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Nouvelles des missions

Nouvelles des missions 5 avril 1905 THIBET. Causes et débuts des troubles. Le feu qui couvait sous la cendre menace de devenir un incendie. Depuis longtemps déjà l'esprit de révolte des grandes lamaseries perçait de temps à autre ; aujourd'hui il se manifeste au grand jour, et voici à quelle occasion :
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    Nouvelles des missions

    5 avril 1905

    THIBET. Causes et débuts des troubles. Le feu qui couvait sous la cendre menace de devenir un incendie. Depuis longtemps déjà l'esprit de révolte des grandes lamaseries perçait de temps à autre ; aujourd'hui il se manifeste au grand jour, et voici à quelle occasion :

    Lieou, préfet de Ta-tsien-lou ayant reçu l'ordre d'exploiter les terrains aurifères de Tay-lin, localité située à deux jours de marche au N.-O. de Ta-tsien-lou, se mit en devoir d'exécuter son mandat. La lamaserie de Tay-lin lui offrit une grosse somme d'argent, afin de l'en détourner. L'offre fut repoussée ; les lamas prirent les armes et levèrent des soldats parmi le peuple qui les entoure. Le préfet, prévenu des mauvaises intentions des lamas, envoya quelques troupes dans le but d'examiner la situation de Tay-lin et des environs. Arrivés à moitié chemin, les soldats chinois, sans souci du danger qu'ils croyaient fort éloigné, furent tout-à-coup arrêtés par la fusillade bien nourrie d'une bande de Thibétains ; plusieurs soldats furent blessés, et les agresseurs s'enfuirent à travers les broussailles. Ceci se passait dans les premiers jours de mars.

    Peu après, un petit mandarin militaire connaissant fort bien Tay-lin et les différentes routes qui y aboutissent, partit à son tour en expédition. Pendant la nuit, alors que lui et sa troupe dormaient sous la tente, il fut surpris par de nombreux cavaliers Thibétains, qui le transpercèrent de part en part et blessèrent grièvement quatre de ses hommes. Fort heureusement l'arrière-garde n'était pas loin, elle accourut au bruit de la fusillade, et dispersa l'ennemi qui laissa une vingtaine de morts sur le terrain. Parmi les agresseurs on ne remarqua que quatre hommes du peuple ; tous les autres étaient des lamas. Le gouverneur de Tchen-tou, mis au courant de ce qui se passait, ordonna au préfet de faire la guerre à la lamaserie de Tay-lin. Les préparatifs ont été poussés vigoureusement ; et d'ici 10 à 15 jours, le vieux préfet âgé de 73 ans, mais encore assez alerte, entrera en campagne avec 2000 hommes.

    Malheureusement, ce conflit a mis en mouvement la plupart des grandes lamaseries jaunes, qui n'attendaient qu'un prétexte pour se révolter contre la Chine.

    A Bathang, le procureur impérial, Fong-ta-jen, est sérieusement menacé par le peuple des lamas, ceux-ci n'osant encore entrer directement en ligne. On assure qu'à Tsong-houa toutes les lamaseries jaunes sont sur le pied de guerre. A Heur-tchangou, il y a quelques mois, le mandarin local fut assiégé par les Thibétains conduits par les lamas, et perdit plusieurs hommes. Cette affaire n'ayant été que très négligemment arrangée, comme de coutume, les lamas sont prêts à recommencer.

    On annonce de Tchen-tou l'envoi de 10.000 hommes et de 50 canons sous les ordres du généralissime Ma. Si cette petite armée (grande pour le Thihet) ne s'attarde pas trop, elle peut compter sur un prompt succès ; mais si au contraire elle donne aux lamas le temps de compléter leur organisation, elle peut s'attendre à des résistances sérieuses.

    Le peuple de la lamaserie est aux portes de Bathang, d'où il veut chasser le procureur impérial, sous prétexte que sa présence avec son escorte de quarante hommes affame le pays !!

    L'auteur de celle lettre était bien informé ; voici en effet une partie des événement qui se sont passés depuis cette époque ; nous disons une partie, car Mgr Giraudeau le Vicaire apostolique du Thibet, résidant à 17 étapes de Bathang, à 21 étapes de Yerkalo, n'a pu encore avoir tous les renseignements désirables sur la catastrophe de Bathang.

    Ta-tsien-lou, 24 avril 1905.

    J'ai à vous communiquer aujourd'hui de bien mauvaises nouvelles de notre pauvre Thibet.

    Le 1er (5 avril) de cette 3e lune, Fong, commissaire impérial de Lhassa, était massacré à Bathang avec son escorte composée d'une quarantaine d'hommes Sachant en même temps que les PP. Soulié et Bourdonnes avaient été saisis par les révoltés, je redoutais d'apprendre leur mort ainsi que celle du P. Mussot, que je savais être resté à Bathang. Depuis huit jours j'étais dans une profonde anxiété ; impossible de contrôler le bruit public, les frontières de Bathang sont rigoureusement gardées, le prétoire était sans nouvelles officielles.

    Enfin, hier j'ai pu voir un jeune chrétien de Ta-tsien-lou de l'escorte du commissaire (le seul échappé au massacre avec un domestique de l'interprète).

    D'après ce jeune homme les PP. Mussot, Soulié et Bourdonnec sont vivants chez le second Inkouan1. Il ne les a pas vus de ses propres yeux, mais il affirme qu'ils ne sont pas sortis avec le commissaire impérial, et qu'en ville on dit qu'ils sont sous la garde du second chef thibétain.

    Vers la fin du mois, 400 hommes se rendirent à Yaregong, pillèrent et brûlèrent tout, garrottèrent le P. Soulié et le conduisirent à Bathang où il fut livré aux chefs thibétains. Il y aurait eu plusieurs chrétiens tués à Yaregong. A Bathang et à Selenong les maisons de la mission sont brûlées, les chrétiens pillés, mais il n'y aurait pas de mort. Ce jeune homme dit que les bandes de Bathang ne sont pas allées à Yerkalo et qu'il n'a pas entendu dire que Yerkalo fut détruit. Cependant, de Lythang on nous dit que Yerkalo est également détruit. Il n'y a cependant rien de certain. Le P. Bourdonnec aurait quitté Yerkalo pour venir à la sous-préfecture de Dzongung, prendre des novelles de Bathang ; chemin faisant, il aurait été saisi et conduit à Bathang. Voilà comment on explique son arrestation sans affirmer la destruction de Yerkalo. Il m'a fallu savoir ces détails, pour me persuader que les confrères vivent encore après le massacre du commissaire impérial.

    1. Chef thibétain de Bathang.

    Tout ceci est inexplicable : car si les chefs indigènes out reçu les Pères des mains des révoltés, ces mêmes chefs pouvaient beaucoup plus facilement éviter les pillages, les incendies et les meurtres des chrétiens.

    En tout cas, on voit que tous les événements ont été conduits d'après un plan arrêté à lavance, et cette fois les chers thibétains paraissent avoir fait cause commune avec les lamas.

    Voici comment on explique le massacre du commissaire impérial Fong. Le grand homme se voyant menacé dans son prétoire (on avait déjà tué l'interprète et le Tchouan-tchen) se réfugia chez le premier Inkouan. Celui-ci lui représentant qu'il était impuissant à le protéger, le grand homme lui dit : « Si tu as des animaux pour porter mes bagages, je consens à sortir de Bathang ». Il se trouva que tout était prêt. Le commissaire impérial sort avec sa petite troupe, on le conduit avec les honneurs ordinaires eu dehors de la ville. A un ly et moins de l'endroit où s'arrêtèrent les autorités une multitude d'hommes armés entoura le commissaire impérial et sa garde, et massacra tout jusqu'a extermination. Le corps du commissaire impérial aurait été dépecé et jeté au torrent.

    Mon jeune chrétien était là comme instructeur de la troupe thibétaine du commissaire impérial (mais non comme son chef). Il dit que la troupe thibétaine fut la première à tirer sur eux. Lui échappa au coup de sabre d'un lama, grâce à des pains de maïs cachés sous ses habits. Armé d'un bon revolver il tua à bout portant trois lamas, et se sauva vers Bathang. Là, caché pendant quelques jours il se chargea d'apporter à Ta-tsien-lou une lettre du mandarin chinois de Bathang. Ces pièces officielles furent cousues dans les semelles de ses bottes. Parti de nuit, il n'avait plus à craindre que les troupes qui gardent la frontière. Parlant aussi bien le thihétain que le chinois, il se donna pour un courrier de Lhassa déjà pillé ; les thihétains ne trouvant aucun écrit sur lui, se contentèrent de lui enlever ses vêtements à l'exception de son pantalon el de ses bottes. Cest grâce à lui que le prétoire a quelques renseignements et moi aussi.

    SU-TCHUEN MÉRIDIONAL. Retraite. Troubles. Le 4 février nous avons eu le bonheur de nous réunir pour la retraite ecclésiastique annuelle, sous la présidence de notre bon évêque, Mgr Chatagnon. Que Dieu le conserve longtemps encore à notre affection pour le bien de la mission et de chacun des missionnaires. Qu'on est heureux dans ces réunions de se sentir aimé, consolé par la charité du chef à l'égard de tous et de chacun.

    Au mois de mars, nous avons failli revivre les années de troubles. Dans les régions de Kien-oui, entre Kia-tin et Soui-fou, des bandes de rebelles ont fait une levée d'armes. Ils ont eu l'idée de s'en prendre aux nouvelles écoles construites dans les villes et les marchés dont les programmes d'études sont basés sur les modèles étrangers. Aussitôt informé, le préteur a rnobilisé les bataillons de soldats par dizaines. Ceux-ci bien armés ont eu vite raison des apaches de l'obscurantisme chinois. On dit que plus de 2000 brigands sont restés sur le terrain. Actuellement tout est tranquille ; cependant, avant l'arrivée des soldats les brigands ont pillé chrétiens et païens. Deux petites stations de chrétiens ont été pillées par eux. Au Kien-tchang les protestants font beaucoup de misères.

    Dans le district de Pen-chan, je n'ai pas, grâce à Dieu, d'affaires aussi mouvementées. Il y a bien des protestants, mais je n'ai jamais eu maille à partir avec eux ; plaise à Dieu que l'occasion ne se présente pas. (Lette de M. Garrel, Pen-chan 6 mai 1905.)

    TONKIN OCCIDENTAL. Bon état de la paroisse de Giang-xa. Je me trouve dans la paroisse extrême-nord de Hanoi, limitrophe du Haut-Tonkin, presque entièrement composée de nouveaux chrétiens. Elle compte 18 chrétientés ; malheureusement beaucoup ne renferment que quelques dizaines de convertis. Cependant, j'y constate depuis ma dernière tournée un progrès de vie chrétienne sensible. Nous y avons baptisé hier 30 néophytes. Dans la paroisse de Ké-béo d'où jarrive, nous avons fait 260 baptêmes, ce qui fait 4 nouvelles chrétientés. Cette paroisse en compte 4 autres, toutes créées par le prêtre indigène, Dien, qui est curé là depuis 1887. La paroisse marche très bien et j'ai été réellement édifié de ce que j'ai constaté. Extrêmement rares étaient les confessions datant de plus de 6 à 7 mois. (Lettre de Mgr Gendreau, 8 avril 1905.)

    COIMBATOUR. Nouvelle école de filles. La grande nouvelle ici est que le secrétaire du comité des écoles de filles de la ville est venu officiellement me trouver pour demander des religieuses, promettant 20 francs par mois et une partie de l'allocation ordinaire. Je lui dis de m'écrire la demande officiellement avec les conditions, que je la ferais tenir au P. Villien, supérieur des religieuses. Ce dernier accepta les conditions et c'est sous les auspices de Notre-Dame Auxiliatrice, le 24 mai dernier, que nos religieuses ont pris en main l'école de filles à Udamalpet, à la grande joie des habitants de la ville. (Lettre de M. Guerpillon, Udamalpet 11 juin 1905.)













    1905/313-316
    313-316
    France et Asie
    1905
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