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Nouvelles des Missions

Quelques nouvelles de nos Missions Les nouvelles reçues de nos missions sont toujours peu nombreuses et celles qui « passent » sont aussi brèves que possible. Nous voudrions bien pouvoir satisfaire la si légitime attente des parents et amis des missionnaires, nous sommes réduits à ne pouvoir leur dire que peu de chose, vu que nous ignorons la plupart des faits qui les intéresseraient tant.
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    Quelques nouvelles de nos Missions

    Les nouvelles reçues de nos missions sont toujours peu nombreuses et celles qui « passent » sont aussi brèves que possible. Nous voudrions bien pouvoir satisfaire la si légitime attente des parents et amis des missionnaires, nous sommes réduits à ne pouvoir leur dire que peu de chose, vu que nous ignorons la plupart des faits qui les intéresseraient tant.
    Au Japon, il régnerait actuellement une atmosphère de détente au point de vue catholique. Sans céder à un optimisme béat, tous nos confrères ont le souci d'une adaptation à la fonction missionnaire sous son nouvel aspect. Malheureusement, la santé de Mgr Chambon, ancien archevêque de Tokio, laisse un peu à désirer.
    En Corée et en Mandchourie, tout doit être normal si l'on part de ce principe que les peuples heureux n'ont pas d'histoire ; rien n'indique, en effet, qu'il y ait quelque chose de changer dans cette partie de nos missions.
    Il n'en est malheureusement pas de même en Chine. Nos amis viennent d'être renseignés à la lecture d'un article spécialement consacré au Setchoan ; or, si nous en croyons les émissions radiophoniques, l'année 1941 n'a pas dû jusqu'à aujourd'hui être moins tourmentée là-bas que ne l'avait été 1940. Nos confrères tiennent toujours, malgré tout, en attendant le retour des beaux jours.
    Dans la province du Yunnan, le P. Letourmy, qui avait été pris et garrotté à Feidzouké par des chefs du pays, puis maltraité de la manière la plus odieuse, eut d'abord à subir un simulacre de condamnation à mort, puis il fut emmené captif en un lieu inconnu. A la suite de l'intervention du gouverneur de Yunnanfou, alerté par le P. Bougault qui vint de suite à la capitale pour obtenir la libération de notre confrère, le cher prisonnier se vit d'abord un peu mieux traité, puis finalement on le relâcha le 19 mars après quarante jours de captivité. Depuis lors, il est devenu chapelain des Carmélites réfugiées à Weitse, et le P. Bougault est mort le 12 août d'une typho malaria contractée chez les Miao. Mgr Larregain nous écrit qu'à Yunnanfou les bombardements continuent et que le dispensaire tenu par les Soeurs de Saint-Paul de Chartres a été en partie démoli ; il fait remarquer que, malgré l'état de guerre et les dégâts occasionnes dans les grands centres, la Chine poursuit son développement au point de vue industriel et dans tous les domaines.
    Sur les confins du Thibet, un prêtre chinois, le P. Thaddée Yang écrivait en octobre 1940, peu après le meurtre de M. Liotard, membre de la Mission scientifique Guibaut Liotard : « Après une vingtaine de jours de marche pénible au milieu des sauvages Goloks et Sedaks (tribus pratiquement indépendantes, ils furent attaqués par une bande de sauvages ; M. Liotard fut tué sur le coup, ainsi que leur cuisinier, M. Guibaut eut les vêtements troués par des balles mais ne reçut aucune blessure. M. Guibaut est revenu chez moi et il est resté ici une semaine ». Par ailleurs, l'« Echo du Thibet » nous a appris que la plupart des meurtriers du P. Nussbaum ont expié leur crime, et parmi eux le principal chef brigand, le fameux Tchrachy, dont la tête a été exposé à la porte de la ville d'Atentze. C'est le jeune P. Burdin, missionnaire dans les Marches thibétaines depuis 1,936, qui a été désigné pour succéder au cher disparu à la tête du district de Yerkalo ; le Thibet a donc aujourd'hui en sa personne le seul représentant du clergé catholique en terre vraiment thibétaine. Son voisin, le P. André, est allé reprendre en mains le district de Bahang qu'il a déjà administré il y a quelques années.
    Aucune nouvelle ne nous est arrivée depuis trois mois des missions qui se trouvent dans les provinces du Kweichow, du Kwangsi et du Kwangtung.
    Une lettre du Tonkin nous dit que là-bas le travail apostolique continue normalement avec la tranquillité la plus complète et sans restrictions spéciales. Le P. Guidon, missionnaire de Hunghoa, qui, mobilisé sur place, avait été assez grièvement blessé lors des incidents de Langson en automne 1940, est actuellement bien rétabli, et c'est avec plaisir que nous avons appris sa citation à l'ordre de l'armée et les décorations qui ont suivi : médaille militaire, croix de guerre avec palmes et médaille des blessés.
    Généralement parlant, les conversions ne chôment pas en Indochine, aussi nos évêques déplorent le fait que nos jeunes missionnaires se trouvent dans l'impossibilité de rejoindre les Missions qui leur ont été assignées. A Kontum, le P. J. B. Décrouille continue de diriger la Mission Moï en attendant la nomination du successeur de Mgr Jannin ; il a eu la douleur de voir mourir l'un après l'autre les deux prêtres ordonnés par celui-ci, la santé des PP. Hutinet et Crétin laisse toujours à désirer et le travail augmente par suite du développement des districts à pourvoir : là comme ailleurs, c'est la relève, et plus que la relève, qui est désirée des missionnaires, la moisson est grande bien que les ouvriers restent trop peu nombreux.
    De Saigon, nous savons seulement que le sacre de Mgr Cassaigne a eu lieu le 24 juin et que le nouvel évêque a dû payer un petit tribut à la ré acclimatation dans les pays du delta cochinchinois. Là, comme dans toute le reste de l'Indochine, les missionnaires mobilisés ont repris leurs travaux apostoliques aussitôt après leur démobilisation, il y a quelques mois.

    ***

    Du Siam, les nouvelles sont un peu meilleures. Au début d'août, du fait que les relations diplomatiques ont été rétablies entre le Thailand et la France, le gouvernement thaïlandais a supprimé les restrictions concernant l'entrée, le passage et la résidence des personnes de nationalité française dans le pays. Nous pensons donc que nos confrères expulsés précédemment ont pu rentrer chez eux.
    Mais revenons en arrière pour dire ce qui s'est passé au point de vue catholique avant qu'on en arrive là.
    Dès le 14 février, des réunions officielles avaient été organisées pour faire apostasier les chrétiens. A Bangkok, ce fut dans une pagode bouddhique que les fonctionnaires catholiques furent convoqués ; la plupart refusèrent de signer l'acte d'apostasie malgré toutes les exhortations de plusieurs ministres du gouvernement qui présidaient cette réunion ; ils furent alors destitués. Par ailleurs, le boycottage des commerçants chrétiens fut ordonné, et une surveillance étroite des agriculteurs et ouvriers fidèles au christianisme s'exerça pour les empêcher de travailler. Les malfaiteurs tirèrent alors naturellement la conclusion qu'ils pouvaient ne plus se gêner, aussi ne se privèrent-ils pas d'attaquer les villages catholiques et de piller les églises, de nuit d'abord, puis, sûrs de l'impunité, même en plein jour. C'était donc la persécution officielle et tout ce qui s'ensuit, la radio thaï allait jusqu'à insulter publiquement les chrétiens tout en déclarant la complète liberté du catholicisme... Comme conséquence, les chrétiens ont dû se cacher partout où ils ont pu, et ceux qui étaient trop faibles ont parfois apostasié. Les églises et presbytères de Thakien, Paklong, Phanat, Ban-han, Khok-vat ont été rasés. Parmi les prêtres siamois, les PP. Michel et Tsinguen ont été condamnés à deux ans de prison, le P. Nicolas à 15 ans, le P. Henri non encore jugé en juin était en prison depuis trois mois. Le P. Louis Loetscher, sujet suisse, est en résidence forcée chez son frère à Samsen.
    Lors de leur arrestation au Laos siamois, les PP. Bayet et Cavaillier ont dû faire trois kilomètres à pieds chargés de chaînes, et quand as furent arrivés à la gendarmerie, ils furent complètement dévalisés par les gendarmes thaïlandais. Une lettre nous a appris que le P. Stocker avait été enfin relâché, mais un prêtre indigène de la Mission du Laos aurait été condamné à la prison perpétuelle.
    Tant de misères et de souffrances endurées pour l'amour de N.-S. pèseront dans la balance, elles seront certainement l'occasion d'un renouveau spirituel parmi ces chrétientés siamoises dont quelques-unes remontent à l'origine de la Société des Missions Etrangères. Mais Dieu a son heure, nous ne pouvons anticiper sur ce qu'a décidé son admirable Providence.

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    Toujours peu de nouvelles des missions en colonie ou sous mandat anglais. Nous avons cependant appris avec la plus vive satisfaction qu'un important mouvement de conversions était amorcé dans l'archidiocèse de Pondichéry, ce qui prouve que les époques les plus troublées ne sont pas toujours les moins profitables aux âmes. La retraite de nos confrères a pu avoir lieu comme de coutume au début de janvier, le P. GavanDuffy inspecteur des écoles de la Mission, venait de se voir chargé de plus de la surveillance de la grande Ecole Industrielle et de l'Orphelinat de Tindivanam ; depuis lors, un télégramme récent est venu nous apprendre la mort de cet apôtre zélé qui savait si bien s'adapter à toutes les méthodes modernes d'apostolat.
    Une autre lettre nous a fait savoir que Mgr Feuga, le nouvel évêque de Mysore, avait été sacré le 2 juillet, mais le laconisme de la correspondance ne nous a pas permis de connaître le lieu ni les circonstances du sacre.

    ***

    Ajoutons pour finir que, parmi les aspirants présents aujourd'hui, nous avons plusieurs anciens prisonniers revenus d'Allemagne ; il en est même un gui, bien qu'amputé d'une jambe, compte cependant pouvoir rendre service en mission, ce qui prouve que l'on trouve presque toujours, même en pays de mission, du travail pour les bonnes volontés.
    Et, puisque nous parlons de rescapés, il n'est peut-être pas trop tard de signaler que notre premier blessé de guerre, le P. Candau, ancien supérieur du grand séminaire régional de Tokio, mobilisé comme lieutenant, promu ensuite capitaine, après avoir été alité pendant plusieurs mois dans le midi de la France, puis à Vichy, peut maintenant marcher à l'aide de deux cannes. Il a été récemment envoyé à Lamalou-les-Bains pour une saison balnéaire et il espère, à son retour à Vichy, pouvoir marcher en se servant d'une seule canne.
    Nos lecteurs seraient intéressés à la lecture de la belle citation qu'il a obtenue, mais nous leur réservons un plaisir plus complet quand nous pourrons publier en même temps celles qu'ont obtenues d'autres confrères et un grand nombre de nos aspirants missionnaires.

    J. c.

    1941/23-26a
    23-26a
    France
    1941
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