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Nouvelles des missions

Nouvelles des missions Japon.
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    Nouvelles des missions

    Japon.

    NAGASAKI. Le soir du 25 avril, Mgr Hayasaka, le nouvel évêque de Nagasaki allait arriver par le train de 4 heures. Toute la population catholique était debout. Dès l'arrivée de l'évêque à Yokohama, il s'était formé, à Nagasaki, un Comité d'organisation pour le recevoir ; il avait comme chef, le plus ancien prêtre japonais de Nagasaki, et comme membres MM. les Curés et principaux chrétiens de chaque paroisse. Une nombreuse députation devait attendre Monseigneur à la gare : en devaient faire partie, tout le clergé, tous les Frères de Marie, les représentants des paroisses et de la Jeunesse Catholique, sans parler de la fanfare des jeunes gens d'Urakami.
    Bien avant l'heure fixée, toutes les avenues de la gare étaient occupées et envahies par la population catholique. Enfin le train entra en gare, et Mgr Hayasaka parut, accompagné de Mgr l'Archevêque de Tokyo et de Mgr l'Evêque de Fukuoka. Trente automobiles attendaient sur la place de la gare, pour transporter les diverses députations à la cathédrale d'Oura, où l'on avait découvert les chrétiens en 1865, et où les fidèles actuels de Nagasaki étaient assemblés pour attendre et saluer leur nouvel évêque, retour de Rome.
    A 5 heures, commençait la cérémonie de prise de possession du siège épiscopal. Mgr Chambon, Archevêque de Tokyo, souhaita la bienvenue à Mgr Hayasaka. Celui-ci répondit en quelques paroles très gracieuses pour les missionnaires français des Missions étrangères, il remercia chaleureusement tous ceux qui s'étaient intéressés à sa réception ; puis il donna la bénédiction apostolique, avec indulgence plénière aux conditions ordinaires, à tous les assistants. Le tout se termina par le salut solennel du Saint Sacre ment.
    A 7 heures, un banquet réunit à l'Evêché tout le clergé et quelques membres des communautés religieuses. Ici, Mgr Chambon parla de nouveau. Il rappela un point de la Règle des Missions étrangères, d'après lequel les missionnaires devaient viser à former des chrétientés indigènes. Celles-ci une fois solidement constituées et pouvant se gouverner elles mêmes, on livrerait le diocèse au clergé indigène et on irait porter l'Evangile ailleurs. Cette Règle remonte au XVIIe siècle ; mais le travail de gestation a été long, et ce n'est qu'après trois cents ans, au milieu du XXe siècle, que le premier diocèse indigène vit le jour, et cela au Japon. C'est une preuve évidente du progrès de l'Evangile dans ce pays, et cela en dit long sur le zèle des missionnaires français. Maintenant, obéissant à leur propre Règle et dociles aux ordres du Saint Père, les missionnaires étrangers cèdent le diocèse de Nagasaki à Mgr Hayasaka et à ses prêtres indigènes qu'ils ont eu l'honneur de former, et, malgré les déchirements d'une séparation douloureuse de leurs meilleures ouailles, ils partent avec résignation et courage pour implanter la foi dans d'autres régions moins favorisées de la grâce.
    Le R. P. Urakawa, professeur au séminaire d'Urakami, répondit à Mgr Chambon pour l'Église de Nagasaki.
    Pendant tout le banquet, la fanfare n'avait cessé de jouer des morceaux de son répertoire aussi variés qu'intéressants.
    Le dimanche 29 avril, Mgr Hayasaka officia solennellement à la grande église d'Urakami. Le temple était archicomble, sans pouvoir cependant contenir le flot de plus de dix mille fidèles qui avaient essayé de s'y serrer pour honorer leur nouvel évêque et prier pour lui. Malgré la presse extraordinaire, il régnait un ordre parfait dans cette foule immense. La présence de la police, si nécessaire pour maintenir le bon ordre dans les moindres manifestations populaires, n'était nullement requise dans cette immense foule de chrétiens, sur laquelle planait la pensée salutaire de Dieu et qu'animait l'esprit de paix, plus efficace pour maintenir l'ordre public que toutes les gendarmeries du monde. La police japonaise le savait bien, semble-t-il, car elle était totalement absente.
    A midi, la grande salle du prétoire, où l'on avait jugé et condamné les chrétiens, il y a 60 ans, réunit, pour des agapes fraternelles, plusieurs centaines des principaux représentants des diverses chrétientés de Nagasaki et des environs. Ici, un prêtre japonais souhaita la bienvenue à Mgr Hayasaka, au nom de tous les chrétiens du diocèse. Dans sa réponse, Mgr Hayasaka fit l'éloge des chrétiens de tous les pays d'Europe et d'Amérique qu'il avait traversés : s'il devait avoir une préférence, ce serait pour la France sur la généreuse charité de laquelle il ne tarissait pas.

    A 3 heures, l'immense église s'était remplie de nouveau pour le salut solennel du Saint-Sacrement.
    La soirée finit par un banquet fraternel chez Monseigneur, où tout le clergé se trouva de nouveau réuni. Mgr Thiry y fit ses adieux au clergé japonais de Nagasaki, et M. l'abbé Walter offrit à Mgr Hayasaka les hommages de la Société de Marie. Il assura Monseigneur de la parfaite soumission et du dévouement absolu de la Société de Marie dans le grand oeuvre die l'évangélisation du Japon ; il était heureux de constater que sil y avait par ailleurs des changements dans le diocèse, pour les Frères de Marie rien ne semblait changer. Jusqu'ici fidèles serviteurs de Nos Seigneurs les Evêques et des Pères des Missions étrangères, ils seront dorénavant des serviteurs tout aussi fidèles de Nos Seigneurs les Evêques japonais et des prêtres du diocèse. Ils ne souhaitent qu'un changement : ce que jusqu'ici ils n'ont pu faire que sur une petite échelle, ils voudraient le faire sur une échelle plus vaste ; pour quatre écoles qu'ils ont fondées dans, les quarante dernières années, ils voudraient en avoir fondé des centaines dans quarante ans d'ici ; ils ont actuellement cinquante frères japonais, dans quarante ans d'ici ils voudraient en avoir cinq mille, et établir des écoles catholiques dans tous les grands centres du Japon et même dans les villages chrétiens du Kyushu. Pour gagner le peuple japonais à l'Evangile, l'école chrétienne est aussi indispensable que l'église. Mgr. Hayasaka approuva hautement ces projets, dictés par une ambition toute surnaturelle, et promit de faire tout ce qui dépendait de lui afin d'assurer le succès de l'entreprise, pour la plus grande gloire de Dieu et l'extension de son règne dans l'Empire du Japon. En attendant, il exprima le voeu qu'une des prochaines fondations de la Société de Marie fût un lycée pour sa bonne ville de Sasebo. Il se croyait d'autant plus autoriser à demander cette fondation, que la Société de Marie trouvait la grande majorité de ses vocations religieuses dans son diocèse de Nagasaki. Dieu fasse qu'il en puisse être ainsi !
    Le Bon Dieu favorisa toutes ces manifestations de la piété chrétienne en nous ménageant, pendant toute la durée de ces fêtes, un temps magnifique.
    N. W.

    OSAKA. Le PATER à l'Ecole de l'Etoile Brillante. Un de nos correspondants nous écrit :
    Le Bon Dieu m'a inspiré l'idée d'imprimer le Pater en japonais, avec une partie des fonds destinés à l'oeuvre des Bons Livres. Nos 140 élèves sortants l'ont tous reçu. En le distribuant et en le commentant, je m'attendais à des sourires de la part de quelques enragés bouddhistes. Il n'en a rien été : tous ont été sérieux, et même plusieurs élèves sont venus m'en demander des exemplaires pour les membres de leur famille.

    Corée.

    TAIKOU. Le 31 mars, quatre postulantes ont revêtu l'habit religieux. Cette cérémonie fut présidée par Mgr Demange. Aux premiers rangs de l'assistance se tenaient les parents des nouvelles novices, venus quelques-uns même de fort loin, mais tous paraissaient si fiers et si heureux d'offrir leurs enfants au service du Seigneur !
    La cérémonie était à peine terminée que le malaise général, qu'éprouvait Sa Grandeur depuis quelque temps s'aggrava subitement. Mgr a de violents maux de tête et les nuits se passent sans sommeil. Le Docteur a prescrit un régime très sévère. Depuis, une réelle, mais bien lente amélioration se fait sentir. Nous avons cependant bon espoir que le bon Dieu exaucera nos ferventes prières et que les soins dévoués du Docteur auront de bons résultats sans tarder.

    Chine.

    CHUNGKING. La fondation d'un monastère bénédictin dans le Vicariat de Chungking est chose décidée. C'est l'heureux aboutissement des pourparlers, engagés autrefois par Mgr Chouvellon, avec la congrégation bénédictine de France ; interrompus pendant la guerre et les années qui suivirent, ils furent repris dès 1926. Mais la Province Française de l'Ordre, n'ayant pu seule assurer celte fondation, c'est la Province Belge qui en assume en grande partie la charge. Deux Bénédictins de St André les Brugess, arrivés depuis plusieurs mois à Pékin, s'apprêtent en conséquence à venir dès ce printemps ; ils prendront immédiatement possession de la propriété que le Vicariat lui concède dans la région de Leang-chan, à mi-route entre Ouanhein et Sutin. Il s'agit, en l'espèce, d'un monastère à recrutement essentiellement chinois, les deux Religieux annoncés ne devant être là que pour en effectuer l'organisation première. Implanter dans la province la vie monastique chrétienne, et en réaliser strictement l'idéal par la prière et l'étude, tel est le but proposé. Nul doute que cette oeuvre ne devienne un foyer très intense d'où rayonneront lumière et chaleur sur le Vicariat.

    MOUKDEN, Soeur Félicie, de la Providence de Portieux, qui s'adonnait depuis quelque temps avec beaucoup de zèle à l'oeuvre des baptêmes d'enfants in articulo mortis, eut l'idée de se rendre plusieurs jours de suite à la gare japonaise au moment de l'arrivée du train des réfugiés. Le nombre des petits moribonds qu'elle y trouva, abandonnés pour la plupart, fut si grand qu'elle put administrer jusqu'à quarante et cinquante baptêmes par jour.
    C'est en se livrant à cette pieuse et consolante besogne que la Soeur contracta une maladie qui l'emporta en quelques jours, victime de sa charité. Elle s'éteignit le 19 avril au matin, parfaitement résignée, heureuse même d'aller rejoindre, plus tôt qu'elle ne l'avait espéré, les nombreuses âmes à qui elle avait ouvert les portes du ciel. Soeur Félicie, la plus jeune des Religieuses de la Providence de Mandchourie, n'était en Mission que depuis un an et demi.

    YUNNANFU. Le nouveau Directoire de Yunnanfu, nommé par Nankin, est entré officiellement en fonctions le 1er avril. Une grande réception a eu lieu ce jour-là à Ou-Hoa-Chan, d'abord pour les autorités indigènes, puis pour toute la colonie européenne. Le P. Robert ayant la bonne fortune de se trouver à Yunnanfu, fut particulièrement bien accueilli par Long Yuin et les membres du Directoire.

    CANTON. Nous avons donné, en tête de ce numéro des Annales, un article sur S. G. Mgr Gustave Deswazières. Son successeur à la direction de la léproserie de Sheklung est le P. Pradel, missionnaire à Canton depuis vingt-sept ans.

    SWATOW. Une accalmie dans la tempête ; le Gouvernement, voyant les villes de Swatow et de Chaochowfu menacées, s'est enfla décide à intervenir. Des soldats, envoyés par Canton, ont défait les Rouges qui, depuis six mois, ravageaient cette partie de la province. Le gros de ces troupes Rouges s'est retiré dans les montagnes, dans la direction de Kiangsi. Cependant de nombreuses petites bandes, pour la plupart des brigands autochtones, continuent à tenir le pays sous leur coupe.
    La liste de nos pertes s'allonge encore : avant de partir, les Rouges ont complètement saccagé l'église et la résidence du P. Werner.
    La situation reste bien précaire.

    Indochine.

    VINH. Mgr Eloy nous écrit : « Le P. Klingler avait dû se rendre à Vinh pour affaires, vers la fin du mois d'avril. Le lendemain de son arrivée il eut un accès de fièvre. Deux jours plus tard, le docteur de Vinh diagnostiquait une congestion pulmonaire assez bénigne. Voulant avoir son malade près de lui, il le fit transporter à l'hôpital européen. Jusqu'au dimanche 6 mai, la maladie ne parut pas grave. Le docteur disait que s'il ne survenait pas de complication, le P. serait' vite rétabli. Le 6 mai, les reins fonctionnaient très mal : c'était la complication redoutée. Dans la nuit du 6 au 7, ils ne fonctionnèrent plus du tout. Le missionnaire de Vinh, le P. Delalex, fut mis au courant. Il proposa les derniers sacrements au Père qui les accepta avec reconnaissance. A ce moment il avait toute sa présence d'esprit, et souffrait peu. Vers midi, le Père allait moins bien ; puis ce fut le coma. Accouru de Xa-Doai, je le vis à 3 h. 1/2 : il ne répondait plus que par de très rares oui ou non. A 4 h. 1/2, il avait complètement perdu connaissance. A 6 h. tout était fini. Un premier service eut lieu à Xa-Doai le 9 mai ; le 10, les chrétiens de Bao-Nham en faisaient célébrer un second pour l'inhumation de notre confrère : car ils avaient demandé à garder son corps auprès de celui de son frère, le P. Adolphe Klingler, mort en 1916 clans ce même poste de BaoNham qu'il avait sauvé, à force de vaillance, sinon des incendies, du moins des massacres de 1885.
    Le P. Louis Klingler, né en 1863, était parti pour la Mission du Tonkin Méridional (Vinh) en 1887.

    SAiGON. Le mercredi, 18 avril, dans la cathédrale de Saigon, Mgr Du mortier a célébré un Service solennel pour les chers Pères Henri Barré et Charles Thanh, tous deux professeurs au Séminaire, morts à Phanthiêt, le 9 avril.
    Le Père Barré s'était rendu avec le Père Thanh à Phanthiêt, le lundi de Pâques, pour aller prêcher le lendemain, à Kim Ngoc, à la première Messe du nouveau Prêtre, qu'Il avait envoyé au petit Séminaire lorsqu'il était chargé de cette chrétienté. Il s'est noyé en se remettant à la mer pour aller aider les Pères Thanh et Nhon qui appelaient au secours. Le Père Nhon survivant a dit que le charitable Père l'avait alors porté pendant quelques instants.
    Le P. Barré avait 44 ans, et le Père Thanh, 28. Les funérailles des deux Pères eurent lieu, à Phanthiêt, le mardi soir.
    Monsieur le Médecin Chef du Service de Santé à l'Hôpital Grall, Monsieur le Président de l'Amicale Cochinchinoise des Anciens Combattants de la Grande Guerre et Monsieur le Secrétaire général de la Société des Etudes Indochinoises ont envoyé à Monseigneur l'expression de leur profonde affliction et de leurs respectueuses condoléances. Ils avaient beaucoup connu, apprécié et aimé le Père Barré, ancien combattant, aumônier de l'Hôpital et membre du Comité de la Société des Etudes Indochinoises. Ils se sont fait un devoir d'assister au Service célébré pour le cher Père avec un bon nombre de leurs subordonnés ou de leurs amis.
    A Paris, on mit tous les retards, on prit toutes les précautions possibles pour annoncer cette mort au père de notre confrère, vieillard courbé par l'âge et accablé d'infirmités. Mais ce vaillant chrétien, adonné à la communion quotidienne se montra plutôt consolé en apprenant que son fils était mort victime de son dévouement.

    MALACCA. Les Annales sont en retard pour annoncer la mort du regretté P. Mariette, vicaire général de Malacca : elles s'en excusent humblement. Voici ce qu'on écrit de Singapore :
    Le mardi 13 mars, un coup de téléphone nous annonçait que le P. Mariette était à l'hôpital et que son état était très grave.
    Après avoir fait le catéchisme aux enfants du Couvent, le cher Père s'était rendu, comme il le faisait presque tous les jours, sur le terrain de la nouvelle église de Ste Thérèse. Pendant qu'il visitait les travaux, une planche des échafaudages tombait sur lui, lui brisant la tête. Il fut aussitôt transporté à l'hôpital. Le Docteur lui fit une opération, quoiqu'il ne crût pas qu'elle apporterait aucune amélioration à l'état du Père. La matière cérébrale était à nu à certains endroits et un gros os avait pénétré dans la cervelle. Entré à l'hôpital après 5 heures du soir, le pauvre Père mourait à 9 heures.
    Ste Thérèse de l'Enfant Jésus, à qui il élevait une magnifique église, l'aura certainement assisté à ses derniers moments ; c'est une pensée qui nous console.
    Le P. Emile Mariette, du diocèse de Coutances, était parti en 1886 pour la Mission de Malacca.

    LAOS. Le P. Robert, premier assistant, nous écrit de Vientiane, à la date du 24 mai:
    « Je suis maintenant à la limite de mes pérégrinations sur le Mékong et demain matin je redescendrai vers la côte d'Annam. Vientiane est une capitale qui commence et ce ne sera jamais une grande ville. Le Gouvernement de l'Indochine y a installé tous les services de ta Résidence supérieure du Laos d'une façon très complète, mais à part peut-être quelques pagodes royales, du reste assez mal entretenues, ces bâtiments administratifs sont presque à eux seuls toute la ville.
    « Le P. Célestin Delalex et le P. Thibaud représentent ici la Mission catholique, située à côté des écoles et des prisons. Il y a 300 chrétiens, annamites pour la plupart, sans compter l'élément européen constitué par une centaine de Français, tous très aimables.
    « Je suis allé ce matin visiter un petit poste annamite situé à 27 kilomètres de Vientiane : c'est peut-être le noyau d'une grande chrétienté qui est là jeté en pleine forêt. Nos confrères sèment dans la paix un terrain assez aride, et la graine ne lève pas vite, desséchée en majeure partie par le vent de la superstition bouddhique. Le Laotien doit trouver la morale évangélique un peu trop exigeante. Il est si porté à vivre dans le moindre effort et le moindre souci, et se trouve si à l'aise dans une religion qui ne contrarie guère ses penchants! Comment alors montrerait-il quelque attirance vers une Eglise plus sévère qui demande des sacrifices très lourds pour lui ».

    1928/161-167
    161-167
    France et Asie
    1928
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