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Nouvelles diverses

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    Nouvelles diverses

    Marseille. Les Manipules. C'est le titre légèrement énigmatique d'une OEuvre qui semble avoir pris pour devise le joli mot de saint François de Sales : « Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit ». Un mot de son histoire en expliquera le but. Un jour, à Marseille, il y a quelque vingt ans, debout sur le tillac d'un navire en partance pour l'Extrême-Orient, une demi-douzaine de jeunes prêtres allaient quitter la France. Quelques personnes, de la race des pieuses hôtesses du Christ, Marthe et Madeleine, les saintes apôtres de l'hospitalière Provence, avaient tenu à les accompagner jusqu'au dernier moment. Jusqu'au dernier moment, elles restèrent là, debout, elles aussi, sur le rivage, regardant d'un oeil d'envie s'éloigner les jeunes missionnaires. Ce qui se passa dans ces âmes d'élite, je l'ignore ; les paroles qu'elles échangèrent au retour, nul ne les recueillit ; mais on les devine sans peine, car on raconte qu'à partir de ce moment l'OEuvre des Manipules était fondée.

    Depuis lors, chaque départ de missionnaires voit se répéter cette scène ; les visages seuls ont changé, les coeurs sont restés les mêmes, animés du même zèle alimenté au même amour : l'amour de Notre-Seigneur et des âmes. Et tandis que les missionnaires voguent vers leurs lointaines patries d'adoption, Marseille qui les a vus, non sans émotion, s'embarquer sur les paquebots de son port, Marseille ne les perd plus de vue. Chaque semaine, les pieuses ouvrières de l'OEuvre des Manipules se réunissent au domicile de leur infatigable présidente, Mademoiselle Estran gin, et sous son intelligente direction, travaillent avec un zèle qui n'a d'égal que le goût le plus exquis à la confection des ornements destinés aux chers missionnaires. Chaque année, aux premiers beaux jours, une très intéressante exposition des travaux de ces dames, transforme les modestes salles de la Procure des Missions Etrangères en une minuscule succursale des Beaux-Arts, et je suis bien sûr que les personnes, que leur bon Ange y a une fois conduites, ont pris la résolution d'y re-venir.

    Je ne voudrais, pour rien au monde, me permettre une comparaison désobligeante pour qui que ce soit ; mais si vous voyiez. Mesdames d'ailleurs, les jolies choses que l'on fait à Marseille ! On dirait que les plus belles fleurs de la Côte d'Azur s'y sont donné rendez-vous pour s'épanouir, sous les doigts de fée des ouvrières, autour des collerettes blanches des étoles pastorales ou sur le croissant renversé des chaperons moirés : ici, c'est une branche de mimosas qu'on dirait cueillie aux collines de l'Esterel pour faire un nimbe doré autour du monogramme radieux du Christ ; là, des bouquets de pensées effeuillées tristement sur la croix pâle d'un ornement noir. Plus loin, cette autre croix de chasuble, au point lancé, qui s'élève et s'écarte dans une guirlande de roses ; n'est-ce pas ravissant de fraîcheur et de poésie ? Et cette aube tout entière au crochet ? « J'espère bien, mon Père, que vous ne la mettrez qu'aux jours de fête ». Et cet orfroi de chape blanche au point gobelin? Il me semble voir d'ici les yeux en amande des néophytes du P. Untel, en contemplation devant cette toute gracieuse réminiscence des chefs-d'oeuvre de nos pères. Et l'on me dit que toutes ces belles choses sont faites, devinez avec quoi ? Danciennes robes démodées, de vieilles étoffes oubliées depuis..... Chi lo sa ? Au fond de quelque antique et vénérable bahut, à l'usage de nos arrière-grand'mères.

    Mais j'en ai assez et trop dit pour un profane qui ne se sent aucune des qualités requises pour la délicate profession de critique d'art ; au surplus, je crains bien que la modestie des pieuses ouvrières n'ait quelque peine à me pardonner d'avoir révélé un peu de ce qu'elles voudraient n'être connu que du Bon Dieu : le mérite de leurs bonnes oeuvres. Pardon, Mesdames, pour une fois : je vous promets de ne pas recommencer..... avant l'année prochaine.

    Su-tchuen méridional. Baptême d'un enfant. Un mois se passa à Soui-fou, pendant lequel je fus placé à la paroisse du Pémen, j'y administrai quelques baptêmes, et pris, entre temps, quelques notions de la Céleste Langue. J'ai fait là mes premières armes ; mon curé partit deux jours après mon arrivée, et je fus seul dans la maison. Pendant l'absence du bon P. Béraud, je trouvais près d'une de nos maisons un petit mendiant qui gisait à terre, n'ayant qu'un lambeau d'habit pour couvrir sa nudité ; et qui depuis 4 jours, n'avait mangé que trois carottes crues.

    Je ne pouvais laisser mourir cet enfant si près de chez nous sans lui porter secours. Je menai avec moi un latiniste qui lui fit connaître les quelques mots nécessaires pour recevoir le baptême. L'enfant demanda à se faire chrétien, et promit de le demeurer toute sa vie, s'il recouvrait la santé.

    Avant de continuer l'histoire, il faut vous dire que le P. Béraud, a établi une maison, où il reçoit les chrétiens pauvres qui ne peuvent payer les frais d'un logis. L'hospice est tout à, fait dans les conditions demandées par son but. Il n'est pas naturel de loger des pauvres dans de riches palais ou dans des hôpitaux tous luisants, comme il s'en trouve parfois en France. L'habitation est en rapport avec ceux qui y sont logés, le tout est de style chinois : murs en terre battue., maison n'ayant pour toute ouverture qu'une porte par où passent gens, bêtes, fumée, etc., etc... D'ailleurs, la mission ne pourrait supporter les frais d'une installation plus luxueuse.

    Après cette digression, je reviens auprès du petit mendiant que je ne voulus pas laisser mourir sur la route, malgré les conseils d'un vieux Chinois, chargé des admissions. Ce dernier voulait, en effet, que nous le baptisions et ne nous occupions plus de lui. Je donnais l'avis de l'admettre à l'hospice et de l'instruire ; bon gré, mal gré, je fus écouté. On demanda au pauvre enfant de marcher, il ne put que se soulever sur son séant.

    Un chrétien qui passait, alla chercher un panier et un bâton. Pour le mettre dans le panier, on le souleva. Il était d'une maigreur épouvantable ; les jambes refusaient de s'étendre ; il avait deux plaies profondes aux reins, provenant de coups reçus, les jambes n'étaient qu'une succession d'ulcères et les pieds étaient atteints de l'éléphantiasis. Il n'y avait pas de temps à perdre, et comme je ne sais pas la langue, j'allais le voir chaque jour avec le latiniste qui lui donnait quelques notions de la religion. Sur ces entrefaites, le P. Béraud revint ; au petit malheureux, il apprit à répéter souvent : « Jésus, sauvez-moi, sainte Marie, priez pour moi ». Au bout de quelques jours on le baptisa, en lui donnant saint Jean-Baptiste pour patron.

    Lorsqu'il eut reçu le baptême, je fus obligé d'aller au collège pour y faire passer les examens. A mon retour, j'appris que mon petit protégé était parti pour le ciel jouir d'un bonheur qu'il n'avait jamais connu ici-bas, et remercier lé divin Maître de l'avoir appelé à Lui. Jespère qu'il aura là-haut un souvenir pour moi afin que je devienne un bon missionnaire, et que je puisse lui envoyer beaucoup de ses compatriotes. (Lettre de M.Champion, Kia-tin, 4 février 1905.)

    1905/237-239
    237-239
    France et Asie
    1905
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