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Nouvelles des missions et des missionnaires

Nouvelles des Missions et des Missionnaires A part quelques rares messages télégraphiques parvenus par l'intermédiaire du ministère des Colonies ou celui de la Croix-Rouge, tous annonçant soit des décès, soit l'excellente santé et le travail normal de nos confrères, nous n'avons reçu depuis quatre mois que très peu de nouvelles de nos missions. Cependant, une communication de la S. C. de la Propagande nous a dit quelque chose de la situation d'une partie du Laos :
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    Nouvelles des Missions et des Missionnaires



    A part quelques rares messages télégraphiques parvenus par l'intermédiaire du ministère des Colonies ou celui de la Croix-Rouge, tous annonçant soit des décès, soit l'excellente santé et le travail normal de nos confrères, nous n'avons reçu depuis quatre mois que très peu de nouvelles de nos missions.

    Cependant, une communication de la S. C. de la Propagande nous a dit quelque chose de la situation d'une partie du Laos :

    S. E. Mgr Pasotti, vicaire apostolique de Rajaburi (Siam), annonçait en février que le calme n'était pas encore rétabli dans la partie siamoise de la Mission du Laos, dont s'occupent les Pères Salésiens italiens depuis l'expulsion des missionnaires français. Dans la section nord, la violence continuait à arracher des apostasies, et les réunions catholiques avaient été interdites dans certains postes. Par ailleurs, la propagande bouddhique, en tant que religion nationale, était très active ; l'accès aux fonctions publiques n'était plus permis qu'aux bouddhistes, et ne pouvaient demeurer en charge que ceux qui adhéraient au bouddhisme. Il semblait cependant qu'il y avait alors quelque amélioration à cette situation par suite de l'intervention du gouvernement italien.



    ***



    A défaut de nouvelles précises de nos missionnaires ad gentes, nos lecteurs seront certainement heureux d'en lire concernant ceux qui, depuis bientôt trois ans, souffrent en captivité pour la patrie humiliée. Trop rares sont leurs missives, mais elles nous sont d'autant plus précieuses ; nous allons glaner un peu dans chacune d'elles pour la satisfaction de leurs nombreux amis.

    Le P. Pasteur n'est plus en Allemagne depuis le mois d'octobre. A cette époque, il fut affecté comme aumônier du camp des Annamites prisonniers à Vesoul où il resta pendant un peu plus de deux mois. Depuis janvier, c'est à Nancy et toujours en qualité d'aumônier qu'il a été envoyé pour s'occuper des Malgaches, Kabyles et Sénégalais se trouvant détenus dans cette ville. Sa qualité d'aumônier ne lui a pas enlevé celle moins enviée de prisonnier, mais il a la consolation de pouvoir ainsi s'occuper des catholiques relativement nombreux, tous pratiquants, de l'ancienne caserne qui sert de camp à tous ces Africains, parmi lesquels il fait de temps en temps des baptêmes ; il avoue cependant qu'il a le regret d'être empêché d'aller visiter les Kommandos de son Frontstalag, où il y a également des chrétiens qui désireraient avoir le secours de son ministère.

    Le P. Lobez est heureux de pouvoir réaliser une partie de ses rêves : « Apostolat fructueux, écrit-il, malheureusement les commodités dont j'avais joui jusqu'à présent tendent à disparaître, et je trouve difficilement le calme et la retraite nécessaires au recueillement ».

    Le P. Signoret reste plein de cran et de courage ; il se dépense dans sept dessertes « auprès de 2.500 hommes dont un tiers pratiquent. L'aumônier est présent dans les organisations du camp. Salut au Foyer une fois par semaine ; étude, instruction religieuse. Je ne me plains pas, je suis où la Providence me veut : la vie est belle! »

    Le P. Colin n'a pas l'air de regretter les mines de sel où il a travaillé si longtemps, sans messe ni aucun acte sacerdotal à accomplir ; il est maintenant aumônier de Kommandos et fait du bien autour de lui, il a même assez souvent l'occasion d'offrir à N. S. les souffrances que sa maladie de foie, rapportée de l'Inde, lui fait endurer.

    Le P. Josset fait des tournées apostoliques dans 28 Kommandos. Sa joie est grande à la perspective d'avoir « un deuxième baptême d'adulte pour les environs de Pâques. Mais, ajoute-t-il, vous savez que seule la prière peut m'aider ».

    Le P. Lagarde est vaguemestre de son Stalag, ce qui lui permet de connaître davantage les prisonniers et d'exercer sur leurs âmes une heureuse influence.

    Le P. Duquet va très bien et « conserve un excellent moral, avec toutefois peu d'espoir de voir la fin et la rue du Bac cette année : si je pouvais me tromper !... »

    Le P. Lourdez a été plusieurs mois sans pouvoir célébrer la sainte messe; à la fin de 1942, il espérait pouvoir reprendre bientôt la célébration quotidienne.

    Le P. Dugast se trouve avec M. Mouchard, aspirant missionnaire, et comme ils se sont lancés ensemble dans l'apostolat par le théâtre, il a bon espoir d'arriver à quelque chose de positif ; il constate cependant que ces honnêtes distractions « enregistrent avec une réceptivité intense toutes les variations du dehors; conséquence, optimisme variable. Le prisonnier ne s'améliore pas avec le temps ».

    Le P. Garreau voit avec tristesse son apostolat entravé par les circonstances. Sa chapelle est un débarras. Néanmoins il peut le dimanche visiter les Kommandos.

    Le P. Pascarel, actuellement balayeur dans une usine, est heureusement l'homme de confiance de son Kommando, composé d'environ 150 hommes, où il a la faculté de célébrer chaque dimanche la sainte messe.



    ***



    Nos aspirants, depuis si longtemps en captivité et isolés de leur communauté, voient avec peine s'éloigner de plus en plus le jour où ils pourront monter à l'autel. Aussi est-ce un bonheur inappréciable pour plusieurs d'entre eux, tels MM. Evrard, Perrodeau et Ragazzi, qui ont pu reprendre leurs cours dans un séminaire d'un genre spécial, Stablack, où ils ont des exercices en silence, lectures spirituelles, etc., comme dans les communautés religieuses les plus ferventes.

    La pensée de ces confrères privilégiés élève l'âme d'autres moins favorisés. M. Couëron est persuadé que « l'épreuve n'est pas inutile à ceux qui ont le bonheur de continuer d'une façon plus immédiate leur préparation au sacerdoce ». Et M. Jubin, garçon de ferme d'un pasteur protestant, l'un des plus éprouvés spirituellement jusqu'ici, écrit une lettre qui rend le même son : « Depuis le 27 janvier, il y a un aumônier à 6 km. Depuis deux ans et cinq mois, je n'avais pas entendu la messe ni communié. Je me considère comme un délivré... Je le dois à toutes vos prières... Continuez votre secours, nous en avons toujours grand besoin ».

    M. Gonthier, ouvrier d'usine près de son camp, s'est spécialisé dans l'art théâtral pour faire le bien autour de lui ; il a réussi à monter le Barbier de Séville. M. Grannec est artiste d'un autre genre : comme il croit n'avoir pas encore fini de passer des dimanches et des fêtes au Stalag, il consacre ses loisirs à rafraîchir les décors de l'autel et, entre temps, il a fait renouveler sa première communion à un camarade instituteur.

    M. Beaudoin a maintenant la facilité de célébrer le Saint Sacrifice chaque matin après l'appel de huit heures : « Hélas, écrit-il, il n'y a que trois prêtres pour ce vaste Stalag, et il est impossible de remédier à cette situation. Le climat moral du camp ne s'améliore pas, semble-t-il. Je souhaite de plus en plus le retour, pour que les bienfaits de la captivité ne se perdent pas ».

    M. Rubat du Mérac est moins favorisé; il ne peut célébrer la messe que le dimanche, ce qui est d'ailleurs un grand réconfort pour lui et ses camarades. Devenu chef de culture, il trouve cependant le temps de se retremper dans les livres, et il espère que son apprentissage de colon lui servira plus tard en mission.

    M. Caruel a pendant longtemps vécu dans l'espoir d'un retour au pays en qualité de sanitaire, mais après cette fiévreuse attente, il s'est vu affecté à un hôpital comme infirmier aumônier. L'apostolat qu'il peut faire auprès de ses compagnons infirmes ou malades le console un peu de sa déception.

    M. Le Ster ne peut célébrer aussi souvent qu'il le désirerait et, quand il a cette faveur, les prisonniers de son Stalag ne mettent pas beaucoup d'empressement à assister à la messe ; mais comme il a bon moral, il espère nous revenir bientôt. Puisse-t-il n'être pas déçu !

    M. Barreau, atteint d'otite, a dû séjourner quelque temps dans un hôpital, il est aujourd'hui bien rétabli.

    M. Revel, malgré un ordinaire réduit et un travail pénible, jouit d'un bon équilibre physique et moral. Il a eu la joie d'avoir des renseignements de première main sur la France, grâce à un jeune prêtre revenu au pays recevoir le sacerdoce et retourné ensuite à son camp, aussi estime-t-il que la situation s'éclaircira cette année.

    M. Casteres est plus sceptique : « Nous avons été tant de fois déçus », dit-il, et il ajoute : « Depuis un mois, je travaille en fabrique : une semaine le jour et une la nuit, 12 heures. La nuit, c'est dur, mais travail intéressant ».

    M. des Pommares est pour un juste milieu : « L'année sera dure, mais bonne ; je nie vois assez bien de l'autre côté des barbelés... »

    M. Mariotte, après avoir été fort éprouvé dans des conditions spéciales, s'est vu rendre les fonctions de confiance qu'il avait auparavant : droguiste, chef de magasin, interprète ; il en profite pour semer l'optimisme chez des camarades moins bien trempés que lui.

    M. Rassinier est dans un milieu peu commode, avec des compagnons qui regrettent la France surtout pour sa vie facile d'avant-guerre, mais il conserve toute sa confiance et ajoute : « Ce sont les prêtres qui doivent redonner une âme à la France ».

    M. Veslin, qui travaillait précédemment à la poste du camp, a repris le travail manuel proprement dit, mais il ne délaisse pas pour autant le travail intellectuel et il profite des occasions pour être apôtre.

    M. Maréchal se dévoue dans un hôpital, il a un moral excellent et se réjouit de savoir notre séminaire repeuplé de nombreux aspirants.

    M. Grange était en décembre dans un Kommando, privé de messe, mais gardant quand même bon moral ; il préparait un Noël religieux et espérait en l'année 1943.

    M. Jean-Marie Cuzon, logé dans une salle de théâtre entourée de barbelés, travaille le reste du temps dans un bureau et a le bonheur d'avoir la messe le dimanche ; il s'est associé à l'ordination de son frère cadet, aspirant comme lui, ordonné prêtre le 28 février, et ses camarades, pour lui marquer leur sympathie en cette heureuse circonstance, lui ont offert un cadeau.

    M. Le Roux, en décembre, était content de travailler dans un petit camp où il espérait avoir la messe pour Noël, et il appelait de tous ses voeux le jour béni de la libération.

    M. Apestéguy espère lui aussi nous revenir bientôt et, en attendant, il s'associe chaque jour à nous par la pensée.

    M. Darricau était à l'infirmerie en novembre ; rien de grave, c'est pourquoi nous espérons qu'il en est sorti bien vite.

    Quant à MM. Pattier et Lenoir, ils n'ont pas donné signe de vie depuis un certain temps déjà, ou du moins leurs correspondances ne sont pas arrivées à destination. Nous avons tout lieu de croire qu'ils sont en bonne santé et toujours bien unis à leur cher séminaire où ils ne sont pas oubliés.

    Que Dieu les garde tous pour la relève d'après-guerre ! On continue de mourir en mission, et le travail s'y fait de plus en plus pressant.



    ***



    Depuis qu'a paru le dernier fascicule des Echos Missionnaires, nous avons eu le plaisir de revoir parmi nous notre vénéré Supérieur général, Le T. R. P. Robert nous arrivait de Marseille le 11 février et, depuis lors, sa jambe blessée se remet petit à petit. Nous prions tous pour que son complet rétablissement soit réalisé bien vite.

    Quelques jours après son retour, il donnait des destinations à cinq jeunes prêtres, dont trois avaient été ordonnés le 19 décembre et deux le 21 février. Ce sont :

    MM. Candau, de Beauvais, envoyé à Hanoi (Tonkin).

    Fleury, de Paris, envoyé à Rangoon (Birmanie).

    Lapouge, de Bourges, envoyé à Pondichéry (Indes).

    Challet, d'Angers, envoyé à Saigon (Cochinchine).

    Brygier, d'Arras, envoyé à Kweiyang (Chine).

    Vingt-deux autres, dont l'ordination fut avancée en prévision du travail obligatoire auquel ils pourraient être bientôt astreints, sont devenus prêtres les 28 février et 20 mars ; mais ils ne recevront leur feuille de route pour les missions qu'après l'achèvement de leurs études théologiques, c'est-à-dire dans les derniers jours de juin prochain.



    J.C


    1943/252-256
    252-256
    France et Asie
    1943
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