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Nouvelles diverses

Nouvelles diverses Tonkin méridional. La chrétienté de Phuc-tang Dans un district de nouveaux chrétiens comme celui de Dong-thap que j'administre, les soucis ne manquent pas : parfois c'est le défaut de ressources, d'autres fois, c'est la mauvaise conduite de certains chrétiens, etc., etc...; Mais le vrai crève-cur est de voir une chrétienté sur le point, de fléchir et de se perdre. Tel était le cas de la chrétienté de Phuc-tang, que le bon Dieu vient de retirer du péril d'une manière admirable.
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    Nouvelles diverses

    Tonkin méridional. La chrétienté de Phuc-tang Dans un district de nouveaux chrétiens comme celui de Dong-thap que j'administre, les soucis ne manquent pas : parfois c'est le défaut de ressources, d'autres fois, c'est la mauvaise conduite de certains chrétiens, etc., etc...; Mais le vrai crève-cur est de voir une chrétienté sur le point, de fléchir et de se perdre.

    Tel était le cas de la chrétienté de Phuc-tang, que le bon Dieu vient de retirer du péril d'une manière admirable.

    Cette chrétienté s'était convertie à la vraie religion en octobre 1901, et comptait plus de cent âmes. Malheureusement, un des principaux chefs, homme riche, avait une conduite indigne d'un chrétien. La plupart des autres néophytes avaient dû, à cause de leur pauvreté, s'établir sur un terrain lui appartenant, de sorte qu'ils se trouvaient être, pour ainsi dire, entre ses mains plus qu'entre celles du missionnaire.

    Celui-ci avait essayé de tous les moyens pour amener ce chef à une conduite meilleure sans y réussir. Les autres membres de la chrétienté avaient été baptisés, lui seul avait été écarté du sacrement régénérateur comme indigne.

    Cette situation était terrible, car cet individu pouvait devenir la cause de maux immenses et compromettre absolument l'avenir de la chrétienté.

    Le bon Dieu s'est chargé d'arranger cette affaire. Le chef en question, qui n'avait voulu entendre aucun conseil, a été un beau jour arrêté par l'autorité civile, emprisonné et puni d'une forte amende pour ses méfaits. Deux mois de prison lui ont suggéré de sérieuses réflexions et l'ont déterminé à changer de vie.

    A quelque temps de là, j'étais à Phuc-tang pour y instruire les chrétiens. Le chef était présent : ce n'était plus le même homme, et je commençais à espérer.

    C'était un premier point ; mais le bon Dieu ne s'est pas arrêté là, a voulu enlever entièrement l'obstacle.

    En effet, cet homme jusque-là très robuste tomba gravement malade ; quatre jours après il était mort. J'avais eu le temps d'accourir, de lui rappeler sa conduite passée, de l'exhorter, et de lui indiquer ce qu'il avait à faire pour réparer ses torts. Les épreuves et la grâce de Dieu avaient préparé son âme. En présence des siens, il se montra disposé à tout : c'est alors seulement que je lui administrai le baptême. Le lendemain il mourait dans de très beaux sentiments de repentir.

    Chacun vit là le doigt de Dieu et son amour infini des âmes. Ce chef mis en prison avait reconnu ses fautes, s'était amendé, et il mourait repentant.

    Le fils aîné du mort, baptisé depuis longtemps, succédait à son père ; mais je le connaissais et espérais en lui. Je n'ai point été trompé. Il s'est mis de suite à l'oeuvre, et a reformé ce qui était défectueux dans les habitudes de la chrétienté ; celle-ci n'ayant plus d'obstacles a montré d'une manière évidente son attachement à la foi, et elle est gagnée pour jamais.

    Que la divine Providence soit remerciée à jamais d'avoir retiré ce village de la mauvaise voie (J. DENIS, mis, api, avril 1907).

    Coimbatour. L'éducation. Le collège Saint-Michel à Coimbatore. Aux Indes, comme en France, l'éducation de l'en fance est la grande sollicitude de notre époque. La jeunesse indienne, comme une marée montante, envahit les collèges. Ce mouvement louable deviendrait redoutable pour la foi de nos jeunes catholiques s'il n'était dirigé par une éducation morale sérieuse. L'instruction n'est pas l'éducation tout entière, mais l'éducation morale en est le complément nécessaire. L'instruction pourvoit l'esprit, mais c'est l'éducation morale qui forme la volonté, la conscience, le caractère et met dans l'intelligence des enfants, à mesure qu'elle se développe, les idées justes, nobles et saintes. C'est l'éducation morale qui imprime dans l'âme des enfants l'idée sacrée du devoir, et conserve en eux, avec les habitudes vertueuses, le respect et l'affection qu'ils doivent à leurs parents. L'instruction fait les savants ; l'éducation morale fait les hommes et les chrétiens.

    Léon XIII écrivait le 26 juin 1878 : « Toute éducation, qui néglige le soin de la volonté pour donner son attention exclusivement à la culture de l'esprit, prépare des armes dangereuses au service des mauvaises natures à savoir : la science s'unissant à la méchanceté et souvent à la force ».

    Tout enfant dans les langes est un petit sauvage qu'il faut civiliser. Or, le principe de toute civilisation est l'éducation morale, « oeuvre essentiellement divine, dont Dieu est à la fois le principe et la fin », écrivait Sa Sainteté Pie X, dans sa lettre encyclique du 15 avril 1905.

    C'est dans le but de pourvoir à cette éducation morale de nos jeunes catholiques, qu'à côté de nos collèges s'élèvent les pensionnats. Là, nos jeunes Indiens, réunis sous le contrôle de prêtres, reçoivent, avec les sciences humaines, la science de Dieu et de l'âme. Là ils s'imbibent des principes de politesse et de savoir-vivre ; là se forme l'union des esprits et des coeurs qui fait la force d'une société. Dieu aidant, ils deviendront des hommes de foi, des soldats de Jésus-Christ et, plus tard, ils exerceront dans le monde une bienfaisante influence.

    L'homme instruit en impose, l'homme vertueux encore plus ; cette double influence réunie dans un chrétien sans reproche fait plus pour la conversion des païens qu'un millier de chrétiens médiocres. Tel est, encore une fois, le but de nos pensionnats. Là, moyennant une légère rétribution qui couvre à peine les dépenses, les jeunes gens s'instruisent et se christianisent.

    A Coimbatore, comme ailleurs, l'oeuvre existe. A côté de l'externat est situé le pensionnat.

    Il manque à ma Communauté une chapelle. Depuis que le nombre des chrétiens s'est accru notablement, la Cathédrale est trop étroite pour contenir, à la fois, les paroissiens et les pensionnaires.

    Ceux-ci, dans bien des circonstances, sont refoulés à l'étroit derrière les autels, et les cérémonies qui les intéresseraient le plus deviennent pour eux des heures d'ennui. Aussi, que de fois ils me disent : Père, si nous avions notre chapelle !... » Attendez, mes enfants, leur dis-je, Dieu y pourvoira ! » (28 mai 1907. Lettre de M. BÉCHU, Mis. ap. Collège Saint-Michel, Coimbatore, Indes Anglaises).

    Kouang-si, Rebelles. Difficultés d'obtenir justice. Je suis parti pour mes chrétientés de la campagne, il y régnait une indescriptible panique. Je me rendais bien compte que, si les pillards voulaient m'y venir chercher, je ne pourrais leur offrir qu'une très faible résistance ; mes chrétiens, eux, pensaient qu'avec moi tous les pirates du monde ne leur pourraient rien. De fait les pirates se sont toujours montrés polis ! À part une fois où ils sont venus prendre le fils et la fille du chef dans le village que j'habitais, et encore ils avaient pour excuse que cette famille n'était pas chrétienne (elle l'est devenue depuis). Pendant ce temps-là, on n'a pas fait fortune ! Les chrétiens eurent comme les autres leurs boeufs enlevés dans les razzias des troupeaux sur les montagnes ; les rizières restèrent en friche. Enfin l'étoile des rebelles pâlit, ce fut bientôt la débâcle. Là apparaît le Chinois complet, lâche et féroce.

    Ce fut pendant six mois une terreur sans nom, vieilles inimitiés, rancunes entre familles furent les causes de dénonciations dont le faux prétexte était une participation à la rébellion ; il y eut des scènes d'ignobles tueries. Combien de fois j'ai vu les satellites revenir des exécutions portant le coeur et le foie que le bourreau leur avait cédés et s'en allant avec cela faire une ripaille qu'ils ne terminaient que pour retourner chercher un nouveau et semblable butin. J'ai passé plus de vingt fois sous une tête pendue à un arbre sur le bord d'un sentier. Ce genre de décoration hideux et macabre est dans le ton, personne ne s'étonne ni ne proteste.

    Pardonnez-moi ces descriptions trop réalistes, elles sont un petit écho d'une moralité qui, bien qu'on dise, n'est pas à la veille d'une transformation complète.

    Pratiquement, pour moi, dans ce désarroi général, la Providence m'a donné quelque chose à glaner.

    Beaucoup de gens effrayés du présent et redoutant l'avenir, sont venus chez nous chercher un peu de paix. Les motifs de leur conversion ne sont pas d'une pureté parfaite. Dans la masse qui arrive le triage se fait de lui-même. Pendant ces deux dernières années ce fut un mouvement et une vie extraordinaires, mais ça ne va pas toujours tout seul ; il faut instruire, il faut des catéchistes, des maîtres d'école. La difficulté commence quand il faut les trouver ; dans un pays qui s'ouvre ce n'est pas une chose très simple de découvrir quelques individus qui puissent enseigner correctement le catéchisme, la difficulté se poursuit quand il faut les payer ; toujours la même question ! Puis arrivent les procès ; chrétiens on ne peut plus honorer les tablettes des ancêtres, tuer les poules et brûler les bâtonnets sur les tombeaux, de là des contestations et des disputes ; grand Dieu, ce que j'en ai vu de ces histoires depuis deux ou trois ans ! Enfin, et là je remercie Dieu, j'ai pu faire en moyenne cent baptêmes d'adultes par an.

    Les événements dont souffre l'église de France ont un grand retentissement ici ; certes nous n'avons jamais eu, parmi les autorités du moins, des amitiés bien sincères, cependant on nous rendait justice à nous et à nos chrétiens, et c'est grâce aux bonnes dispositions de quelques mandarins que j'ai pu protéger mes chrétiens à la fois contre les réguliers et contre les rebelles. Depuis un an les dispositions changent avec une rapidité prodigieuse, dans tous les procès pour cause religieuse ou autres les chrétiens ne peuvent plus rien obtenir. Mon mandarin vient de m'accuser et de demander mon expulsion parce que, m'appuyant sur tous les traités, j'ai protesté contre un de ses jugements. Un de mes chrétiens a été chassé par son frère, parce qu'il ne voulait pas brûler d'encens aux tablettes des ancêtres, sa maison et ses rizières lui ont été enlevées ; le mandarin le condamna à rendre le riz qu'il avait récolté depuis qu'il était chrétien, et le fit maintenir pendant six mois en prison avec les pirates et les voleurs. Nos prétoriens ont failli, il y a huit jours, assommer mon catéchiste pour le plaisir de voir ce qu'on dirait et ce qu'on ferait, j'ai eu toutes les peines du monde à obtenir une ombre de réparation. Cela prouve un état d'esprit qui n'est pas rassurant. Difficultés morales pénibles et dures, à côté desquelles il y en a d'autres, purement matérielles celles-là, mais qui n'en sont pas moins grandes.

    Dans un district en formation, où l'on vit au jour le jour, comptant beaucoup sur Dieu et pas mal sur les générosités de France le contrecoup des événements qui s'y déroulent est très sensible. J'ai essayé d'une fondation qui sache se mettre un peu au-dessus du qui-vive, mais je suis loin de pouvoir regarder l'avenir avec confiance, et cette année s'annonce particulièrement mauvaise : le riz est très cher et la récolte compromise, tous les jours vient de loin quelque pauvre diable réclamant des sapèques pour l'aider à attendre la récolte. Je crains pour mes écoles et j'ai imposé la ration de famine : de riz clair le matin et un peu de riz le soir. En outre la peste nous arrive, dans un village voisin il reste un seul homme. Demandez au Père des cieux qui nourrit les petits oiseaux de ne pas abandonner ses enfants, et de leur donner avec la grâce de le connaître un peu de riz pour apaiser leur faim. (Lettre de M. DUCOEUR, missionnaire apostolique au Kouang-si).

    Famine. A la suite de la sécheresse de l'an passé la récolte a été absolument nulle dans une bonne partie de mon district. Les mois d'hiver se sont passés tant bien que mal, plutôt mal que bien ; j'ai mis tout ce que j'avais de disponible en automne à acheter du riz et bien m'en a pris, car avec cette provision, médiocre pourtant, j'ai pu venir en aide aux misères les plus pressantes ; maintenant mon grenier est vide et tous les jours les visites se multiplient, cette procession ne manque ni de pittoresque ni de pitoyable. Sur tous ces visages jaunes et maigres se lisent des privations incroyables. L'autre jour une chrétienne suivie de ses gamins venait me demander du riz, je lui donnai assez de riz blanc et décortiqué pour vivre à peu près une semaine ; la joie illumina ses traits au premier moment, puis il s'y mêla une timide hésitation : « Père, me dit-elle, si vous vouliez, j'aimerais bien mieux du riz non décortiqué, il me faudra le moudre, le piler, alors nous le mangerons moins vite ». J'accédai à sa demande et le soir ma vieille catéchiste m'expliqua :

    « Elle voulait du riz non décortiqué, parce que la balle du riz bien pilée avec du son augmente un peu la quantité du riz ». Et voyant ma surprise elle conclut : « Père, quand on a faim ce n'est pas mauvais, je vous assure ! »

    Et tous les jours ce sont des malheureux qui font vingt et trente kilomètres pour m'exposer leurs misères et demander du riz. Mon viatique était usé absolument, vos cent francs m'ont permis de ne pas renvoyer ces malheureux sans rien leur donner ; j'admire nombre de ces chrétiens qui seuls au milieu des païens ont une vie si dure, personne ne leur veut prêter : « Vous avez le Père, leur répond-on, allez lui demander du riz ». Parfois l'âme attristée de ce spectacle continuel je vais dans une chrétienté voisine, à peine ai-je fait quelques kilomètres, que je rencontre ceux qui venaient chez moi, et à leur mine déconfite je comprends leur pensée : à ma résidence ils auraient au moins une fois mangé à leur faim.

    Tous pourtant ne sont pas des saints et ils ont à leur usage une casuistique très large. Le mois dernier j'étais dans une de mes chrétientés ; entrant dans une maison un vendredi, je trouve un chrétien en présence d'un dîner qui me parut suspect : un peu de riz dans un bol cassé et au milieu de la table une immense marmite remplie d'un ragoût indéchiffrable. « Pour un jour d'abstinence et un temps de famine, lui dis-je, tu te soignes bien, il me semble !... » «Père, ne vous fâchez pas, je vais vous dire : c'est mon chien ! Je n'ai plus de riz pour le nourrir, alors je me suis décidé à en faire un repas. Ton chien aurait été beaucoup plus maigre demain, n'est-ce pas ? » Le regard du bonhomme sur sa marmite, où n'immergeaient que des os, me fit sourire. « D'abord, Père, ce matin j'étais vraiment un peu malade, puis en temps ordinaire on ne peut manger son chien sans inviter les amis, mais un vendredi quand on est malade c'est autre chose ; d'ailleurs on n'est jamais sûr de rien, le tigre aurait pu me l'enlever cette nuit... » Un Chinois qui veut s'en donner la peine n'est jamais pris à court d'arguments.

    (Lettre de M. DUCOEUR, mis. au Kouang-si, mai 1907.)

    Maïssour. M. Froger et le collège de Bangalore. Nous sommes heureux d'apprendre que le supérieur du collège de la mission, à Bangalore, M. Froger, a été nommé fellow de l'Université de Madras, par le chancelier sir Arthur Lawley. Par cette nomination, M.Froger a le droit et le devoir d'assister à toutes les délibérations du Sénat de l'Université puisqu'il en est membre.

    De plus, il est membre de la commission des études, et c'est lui qui doit choisir les textes français assignés chaque année pour les examens.

    Le collège de Bangalore continue de prospérer, le nombre des pensionnaires atteint 140, celui des externes est d'environ 500. L'établissement se maintient au premier rang soit pour les études, soit pour les sports, et il n'y a qu'à bénir la Providence qui couronne les efforts du digne supérieur et des dévoués professeurs.




    1907/311-316
    311-316
    France et Asie
    1907
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