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Nouvelles des Missions et Séminaires

CHRONIQUE De nos Missions et Séminaires
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    CHRONIQUE
    De nos Missions et Séminaires

    Depuis une année, les nouvelles qui nous sont arrivées du Japon sont des plus succinctes. Par suite d'une législation récente qui veut que toute autorité exercée sur des sujets japonais le soit par des Japonais, nos trois évêques du Pays du Soleil Levant, NN. SS. Chambon, de Yokohama, Castinier, d'Osaka, et Breton, de Fukuoka, ont envoyé spontanément leur démission au Saint Siège, mais ils restent sur place pour continuer à rendre service à la cause catholique sous la houlette de leurs successeurs japonais. Ces derniers, comme d'ailleurs ceux des différentes Missions du Japon, ont été désignés par Rome avec le titre d' « Administrateurs ad nutum », c'est-à-dire qu'ils ont tout pouvoir de juridiction mais pas de pouvoir d'ordre. Nos confrères demeurent donc tous soumis à la juridiction de ces nouveaux administrateurs ecclésiastiques, quoique, en tant que membres de la Société des Missions Etrangères, ils restent canoniquement sous la dépendance d'un Supérieur local de Société, absolument comme cela a lieu pour toutes les Congrégations religieuses.
    Rien n'est changé dans le régime ecclésiastique des Missions de Corée et de Mandchourie, mais de là aussi les nouvelles reçues à la Maison Mère se sont faites très rares.
    Nous avons été plus favorisés en ce qui concerne la Chine, mis à part cependant les Missions de la Chine occidentale (Setchoan et Sikang), dont les lettres sont d'autant plus impatiemment attendues que la guerre aurait fait, d'après ce qu'a annoncé la radio officielle, de sérieux dégâts au Setchoan. Seuls de laconiques télégrammes de décès ont annoncé la mort de plusieurs confrères.
    C'est de la Mission la plus éloignée, et normalement la moins favorisée au point de vue des communications, que nous avons eu le plus de nouvelles, une lettre de Tatsienlu et deux numéros de l' « Echo du Thibet » ayant réussi à venir jusqu'à nous. On a lu dans un article «ad hoc » ce qui concerne la mort violente du cher P. Nussbaum. Le numéro du 1er septembre 1940 de la petite feuille thibétaine nous a appris par ailleurs que les PP. Pezous et J. Leroux se sont vus, pendant un voyage, soulagés des vivres, habits et couvertures qu'ils emportaient avec eux ; ils ont continué pendant trois jours leur route dans le plus complet dénuement, donc plus missionnaires que jamais. De la même source nous savons aussi que le P. André, l'apôtre des Lyssous du Haut Yunnan, voit avec joie les conversions se multiplier autour de lui : plein de confiance, comme tous ses confrères des Marches thibétaines yunnannaises, qui sèment le bon grain sur les rives de la Salouen et du Mékong, il espère que toute une région va ainsi se rapprocher du christianisme.
    En Chine méridionale, le travail d'évangélisation n'a pas subi d'arrêt, malgré les ravages de la guerre sino-japonaise et les difficultés de toutes, sortes qui en sont la conséquence. Nous avons appris, par le « Petit Nouvelliste du Yunnan », que le P. Letourmy a été emmené par « des persécuteurs » et qu'il était toujours gardé en otage le 1er mars de cette année ; nous savons également que des bombardements répétés ont forcé le grand séminaire de Yunnanfu à émigrer à la campagne, Sulpiciens et séminaristes ont donc trouvé refuge à la place qu'occupaient les enfants du propatorium (école préparatoire au petit séminaire), ceux-ci s'étant rendus ailleurs avec le P. Ducotterd, leur supérieur.

    Rien n'est arrivé de la capitale du Kweichow depuis prés d'un an. En automne 1940, Mgr Seguin, fort affaibli, avait pratiquement laissé toute l'administration de son Vicariat aux mains de son coadjuteur Mgr Larrart. L'hinterland du Kweichow, Lanlong, a pu au contraire nous donner plusieurs fois signe de vie : dans ce pays retiré et peu touché par la guerre, les missionnaires continuent leur travail normalement, et Mgr Carlo, leur évêque, a pu faire comme d'habitude ses tournées d'administration.
    Le Kwangsi nous a donné longtemps de graves soucis. En effet Mgr Albouy, son provicaire le P. Costenoble, et le P. Dalle ont été prisonniers, comme tous les habitants restés à Nanning, depuis le 20 novembre 1939 au 29 octobre 1940, sans aucune possibilité de communiquer avec le dehors : « Grâce à Dieu, écrit Monseigneur, nous n'avons pas trop souffert de cette longue épreuve, nous espérons que la gloire de Dieu et les âmes y ont trouvé quelque profit » ; bien des Chinois en effet sont devenus catholiques qui n'auraient peut-être jamais sans cela découvert la voie du salut. Pendant ces onze mois, la Mission a été administrée par le P. Madéore, Vicaire délégué ; tout a marché normalement, les conversions et les oeuvres annexes. Le P. Maillot, toujours plein d'entrain malgré les aventures plutôt tragiques où il est engagé plus souvent qu'à son tour, continue de développer la léproserie fondée par lui il y a trois ans ; à la mi-septembre 1940, il a été « mis à l'ombre » par des soldats venus d'ailleurs qui lui ont prodigué des amabilités d'un genre spécial, si bien qu'à la date du 12 septembre il écrivait à son évêque : « A bientôt, Monseigneur, peut-être au grand au revoir ! » Depuis lors, il a repris vaillamment son travail et se dit heureux d'inscrire son centième lépreux, un pauvre qui va être bientôt le centième chrétien de la léproserie.
    Les Missions du Kwangtung sont divisées comme les provinces de France en différentes zones, il y en a de libres, d'autres sont occupées simplement et quelques-unes sont interdites ; c'est sans doute pour cela que les lettres nous arrivent de certaines et pas du tout des autres. Nous n'avons rien reçu de Canton ni des confrères qui missionnent dans la zone proche de la capitale. Du Vicariat de Pakhoi, nous n'avons que le compte-rendu des massacres de Waichow sur lesquels nous ne voulons pas revenir ici. De la Mission de Swatow au contraire les nouvelles nous sont venues presque régulièrement, avec seulement un peu de retard : la famine s'est fait sentir dans cette partie est de la province, c'était une conséquence inévitable d'une guerre qui dure depuis quatre ans, et les missionnaires sont bien attristés de ne pouvoir secourir comme ils le voudraient tant de misères ; tous vont bien et continuent leur travail chacun dans leur sphère.

    ***

    En descendant plus au sud, nous voici arrivés aux missions d'Indochine. Tout ce que nous en savons, c'est que nos plus jeunes confrères ainsi que tous les officiers de réserve sont restés mobilisés, à cause du conflit thaïlandais, jusqu'au printemps de cette année ; nous ne sommes pas tout à fait sûrs qu'ils ne le soient plus. Nous avons cependant été avisés de la nomination du nouvel évêque de Saigon pour remplacer Mgr Dumortier, décédé en 1940 ; l'élu est Monseigneur Cassaigne, que nos amis connaissent bien pour avoir lu des comptes-rendus de ses travaux comme fondateur et directeur de la léproserie de Djiring (Annam), il a été sacré avec le titre d'évêque de Gadara.
    Le Cambodge, situé cependant aux premières loges lors du conflit thaïlandais, n'a pas souffert à notre connaissance des coups de feu et de l'animation de la presse locale, nos confrères ont continué leurs travaux apostoliques sans se préoccuper de ce qui se passait non loin d'eux, les lettres reçues déplorent seulement le petit nombre des ouvriers apostoliques en présence de la tâche à fournir.
    Il n'en est pas de même du Laos et du Siam, qui subissent une dure persécution, persécution véritablement religieuse du fait qu'elle englobe les missionnaires de n'importe quelle nationalité et les prêtres indigènes fidèles à leur devoir de pasteurs d'âmes.
    Tous nos confrères ont donc été expulsés du territoire siamois à la fin de novembre 1940. Voici en quelques mots ce qui s'est passé dans la partie du Siam faisant corps avec le Vicariat apostolique du Laos : Mgr Gouin et les PP. Malaval et Fraix, d'abord enfermés dans une cage de 2 m. 50 sur 2 m, cage qui sert aux voleurs et aux assassins, furent ensuite confiés à un manchot pour passer de la rive siamoise du Mékong à la rive laotienne (un bon kilomètre). Puis ce fut le tour des PP. Cavaillier et Bayet, et enfin des PP. Lacombe et Thomine qui passèrent préalablement une nuit en prison ainsi que le P. Tenaud. Les PP. Excoffon et Déquier furent expulsés le 4 décembre, le premier après avoir été gratifié de sept coups à la figure, au ventre et dans le dos ; seul avec Soeur Yvonne, il dut se débrouiller pour passer le Mékong en barque. De nos confrères, il n'y eut que le P. Stocker à n'être pas inquiété, mais il ne perdit rien pour attendre, il fut dans la suite condamné à la prison. Ce sont donc dix missionnaires de notre Société et trois Soeurs (dont Soeur Ursule, âgée de 82 ans) qui furent expulsés pour commencer. Une correspondance de fin février nous apprenait que la persécution continuait : Le P. Sinuen, provicaire indigène, et le P. Theng, auraient été condamnés, le premier à huit mois de prison et le second à six mois ; le P. Lazare était alors toujours à Sieng-Ju'n, mais sans pouvoir dire la messe ; la cathédrale de Nongsen est en ruines et la plupart des bâtiments plus ou moins touchés, mais le petit séminaire n'aurait pas souffert ; le P. Berthéas a quitté Bassac au dernier moment pour se rendre à Paksé, et le P. Boher s'est réfugié à Saigon.
    Pendant ce temps, le Vicariat apostolique de Bangkok gravissait lui aussi son calvaire. Le 1er février, treize missionnaires étaient chassés de leurs postes respectifs, ce sont les PP. Richard, Carton, David, Durand, Carrié, Tapie, Perroy, Broizat, Rochereau, Meunier, Larqué, Joly et Deschamps, et les Frères de Saint Gabriel ainsi que les religieuses Ursulines ont dû partir avec eux ; quelques-uns parmi les autres ont eu quelques sévices à subir, tels les PP. Chanelière et Ollier, qui furent lapidés devant la sacristie de l'église Saint François-Xavier de Bangkok. A la fin de février il ne restait plus à Bangkok, et pour tout le Siam, que Mgr Perros, les PP. Perroudon, Chanelière, Ferlay, Chorin et Ollier ; plusieurs prêtres indigènes étaient en prison à cause de leur belle attitude et de leur charité sacerdotale à l'égard de leurs ouailles. Prions pour tous ces confesseurs de la foi et pour tant de chrétiens privés de pasteurs.
    Aucune des Missions en colonie anglaise ou englobées par ces colonies n'a pu avoir de communication avec nous, le blocus a été complet. C'est par la S. C. de la Propagande que nous avons appris la nomination du nouveau pasteur de l'Eglise de Mysore, Mgr Feuga, originaire du diocèse d'Auch, nommé évêque de Mysore le 3 avril 1941.

    ***

    Nous pensons que tous ceux qui s'intéressent à l'oeuvre des Partants seront heureux de connaître ce que sont devenus les 18 partants de septembre 1939, arrêtés dans leurs préparatifs de départ en mission par la mobilisation, nous allons donc essayer de satisfaire leur légitime curiosité :
    Le P. Simonnet, non touché par l'ordre de mobilisation, s'est effectivement embarqué pour la Mission de Hanoi en octobre 1939 ; puis le P. Ropert, destiné à Kirin (Mandchourie), dans les mêmes conditions que lui, a été nommé professeur à Ménil-Flin dès la rentrée de 1939. Quant aux autres, tous mobilisés, les uns ont pu échapper aux balles et à la captivité alors que leurs confrères moins favorisés ont payé tribut au rachat de notre chère France : Parmi les premiers, il faut citer les PP. Belleville, nommé directeur au séminaire de la rue du Bac, Béliard, Lagrange et Choimet, nommés professeurs à Beaupréau, Delbor et Galant, nommés professeurs à Ménil-Flin.
    Trois ont pris du service dans les diocèses de leurs pays d'origine en attendant de pouvoir partir en mission ; ce sont M. Catel, volontaire des corps francs, médaillé militaire et croix de guerre, grièvement blessé, oeil droit perdu, redevenu vicaire à Epinal comme avant d'être aspirant missionnaire, M. Garrel, blessé à la main et réformé comme tel, employé dans le diocèse de Mende, et enfin M. Narbaïtz, d'abord prisonnier de guerre, puis renvoyé comme sanitaire, vicaire au diocèse de Bayonne.
    Tous les autres sont encore en captivité en Allemagne, ce sont : MM. Duquet, Pascarel, Dugast, Garreau, Guennou, Lourdez, Blivet.
    Et puisque nous signalons les « partants », passons d'abord sur l'année qui vient de s'écouler pour dire tout de suite qu'elle s'est terminée comme d'habitude par l'ordination et l'annonce de quelques destinations pour les jeunes prêtres dont les noms suivent :
    MM. Perrin (Rennes), Saigon (Cochinchine), nommé professeur au séminaire des Missions Etrangères en attendant son départ.
    Vaxelaire (Saint-Dié), Thanh-hoa (Annam), nommé professeur à Beaupréau en attendant son départ.
    Oxarango (Bayonne), Hué (Annam).
    Pezeu (Marseille), Kontum (Annam).
    Desplanque (Lille), Lanlong (Chine).
    Dupont (Angers), Chengtu (Chine).
    Barbier (Paris), Pakhoi (Chine).
    Ces cinq derniers rendront service au clergé diocésain de France en attendant de pouvoir partir pour leurs missions respectives.

    ***

    Parmi nos confrères prisonniers, deux d'entre eux ont été libérés comme malades, les PP. H. Bec (Suifu) et Le Page (Swatow). Il en reste donc 8 en captivité (6 prêtres et 2 Frères) : PP. Pasteur (Conseil central), Lobez (directeur à Paris), Colin (Mysore), Signoret (Lanlong), Lagarde (Séoul), Josset (Chengtu) ; Fr. Fr. Pierre Déglise et Georges Billard.
    Aussitôt après la signature de l'armistice, le nécessaire fut fait pour que le séminaire des Missions Etrangères reprenne vie le plus vite possible ; la rentrée eut donc lieu le 1er octobre, mais à Paris seulement et pour les deux communautés réunies, du fait de l'occupation du séminaire de Bièvres par l'autorité militaire allemande. Nos aspirants, au nombre d'une bonne centaine, philosophes et théologiens, ont ainsi passé une année presque normale ; tout en travaillant et en se sanctifiant sous la protection de nos bienheureux martyrs, ils gardèrent un contact aussi étroit que possible avec leurs 52 confrères prisonniers qui, en Allemagne, offrent leurs souffrances pour la patrie meurtrie et leur apostolat futur.
    La rentrée de cette automne aura lieu le 13 septembre ; malheureusement les demandes d'admission se sont faites plus rares que d'habitude, mais nous espérons dépasser le chiffre des aspirants présents pendant l'année écoulée si ceux qui sont encore en zone libre peuvent obtenir un laissez-passer pour venir continuer leurs études à Paris.
    A Beaupréau, les 43 postulants des classes supérieurs ont donné satisfaction à leurs professeurs, l'année a été excellente. A Ménil-Flin, notre établissement abritait, jusqu'en juin 1940, des enfants en majeure partie originaires d'Alsace-Lorraine ; à défaut de postulants pour les remplacer, le P. Prouvost, supérieur, a fait appel à des collégiens des environs, et les familles ont été heureuses de lui confier leurs enfants, quitte à ceux-ci de suivre le même règlement que de véritables séminaristes ; de cette façon la maison a pu continuer à fonctionner avec cinq ou six postulants et des collégiens, en attendant de pouvoir reprendre (bientôt, espérons-le) son but primordial, la formation d'enfants qui ont tous en vue l'apostolat missionnaire.

    J. C.

    1941/23-26
    23-26
    France
    1941
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