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Nouvelles des missions

Nouvelles des missions CORÉE Les écoles dans le Vicariat apostolique de Séoul Les écoles primaires, actuellement au nombre de 73, sont toujours notre grande préoccupation; elles sont en progrès constant : nous avons 5.432 écoliers (garçons ou filles) dans ces écoles, contre 4.942 l'an dernier. Mais que de soucis elles coûtent à nos prêtres, pour leur entretien et leur direction
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    Nouvelles des missions

    CORÉE

    Les écoles dans le Vicariat apostolique de Séoul
    Les écoles primaires, actuellement au nombre de 73, sont toujours notre grande préoccupation; elles sont en progrès constant : nous avons 5.432 écoliers (garçons ou filles) dans ces écoles, contre 4.942 l'an dernier. Mais que de soucis elles coûtent à nos prêtres, pour leur entretien et leur direction
    A Séoul, les écoles de la cathédrale comptent 385 enfants. Au printemps dernier, le gouvernement japonais les a reconnues officiellement, ce qui est un avantage, car cette reconnaissance donne droit à la délivrance de diplômes de fin d'études, valables pour l'entrée dans les écoles supérieures du gouvernement. Dans la paroisse Saint-Joseph (Séoul extra muros), les deux écoles (filles et garçons) comptent 610 élèves. Le P. ViIlemot est en pourparlers pour obtenir, lui aussi, la reconnaissance officielle.
    A Chemoulpo, le nombre des écoliers est en progrès, et nous avons cette année le chiffre de 521 enfants. Le P. Deneux est en grand souci à l'heure actuelle, car si les bâtiments de son école de filles sont suffisants pour le moment, l'école de garçons ne répond d'aucune façon aux besoins. Il va donc falloir bâtir, et les constructions coûtent cher.
    En province, à lire les comptes rendus, partout où il y a des écoles comme chez les PP. Antoine Gombert, Bouillon, Lucas, Curlier, etc., ce sont les mêmes soucis. C'est la même volonté persistante de tenir malgré tout, en face des protestants aux ressources toujours plus grandes, en face des écoles officielles dont le nombre se multiplie d'année en année.
    Le chiffre de 73 écoles donné plus haut comprend seulement celui des écoles primaires, soit qu'elles suivent le programme du gouvernement, soit que certaines plus modestes ne puissent encore enseigner que les premiers éléments. A côté de ce chiffre, il y en a un autre intéressant à noter : c'est celui de nos écoles de catéchisme, dont le recensement a été fait pour la première fois au printemps dernier. Ce relevé nous a donné 118 écoles avec 1.837 élèves. En certains endroits, ces écoles de catéchisme ne se tiennent que le dimanche; en d'autres, au contraire, elles sont quotidiennes.
    L'école commerciale que dirige le P. Krempf continue à tenir, malgré toutes les difficultés d'un début particulièrement pénible. Les élèves sont au nombre de 198, avec 11 professeurs. Nos chrétiens, qui avaient promis leur concours, semblent faiblir, et le gros point noir c'est qu'il faudra agrandir cette école l'an prochain. Nous mettons notre confiance en la Providence, qui finira bien par nous sortir de toutes ces difficultés, si Elle veut que cette oeuvre vive et prospère.
    La Maison de famille a continué à donner cette année l'hospitalité à 25 jeunes gens, mis sous la direction du P. Kim Joseph.

    JAPON : DIOCÈSE D'OSAKA

    Construction d'églises et fondation de postes

    L'automne de 1923 a vu l'achèvement de l'église du Sacré-cœur, paroisse des catholiques étrangers de Kobe. Les travaux ont duré deux ans, sous la direction du P. Fage, vicaire général et curé de la paroisse. Le dimanche, 9 décembre, jour où l'on fêlait ici l'Immaculée Conception, l'évêque d'Osaka a béni solennellement la nouvelle église, devant une assistance heureuse de voir enfin le couronnement de ses efforts. La paroisse, où sont représentées environ vingt nationalités différentes, et qui n'est ni nombreuse, ni riche, pourra se rendre le témoignage d'avoir édifié l'église presque avec les seules ressources de ses fidèles. L'édifice est déjà payé aux trois quarts. Le P. Fage a érigé la fabrique de sa paroisse conformément aux prescriptions du Droit Canon, et ses nouveaux marguilliers, fiers d'être appelés à partages les responsabilités matérielles de leur pasteur, se sont engagés à prêter tout leur concours pour l'amortissement rapide de la dette paroissiale.
    Le P. Bousquet, après avoir habité pendant trois ans une maison de location à Nishinomiya, s'est enfin transporté sur le nouveau terrain qu'on a pu acquérir à peu de distance de sa première installation. La Mission a élevé sur ce terrain les constructions nécessaires : chapelle, salle de conférences, maisons d'habitation pour le missionnaire et le catéchiste, et il reste encore de la place pour les développements futurs.
    A signaler encore cette année la fondation d'un nouveau poste dans la ville de Sakai. Aujourd’hui Sakai n'est plus guère qu'un faubourg de notre immense Osaka, mais au XVIIe siècle, cette ville la marqué son nom dans l'histoire de l'Eglise au Japon. C'est dans son port que s'embarquaient et débarquaient les missionnaires, dans leurs allées et venues entre la capitale et la grande île de Kyushu. Là vécut une chrétienté fervente, et les martyrs, en route pour le lieu des supplices, ont foulé ce sol.
    Le P. Cettour a accepté joyeusement de fonder ce nouveau poste. Il loge, pour commencer, dans une pauvre maison de location. Un groupe de chrétiens venus d'un peu partout résidaient déjà dans cette ville et aux environs. Le missionnaire a commencé à les réunir et il espère par eux atteindre peu à peu les païens.
    Dans la ville d'Osaka, l'agrandissement de la gare centrale a amené l'expropriation du poste de la Mission catholique situé dans le quartier de Kitano. Par un concours de circonstances providentielles, le P. Geley, chargé de ce poste, a découvert, à une centaine de mètres de l'ancien presbytère, un terrain inoccupé que la Mission a pu acheter à un prix raisonnable. La nouvelle installation, d'une superficie un peu supérieure à celle de la précédente, a, pour les chrétiens du poste, les mêmes facilités de communications. Aussitôt le contrat signé, le P. Geley n'a pas perdu une minute pour y faire transporter ses divers bâtiments. La chapelle a été rebâtie et agrandie; la salle de conférences, le presbytère et les maisons des catéchistes ont été debout à la fin de juillet. Cette mutation a donc été l'occasion d'une amélioration sérieuse dans l'installation matérielle du poste de Kitano.

    MOUKDEN

    Association pour la conversion des infidèles

    L'OEuvre des messes et des prières, à laquelle le Souverain Pontife a voulu donner son nom et sa coopération, a été organisée par plusieurs missionnaires.
    Voici comment le P. Pérès nous expose cette organisation dans son district : « Dans chaque chrétienté, il y a un chef, un sous-chef, des chefs de dizaines et des croisés. Le chef distribue et collectionne les Bulletins mensuels où chaque croisé note les prières et bonnes oeuvres qu'il a offertes pour la conversion de la Chine. La veille du premier vendredi du mois, le chef se rend à Niouchouang où, le soir, il y a réunion de tous les chefs sous la présidence du missionnaire. On cause de l'état des chrétientés, des croisés, du bien à faire, etc. Le lendemain, ces délégués font la communion pour la conversion de la Chine en général,de la Mandchourie Méridionale en 'particulier, du district de Nioutchouang plus spécialement, et de telle ou telle chrétienté du district très spécialement. Après la bénédiction du Saint-Sacrement, on tire au sort le nom de la chrétienté pour laquelle on priera particulièrement durant le mois ; les bulletins sont changés, et les délégués regagnent leurs villages. La fête du Sacré-cœur est la fête de la croisade ».
    Le P. Chabanel attribue pour une large part à cette oeuvre de prières une augmentation très sensible dans le chiffre de confessions de dévotion qui est passé de 2.700 à 3.700, et des communions répétées qui, de 7.400 en 1923, ont atteint cette année le chiffre de 11.400.
    Les associés se sanctifient de la sorte; de leurs progrès dans la vertu doit naître, semble-t-il, une compréhension plus parfaite de leurs devoirs, et, partant, un accroissement de l'esprit de prosélytisme auprès de leurs compatriotes païens. Car il faut toujours en revenir à ce moyen pour atteindre et convertir les infidèles : l'influence et le zèle des néophytes.

    KIRIN

    État général

    A Kirin, les conférences aux païens continuent à être très suivies, et environ 10.000 tracts ont été distribués au cours de cette première année. Fait digne d'être noté : un journal de la ville a voulu se procurer le texte imprimé de ces conférences et nous a demandé l'autorisation de les publier. Il va sans dire que nous avons accepté avec plaisir cette offre, qui nous permet d'étendre notre prédication auprès d'un plus grand nombre de païens.
    On peut dire que le brigandage règne à l'état chronique dans la Mandchourie du Nord; mais la guerre entre Ou Peifu et Tchang Tsolin, en obligeant ce dernier à mobiliser la plus grande partie de ses troupes n'a fait qu'aggraver cet état de choses. Les petits groupes de brigands qui opéraient çà et là se sont réunis en grandes bandés de 1.000 à 1.500 hommes, auxquelles les quelques mi-lices restées dans le pays n'oseraient s'attaquer. C'est ainsi qu'une de ces bandes, travaillant dans la région de Changchun, s'est abattue, le dimanche 16 novembre au matin, sur le village chrétien de Wangkiatoun. Le pillage a été complet, les brigands étant restés dans le sillage deux jours et deux nuits. De l'église et de la résidence, il ne reste que les murs et les toits ; tout ce qui n'a pu être emporté a été mis hors d'usage : les vitres cassées, l'autel brisé, le tabernacle défoncé, les ornements profanés, etc. Parmi les brigands, une mégère, veuve d'un chef de bande fusillé l'an dernier, se promenait dans le village revêtu d'ornements sacerdotaux, se livrant aux plus extravagantes démonstrations.
    Ce qui s'est passé à Wangkiatoun s'est répété dans un grand nombre de localités de la région, entre autres à Tchonkiatchengtse, où plusieurs maisons appartenant à la Mission ont été incendiées.

    QUINHON

    Lettre d'un sauvage à sa fille postulante

    On nous a communiqué la traduction d'une lettre envoyée de Kontum par un Sauvage à sa fille postulante à Go-thi ; la voici dans toute sa naïveté.
    « Bonjour Muk,
    « Voilà bien longtemps déjà que tu n'es plus ici, plus de deux mois déjà! Aussi ta mère et moi pensons à toi; et je vais t'écrire pour causer avec toi un moment. Ta mère et moi nous ne faisons que penser à toi. Figure-toi une vache qu'on a violemment séparée de son petit veau. Son sein la fait souffrir et elle a le coeur gros. Mais que faire? Le bon Dieu t'a prise pour travailler pour lui; que sa volonté soit faite! Nous réprimons nos sentiments les plus intimes qui nous font penser à toi, et nous nous soumettons à la volonté de Dieu. Aussi, malgré tout, ta mère et moi nous ne voulons pas que tu quittes cette terre d'Annam où tu es comme une orpheline.
    « Ta mère me dit de te demander, au cas où il te resterait encore un sou ou deux, de nous acheter une cuvette. Ta mère désire que ce soit toi qui l'achètes. Ce sera comme si tu continuais à manger le riz avec nous deux comme autrefois.
    « N'oublie pas de prier le bon Dieu de nous aider durant cette année, car tout le monde a la famine et chaque maison en souffre.
    « Nous prions aussi le bon Dieu de vous aider toutes et nous te remettons entre les mains de Jésus, Marie, Joseph ».
    Voilà soixante et quelques années seulement qu'on a commencé l'évangélisation de ces peuples sauvages, et voilà les sentiments que déjà l'on y rencontre; qui n'aurait confiance en l'avenir ?
    Le noviciat dans lequel est celte postulante vient d'être installé par le P. Solvignon; il est sous la direction des Religieuses de Saint-Paul de Chartres.

    KUMBAKONAM

    Conversion d'un ministre protestant

    Le Révérend Israël était le Superintendant de la Mission protestante dans les parages d'Irungalur. Né à Tanjore de parents de basse origine, il était arrivé à ce poste par ses propres moyens. Doué de qualités intellectuelles remarquables, il avait acquis le diplôme de Maître ès Arts et était très estimé des Anglais. Il passa quelque temps en Angleterre et pendant la guerre, fut envoyé comme chapelain militaire en Mésopotamie, d'où il vint à Irungalur comme « Superintending Missionary ». Son activité s'exerça surtout dans les oeuvres protestantes, école et hôpital, qui me donnèrent beaucoup de soucis. Naturellement, je dus préserver mes chrétiens de son influence hérétique ; je mis sur un bon pied mes écoles de garçons et de filles et j'ouvris un dispensaire. Nous étions deux adversaires luttant d'influence uniquement par nos oeuvres; nos rapports ne furent jamais discourtois. C'est peut-être dans cette lutte de bonne foi que le Révérend Israël entrevit ce qui lui manquait pour rendre son action vraiment féconde, le levain de la foi catholique. Il tomba gravement malade ; l'évêque anglican de Dornakul, étant venu à Irungalur, l'engagea à aller à l'hôpital de Trichinopoly. C'est là que la grâce de Dieu l'attendait. Le Docteur ayant assuré qu'il n'y avait plus d'espoir de le sauver, le malade déclara aux Soeurs de la Croix d'Annecy qui le soignaient qu'il désirait mourir dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Et son désir fut exaucé ». (Lettre du P. Xavier.)

    RANGOON

    Association générale des catholiques

    En Birmanie, le temps est aux associations bonnes ou mauvaises, plutôt mauvaises que bonnes. Les différentes races et les différentes sectes se groupent pour s'entre aider et défendre les divers intérêts communs. Laisser nos catholiques dans l'isolement, c'était dangereux; c'était aussi porter à croire qu'ils n'étaient qu'une quantité négligeable, un corps sans vie. Après consultation des confrères, je décidai d'essayer de les grouper en une association générale pour toute la Mission. A cette fin, il fallait les atteindre, au moins en grand nombre, entrer en conversation avec eux, questionner, expliquer, etc. Notre Revue birmane « Le Semeur » prépara les voies par une série d'articles et la bénédiction de la nouvelle église de Kanazogon fournit une magnifique occasion pour une réunion générale. Kanazogon est une grande et vieille mission avec un groupement autour du presbytère d'environ 800 catholiques sinon riches, du moins bien à l'aise Au mois de mars, ils se cotisèrent et lancèrent à travers la Mission une invitation générale pour la fête de la bénédiction. Je dois dire, en passant, que cette nouvelle église honore les chrétiens qui en ont fait les frais, en même temps qu'elle révèle chez le P. Mourier un véritable talent d'architecte.
    « Environ 4,000 personnes répondirent à l'invitation et vinrent de tous les coins de la Mission. Pendant deux jours, ils furent en contact, firent connaissance et s'entretinrent amicalement. Ces gens, qui vivent dispersés dans des centaines de petites chrétientés perdues au milieu de villages bouddhistes, sentirent qu'ils n'étaient plus isolés, et la vue de ces milliers de frères fut pour eux un réconfort et un encouragement.
    Des conférences aux hommes et aux femmes avaient été organisées : aux femmes, la directrice de l'Ecole anglaise de filles à Gyobingauk enseigna comment élever les enfants au corporel et au spirituel; les hommes traitèrent de leur association en projet, en déterminèrent le but et en posèrent les premiers fondements..
    Il eût été par trop importun d'être plus longtemps à charge aux charitables hôtes de Kanazogon, qui avaient déjà immolé aux estomacs de leurs invités 30 boeufs, 20 cochons et une quantité considérable de friandises telles que poisson pourri, etc., sans compter les sacs de riz.
    On se sépara le troisième jour, tous enchantés des bonnes heures passées ensemble et non sans se promettre de se retrouver l'an prochain, car il a été décidé d'avoir désormais une réunion annuelle dans les différents postes de la Mission, à tour de rôle.
    Aujourd'hui, l'Association est définitivement organisée, avec un comité général, des comités régionaux et un comité local pour chaque poste.

    VINH

    Construction d'une église

    Je vais commencer la construction d'une église pour remplacer la modeste chapelle qui nous a servi jusqu'à présent. C'est le voeu de la population française et indigène de voir s'élever à Vinh une église plus digne du culte catholique.
    Nos compatriotes, les Français de Vinh, m'ont fourni une aide appréciable, mais ayant frappé deux fois à chaque porte, il m'est impossible de recommencer. Ma famille aussi m'a envoyé des dons généreux ; mais tout cela est insuffisant.
    La ville m'accorde le terrain pour bâtir, mais à condition que je verse 500 piastres pour la réfection de la route qui passera près de l'église. J'ai bien envie de me faire... faut-il dire faux-monnayeur? Empêchez-moi de succomber à la tentation. (Lettre du P. Detalex, Tonkin Méridional).

    LES BIENHEUREUX MARTYRS FRANÇAIS
    ET CORÉENS

    Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que le Souverain Pontife vient de déclarer BIENHEUREUX un évêque, Mgr IMBERT, et deux prêtres, les PP. MAUBANT et CHASTAN, tous les trois de notre Société des Missions Etrangères, un prêtre coréen, le P. ANDRÉ KIM, et 75 fidèles, tous martyrs en Corée dans les persécutions de 1838 à 1846.
    Dans le prochain numéro de nos Annales, nous publierons de nombreux détails sur leur vie, leurs souffrances et leur mort.

    EN CORÉE

    Par le P. Le Merre

    La Corée, située au nord-est de l'Asie, se compose d'une presqu'île oblongue et d'un nombre assez considérable d'îles semées sur ses côtes occidentales et méridionales. Elle a une superficie d'environ 220.000 kilomètres carrés.
    Elle est bornée au nord par deux fleuves : le Ya-lou ou Ap-nok et le Mi appelé aussi Tou-man. Le premier se jette dans la Mer Jaune et le second dans la Mer du Japon.
    La chaîne des montagnes Chan-yan-alin, que domine le mont Paik-tou-san (montagne à la tête blanche), sépare les bassins des deux fleuves, et se continue dans la partie méridionale du royaume qu'elle couvre de ses nombreuses ramifications. « En quelque lieu que vous posiez le pied », écrit un missionnaire, « vous ne voyez que des montagnes. Presque partout, vous semblez être emprisonné entre les rochers, resserré entre les flancs de collines tantôt nues, tantôt couvertes de pins sauvages, tantôt embarrassées de broussailles ou couronnées de forêts. Tout d'abord, vous n'apercevez aucune issue; mais cherchez bien, et vous finirez par découvrir les traces de quelque étroit sentier, qui après une marche plus ou moins longue et toujours pénible, vous conduira sur un sommet d'où vous découvrirez l'horizon le plus accidenté. Vous avez quelquefois, du haut d un navire, contemplé la mer, alors qu'une forte brise soulève les flots en une infinité de monticules aux formes variés : c'est en petit le spectacle qui s'offre ici à vos regards. Vous apercevez dans toutes les directions des milliers de pics aux pointes aiguës, d'énormes cônes arrondis, des rochers inaccessibles; et plus loin, aux limites de l'horizon, d'autres montagnes plus hautes encore, et c'est ainsi dans presque tout le pays. La seule exception est un district de l'ouest, qui se nomme la plaine du Naï po.
    Bien que la latitude moyenne de Corée soit celle de l'Espagne, de l'Algérie et de la région centrale des Etats-Unis d'Amérique, le climat, pendant l'hiver, est plus rigoureux qu'en ces régions, et l'été y est chaud.
    Au mois de juillet survient la saison des pluies qui dure un peu plus de deux mois. C'est pour l'agriculture un grand bienfait ; car le riz, formant ici la principale culture du pays, l'eau est de toute nécessité pour cette précieuse céréale. Outre le riz, on cultive l'orge, le millet, le sorgho, le maïs, le sarrazin, le soja et plusieurs espèces de haricots; le colon y vient bien, mais seule l'espèce annuelle connue sous le nom de Gossipium herbaceum peut réussir. Le tabac s'y cultive en grande quantité.
    Les fruits indigènes, excepté le kaki vraiment très bon, ont peu de saveur. La vigne existe à l'état sauvage clans les montagnes ; avec des études et des soins on pourrait sans doute acclimater les vignes d'Europe ou d'Amérique.
    Parmi les plantes médicinales qui sont très nombreuses, citons le ginseng, toxique puissant, qui produit parfois des effets merveilleux. On a réussi à le cultiver mais le ginseng sauvage est beaucoup plus apprécié.
    Le sol recèle des mines abondantes d'or, d'argent, de cuivre, de graphite. Le minerai de fer y est commun.
    De tous les animaux domestiques, le boeuf est le plus utile. On s'en sert pour la culture et pour le transport; mais il n'y a aucune vache laitière ; les Coréens n'aiment pas leur lait. Le cheval est représenté par une petite espèce ; inutile pour les travaux des champs, il ne sert, ainsi que l'âne et le mulet, que comme bête de somme. La chair du chien est un des plats favoris des gourmets. Enfin il est impossible de parler du règne animal en Corée sans mentionner les insectes et la vermine : puces, poux, punaises, cancrelats, qui pullulent dans le beau pays du « Matin calme ».
    Parmi les animaux sauvages, le tigre, la panthère, le serpent, font chaque année des victimes. L'ours et le sanglier se trouvent fréquemment dans les montagnes. Les cerfs sont recherchés par les chasseurs pour leur corne dont on fait des remèdes très vantés. Le chevreuil et le chevrotin porte musc abondent, ainsi que les faisans, les canards sauvages, les outardes, les grues, l'aigrette, etc.
    Le climat est généralement sain. Dans certaines régions toutefois sévit le paludisme, et diverses fièvres attribuées à la mauvaise qualité de l'eau. Le typhus, le choléra, la dysenterie, la variole, exerçaient jadis, chaque année, de grands ravages. Depuis l'arrivée des Japonais, grâce aux mesures d'hygiène introduites partout, ces fléaux sont mieux combattus, et le nombre des victimes est bien moindre.
    La race coréenne est loin d'être homogène. L'élément mongolique, tongouz principalement, semble se combiner avec des éléments chinois, japonais, malais et même européens.
    Ces apports successifs ont créé une population de race mixte ; ils expliquent la variété des types que présentent les Coréens, bien qu'en général le visage dénote un caractère mongolique assez prononcé ; le teint est cuivré, le nez court et un peu épaté, les pommettes sont saillantes, la tête et la figure arrondies, les sourcils élevés ; les cheveux généralement noirs, parfois châtains et mime châtain clair.
    La langue voisine avec la langue japonaise et avec les langues ouralo-altaïques mongol, tongouz, turc, samoyède et aussi avec les langues dravidiennes de l'Inde : le tamoul et le malabars ; elle a fait de nombreux emprunts au chinois qui joue en Corée le même rôle que le latin et le grec dans la formation des termes scientifiques des langues européennes. Depuis 1443, elle possède un alphabet, imité du thibétain, dit-on, et qui se compose de 25 lettres.
    Mais, même depuis lors, les livres d'enseignement et les documents officiels se rédigeaient en chinois. La littérature en langue du pays était réservée aux femmes et aux ignorants. Jadis un lettré coréen mettait son point d'honneur à paraître ne pas connaître l'écriture nationale.
    Après cette vue d'ensemble sur le pays et sur la race qui l'habite, résumons, en quelques pages, l'histoire, le gouvernement et l'état religieux.
    L'histoire de la Corée commence par des légendes qui font remonter l'origine du royaume à l'année 2333 avant l'ère chrétienne. Viennent ensuite des récits assez imprécis sur les invasions chinoises dans le nord-est du pays ; puis la formation de trois royaumes qui se livrent entre eux à des guerres incessantes. En 681 s'ouvre la période de formation de l'unité nationale ; elle se clôt, en 918, par l'établissement du royaume unique de Kôrye, d'où vient le nom européen de Corée. A la fin du xvie siècle, les Japonais envahissent la péninsule coréenne et l'occupent tout entière ; ils se retirent bientôt, ne gardant que le port de Fousan, dans le sud-est.
    Un peu avant le milieu du XVIIe siècle, lorsque la dynastie mandchoue commence à régner sur la Chine, la Corée est liée, par un étroit vasselage, à l'Empire du Milieu, Chaque année, elle envoie à Pékin une ambassade offrir un tribut à l'empereur et recevoir le calendrier officiel dont la fixation est réservée au Fils du Ciel. Aucun fait saillant ne signale alors son existence et l'on ne relève dans son histoire que les rivalités des factions politiques et la multiplicité des intrigues de palais.
    Au XIXe et au XXe siècle, les persécutions contre le catholicisme rappellent à l'Europe, s'ils ne lui apprennent pas, l'existence de la « nation ermite ». Viennent ensuite l'ouverture de la Corée aux étrangers et enfin sa conquête, il y a quelques années seulement, par le Japon.
    Résumons brièvement ce qu'était, avant cette conquête, le gouvernement de la Corée.
    À la tête du pays un roi possédait un pouvoir absolu sur ses sujets. Dans les questions importantes, il prenait l'avis du Grand Conseil d'Etat composé de l'Admirable Conseiller, du Conseiller de Gauche et du Conseiller de Droite. Sous ce Grand Conseil, étaient le Conseil Privé, La Cour des Censeurs, la Cour des Remontrances, la Haute Cour de Justice, les six ministères du Cens, des liftes, de la Guerre, de la Justice, des Travaux publics, de l'intérieur ou des Emplois civils.

    Le royaume était divisé en huit provinces, comprenant un peu plus de 300 arrondissements. A la tête des provinces et des districts, il y avait des gouverneurs et des préfets ayant en mains les pouvoirs les plus divers. Ils étaient tour à tour, ou à la fois, administrateurs, commandants militaires, juges et percepteurs d'impôts, prêtres officiels pour les sacrifices à offrir à date fixe.
    La société pouvait naguère se diviser en trois classes : la noblesse le peuple et les esclaves.
    Aux nobles étaient réservés tous ou à peu près tous les emplois et les dignités, le droit à l'exemption de la conscription et à l'inviolabilité du domicile. Cette aristocratie était si puissante que, malgré ses querelles intestines, elle sut, pendant des siècles, maintenir ses privilèges et tenir tête tour à tour au peuple, aux mandarins, et au roi lui-même. Un certain nombre de ses membres, sans emploi et sans fortune, préféraient vivre d'exactions et de rapines, plutôt que d'un travail régulier.
    Le peuple n'avait aucune influence politique ; il ne savait que se courber et subir sans trop murmurer les pires traitements. Les esclaves, assez peu nombreux, appartenaient principalement aux grandes familles, qui, en général, les traitaient bien.
    La famille offrait comme vertu dominante le respect des enfants envers les parents, surtout envers le père. Jusqu'en ces dernières années, la femme ne jouissait, sauf exceptions assez rares, que d'une considération fort médiocre. Jeune fille, elle 'était mariée sans que l'on tînt compte de ses goûts; mère, elle vivait dans une sorte d'isolement. Depuis vingt airs, cette situation s'est quelque peu modifiée.
    Terminons ce très bref résumé sur la Corée par quelques lignes sur les croyances religieuses.
    Les Coréens honorèrent d'abord le Ciel, la Terre, les Corps Célestes, les Génies de la nature, et jusqu'à ce jour ils ont gardé, dans leurs croyances, beaucoup de traces de ce culte primitif. De nombreuses superstitions viennent s'y adjoindre ; nous n'avons pas à les détailler.
    Avant la récente conquête du pays par les Japonais, plusieurs cultes existaient, officiellement organisés.
    Le premier, réplique du culte officiel chinois consistait en offrandes de nourriture et d encens devant les tablettes de certains esprits du ciel, de la terre, des montagnes, des rivières, esprits des anciens souverains et des grands hommes. Ces rites étaient observés soit par le roi, soit par les ministres, soit par les mandarins délégués à cet effet.
    Dans chaque famille païenne également se faisaient des offrandes de nourriture et d'encens aux tablettes des ancêtres, mais personne ne prenait part aux rites accomplis dans une autre famille, ou dans le culte officiel.
    Au culte des esprits il faut joindre celui de Confucius, qui, comme en Chine, avait ces cérémonies spéciales.
    Un autre culte officiel était le bouddhisme, Introduit en Corée vers le quatrième siècle, il s'était propagé avec succès dans toute la péninsule.
    Actuellement, il jouit des faveurs gouvernementales et les statistiques donnent 40 temples bouddhiques principaux, 1.306 temples secondaires desservis par 7.600 bonzes ou bonzesses.
    « Au1 contact de toutes ces doctrines, l'âme du peuple coréen s'est formée peu à peu à un éclectisme religieux, et cet apport de traditions et de morales de sources différentes a constitué dans l'esprit de la population un curieux mélange, je dirai même une sorte d'indifférence, d'insouciance absolue de la vie future, de scepticisme pratique pour tout ce qui est religion, en un mot d'athéisme. Toutefois, si les Coréens sont peu religieux, ils sont en revanche extrêmement superstitieux, voyant partout le diable, croyant aux jours fastes et néfastes; ayant recours à chaque instant aux magiciens, devins et sorcières ».
    Le catholicisme s'est implanté en Corée à la fin du XVIIIe siècle, d'une manière extraordinaire.
    Pendant près d'un siècle, il s'est heurté à des persécutions sanglantes qui ont entravé ses progrès, mais il a été glorifié par le courage de ses fidèles, de ses prêtres, de ses évêques.
    Depuis que la liberté religieuse existe il a fait des progrès notables : il compte aujourd'hui 4 évêques, 62 missionnaires, parmi lesquels 3 évêques et 42 missionnaires français, 42 prêtres coréens, 14 religieuses françaises et 89 religieuses coréennes et plus de 100.000 fidèles.
    Après la conclusion des traités entre la Corée et les nations européennes, les protestants ont apporté, dans ce pays, leurs croyances si diverses. Aujourd'hui, Méthodistes, Presbytériens, Congrégationalistes, Adventistes, Sabbatistes, Armées du Salut, Anglicans cherchent par tous les moyens, dont l'or leur facilite la mise en oeuvre et principalement par l'instruction, à recruter des adeptes.

    1. Le Catholicisme en Corée. Ses origines et ses progrès. In-8, pp. 111. — Hong-Kong, imprimerie de la Société des Missions Etrangères 1924.

    Mais quels que soient les obstacles rencontrés sur sa route par l'Eglise catholique, nous savons les promesses de victoire que son divin Fondateur lui a faites, et nous gardons le grand et saint espoir, ou pour dire mieux et plus vrai, la certitude de leur réalisation.

    ***

    Après avoir en ces quelques pages parlé du pays et des habitants, je vais raconter quelques faits qui m'ont paru intéressants et propres à montrer le caractère des Coréens, principalement des chrétiens.

    Un jour que je devais aller donner les sacrements dans une famille noble, habitant une ville du Kyeng-syangto, j'avais endossé pour habit de dessus une sorte de grande blouse bleue, ressemblant assez aux blouses des marchands de boeufs normands; cet habit est commode et fort convenable. Mais le chrétien noble, André, qui vint me chercher dans une autre chrétienté, me regardant de la tête aux pieds d'un oeil investigateur, me dit au moment du départ : « C'est impossible que le Père vienne dans cet accoutrement chez le pécheur.
    — Pourquoi ?
    — La raison, la voici : j'ai dit à mes voisins païens que mon grand-oncle de Séoul arrivait chez moi aujourd'hui. Or, qui jamais vous prendra pour mon grand-oncle de Séoul, si vous n'êtes pas revêtu du grand habit, marque distinctive des nobles de la capitale ?
    — Mais que veux-tu que j'y fasse, je n'ai pas de grand habit.
    — Ha! I.. En voilà encore une affaire ennuyeuse! ». Puis, se frappant le front : « Attendez un peu, je vous prie ».
    Et il part. Je m'assieds intrigué et attends tranquillement. Mon homme revient bientôt tout triomphant, portant entre ses mains la veste indispensable à tout noble ou à qui veut le paraître; il venait de l'emprunter, et me la fait endosser sans plus de préambule. Je ne suis pas taillé comme un géant; or cette robe était d'une ampleur, et surtout d'une longueur phénoménales, aussi mon homme se désole grandement à la vue de ma piètre tournure; enfin on ajoute une ceinture bleue pas mal du tout, on m'invite à mettre mes grandes lunettes bleu foncé, et l'on me fait marcher. Quand David eut résolu d'aller attaquer Goliath, Saül lui offrit ses habits; David s'en revêtit, mais ne pouvant marcher que très difficilement, il les dépouilla et reprit ses habits de berger. Volontiers j'aurais imité David. Enfin je monte à cheval et je prends la pose que m'indique mon homme. Il est à croire que cela n'alla pas trop mal, car les païens que nous rencontrâmes sur la route n'avaient pas l'air de soupçonner nia nationalité Une heure, deux heures, trois heures se passent; à la fin mes jambes n'y tiennent plus, et sans plus de cérémonies, je saute à terre pour me dégourdir un peu. Mon brave chrétien m'a aperçu, il accourt tout effarer, se met devant moi, et m'indique la manière de marcher comme les nobles, ce qui nie fait rire.
    « Ne riez pas; me dit-il, un noble ne doit pas rire comme cela sans raison; regardez bien la marche du pécheur, et imitez de votre mieux.
    — Je vais essayer, sois donc sans crainte ».
    Et il me cède le pas en avant. Mais, ne possédant pas à un degré fort élevé le talent d'imitation, j'excède en nie dandinant et remuant les bras comme une marionnette. Mou homme est désolé: « Vous n'y êtes pas, Père, vous n'y êtes pas du tout; vous remuez beaucoup trop le corps et les bras... Heureusement que personne ne nous voit, nous serions perclus!
    — C'est bien, ne te chagrine pas, je vais me surveiller ». Et je recommence à marcher comme tout homme qui se respecte doit le faire.
    — Bon! Reprend André d'un air dépité, si vous marchez de la sorte on vous prendra pour un roturier ! » Et il commence à m'exposer toute une théorie sur la façon de marcher des nobles et des roturiers ; cela m'amuse beaucoup, mais ne me convertit pas en noble comme l'eût voulu mon instructeur. Mes jambes dégourdies, je remonte à cheval, et mon brave chrétien pousse un soupir de satisfaction; là, en effet, je ne joue pas trop mal, parait-il, man rôle de grand-oncle. Après mille précautions prises, nous nous introduisons à la faveur de la nuit dans la maison d'André; puis il me fait passer immédiatement dans les apparternent réservés aux femmes et aux proches de la famille ; là enfin, je puis marcher, manger, cracher, tousser, fumer, à ma guise. Mais déjà les voisins païens ont eu vent de l'arrivée de l'illustre parent; ils arrivent pour le saluer. Mon homme va les recevoir poliment dans le salon de réception et leur dit d'un air très peiné que son grand-oncle est devenu on ne peut plus fantasque ; qu'étant même un peu toqué et aussi très fatigué du voyage, il ne peut voir personne ; ce qu'il y a de plus désolant, ajoute-t-il, c'est qu'il veut repartir dès demain.
    Nos chrétiens ne se gênent pas du tout pour faire des mensonges officieux, si mensonge il y a. Tout n'était pas faux cependant, car il est certain que le grand-oncle était bien fatigué, pourtant il lui fallut bon gré mal gré vaincre le sommeil pour baptiser, confirmer, confesser, communier, instruire cette nombreuse et belle famille. Oh ! Que nous avons de bons chrétiens dans notre Corée ! Oh ! Que douces sont les consolations du missionnaire auprès de ces belles âmes !

    ***

    Aux environs de la ville de Kang-neung vivait une veuve païenne qui, quoique pauvre et jeune encore, désirait rester veuve et ne voulait rien entendre aux sollicitations qui lui étaient faites de toutes parts de convoler à de nouvelles noces. Mais voici qu'un soir, elle voit arriver chez elle un veuf accompagné d'autres individus bien décidés à l'enlever de force si elle ne consent au mariage. La pauvre veuve s'arme de courage et représente avec force à cés polissons qu'elle a résolu de garder le veuvage; mais, voyant bientôt que ces forcenés ne veulent rien entendre, elle demande en grâce un jour pour réfléchir. Les ravisseurs accordent le délai, se promettant de revenir le lendemain. De toute la nuit la veuve ne dort pas ; dès l'aube, elle se dirige vers la ville, va frapper à la porte du mandarinat et demande une audience qui lui est accordée.
    « Quelle affaire vous amène donc ici à cette heure si matinale? demande le mandarin avec bonté. .
    — Ce n'est pas autre chose : la petite femme a perdu son mari tout dernièrement et avait pris la résolution de ne pas se remarier; or, un certain coquin de veuf est venu hier pour l'enlever ; je prie donc le mandarin d'avoir pitié de la petite femme et de punir le coupable.
    — Vous serez satisfaite dès à présent... Valets ! Valets !
    — Yei-i-i-i » répondent longuement les satellites qui accourent. — Allez prendre immédiatement un tel et soyez prompts à l'amener.
    — Yei-i-i-i-i ».
    Quelques heures après, le coupable était amené au mandarinat et recevait une punition qui lui ôta pour jamais l'envie de recommencer.
    Le lendemain, la même veuve se présenta de nouveau au mandarinat avec une grande corbeille sur la tête : son visage respirait la joie et la reconnaissance. Le préfet l'aperçoit et n'a pas de peine à la reconnaître.
    « Que venez-vous réclamer encore aujourd'hui ?» demande-t-il d'un air intrigué.
    — Ce n'est pas autre chose : j'ai voulu venir remercier Votre Seigneurie. Quoique pauvre, la petite femme a confectionné quelques gâteaux que je vous prie d'accepter en signe de reconnaissance ».
    Le mandarin semble fort ému.
    « Approchez ici !... Oui, je veux goûter ces gâteaux pour vous faire plaisir; mais vous êtes pauvre ! Pourquoi avez-vous agi ainsi ? Je ne puis tout accepter ; j'en mangerai trois seulement... Quant au reste, remportez-le, il n'est pas juste que je mange le fruit de vos labeurs. Allez en paix et vivez sans crainte ».
    Le mandarin avait-il prévu ce qui allait arriver ? Soudain, en dehors des portes du mandarinat, dans la cour affectée aux prétoriens et aux satellites, un bruit et des éclats de voix inaccoutumés se font entendre. Le mandarin envoie un valet pour voir ce qui se passe. Celui-ci revient bientôt.
    « Ce n'est pas autre chose : les gens du mandarinat sont tombés sur les gâteaux de la veuve qui vient de sortir, et ils les dévorent à belles dents.
    — C'est bien ! Appelle tous ces coquins et aussi la veuve ».
    Prétoriens et satellites, les gâteaux à peine avalés, se présentent en tremblant et s'attendent à recevoir une bastonnade; il n'en est rien. Du ton le plus gai du monde, le mandarin leur demande : « Comment trouvez-vous ces gâteaux ?
    — Les petits hommes les trouvent excellents; mais nous sommes confondus...
    — Taisez-vous !... Tenez, moi aussi je veux vous régaler ! »
    Et s'adressant à la veuve : « Je vous en prie entrez dans les appartements intérieurs ; là on va vous donner du riz et tout ce qui est nécessaire pour la confection de gâteaux. Ecoutez moi bien, je veux absolument qu ils soient de la même grosseur que les vôtres, ni plus gros ni plus petits ; vous les rangerez de la même façon que la première fois dans la même corbeille, et vous viendrez me les apporter ce soir. Maintenant, que tout le monde s'en aille et que pas un seul d'entre vous ne manque à son poste ce soir ! »
    Le soleil se couchait à l'horizon quand la corbeille de gâteaux est présentée au mandarin. Les prétoriens et les satellites sont présents, attendant un peu intrigués ce qui va arriver. Mais voici que le visage du mandarin ordinairement bienveillant prend tout à coup un aspect sévère ; il se produit un silence de mort ; tous les assistants tremblent de crainte. Il promène lentement son regard sur le groupe des employés mandarinaux et demande : « Tout le monde est là ?
    — Yei...i... » Est-il répondu à l'unisson.
    « Vous êtes tous des voleurs qui méritez la mort, s'écrie le mandarin ; vous avez dépouillé une pauvre veuve, vous lui avez enlevé sa nourriture quotidienne à elle et à ses petits enfants ! Comment, coquins que vous êtes, avez-vous osé mettre la main sur ces gâteaux ? Vous qui n'êtes pas dignes de lever vos yeux de chien sur cette noble dame, vous avez eu l'audace de vous attaquer à elle pour assouvir votre gourmandise ! Les plus coupables d'entre vous, ceux surtout qui devaient empêcher un tel crime, devraient subir un châtiment sévère; pour cette fois, je veux me montrer indulgent, consentez-vous d'avance à exécuter ce qu'il me plaira de vous commander ?
    — Yei ! Quand nous devrions mourir, nous nous soumettons à tout ce que vous exigerez de nous.
    — Hé bien ! Que le Nipang (premier prétorien) compte les gâteaux en ma présence ! »
    Ils sont bientôt comptés. Le mandarin s'adressant de nouveau à ses valets leur dit :
    « Ces gâteaux dont vous avez voulu remplir votre ventre sont fort chers; vous ne le soupçonniez sans doute pas au moment de votre équipée ? C'est une ligature pièce, ni plus ni moins! Moi, j'en ai mangé trois, je me condamne à verser trois ligatures. Quant à vous autres, arrangez-vous comme bon vous semblera, que le nombre de ligatures égal au nombre de gâteaux me soit apporté demain matin ! Avez-vous entendu et compris ?
    — Yei..!
    — Allez-vous en !
    — Yei-i-i ».
    Le lendemain matin, les ligatures étaient comptées devant le mandarin. Quelques jours après, un prétorien se rendait chez la veuve et la mettait en possession d'une maison fort convenable entourée de champs et de rizières. C'était le prix de ses gâteaux et de son amour pour la continence.

    ***

    J'ai plus de kilomètres à parcourir que de chrétiens à visiter. Ce n'est pas toujours par des chemins semés de roses et bien aplanis que voyage le missionnaire de l'est; ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait point un certain agrément à voyager de la sorte, surtout quand on pense que les chers devanciers ont parcouru les mêmes chemins et pas avec la même sécurité ni à découvert comme nous. Les temps sont changés. La, dans ces montagnes, vivent, loin du souffle empesté du monde, les descendants des martyrs du Christ, les enfants du bon Dieu; là aussi, plus qu'au sein des villes, brisant ses idoles de bois, l'honnête païen se prosterne et adore Dieu jusque là inconnu.
    J'ai rencontré des chrétiens fervents, vrais disciples de Jésus crucifié, morts au monde et supportant la pauvreté, les douleurs, la maladie, avec une générosité imperturbable.
    Il y a aussi des enfants prodigues. Pauvres gens, ils sont bien à plaindre !... Longtemps abandonnés, sans secours religieux, vivant au milieu des païens, ils n'ont pas su toujours fuir les périls de ce contact.
    Voici l'histoire de l'un deux, et c'est l'histoire d'un grand nombre de chrétiens échappés à la grande persécution de 1866.
    Quand éclata la tempête, il se sauva et n'eut plus, depuis lors, pendant vingt-deux ans aucune nouvelle le sa famille. Il se mit à la suite d'une bande de sorciers et sorcières, rare à jamais détestable et qui exploite on ne peut plus adroitement la crédulité publique.
    Un jour, jour heureux ménagé par le ciel, que le dit sorcier était venu à la ville de Kang-neung, pour débiter aux badauds la bonne aventure, il eut lui-même la bonne aventure de faire la plus heureuse rencontre. C'était un jour de marché. Au, moment où il • traverse l'endroit où les potiers étalent leurs gracieuses productions, soudain il s'arrête... il a cru reconnaître parmi ces marchands son frère aîné qu'il n'a pas vu depuis vingt ans; son coeur et aussi son bon ange lui disent que c'est bien lui. Il appelle un de ses compagnons, lui donne des indications et lui dit d'aller interroger cet homme sur son nom, son âge, le lieu de sa naissance etc, etc. Quelques instants après, les deux frères, se racontent les malheurs du passé, et oublient dans le bonheur d'une rencontre providentielle les douleurs d'une si longue séparation. Le sorcier avait retrouvé son frère, sa religion et son Dieu.

    ***

    Voici encore un trait qui m'a fort consolé et édifié. Dans une chrétienté habitent les deux frères Tjyo, fils d'anciens chrétiens. L'aîné seul avait été baptisé en bas âge, le plus jeune, né après la persécution de 1866, était restée sans baptême, et on l'avait marié à une païenne du district de Rye-tjyou. Il vivait chez les parents de sa femme, quand il y a trois ans, désirant se convertir à la religion qu'avaient professée ses ancêtres, il quitta ses beaux-parents et vint se fixer chez son frère, à Neung-mal, en compagnie de sa femme païenne. Ce jeune homme de 24 ans, à l'âme droite, se met immédiatement à étudier et veut commencer en même temps à instruire la compagne de sa vie; mais ses exhortations sont inutiles, et celle-ci déclare qu elle a horreur de cette religion et que pour rien au monde elle ne consentira à la suivre. Un jour même, profitant de l'absence de son mari et de son beau-frère, la jeune païenne, cédant sans doute à une impulsion diabolique, avale un poison qui la réduit bientôt à l'extrémité. Son beau-frère appelé en toute hâte est assez heureux pour lui faire rejeter le poison, et aussitôt la renvoie dans sa famille.
    Cependant, le jeune Tjyo s'est préparé au baptême ; je le baptise. Au bout de deux ans de séparation, sa femme revient d'elle-même; il avait prié et Dieu commençait à l'exaucer. A la visite du printemps, j'aperçus cette jeune femme qui venait furtivement épier tout ce qui se passait dans la chambre servant de chapelle, et je jugeai à propos de ne pas trop presser son mari de l'instruire. Ma's voici qu'à l'administration suivante, le jeune chrétien s'entend dire par sa femme : « Je désire recevoir le baptême quand le Père viendra ». Celui-ci croyant qu'elle se moque, s'exclame et se répand en reproches : « Que veux-tu dire? Tu n'as rien appris et tu veux être baptisée? — Eh si, j'ai tout appris, à part quelques demandes et réponses du catéchisme de l'Eucharistie. — Et où donc ? Avec qui ? — Toute seule ! Quand chaque dimanche vous alliez dans la chambre des hôtes, et que là vous récitiez le catéchisme, j'allais tout doucement et en cachette m'accroupir en dehors de la porte, et c'est là que j'ai tout appris, sauf quelques petites choses que je vous prie de nie faire enseigner par la veuve Hang Marie... » Le jeune chrétien, au comble de la joie, se rendit à son désir, et un mois après, je baptisai la jeune catéchumène sous le nom de Marie. Si ce chrétien avait été comme beaucoup d'autres qui ne récitent que peu ou point leur catéchisme, aujourd'hui certainement il y aurait une chrétienne de moins.
    Quand je demandai à cette néophyte pourquoi elle avait essayé de s'empoisonner, elle me répondit en rougissant : « Ce qu'on m'avait dit de la religion était tellement abominable que je préférais la mort à ces infamies ; mais peu à peu, ayant tout examiné par moi-même, je suis revenue à de meilleurs' sentiments : et par la grâce de Dieu me voilà baptisée ».

    ***

    Un jour que je revenais de faire un petit voyage (64 kilomètres aller et retour) utile et agréable à la fois, voici que d'un groupe de païens s'avance vers moi un individu qui commence à m'interpeller d'une façon fort peu polie. Je pousse mon cheval vers lui à travers les champs ; j'approche de cet homme et lui demande raison de ses injures... Mais déjà quelques vieillards à cheveux et à barbe blancs, vrais 'types de patriarches à l'aspect vénérable, se présentent respectueusement et me prient de pardonner à un homme pris de vin. Le pardon était facile à donner d'autant plus que l'insulte à mon adresse n'était point, disaient-ils, une insulte, mais une invitation à boire un coup de vin avec l'honorable compagnie. Oh ! Quels braves gens que ces Coréens !... Et comme ils sont larges sur l'article mensonge !... L'incident était clos ; j'avais rejoint la route et continuais paisiblement mon chemin, quand soudain j'entends crier derrière moi : « Grand homme! J’ai quelque chose à vous demander ». Je me retourne et j'aperçois un homme d'une quarantaine d'années, qui accourait tout essouffler et me conjurait en grâce de l'écouter. — Je venais précisément d'arriver sous les grands chênes à l'ombre desquels j'ai l'habitude de me reposer quelques instants. J'ai bientôt mis pied à terre et attaché ma monture à un poirier sauvage. Puis, m'asseyant sur une pierre antique recouverte de mousse, j'interroge ce païen à la mine fort impressionnée, qui se tient à une distance respectueuse : « Que me veux-tu ? — Ce n'est pas autre chose, grand homme, j'ai une petite fille de deux ans qui est gravement malade, je vous supplie de la guérir
    — Fort bien, mais ignores-tu donc que je ne suis pas médecin ? Quelle maladie a la petite ?
    — La maladie de la bouche blanche.
    — Si tu veux l'apporter, j'ai ici quelques gouttes d'alcool de menthe ; on verra si c'est possible de te la sauver.
    — Oh! Je repars et reviens immédiatement ; ma maison est à environ trois cents pas d'ici... je vous prie d'attendre...
    — Oui, mais va et reviens promptement ! »
    Au bout de quelques minutes mon brave païen arrive avec la petite malade ; la mère avait suivi, mais n'osant venir jusqu'à moi, elle se tenait à environ dix pas derrière un buisson au travers duquel elle contemplait immobile ce qui se passait. L'Européen allait-il lui rendre sa bien-aimée fille unique ? Tel était sans doute le sentiment de son coeur. Un autre païen du voisinage, poussé par la curiosité, était venu voir et se tenait là respectueusement et en silence. Sans être médecin, je devinai au premier coup d'œil jeté sur la chétive enfant, qu'il lui restait peu de jours à vivre et qu'elle n'attendait que mon ministère pour dire adieu à ce bas monde.
    «Ta fille ne peut en réchapper ; employer des médecines est inutile.
    — Je le sais, grand homme ! Cependant je vous prie de lui administrer ce que vous avez.
    — Je le ferai pour t'être agréable; mais sache bien que ta petite ne peut guérir ». Et aussitôt, je frottai (pour la forme) d'une goutte d'alcool de menthe la bouche de l'enfant. Puis, m'adressant de nouveau au père,qui ne perdait pas un de mes gestes: « J'ai encore un remède pour l'âme, celui-là produit toujours son effet. Je vais l'employer, n'est-ce pas? Et quand ta petite fille mourra, elle ira dans un séjour de bonheur où elle vivra éternellement.
    — Faites selon votre bon plaisir ! »
    J'étais vivement ému. L'eau limpide du ruisseau coulait tout proche ; j'envoie mon domestique en puiser un verre; le père s'assied par terre avec sa petite sur les genoux, mon servant sou- tient la tête, le païen' venu en curieux tient les pieds, j'élève mon coeur à Dieu et verse l'eau régénératrice : « Marie, je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». La petite Marie comprit-elle l'immensité du bienfait qu'elle venait de recevoir ? Elle ouvrit de grands yeux bien doux qui se fixèrent sur moi comme pour me remercier !
    « Tout est fini! Dis-je, ne crains rien ; quand même ton enfant mourrait, elle ira en paradis où elle sera à jamais heureuse ».
    Je remonte aussitôt à cheval et pars. J'avais fait une vingtaine de pas quand le païen court après moi et me demande tout bas : «Grand homme, avez-vous bien fait tout ce que vous aviez à faire à ma petite ?
    — Oui ! Sois tranquille.
    — Oh ! Alors merci ! »
    Quelques jours après, l'enfant prédestinée avait cessé de vivre sur la terre pour aller vivre aux cieux. Chère petite Marie! Du haut du paradis où tout n'est que bonheur, n'oublie pas, je t'en prie, celui qui t'y envoya!

    ***

    Il vient d'arriver à ma résidence un prêtre indigène, jeune homme que J'estime un trésor pour la mission de Corée. Sa vue me rappelle une excursion entreprise il y a quelques années dans le but de découvrir le tombeau d'un prêtre indigène mort avant la persécution de 1866. C'était une froide journée d'hiver; la neige avait tombé la veille et le vent soufflant par rafales la soulevait en tourbillons immenses. Malgré l'air glacial, il faut partir et nous partons. Servant et chrétiens qui m'accompagnent sont gaillards, mon coursier ne l'est pas moins.
    Après une marche de plusieurs heures, nous parvenons à une gorge étroite et sauvage au possible, mais bientôt l'horizon s'agrandit et une plaine assez vaste, où sont semées çà et là une quarantaine de maisons, apparaît aux regards ; la montagne de Konhak-tong l'entoure comme d'une ceinture. C'est Pairoun ! Pairoun ! Pairoun! Que de souvenirs il éveille ! C'est vraiment la vision du passé ! C'est Pairoun ; c'est l'ancien séminaire de Corée ; c'est l'humble chaumière qui abrita de longues années les missionnaires martyrs ! L'esprit et le coeur occupés de ces pensées, nous avançons pas à pas, et voici que sur le bord de la route se lit en substance sur une planchette fichée en terre, l'inscription suivante: « Les habitants de ce village, après en avoir référé au mandarin de Yei-tchen, ont changé le nom de Pairoun en celui de Kouhak-tong. Les voyageurs sont donc priés de ne plus employer le nom de Pairoun. Que s'il se trouve encore des gens ayant l'audace de l'employer, ils seront considérés comme partisans de la secte qui habitait ce village, il y a environ trente ans ». Je me trouvais par le fait même fort bien renseigné sur les sentiments des habitants de ce village à l'égard des chrétiens. Nous étions arrivés au terme de notre voyage : le séminaire, où nous devions nous reposer. Le nouveau maître, païen bien entendu, le bonnet de crin sur la tête, vient d'un air ébahi recevoir au salon l'hôte fort peu attendu et surtout fort peu sympathique qui lui arrive si inopinément. Il commande de préparer le dîner. En attendant, je visite les chambres intérieures où habitèrent les Pères Pourthié et Petitnicolas; mais tout cela a été bouleversé et il m'est impossible d'y retrouver la moindre chose qui ressemble même de loin à un séminaire Cependant le dîner, que le chartreux le plus austère eût pu s'adjuger sans scrupule, nous est servi fort poliment ; on y fait honneur bien entendu, puis je pars à la recherche du tombeau. Un chrétien qui avait, il y a plus de trente ans, assisté aux funérailles du prêtre, prend les devants. J'ai peine à le suivre tant sa marche est assurée et rapide ; il monte, il gravit la colline salis hésitation aucune; on voit qu'il connaît parfaitement l'endroit qui recèle les restes du sin pou coréen. Bientôt en effet, éclatant en sanglots, il tombe à genoux devant un énorme monticule: « Voilà, dit-il, le tombeau du Père Tchoi ! » J'avais peine à contenir mon émotion. Je récite un De profundis avec mes chrétiens. Puis, jetant les regards vers la vallée, j'aperçois les païens rassemblés en assez grand nombre et regardant cette scène d'un air tant soit peu consterné.
    Cette tombe du prêtre indigène n'est restée sans soins que depuis quelques années seulement. Pendant longtemps, racontent les païens, une femme inconnue venait régulièrement une fois l'an couper l'herbe sur le tertre funéraire.
    Quelle était cette femme? Sans doute une chrétienne à l'âme forte et vaillante, comme notre sainte Mère l'Eglise sait en enfanter dans notre chère Corée !...Que Dieu, qui a vu sa piété filiale à l'égard du Père de son âme, daigne la récompenser dans son saint Paradis!...

    1925/89-113
    89-113
    France et Asie
    1925
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