes chrétiens, assistèrent les autorités de la ville et un représentant de chaque famille du quartier. A la messe il y avait diacre et sous-diacre, et le chant était accompagné par l'harmonium.
    La messe terminée, tout le monde se retire et on porte le catafalque sur la place publique la plus vaste et assez éloignée de ma résidence. Sur tout le parcours, plus de 5.000 élèves, échelonnés de distance en distance, faisaient le salut, puis venait la procession que précédait une fanfare.
    Arrivés sur la place publique, les chrétiens récitèrent quelques prières, après lesquelles on chanta le Libera, suivi de l'absoute. La cérémonie religieuse terminée, eurent lieu les discours officiels ; ensuite les élèves défilèrent devant le catafalque en saluant. Sur la place on comptait plus de 10.000 personnes se tenant dans un religieux respect et admirant la beauté des cérémonies catholiques.

    Lettre du P. Sauret.

    1. Navire de guerre japonais.
    2. La mairie, le personnel des bureaux, etc.

    Pondichéry. — Mort édifiante et funérailles du P. Foucarde. — Un des plus zélés apôtres de Pondichéry vient de mourir, il a succombé le 26 juillet à une maladie de coeur. La veille, à 6 h. 3/4 du soir, le P. Pinel vint me dire que l'état de notre cher confrère était fort grave. Aussitôt le P. Rassendiram, un de mes vicaires, courut au presbytère de l'église du Sacré-cœur, où se trouvait le malade. Il l'avertit du danger, et de lui-même le cher Père demande à recevoir les derniers sacrements. Après le souper, je me rendis là-bas avec mes deux vicaires. En nous voyant arriver le Père nous dit en riant :
    « Ah ! Bien, c'est sérieux cette fois ».
    Il était assis et ses pieds reposaient sur un escabeau, il parlait comme d'habitude, doucement. Au bout d'une demi-heure de conversation :
    « Commençons, dit-il, ce sera facile d'ailleurs, car je viens de me confesser au P. Arokiam ». Je lui donnais l'Extrême-onction, et comme j'allais ôter mon étole :
    « Et l'indulgence apostolique, dit-il, donnez-la moi, donnez-moi tout, immédiatement ; car ces maladies de coeur sont traîtresses ».
    Quand j'eus fini, il me prit la main, et me dit à l'oreille :
    « Surtout, n'oubliez pas les nouveaux chrétiens, soutenez-les, encouragez les missionnaires qui en sont chargés, c'est notre oeuvre avant tout ; c'est pour cela que nous sommes venus, ne l'oubliez pas. Dites aux chrétiens de Pondichéry que j'ai confiance en eux, demandez-leur de prier beaucoup pour moi. En retour, si j'ai quelque pouvoir au ciel, je vous le ferai sentir.
    — Au nom de Monseigneur, lui dis-je, au nom de tous les confrères, laissez-moi vous embrasser — Très bien, maintenant à Dieu. (Lettre du P. Morel, vicaire général, Pondichéry, 3 août 1904).

    Le lendemain vers 9 heures, quatre ou cinq minutes avant sa mort, pressant la main du P. Escande, notre cher malade demanda :
    « Quel est donc cet ange, qui se tient ici devant moi ? » Et le Père lui ayant répondu que c'était un ange envoyé de Dieu pour emporter son âme. « C'est bien, fit-il, Dieu soit béni ».
    Il ferma les yeux et exhala son dernier soupir. Son enterrement s'est fait au milieu d'un concours immense de peuple ; jamais je ne vis tant de monde à des funérailles ; la cathédrale n'en pouvait contenir la moitié. Le P. Morel présidait, il a retracé en quelques mots émus la carrière apostolique et les vertus du défunt.
    Que Dieu nous donne une vie et une mort semblables à celui que nous pleurons. (Lettre du P. Pinel, Pondichéry 27 juillet 1904).

    1904/311-313
    311-313
    France et Asie
    1904
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