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Nouvelles diverses

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    Nouvelles diverses

    Thibet. Conversions. ... De nouvelles régions continuent à nous tendre les bras : au N. O. de Ta tsien-lou, c'est le Taou avec 120 à 150 familles, le Heurtchangou avec une quarantaine de familles, le Kantsé avec 130 familles, le Rongmé Tchangou sur la route de Ta-tsien-lou à Mong-kong-tin qui offre 30 familles. Je ne parle pas d'une autre population thibétaine du même Rongmé Tchangou où 600 familles demandent à se faire mes « gota » c'est â dire mes « clients ». J'ai répondu au représentant de cette population sans chef de se soumettre directement à la Chine, ce en quoi je puis l'aider, et qu'au point de vue religieux, j'accepte de m'occuper d'eux. Je ne sais pas quelle réponse sera faite. Cette population habite un pays fertile et en grande partie parle Chinois.

    Fatiguée des concussions de son chef indigène, elle lui fit savoir, il y a quelques années, de ne plus s'occuper d'elle, sinon les choses tourneraient mal. Le chef en effet retira ses griffes et la population commença à payer tribut à notre « Min-tchen-se » (roi thibétain de la principauté de Ta-tsien-lou). Celui-ci, craignant que la Chine ne cherche prochainement l'occasion de lui jouer quelque mauvais tour, vient d'être pris d'un remords de conscience. Il a déclaré cette année à ces 600 familles qu'elles n'étaient plus de son peuple. De là, la demande faite auprès de l'évêque. Tout fait espérer que le mouvement signalé au début de cette lettre grandira si nous pouvons le seconder.

    Les Taoua (habitants du Taou) avaient un grand procès à Tatsien-lou. Leur cause, qui parait juste, semble en même temps perdue, et il y avait à craindre que cet insuccès ne les décourageât. D'eux-mêmes ils déclarèrent que ceci était sans influence sur leur première détermination, parce que la religion est au-dessus de tout cela. A leur retour, ils devaient nous chercher un vaste emplacement pour établir un poste et s'offrent à fournir à un prix raisonnable tous les bois de construction... Au Taou, deux familles d'adorateurs, l'une de race Chinoise, l'autre Thibétaine pur sang, fourniraient à elles seules plus de cent personnes : l'un des membres de la famille chinoise s'était inscrit au « Fou-in-tang » (temple protestant), il est venu chez nous le jour de l'Epiphanie ; il m'a dit qu'ils étaient 18 ou 19 cousins germains dans la même famille ; presque tous sont mariés. Ceci explique facilement le nombre de 80 personnes. Ces deux familles nombreuses ont la réputation d'être très riches, l'important est qu'elles soient bonnes. (Lettre de Mgr GIRAUDEAU. Vic. ap du Thibet).

    Attaque de la Lamaserie de Lhagongun. Les deux missionnaires de Yerkalo, MM. Tintet et Behr, se voyaient sérieusement menacés. Malgré la compagnie de soldats qui, éparpillés sur les deux rives du Mékong, surveillaient la douane du sel, peut-être à cause d'eux, la lamaserie de Lhagongun, perchée au bord occidental du fleuve comme un vrai nid d'aigle, non seulement refusait de se soumettre, mais en vint à la révolte ouverte. A la suite de quelques rixes plus ou moins sanglantes entre douaniers et contrebandiers, avant la fin de janvier quelques centaines de Thibétains assiégeaient à Kiata, au bord du fleuve, directement au-dessous de Lhagongun, une trentaine de soldats. Au même moment, d'autres lamas et Thibétains, un peu en amont, cherchaient à s'emparer du pont de corde, et on bataillait là aussi. Un jour et une nuit, le combat dura, assez meurtrier, surtout quand les Chinois eurent mis le feu au village de Kiata. La milice cependant avait reçu des renforts de Bathang ; les 400 soldats du camp de la station étaient à peu près au complet. Tout était prêt pour l'assaut à la bonzerie, quand un ordre supérieur vint tout entraver. Le nouveau mandarin envoyé de Tchen tou pour seconder notre mandarin local venait d'arriver de Litang à Bathang avec une partie de ses troupes et pensait à venir présider lui-même à la destruction de la lamaserie. J'arrivais sur ces entrefaites, non sans peine. Arrêté une première fois par notre leang-tai (préfet de Bathang), je parvenais huit jours plus tard à échapper en compagnie d'une soixantaine de soldats. Arrivé ici le mercredi, j'allais le lendemain visiter à Pétine Messieurs les mandarins. Ils me parurent soucieux. De fait on avait à peine hasardé quelques mots de conversation que résonnait l'appel aux armes : de l'autre côté du fleuve, les lamas descendaient de leur repaire et semblaient vouloir batailler. Assez vite la milice chinoise réunie à Kiata escaladait les premiers contreforts de la montagne sous le feu des Thibétains. C'était dans l'après-midi. Devant la fusillade des Chinois, l'ennemi, malgré les avantages de ses positions, se replia peu à peu sur la bonzerie, abandonnant ses embuscades. Vers le soir, les soldats divisés en trois ou quatre troupes escaladaient la bonzerie dont les abords n'étaient pas gardés et qui d'ailleurs était plongée dans la neige et les brouillards. Vers 7 heures du soir, les éclairs de la fusillade sillonnaient le sommet, et peu après l'incendie se déclarait pour toute la nuit. De la part de la petite troupe chinoise, ce fut là un beau fait d'armes : Lhagongun fuit, la Chine en est maîtresse ; lamas et Thibétains, quelques-uns sans doute sont tués, la plupart en fuite. De leur nouveau camp, les vainqueurs fouillent les montagnes, sans grand succès toutefois, vu les neiges qui obstruent tous les sommets. Et nous sommes tranquilles.... alors qu'auparavant pendant une quinzaine, par ordre des mandarins, les deux confrères étaient ici sur les dents, occupés avec leurs chrétiens à surveiller, disposés à seconder les Chinois en cas d'attaque. Encore une lamaserie qui a fini son temps avec ses 200 ou 300 héros. Avant-hier, le chef du camp, Tchen, venant au devant de nos désirs, nous invitait à aller admirer les charmes de Lhagongun. C'était un peu tard, 10 heures. Nous partîmes tout de même, en compagnie d'un capitaine et de ses hommes. Dégringoler aux bords du Mékong une heure environ, passer le fleuve en barques de cuir, de là grimper presque à pic pendant plus de deux heures. Après avoir dîné avec le mandarin Tchen, il nous fit visiter la lamaserie dont une partie infime seulement avait été brûlée. Quelle position que ce donjon ! C'est ce qui nous frappe surtout...... (Lettre de Mgr GIRAUDEAU, février 1907.)

    Siam. Traité franco siamois. Le 23 mars 1907, a été signé entre la France et le Siam un traité qui rectifie la convention du 13 février 1904.

    D'après le nouveau traité1, voici au dire dus journal Le Temps (10 mai 1907) ce que nous obtenons et ce que nous avons donné en échange :

    Nous avons cédé ; 1° le district de Dan Saï, 1.200 kilomètres carrés et 5.000 habitants ; (il n'avait de valeur, par les lignes de communication qui le traversent, que pour les seuls Siamois) ; 2° le district die Kratt, avec 8.000 habitants tous Siamois, répartis sur 2.000 kilomètres carrés.

    Nous gagnons la province de Battambang, celle d'Angkor avec Siem Reap, celle de Sisophon et en outre la province de Panomsok, et celle de Thon Kao, qui, bien que se trouvant an sud de Deng-Reck, est séparée d'Oubon. Il aurait été très intéressant d'obtenir la totalité du bassin du Grand Lac, mais le Siam a refusé de céder le district de Watana situé à l'ouest. Jamais d'ailleurs ce district n'a fait partie en réalité des provinces cambodgiennes, car les frontières n'en ont pu être tracées en tenant compte de la ligne de partage des eaux, qui n'est constituée que par une plaine. De plus, les Siamois ne voulaient pas nous amener à quatre jours de marche de Bangkok.

    Les districts cédés ont 40.000 kilomètres carrés et une population de 250.000 habitants. La province de Battambang produit près de 150.000 tonnes de riz, dont elle exporte la moitié. Dans le Grand Lac, nous bénéficions de toute la pêche, qui a une valeur annuelle de près de 16 millions de francs. Il y a quelques gisements minéraux ; les mines de cuivre de Paï-Linh et quelques points aurifères sont dans la région de Sisophon. Le rendement annuel de l'impôt est de 2 500.000 francs, et une administration intelligente peut l'accroître.

    1. Le Texte du Traité a été publié dans le Bulletin du Comité de l'Asie française et dans le Toung-Pao, p. 274 an. 1907.

    Que perdons-nous sur la protection ? Nos protégés étaient divisés en trois groupes : l'un au sud du Siam, avec Bangkok, Chantaboun et Kratt, comprenant 5.300 inscrits ; celui du sud était constitué par 8.000 Khâs, employés dans les forêts de teck ; du troisième, celui de Battambang, composé de 5.500 Cambodgiens, il ne faut point parler, puisque cela nous revient.

    Le traité de 1904 soumettait déjà les 8.000 Khâs du nord à la juridiction siamoise. Il n'y aura donc rien de changer dans leur situation. La réforme n'intéresse par suite que nos 5.300 protégés du sud Mais il est permis d'affirmer que la situation juridique sera meilleure qu'auparavant.

    En effet, ces protégés, repartis sur un territoire de 300.000 kilomètres carrés, relevaient d'un tribunal unique à Bangkok ; il en résultait que pratiquement ils ne pouvaient se faire rendre justice. Or le nouveau traité prévoit qu'il sera institué pour eux des cours internationales, partout où cela sera nécessaire, sous le contrôle de nos consuls ou des délégués de nos consuls. Ceux-ci auront le droit d'assister aux débats, et, en cas de besoin, d'évoquer l'affaire devant leur propre tribunal.

    Au point de vue de l'appel, les garanties sont plus grandes que jamais, toute requête d'appel devant être soumise au consul. Le jugement d'appel de la cour de Bangkok doit porter la signature de deux juges européens, dont un Français.

    Enfin, ce qui n'existait pas dans l'ancien régime, le nouveau traité prévoit un recours en cassation devant la cour du roi, dont le jugement devra porter la signature de deux magistrats européens.

    Ajoutons que ce régime est transitoire. Il doit cesser dans une dizaine d'années avec la promulgation des codes siamois dont la rédaction est confiée à M. Padoux, consul général de France. Celui-ci a déjà déterminé la rédaction du code pénal et pourra s'entourer du personnel nécessaire pour la rédaction des autres codes.

    Enfin nos protégés bénéficient de tous les privilèges dont jouissent les Siamois, en particulier du droit de propriété, du droit de résidence et de libre circulation. Ils sont de plus exempts du service militaire et des taxes extraordinaires. On n'a pas cru devoir aller plus loin et les dispenser de tout impôt ordinaire : c'eût été favoriser l'émigration d'un grand nombre de Cambodgiens et d'Annamites, qui seraient venus s'établir au Siam, profitant d'une situation trop exceptionnelle ment avantageuse.




    1907/372-375
    372-375
    France et Asie
    1907
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