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Nouvelles des missions

LA BREBIS DU MISSIONNAIRE Nous recevons d'un fermier de la Loire la lettre suivante, datée du 19 juin. Nous la livrons à l'admiration de nos lecteurs et recommandons à leurs prières la vocation future des petits bergers aspirants missionnaires. « Je viens vous demander d'être assez bon pour m'indiquer une Mission très pauvre. Ce n'est pas, hélas ! Pour lui faire de grands dons, car nous sommes de modestes fermiers débutants, ayant dû, pour nous monter, emprunter bien de l'argent, et riches seulement en espoir.
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    LA BREBIS DU MISSIONNAIRE

    Nous recevons d'un fermier de la Loire la lettre suivante, datée du 19 juin. Nous la livrons à l'admiration de nos lecteurs et recommandons à leurs prières la vocation future des petits bergers aspirants missionnaires.

    « Je viens vous demander d'être assez bon pour m'indiquer une Mission très pauvre. Ce n'est pas, hélas ! Pour lui faire de grands dons, car nous sommes de modestes fermiers débutants, ayant dû, pour nous monter, emprunter bien de l'argent, et riches seulement en espoir.

    Mais nous avons six enfants, dont quatre fils, et considérerions comme une très grande faveur que Dieu nous en demande le plus possible pour être missionnaires.
    Nous voudrions, pour qu'il y ait dans la ferme un souvenir permanent d'une Mission, offrir au missionnaire la plus belle et la plus féconde de nos brebis. Nous en serions les dépositaires, et enverrions au lointain propriétaire le produit de la laine et des agneaux vendus. On donnerait à cette brebis un nom indigène du pays de la Mission.
    En échange, notre missionnaire concentrerait le plus de prières possibles sur nos enfants, afin qu'un jour le revenu de sa brebis lui soit apporté, non plus par la poste, mais par un ou plusieurs de nos fils que nous enverrions « à la rescousse ».

    MÉDAILLE COMMÉMORATIVE 1683

    M. A. Salles, inspecteur des Colonies, qui depuis près de 30 ans recherche ou collectionne tous les documents numismatiques concernant l'action de la France sur mer et au delà des mers, nous communique le renseignement suivant : « Il y a quelques semaines, à l'Exposition Louis XIV de la Bibliothèque nationale, j'ai aperçu un document numismatique dont jusque là j'ignorais l'existence, une médaille de 71 mm en argent, relative à la pose de la première pierre du Séminaire des M. E ». Pour préciser, il s'agit de la pose de la première pierre de notre chapelle actuelle. Le regretté P. Launay qui n'en ignorait pas l'existence, n'avait pu retrouver cette médaille dans nos archives. Plus heureux, le P. Sy apprit qu'il en existait un exemplaire en bronze au Musée numismatique de l'Université Laval, à Québec, et en obtint une photographie, grandeur naturelle. Elle a été reproduite dans les. « Annales de l'OEuvre des Partants », année 1923, p. 8.

    Nouvelles des missions

    Japon.

    HAKODATE. Les Soeurs de Saint-Paul de Chartres, à Sendai, envoient ce magnifique et touchant éloge du vieux Missionnaire qui fut vraiment leur Père dans cette Mission du Japon septentrional :
    Un deuil pénible afflige nos soeurs : Nous venons de perdre notre plus grand bienfaiteur, le R. P. Jacquet, vicaire général.
    Depuis trente-cinq ans, il prodiguait à nos filles de Sendai son paternel dévouement. Il n'a rien épargné pour elles et parce qu'il était là, beaucoup de difficultés se sont aplanies, beaucoup de soucis se sont ensoleillés. Chaque matin il venait nous dire la sainte messe.
    Ce cher Père a, pour ainsi dire, passé toute sa vie apostolique avec les soeurs de Saint-Paul. C'est lui qui les a reçues à leur arrivée à Morioka, qui a établi la maison et fait reconnaître officiellement l'école.
    Il est mort le 29 avril, après 46 ans d'apostolat sans revoir un instant le ciel de la patrie.
    Dans notre région, c'est un deuil universel.
    L'Universitaire, dont il était collègue pour l'enseignement du français exprime en des phrases comme celles-ci son estime : « Monsieur Jacquet, c'est notre remède » voulant faire entendre par là qu'il était pour eux un exemple et qu'il les aidait à être meilleurs ; « C'est un homme qui ressemble à un dieu ». « Quand on veut réussirdans quelque entreprise, on recherche l'appui des grands et des personnes en charge, ou on compte sur l'argent ; le Père Jacquet a toujours méprisé cette façon d'agir, ses moyens à lui, me semble-t-il, étaient ceux de Dieu ». Quel beau témoignage dans la bouche d'un païen !

    Chine.

    Relations de Chine, juillet 1927. Nous empruntons à la très documentée revue missionnaire des R. P. Jésuites de Nankin quelques extraits d'un article qui, parmi, les obscurités de la situation en Chine, y distingue cependant une lueur étrange qui éclaire bien des faits et commence à mettre en pleine lumière bien des mobiles que, « pour sauver la face», on désavouait en ergotant quand on ne les niait pas effrontément.
    Faut-il, à ce sujet, mettre sur le même pied et jeter dans le même sac les communistes du Sud, les réactionnaires du Nord et les conservateurs de l'Ouest? Encore faudrait-il s'entendre sur le sens et la réalité de ces classifications et voir s'il n'y a pas trop souvent interdépendance entre elles.
    Quoi qu'il en soit, voici quelques coupures de l'article en question :
    « Un fait est certain, c'est la haine satanique des révolutionnaires pour la religion du Christ. Qu'il s'agisse des catholiques ou des protestants, des prêtres étrangers ou des prêtres chinois, cette hostilité systématique apparaît partout avec évidence, depuis le début des hostilités. Sans doute, pour exciter davantage les passions populaires on cherche, là-bas comme plus près de nous, à présenter l'Eglise comme ayant partie liée avec le capitalisme, on prétend l'attaquer comme religion imposée par l'étranger ; mais au fond, ce qu'on veut, c'est organiser une société matérialiste et athée. La nomination des évêques chinois elle-même n'est-elle pas interprétée par les Rouges comme une concession de mauvaise politique, et Mgr Tsu lui-même n'était-il pas, il y a quelque temps, grossièrement insulté à Changhai par les soldats soi-disant modérés du parti nationaliste?...
    « Nous reproduirons ici plusieurs lettres de missionnaires. Puis sent elles donner une faible idée de ce qu'ils ont souffert et montrer à quel excès en sont arrivés les prétendus sauveurs de la nation chinoise ».

    De Fou-tcheou (Dominicains espagnols) 24 janvier. « Si les bolchevistes arrivaient à être maîtres de la Chine entière, il faudrait bien qu'une nouvelle église sortît du tombeau, car elle serait, au moins matériellement, à peu près complètement détruite. L'expérience prouve que sur leur passage ils ne laissent guère que des ruines. Partout ils s'emparent des établissements religieux et scolaires, ou même les pillent ou les brûlent ; ils ferment les écoles; les églises sont converties en clubs où des tribuns haranguent la populace, pour la lancer à l'assaut de la propriété et des oeuvres charitables établies par les catholiques. Pour ne parler que de leurs derniers exploits, il suffira de signaler ce qu'ils viennent de faire à Fou-tcheou et à Amoy. Le 16 janvier, les étudiants ont lancé la population contre l'orphelinat et l'évêché, renouvelant les anciennes calomnies de 1891, déterrant des enfants et les exhibant comme de malheureuses victimes de la barbarie des missionnaires et des soeurs de l'orphelinat. L'établissement fut complètement pillé et saccagé... Six orphelines ont été prises captives, et que va-t-il leur arriver ? (Les Annales des soeurs de Saint-Paul nous l'apprennent : « Les enfants de la Sainte Enfance dominicaine de Foutchéou sont toujours la propriété des étudiants ; ils les habituent aux exercices militaires, et autres, hélas !... Que c'est triste ! » Seize de leurs compagnes avaient, par bonheur, été envoyées précédemment à Hongkong avec les Soeurs chinoises.)

    Du Tche-li. « Les Pères Lazaristes ont condensé en un rapport polycopié les renseignements qui leur parviennent de leurs missions, toutes soumises à la persécution sudiste. Les tendances antichrétiennes les plus brutales se manifestent chez les soldats et les officiers cantonais : églises changées en salle de conférence ou de spectacle, en mauvais lieux; mauvaises filles introduites dans les résidences pour forcer les Pères à fuir ; pillage complet partout. Seules les Soeurs de Saint-Vincent de Paul sont épargnées, sauvées par leur charité : elles doivent subir le répugnant contact des soldats envahisseurs, mais ne sont pas expulsées de leurs maisons. Dans des conférences, faites dans les églises, les officiers exhortent les chrétiens à l'apostasie, les menaçant, s'ils refusent, de terribles traitements. Les prêtres indigènes ne sont pas mieux traités que les étrangers ».

    Du Tche-kiang (Jésuites français). « Presque toutes nos églises de la campagne, comme celles de la ville de Tchou-tcheou, ont été occupées, profanées, c'est un plaisir sadique et satanique pour ces gens-là de profaner ce que nous avons de plus saint et de plus cher, même quand il y a un local plus commode. Il y a un mois, cette soldatesque se plaisait dans notre belle mission du sud du Tche-kiang, à briser, déchirer, salir, et voilà qu'à présent (février) il y a à peine assez de place dans nos établissements pour les blessés dans les combats, et c'est par milliers que les cadavres couvrent les champs à 50 kilomètres d'ici. C'est un mot d'ordre, partout ils demandent où est la Maison du Seigneur, et là ces forcenés n'ont pas cessé de chercher où est l'Européen. Ils ont le toupet de nous appeler « impérialistes », nous qui avons tout quitté pour eux, et leur donnons notre vie et notre avoir; l'église fut respectée jusqu'à l'arrivée de plusieurs Russes rouges, qui font surtout la guerre à Dieu ».

    Du Kiang-sou (Jésuites espagnols). « Tant en ville (Hoei-tcheou) qu'aux environs, une troupe détestable semble s'être installée ; comme après quelques jours ils partaient, une chrétienne alla se plaindre à un chef de la mauvaise conduite de ses soldats. Et celui-ci répondit avec simplicité : « Je le reconnais ; mais mes soldats ont fait de même au Fou-kien et au Tche-kiang, partout où ils ont trouvé une mission catholique ».
    « Dans une autre région, à Sou-song, les soldats du Kiang-si eurent une très mauvaise conduite. Sans aucun avis préalable, un chef entra dans la chambre du missionnaire; celui-ci se leva pour le saluer; l'autre alors s'installa sur le siège d'où le Père s'était levé, et dit à celui-ci : « Je suis chez moi ; va où tu voudras ».
    Nous arrêtons ici, faute de place, nos citations des « Relations de Chine ». Les événements de Nankin, où les PP. Vanara et Dugout trouvèrent la mort ont déjà eu une large publicité ; la grève scolaire de Zikawei est trop attristante pour qu'il convienne d'y insister, Mais là encore, une constatation générale s'impose et que nous donne la même revue, c'est que « si les lois sudistes sur l'enseignement étaient imposées, il deviendrait impossible de maintenir nos écoles catholiques ».
    Voici, à titre documentaire, la seconde partie de ce règlement scolaire concernant les écoles chrétiennes :
    1. Toutes les écoles chrétiennes devront faire partie de l'Association générale des écoles nationales. Toutes devront, en outre, avoir un Comité d'élèves (choisis par leurs condisciples et ayant droit de faire, aux directeurs des écoles, leurs représentations au sujet de l'enseignement des professeurs et même sur l'administration scolaire).
    2. Toutes les écoles chrétiennes devront se plier à la cérémonie hebdomadaire en l'honneur de Suen-Wen (Sun-yat-sen).
    3. Dans toutes les écoles chrétiennes on devra enseigner les Trois Principes directeurs du gouvernement nationaliste (Egalité sociale : nivellement des classes. Egalité administrative : accès et justice pour tous. Egalité nationale : abolition, des traités inégaux).
    4. Chaque maître de ces écoles est prié de faire partie de l'Association scolaire pour la propagation des Trois Principes ci-dessus.
    5. Les écoles chrétiennes, au point de vue de l'enseignement et de l'administration, dépendront entièrement du Bureau d'instruction local.
    6. À chaque réunion hebdomadaire, les écoles chrétiennes devront être ouvertes pendant deux heures, afin de permettre aux conférenciers d'exposer les Principes du gouvernement national.

    ***

    Martyrs ! Transcrivons ici ce passage d'une réponse envoyée au P. J. Ricci O. F. M., postulateur de la Cause de missionnaires tués par les Boxeurs au début du XXe siècle :
    «... De plus, pour ce qui est des prêtres : doivent être considérés comme martyrs, ces missionnaires, qui ont été tués en Chine, à condition qu'ils n'aient pas provoqué eux-mêmes leur mort, en agissant injustement. S'ils ont été tués dans un mouvement populaire, même sous le seul prétexte qu'ils étaient Européens, étant donné que les missionnaires sont en Chine dans l'unique but de propager la religion, en mourant ainsi ils sont de vrais martyrs ».

    ***

    Passons maintenant aux missions de notre Société. Voici, pour commencer, une note bien française :
    CHENGTU. Répondant à l'ordre d'évacuation qui leur avait été transmis, écrit Mgr Rouchouse, tous les missionnaires m'informent qu'ils restent à leur poste. Ils me l'ont écrit, quelques-uns simplement en deux mots, d'autres en des termes tels que je m'en voudrais de ne pas les citer :
    « Bien entendu, je reste à mon poste, et, en complet accord avec V. G., je m'abandonne entre les mains du bon Dieu ».
    « Je vous réponds pour vous faire connaître mon intention de rester, quelle que soit la tournure que puissent prendre les événements ».
    « Sans un ordre formel de V. G., je ne quitterai pas mon poste. A la garde de Dieu et advienne que pourra ».
    « Veuillez dire à M. le Consul que je le remercie bien de son avis et de sa bonté. J'espère bien que le secours de Dieu me suffira. Ne nous troublons pas et travaillons comme si nous vivions dans une grande paix ».
    « Oui, Mgr, je désire rester à mon poste et votre ordre seul pourrait m'en faire partir. J'ai mis mon district et ma personne sous la protection spéciale de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, et, confiant dans la Providence, j'attendrai les événements. Du reste nous avons nos Anciens qui nous ont laissé une tradition. Ceux qui dorment à Fong-Kouang-chan, à Mo Pan Chan ou ailleurs, en ont vu de dures parfois et ils ne sont pas partis pour cela Notre Mission a une magnifique histoire, héroïque souvent. S'il nous appartient d'y ajouter encore une page, il nous la faut écrire dans le même style ».
    « Je déclare à M. le Consul que, sans votre ordre formel, je ne quitterai pas mon poste. Je m'abandonne totalement entre les mains du bon Dieu par l'intercession des âmes du Purgatoire, pour lesquelles je viens de célébrer dix messes ».
    « Voyons! Mais c'est une plaisanterie ! On ne se met pas en route par un temps pareil! (Il pleuvait très fort à ce moment-là.) J'attendrai donc le beau temps météorologique et même diplomatique pour aller revoir le pays qui m'a vu naître ».
    Les réponses brèves ne sont pas moins éloquentes dans leur laconisme et dans leur simplicité. Evidemment, ces sentiments doivent être naturels à des soldats de l'Armée Coloniale du bon Dieu. N'empêche qu'on est fier d'être le chef de cette poignée de braves. A tous : Merci!
    Le P. Combes est, pour le moment, le missionnaire qui subit le plus d'épreuves. Sa résidence de Tai-ho-tchen est devenue inhabitable du fait des soldats casernés dans une pagode attenante à l'oratoire. Tous les jours, ceux-ci lancent des pierres sur la résidence et sur l'église en proférant des menaces. Ils pénètrent à l'intérieur brisant portes et fenêtres, et annoncent que sous peu ils viendront s'installer dans le local. Et le P. Combes d'écrire : « Vive la joie quand même! Il ne faut pas s'en faire! Vive Dieu! »
    KIENTCHANG. Dans toute la Mission, d'après les dernières nouvelles des Confrères (20 mai), tout est cal rue. Les autorités ne nous sont pas hostiles, et il faudrait une bien grosse affaire pour que les gens du pays nous tracassent.
    KOUIYANG. Les confrères sont repartis pour leurs districts (fin mai) après les exercices de la retraite annuelle. Avant leur départ, le gouverneur de la province, M. Tcheou-si-tchen, a eu l'amabilité d'inviter à dîner Mgr Seguin et tous les Pères présents alors à Kouiyang : nous étions 18 missionnaires à table. S. E. montra la plus grande affabilité et nous assura de sa protection.
    Non loin de nous, hélas! Dans la province de Hounan, c'est la persécution en règle : plusieurs Pères Augustiniens (espagnols) sont en prison; tous les pères Passionnistes (américains), sauf 4 de la station de Yuenchau, ont dû s'échapper pendant la nuit et gagner à pied la frontière de notre Kouytcheou.
    HONGKONG. Les réfugiés continuent à arriver à Hongkong. La population s'augmente de tout un tas de gros richards qui viennent mettre leur fortune à l'abri et l'«impérialiste » Hongkong reçoit même les quelques « rouges » échappés aux « raids » de Chang-kai-Sehk qui se trouvent encore mieux ici qu'à Canton ou Hangkéou. Les Chinois sérieux, les commerçants en particulier, malgré leur peu de sympathie pour les blancs, continuent à espérer que les Puissances finiront par donner cette correction, que la note des Ambassadeurs à Eugène Chen faisait pressentir, car ils sont las de cette anarchie qui les gêne tant et contre laquelle ils ne peuvent rien faire par eux-mêmes.
    CANTON. Dans le dernier numéro des Annales (Juillet août 1927) ou lit, page 393: « Le 1er avril, les Soeurs Canadiennes de l'Immaculée Conception quittaient leur maison de Pak-mai-hong (proche de la cathédrale de Canton) et se rendaient à Shameen, d'abord, à Hongkong, ensuite ». Et quelques lignes plus haut : « Les Soeurs de Saint-Paul de Chartres, ici (Yunnanfu), comme les Soeurs Franciscaines de Marie au Sutchuen et les Soeurs Canadiennes de N.-D.-des-Anges, à Kouiyang, avec un courage admirable, restent, elles aussi (comme les Missionnaires) à leur poste ».
    Entre ces deux textes et ces deux attitudes une comparaison s'impose, malgré tout, mais que rien cependant, dans les faits mieux connus, ne justifie. Voici ce qui, impérativement, a motivé le départ des Soeurs de Canton.

    Le 28 mars, le Consul général d'Angleterre fit appeler la Supérieure, Soeur Saint-Paul, à Shameen, concession anglo-française de Canton et lui donna l'ordre de partir immédiatement pour Hongkong afin d'y préparer l'évacuation peut-être imminente de sa Communauté. Trois jours après, une dépêche lui annonçait que le Consul avait précipité le départ de tout le personnel du Couvent. Leur école était encore fréquentée par près de 200 élèves mais auxquelles les nouveaux règlements communistes avaient imposé des professeurs païens. Sous leur direction, extérieurement toujours correcte envers les Religieuses, les idées avancées commençaient à faire leur chemin dans les petites cervelles des élèves, (païennes, en très grande majorité), qui ne voulaient pas rester en retard sur la gent écolière des autres établissements ultra laïques ou anticatholiques. Et déjà, dans la pieuse maison, le grand Sunyat sen régnait avec honneur, son testament et sa photographie étaient distribués dans les classes, et, en certaines occasions, son portrait était décoré, enguirlandé, adoré presque car on lui faisait des prostrations, ainsi qu'à une idole ; des fêtes, des banquets s'organisaient en son honneur et, dans les locaux scolaires, d'inévitables meetings! Moralement et matériellement, la situation devenait intenable pour les Soeurs, dont la seule utilité reconnue était d'assurer la solde de tels professeurs. Pendant l'absence de leur Supérieure, partie pour chercher un logement d'exil à Hongkong, les Soeurs n'avaient-elles pas assisté, anxieuses, à une attaque de leur établissement par les grévistes, assurés de l'impunité? On tirait de tous côtés sur les fenêtres, on y lançait des pierres; en un seul jour elles purent compter plus de 25 carreaux brisés; un soir même vers les huit heures, une sorte de bombe fut lancée qui, par bonheur, fit plus de bruit que de mal. Bref, il fallut fermer l'école. Depuis, la Mère Saint-Paul fait la navette entre Hongkong et Shameen, où elle a laissé deux Soeurs en permanence, ainsi que deux autres à la léproserie de Sheklung qui, heureusement, ne se trouvent pas au centre des activités grévistes. De temps à autre son consul lui permet de se rendre presque furtivement à Pak-mai-hong où, sinon comme le prophète, se lamentant sur des ruines, du moins, comme son bon Maître, elle pleure sur l'ingratitude de la pauvre Chine qui poursuit de sa haine insensée ceux-là même qui, sous le voile blanc de la charité, lui apportaient le salut !

    1927/432-441
    432-441
    France et Asie
    1927
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