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Nouvelles diverses

Nouvelles diverses Rome. Lé 18 avril s'est tenue la congrégation particulière appelée, par concession spéciale du souverain Pontife, à discuter la question du martyre de 52 vénérables serviteurs de Dieu et des miracles ou signes attribués à leur intercession. Cette Cause comprend, outre 42 martyrs indigènes de nos missions de Chine, de Cochinchine et du Tonkin, Io membres de notre Société, les VV. Gagelin, Jaccard, Marchand, Dumoulin-Borie, Cornay, Du fresse, Delamotte, Schoeffler, Bonnard et Chapdelaine.
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    Nouvelles diverses

    Rome. Lé 18 avril s'est tenue la congrégation particulière appelée, par concession spéciale du souverain Pontife, à discuter la question du martyre de 52 vénérables serviteurs de Dieu et des miracles ou signes attribués à leur intercession.
    Cette Cause comprend, outre 42 martyrs indigènes de nos missions de Chine, de Cochinchine et du Tonkin, Io membres de notre Société, les VV. Gagelin, Jaccard, Marchand, Dumoulin-Borie, Cornay, Du fresse, Delamotte, Schoeffler, Bonnard et Chapdelaine.
    Nous croyons pouvoir annoncer que le prochain numéro des Annales publiera le décret qui fera connaître le résultat de la congrégation particulière du 18 avril. Dès maintenant, il nous est permis d'exprimer l'espoir que, dans un avenir peu éloigné, nous aurons le bonheur de voir cette Cause se terminer par la béatification des Vénérables.
    Su-tchuen oriental. Dans notre dernier numéro, nous avons annoncé la délivrance du P. François Fleury, prisonnier du brigand Yu-man-tse ; nous avons reçu dernièrement par Mer Chouvellon quelques nouvelles de son arrivée à Tchong-kin, nous les donnons en attendant que notre cher confrère lui-même nous en adresse de plus détaillées. « C'est le lundi 23 janvier que le P. Fleury nous est arrivé, accompagné du sous-préfet de Tchong-kin et d'une forte garde de soldats envoyés par le grand trésorier. Vous devinez avec quelle joie nous l'avons reçu ! Toute la colonie française l'attendait à l'évêché. Il y a eu bénédiction solennelle du Saint-Sacrement, et chant du Te Deum. Bientôt le P. Fleury lui-même vous racontera sa captivité et sa délivrance. Les bandits ont tué notre vieux P. Houang le 18 janvier, ils avaient l'intention de faire, le lendemain, subir le même sort au P. Fleury ; mais Yu-man-tse voyant ses partisans repoussés partout et le cercle des soldats qui l'entouraient se rétrécissant toujours, est entré en pourparlers avec le général Tcheou à qui il a remis notre confrère ; il compte bien ainsi se réserver une dernière planche de salut. Tout cela prouve que si nos mandarins avaient, dès l'origine, montré un peu d'énergie, la captivité n'aurait pas duré sept mois. J'avais beaucoup craint pour la santé de notre cher prisonnier, mais elle n'a été nullement atteinte. Pendant son emprisonnement, le P. Fleury s'est trouvé réuni au bon vieux prêtre Houang, et tous les deux pouvaient s'exhorter et se soutenir. Le P. Houang est notre dernier prêtre instruit au collège général de Pinang, il se souvenait très bien du vénéré supérieur de notre Séminaire, M. Delpech.

    « Actuellement, les affaires prennent meilleure tournure, et il faut espérer que les soldats vont rétablir la paix, avant d'être renvoyés ; mais nous sommes encore loin de jouir de la tranquillité et de la sûreté désirables.
    « Un prédicant anglais a été assailli sur la rivière de Ho-tcheou, à une journée de Tchong-kin ; il a pu se sauver en se jetant à l'eau. Notre oratoire de Long-fang-tchang dans le Pa-hien, à 80 ly (1) d'ici, a été livré aux flammes, et quelques familles chrétiennes ont été pillées; on a dû doubler la garde à nos deux établissements d'instruction : Pe-kochou et Cha-pin-pa. Le peuple a vu avec regret la délivrance du P. Fleury et la défaite de Yu-man-tse ; depuis plusieurs mois, grâce à ses pamphlets, à ses succès, à ses rodomontades, le bandit passait pour un personnage appelé à jouer un grand rôle ; peut-être, pensaient quelques-uns, était-il choisi par le ciel pour venger l'empire chinois des insultes, c'est-à-dire des victoires des Européens et des Japonais; la réalité est bien différente du rêve ».

    1. Un ly vaut environ, au Su-tehuen, 400 mètres.

    Cochinchine occidentale. Le P. Lucien Mossard vient d'être, par un bref apostolique du 11 février, nommé évêque de Médéa et vicaire apostolique de la mission de Cochinchine occidentale, en remplacement de Mgr Dépierre dont nous avons annoncé la mort prématurée. Le nouvel élu appartient à l'archidiocèse de Besançon, il est né le 25 octobre en 1851 à Dampierre sur le Doubs. Il a quitté la France en 1876 avec l'ordre spécial d'aller à Pondichéry étudier la langue tamoule, afin de pouvoir évangéliser les Indiens qui habitent Saïgon ; après cette première étape, il arriva en Cochinchine et fut nommé vicaire à la cathédrale, puis il alla apprendre la langue annamite dans la paroisse de Cai-mong dont un missionnaire, déjà vétéran de l'apostolat, le P. Gernot, était et est encore chargé ; il fut ensuite pro- , fesseur au séminaire,curé de Cho-dui où il construisit une église et un presbytère, supérieur de l'école Taberd qu'il réédifia sur un plan très vaste, curé de Cholon dont il répara le presbytère, de Cho-quan dont il acheva l'église et construisit la cure, tout en s'occupant activement de l'instruction d'un couvent de religieuses indigènes pour lesquelles il éleva une élégante chapelle, des constructions de l'église de Vinh-long et du petit séminaire; au moment de sa nomination, Mgr Mossard était curé de la cathédrale, où il avait succédé au vénérable P. Le Mée, dont les forces ont trahi le zèle, mais dont l'expérience l'a guidé dans l'apostolat délicat que réclament les Français de Saïgon. Inutile d'affaiblir par un éloge l'énumération de tant de travaux. En acceptant le fardeau que le Saint-Siège et les missionnaires lui ont imposé, le nouvel élu écrivait à un de ses amis cette belle parole :
    « J'ai demandé à Dieu dans toute la sincérité de mon âme de me rappeler à lui avant ma consécration épiscopale, si je ne dois pas pratiquer le bien pendant mon administration ».
    Le sacre aura lieu le 1er mai, anniversaire du martyre de deux missionnaires d'Annam, les Vénérables Schoeffler et Bonnard ; il sera fait par un ami et compatriote de Mgr Mossard, le vicaire apostolique de la Birmanie méridionale, Mgr Cardot, qui sera assisté de Mgr Cas-par, vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale, ancien missionnaire de Saigon, et de Mgr Grosgeorge, vicaire apostolique du Cambodge. Le nouvel élu a pris pour devise : Amator fratrum et populi.
    Yun-nan. Nous sommes en retard pour annoncer la construction d'une église dans la capitale du Yun-nan. Jusqu'à ce jour, cette ville ne possédait pour toute chapelle .qu'une vaste salle de l'évêché. Grâce à l'actif pro vicaire de la mission, le P. Ernest Maire, cette lacune est comblée ; puissent nos compatriotes qui bientôt iront travailler au chemin de fer du Tonkin au Yun-nan apprendre à connaître le chemin de ce temple du vrai Dieu !
    Un missionnaire du Yun-nan, le P. Vial, vient de publier un travail fort intéressant, intitulé : Les Lolos, histoire, religion, moeurs, langue, écriture, in-8°, pp. 72. L'auteur, après avoir étudié les traditions de ces tribus encore inconnues, s'occupe du culte qui se réduit à fort peu de chose, puisque les Lolos n'adorent rien du tout. « Autrefois, dit-il, ils adoraient une croix, mais ce culte n'existe plus guère que dans la mémoire des vieux ». La langue lolo attire l'attention du P. Vial, et cette partie de son travail est très remarquable.
    Birmanie méridionale. Le 31 décembre 1898 est morte à Moulmein la supérieure du couvent des soeurs de Saint-Joseph de l'Apparition, soeur Philomène. Arrivée en Birmanie à l'âge de 19 ans, elle y a passé 51 ans. « Si les soeurs de Saint-Joseph de l'Apparition sont populaires non seulement à Moulmein, mais dans toute la Birmanie, écrit un journal anglais, The Moulmein advertiser, elles le doivent sans nul doute aux qualités solides de la défunte Mère supérieure. Sa mort est une perte cruelle pour ceux qui ont reçu d'elle tant de bienfaits et de soins maternels. Sa mémoire vivra longtemps dans le coeur de tous ceux qui l'ont connue».
    Su-tchuen occidental. Après le massacre du P. Jérôme Hoang (1) exécuté le 18 janvier au Su-tchuen oriental, le clergé indigène a eu l'honneur insigne de donner à l'Église un autre martyr dans la personne du P. Liou Thomas, un des prêtres les plus distingués du Su-tchuen occidental.

    1. S'écrit aussi Ouang ou Houang.

    Cerné dans son oratoire de Che-pan-hô, district de Mien-tcheou, il a été massacré, le 28 janvier, vers les neuf heures du soir, dit le P. Pontvianne, et son corps a été outrageusement profané. La mort de ce prêtre est une grande perte pour la mission. Professeur au grand séminaire, puis Supérieur du petit séminaire, il avait été appelé par Mgr Dunand au district de Mien-tcheou, auquel ses talents et sa piété promettaient les plus' grands services.

    Su-tchuen méridional. Un des missionnaires de ce vicariat très troublé, le P. Renault, du diocèse de Nancy, a failli être pris par les brigands plus ou moins affiliés aux bandes commandées par Yu-mantse ; il raconte dans la lettre suivante adressée au P. Cottin, directeur du Séminaire des Missions-Étrangères la manière heureuse dont il a pu s'enfuir :
    « Depuis plusieurs mois, notre belle mission du Su-tchuen méridional est en proie à la plus cruelle persécution. Toute la partie basse de la mission a été pillée et saccagée par les bandits. Les pauvres chrétiens pourchassés partout fuient éperdus dans toutes les directions, se réfugiant dans les cavernes de la montagne ou dans les grandes villes. Bon nombre d'entre eux ont déjà été martyrisés pour la foi, et quelques néophytes ont reçu le baptême du sang.
    « C'est une consolation bien douce au milieu de si grands maux, dont nous ne pouvons encore entrevoir la fin.
    « Une douzaine de confrères se sont réfugiés à Su-fou auprès de Mgr Chatagnon. Je suis de ce nombre, et ce n'est qu'après avoir couru les plus grands dangers que j'ai réussi à les rejoindre.
    « Vers le commencement de novembre, je m'étais décidé à partir de Kong-hien, ma résidence habituelle pour visiter la chrétienté de Ti-tong-pou distante de 50 ly. Ce pays, perdu dans les montagnes, n'avait encore guère entendu parler de Yu-man-tse et était assez tranquille ; aussi étais je sans la moindre appréhension du danger. J'habitais la station depuis six jours, confessant, prêchant, préparant les enfants à la première communion, quand soudain, le 16 novembre, vers deux heures de l'après-midi, un païen accourt tout effaré m'annoncer que les bandits viennent en toute hâte pour me prendre et saccager l'oratoire. La nouvelle était si inattendue, que j'eus peine à y croire, mais cédant aux instances d'un chrétien qui me pressait de fuir, je me réfugiai rapidement dans la montagne. J'avais à peine fait quelques ly, que les bandits arrivaient au marché, se précipitant sur la pharmacie et l'oratoire qu'ils ont pillés de fond en comble. Désappointés de ne point me trouver au gîte comme ils l'avaient espéré, ils interrogent aussitôt les païens sur la direction de ma fuite et se mettent à ma poursuite. Pendant ce temps, j'étais sur la montagne, à 3 ou 4 ly de distance, dans une famille chrétienne, dont la maison, loin de toute grande route, était cachée dans un petit bosquet de bambous. Me croyant en sûreté et désirant voir par moi-même comment l'affaire se terminerait, j'étais disposé à coucher là, quand soudain, sans trop savoir pourquoi, mais assurément sous l'inspiration de mon bon ange, je repris en toute hâte la route de Kong-hien. Bien m'en prit, car à peine avais je franchi une ou deux ly que les bandits arrivaient dans la famille, qui, pour récompense de sa charité à mon égard, fut pillée en règle. On les trompa sur la direction que j'avais prise, et eux-mêmes craignant de s'engager trop avant sur la route de Kong-hien où ils pouvaient rencontrer le mandarin venant à mon secours, car j'avais eu le temps de le prévenir, me poursuivaient sur de fausses pistes et ils courent encore.
    « Surpris par la nuit dans ma fuite, ne pouvant acheter de lanterne pour éclairer ma route, craignant de, tomber dans les rizières ou dans les ravins de la montagne, je fus obligé de demander l'hospitalité dans une petite auberge isolée. Là un nouveau danger m'attendait. Un bandit qui n'avait point pris part au pillage de l'oratoire, mais avait été envoyé par son chef aux environs de Kong-hien pour surveiller les soldats du mandarin et prévenir ses frères pillards, me voyant entrer, vint, lui aussi, demander l'hospitalité pour la nuit. Heureusement il était seul ; s'il avait eu avec lui quelques amis, c'en était probablement fait de moi ; mais craignant de s'attaquer ouvertement seul à seul, il conclut le projet de m'assassiner au milieu de la nuit, pendant mon sommeil. Il eut l'imprudence de s'en ouvrir au maître de l'auberge, qui craignant pour lui les conséquences d'une pareille affaire, essaya de l'en empêcher. Par la persuasion et les menaces, il réussit, et c'est ainsi que le lendemain matin, sans avoir eu connaissance d'un danger si imminent, je pus reprendre en toute hâte la route de Kong-hien et arriver à l'oratoire.
    « Le mandarin envoya de suite 40 soldats pour me protéger à la résidence, et partit lui-même à Ti-tong pour rejoindre les soldats qu'il avait envoyés la veille pendant la nuit. Mais comme toujours il arriva trop tard, le pillage était terminé et les brigands disparus.
    « Toutes les familles chrétiennes du marché, sans exception, ont été pillées et saccagées ; de la pharmacie et de l'oratoire, il ne reste que les colonnes que les bandits n'ont osé brûler dans la crainte de communiquer le feu à tout le marché. Mes affaires personnelles, livres, habits, chapelle complète, calice, ornements, boîte aux saintes huiles, .custode, etc., ont été volées. Ma pipe chinoise seule a échappé à la rapacité des bandits et m'a été rapportée intacte le lendemain matin!
    « Le dallage en pierre de l'oratoire a été complètement enlevé pour trouver de l'argent.
    « Mais le plus triste a été l'enlèvement de trois personnes, une vierge chinoise maîtresse d'école à l'oratoire, la fille de mon catéchiste et une veuve chrétienne. Dénoncées dans leur fuite, elles ont été saisies à quelque distance du marché et emmenées dans le repaire des bandits. Je suis heureux de vous annoncer que maintenant elles sont relâchées après six semaines de captivité et sans navoir souffert aucun mauvais traitement.
    «A Kong-hien gardé militairement, je pus encore tenir trois semaines, recevant mes pauvres chrétiens pourchassés, leur fournissant les premiers secours, les encourageant, les consolant et stimulant le mandarin en leur faveur. Mais le danger devenant de plus en plus grave, je résolus de descendre à Su-fou rejoindre les autres confrères. C'est là que nous sommes depuis plus d'un mois, attendant avec anxiété mais aussi avec espoir et patience la suite des événements, mettant tout notre espoir en Dieu et en la bonne Mère.
    « La fête de Noël a été bien triste, cardes brigands se sont avancés à 40 ly de Su-fou, et c'est au milieu d'alarmes continuelles que nous avons fêté l'Enfant Jésus dans la crèche. Mais ce n'est pas en vain que nous lui avons demandé la paix; depuis une quinzaine de jours, il y a détente dans la persécution, le gouvernement chinois commence à agir avec vigueur, et les rebelles ont été battus à plusieurs reprises. Notre prêtre chinois, Où, pris par les bandits, a été délivré le 3 janvier dans une bataille, et hier nous avons appris que le P. Fleury de Tchongkin avait été rendu au Fan-tây (1) ».

    1. Grand mandarin.

    Tonkin méridional. Cette mission qui, en 1898, avait beaucoup souffert de la famine, voit ce fléau redoubler d'intensité en ce moment. Voici ce que nous écrivait le Vicaire apostolique, Mgr Pineau, à la date du 19 mars dernier : « Par ici, la famine va toujours en augmentant. La sécheresse est telle que le manque d'eau potable m'a obligé de licencier les 300 élèves de notre petit séminaire.
    « Pressés par la faim, les païens viennent en foule vers nous et demandent à se convertir ; malheureusement, nos ressources sont épuisées. Sans cela, nous pourrions, cette année encore, facilement avoir des milliers de nouveaux chrétiens. Je regrette d'autant plus d'être dans la nécessité de renvoyer tout ce monde que nos néophytes de l'an dernier (il y en a eu 5,173) persévèrent dans leurs bonnes dispositions, et que les gentils qui se présentent aujourd'hui comme catéchumènes, paraissent tout aussi sincères.
    « La moisson est jaunissante comme jamais elle ne I'a été; en outre, elle serait d'autant plus facile à cueillir qu'en ce moment nous sommes moins tracassés par les autorités locales. Une seule chose nous manque : le nerf de la guerre. Si quid potes, adjuva nos ! »


    1899/117-122
    117-122
    France et Asie
    1899
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