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Nouvel état de la Chine Une léproserie à Nan-Ning

KOUANG-SI Nouvel état de la Chine Une léproserie à Nan-Ning LETTRE DE Mgr LAVEST Préfet Apostolique. NAN-NING, 17 MARS 1906. Je vous envoie quelques notes sur la situation actuelle de la Chine, particulièrement du Kouang-si. La Chine, cette fois, est décidément entrée dans la voie du progrès, et elle semble même aller vite, peut-être trop vite. C'est, du reste, au seul progrès matériel et intellectuel que, comme dans tant d'autres pays, le gouvernement semble viser.
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    KOUANG-SI

    Nouvel état de la Chine Une léproserie à Nan-Ning

    LETTRE DE Mgr LAVEST

    Préfet Apostolique.

    NAN-NING, 17 MARS 1906.

    Je vous envoie quelques notes sur la situation actuelle de la Chine, particulièrement du Kouang-si.
    La Chine, cette fois, est décidément entrée dans la voie du progrès, et elle semble même aller vite, peut-être trop vite. C'est, du reste, au seul progrès matériel et intellectuel que, comme dans tant d'autres pays, le gouvernement semble viser.
    Dans le nord, à Pékin, et dans les provinces environnantes, elle à déjà une armée formée à l'européenne, qui a attiré l'attention dans les manoeuvres qui ont eu lieu tout dernier ment. Elle travaille aussi à organiser une marine. De nouveaux ministères ont été créés selon les besoins, beaucoup d'autres réformes sont projetées et vont bientôt être mises en exécution.

    JUILLET AOUT 1906, N° 52.

    C'est l'instruction qui, en ce moment, absorbe tous les soins du gouvernement chinois ; et ce n'est plus seulement l'étude des livres classiques, mais aussi et avant tout, des sciences européennes, avec un programme bien étudié, et une organisation nouvelle des examens.
    Dans toutes les provinces, et non seulement dans les villes, mais aussi dans les bourgs importants, on ouvre des écoles ; lorsqu'on ne peut en bâtir, les pagodes qu'on semble mettre au dernier rang, sont affectées à ce but. Les mandarins eux-mêmes, aidés du peuple, s'acquittent de cette charge avec un zèle jusque-là inconnu. Dans les centres principaux, il y a en plus des écoles militaires.
    Dans ces écoles, on enseigne, en langue chinoise, les sciences, l'histoire, la géographie, etc...; mais il y a aussi des cours spéciaux de langues étrangères.
    L'étude des langues est nécessaire , ne serait-ce que pour enseigner les sciences, tant le chinois y est peu approprié ; mais il y a bien d'autres raisons qui imposent la connaissance des langues : le besoin d'interprètes, soit pour les affaires diplomatiques, soit pour le commerce international, soit aussi pour la construction des voies ferrées et l'exploitation des mines ; car désormais les Chinois ne veulent plus entendre parler des concessions, et, pour agir par eux-mêmes, ils vont étudier et se préparer à l'étranger.
    Au Kouang-si, c'est l'étude du français et de l'anglais qui jusqu'à présent est, sinon la seule recherchée, au moins celle qui domine et semble devoir être longtemps encore la plus pratique. L'étude de la langue japonaise leur fera pourtant bientôt une concurrence sérieuse.
    Il faut passer un examen pour être admis dans ces écoles du gouvernement, qui sont gratuites. Celles de Nan-ning sont très bien installées. Le local et les bâtiments sont spacieux et propres ; le matériel scientifique et classique est aussi complet qu'on peut le désirer. Il y a des jeux et des exercices variés comme récréations.
    Jusqu'ici, faute de ressources suffisantes pour avoir un personnel étranger, ils emploient comme professeurs des Chinois qui ont étudié plus ou moins en dehors de la Chine, surtout au Japon. C'est encore bien neuf et insuffisant. Ils reconnaissent la supériorité des étrangers sur eux pour tout, mais principalement pour l'enseignement, et dans quelques centres ils invitent les missionnaires à donner à des élèves choisis des leçons de français. Là où le ministère le permet, et quand les mandarins se prêtent aux conditions qui doivent être posées, c'est à encourager, puisque le missionnaire y trouve un appui moral pour son ministère et aussi un secours matériel très appréciable dans les temps où nous sommes.
    Il y a en outre trois écoles officielles soutenues par le gouvernement français à Kouy-lin, Nan-ning et Long-tcheou. On a d'abord craint que la concurrence des écoles chinoises n'arrêtât leur développement ; mais de fait on voit dès à présent qu'elles ne pourront que gagner à ce mouvement intellectuel, tant qu'elles seront subventionnées assez pour être sur même pied que les écoles du gouvernement, et que les mandarins n'y mettront pas d'obstacles, comme il en a été jusqu'ici au Kouang-si, grâce aux bons rapports qui continuent.
    Parmi les causes de ce mouvement vers l'instruction, et en général vers tout ce qui constitue le progrès et la civilisation modernes, la principale est le succès des Japonais dans la guerre coutre les Russes. Le Chinois a compris qu'il peut aussi résister aux étrangers, et même les vaincre, et que pour cela il n'a qu'à s'y préparer à l'exemple des Japonais.
    Ce changement servira-t-il à l'évangélisation et nous donnera-t-il des avantages du côté religieux ? Il est encore difficile de le prévoir ; on peut l'espérer. Il faudrait attendre en tous cas encore bien des années. Il y a d'ailleurs à craindre si les Chinois suivent leur tempérament anti-étranger, qu'ils ne confondent la religion avec la politique. Il y a du reste tant d'intérêts qui peuvent changer leur attitude et les rendre tantôt hostiles, tantôt favorables ou indifférents.
    Au Kouang-si, on constate chez les mandarins des tendances plus ou moins malveillantes qui ne sont pas encore générales, mais dont la direction semble partir de haut. Elles se cachent, du reste, sous des raisons acceptables en elles-mêmes, mais qui ale fait n'existent pas ; par exemple celle d'empêcher les missionnaires de s'immiscer dans les affaires temporelles et l'administration. Ils veulent ainsi déguiser leur jeu et leur haine systématique, qui consistent à faire apostasier les chrétiens, à s'en débarrasser de quelque manière, à empêcher les conversions, sinon par la persécution ouverte, du moins par des moyens détournés qui n'ont pas l'air de toucher à la religion, et qui en réalité sont dirigés contre elle.
    J'ai exposé l'an dernier, dans le compte-rendu l'exercice de 1904, l'état de la mission et des oeuvres qui est le même en ce moment. Je vous dirai seulement les faits qui m'ont amené, malgré moi, à fonder, ou plutôt à essayer la fondation d'une léproserie. Voici ce qui s'est passé:
    Ici, à Nan-ning, nous avons, tenu par les Soeurs de Saint-Paul, un dispensaire où affluent les malades de tout âge et des deux sexes, païens et chrétiens. En décembre dernier, on nous amena une petite fille de 8 à 9 ans, dont les parents voulaient à tout prix se débarrasser, et que nous recueillîmes pour lui sauver la vie du corps et de l'âme.
    Un mois après seulement, on reconnût qu'elle avait la lèpre qui apparaît de plus en plus. Grand est notre embarras ! Nous ne pouvons en effet la laisser avec les autres enfants, parce que la maladie est contagieuse ; nous ne pouvons non plus la placer dans une léproserie qui n'existe pas encore ; pas davantage abandonner, après l'avoir reçue, une enfant rejetée de tous.
    Force est donc de commencer une léproserie, puisqu'on ne peut mettre seule dans une case qui devrait être assez éloignée de toute habitation, une fillette de 9 ans.
    Depuis qu'ils ont appris que nous avions recueilli une petite lépreuse, les lépreux se présentent au dispensaire, où nous ne pouvons même pas les traiter, sans nous exposer à éloigner tous les autres malades, tant la lèpre est en horreur.
    N'ayant rien pour commencer une oeuvre appelée à une grande extension, je profitai des bons rapports que me permet d'avoir avec les autorités chinoises une distinction honorifique, (Globule rouge de 2e degré accordé en 1903 par l'empereur de Chine) pour leur expliquer cette situation. Ils télégraphièrent au vice-roi et au gouverneur, qui ont répondu de mettre à ma disposition une grande pagode, en accordant l'autorisation de la convertir en léproserie. Si dès le début nous pouvons justifier la confiance que l'on nous témoigne et nous attirer la sympathie de la population, nous arriverons certainement à donner à cette oeuvre, unique dans la province, un très grand développement et à faire aux corps et aux âmes un bien considérable. Le premier travail en ce moment est de faire les réparations nécessaires à la pagode pour la transformer en léproserie ; le second sera d'acheter des rizières que nous ferons cultiver par les moins infirmes et qui nous aideront à faire vivre tous les lépreux recueillis par nous.
    1906/194-197
    194-197
    Chine
    1906
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