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    Nouvelles Diverses

    Su-tchuen Occidental. Hôpital de Tchen-tou. Nous avons eu jusqu'à 18 malades à la fois et, depuis que j'en suis chargé, nous en avons toujours de 10 à 15. La direction du dispensaire me prend tous les matins, dimanches et fêtes exceptés, de deux à trois heures. Nous y avons reçu et pansé jusqu'à près de quatre cents malades dans une matinée. Le docteur Mourlhac est bien bon, très dévoué, aimant son métier, et que la saleté des Chinois ne rebute guère. Tous les lundis et jeudis, il fait sa visite pendant trois heures aidé de l'infirmier Castel, des élèves en médecine et infirmiers Chinois ; tout ce monde travaille dans trois immenses chambres.
    Les Soeurs, au nombre de trois, habituellement aidées de deux Chinoises, travaillent dans une chambre à côté, et c'est par fournées de vingt à trente que les malades se succèdent dans un ordre quasi militaire.
    L'arsenal et les autres écoles gouvernementales nous envoient leurs malades et leurs blessés. Il ne se passe pas de semaine que le docteur Mourlhac ne soit obligé de faire quelque petite opération. Nous avons en ce moment des gens qui sont venus des environs de Pao-lin et Su-tin pour subir l'opération de la fistule.
    Ah ! Si nous pouvions compter sur la paix et la tranquillité. En attendant, nous continuons et avançons, comme si nous étions assurés de l'avenir, c'est le moyen unique de faire quelque chose. (Lettre de M. Jean Pontvianne, Tchen-tou, 30 juin 1905.)

    Pondichéry. Arrivée de M. H. Escande à Mogaiyur ; pauvreté de l'église ; piété des chrétiens ; travaux. Me voici bien loin de l'île de Ceylan, et grâces à Dieu de retour dans ma mission de Pondichéry. J'y étais vivement attendu par Sa Grandeur Mgr Gandy, la mort ou la maladie ayant fait de nombreux vides chez nous en ces derniers mois.

    Vingt-quatre heures à peine après mon retour, j'étais nommé vicaire à Mogaiyur, où je me rendis avec le plus grand empressement et l'âme débordante de joie.

    Ce fut le jeudi 20 juillet qu'eut lieu ma réception solennelle. Le Père Renoux, mon condisciple et mon curé, était venu à ma rencontre. Le cortège se composait d'une centaine de chrétiens : hommes et enfants, tous en air de fête, le visage épanoui, regardant, buvant de leurs yeux leur nouveau souamy, mais en costumes bien primitifs, c'est-à-dire la traditionnelle et réglementaire ficelle autour des reins supportant un misérable lambeau de toile.

    L'assourdissante fanfare du village ouvrait la marche : tam-tam rauques, fifres criards associant leurs voix en des crescendo peu harmonisés, mais symbolisant bien les transports de joie non contenue de ces braves gens.

    Après 20 minutes environ de marche sous un soleil de feu, nous arrivons à l'église.

    En entrant dans cette masure des larmes me montèrent aux yeux ; car d'un coup d'oeil j'avais tout vu : de misérables murs en terre, lézardés çà et là, une toiture en chaume laissant pénétrer le jour par bien des trous, et, dans le fond, la petite lampe du sanctuaire me disant qu'au milieu de ce dénuement Jésus avait établi sa demeure.



    Mais comme la tristesse qui étreignait mon coeur se changea vite en joie, lorsque la foule qui s'était précipitée derrière nous, se prosternant le front contre terre devant le Dieu de l'Eucharistie, entonna avec un ensemble parfait et une ardeur vraiment admirable, ses prières tamoules plus admirables encore sur un rythme tout imprégné de piété.

    Oui, vraiment, je comprenais pourquoi Jésus Hostie était là, et quel dédommagement devait trouver à ce contact avec les âmes de bonne volonté le Coeur Divin de celui qui a dit : « Deliciae meae esse cum filiis hominum ».

    Les habitants de Mogaiyur sont en grande partie chrétiens. Mais l'action du missionnaire n'est pas restreinte à ce gros village. En effet, à mon arrivé ici, je vois que le bon P. Renoux, est chargé de 80 villages dispersés çà et là sur un espace de 25 milles environ de rayon. Le nombre des catholiques dépasse le chiffre de 8000.

    Evidemment, le missionnaire a beaucoup à courir pour visiter régulièrement, plusieurs fois chaque année, les principaux centres, puis il doit réunir les chrétiens, les examiner sur leur science du catéchisme, confesser, prêcher, préparer aux premières communions, régulariser des situations anormales, juger des différents.

    Et voilà pourquoi je ne suis déjà plus dans ce Mogaiyur qui est censé notre résidence habituelle, et me voilà dans le ministère avec les péripéties ordinaires des visites et administration.

    Nous sommes à Kalpettou ; ne cherchez pas sur vos cartes.

    La masure en terre et en chaume où nous logeons, vous ne la trouveriez assurément pas élégante, ni même sans doute simplement confortable.

    Et cependant, Dieu merci, avec le P. Renoux, nous y sommes extraordinairement heureux.

    Une porte, pas de fenêtres, pas d'étage évidemment, mais un toit en paille à quelques mètres au-dessus de nos têtes, un seul appartement dans lequel notre cuisinier, un garçon de 14 ans, nous y enfume sans pitié.

    Les chrétiens ayant fait dernièrement au missionnaire un cadeau princier (je veux parler d'un petit chevreau affreusement éthique, et qui devait bien valoir une trentaine de sous, avec la peau comprise bien entendu !) notre marmiton ne s'en mit nullement en peine et trouva tout simple d'attacher au pied de notre chaise le pauvre petit animal bêlant.

    Notre ameublement se compose de quelques malles, deux nattes, deux chaises et d'une table qui gémit à chaque mouvement que fait mon bras en écrivant ces lignes, et semble se tordre dans les convulsions de l'agonie.

    L'eau que nous buvons est.... potable par nécessité. Comme couleur ce serait plutôt une bière très foncée dans laquelle on trouverait à boire... et à manger aussi. Mais que craindrions-nous ? P La théorie des microbes n'est encore fort heureusement pas connue dans nos parages.

    Le petit Paradis terrestre que nous habitons n'est cependant pas exempt de toute vicissitude.

    Il y a quelques jours, vers 10 heures du soir, au moment où nous nous disposions à nous coucher, la bonne Providence nous fit remarquer une formidable invasion de fourmis blanches.

    Notre panier à provisions en contenait des milliers ; et ces merveilleuses fourmis travaillaient là-dedans avec un entrain que nous ne pouvions guère encourager. Le lendemain soir c'était le tour de nos grands registres d'administration et notre malle d'ornements était bien menacée. Pensant alors à sainte Thérèse qui avait obtenu du bon Dieu que la mauvaise engeance disparut et pour toujours des habits de ses enfants, nous prîmes modèle sur la grande Carmélite, et nous nous armâmes du rituel et d'un peu d'eau bénite ; le bon Dieu nous fit la grâce de nous écouter...

    Alors, nous pûmes voir de nos yeux ces milliers de fourmis obéissant à l'exorcisme de la sainte Eglise se précipiter en toute hâte dans leurs cavernes souterraines pour ne plus reparaître. (Lettre de M. H. Escande, 23 juillet 1905.)




    1905/367-369
    367-369
    France et Asie
    1905
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