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Nouveau martyrologe missionnaire

NOUVEAU MARTYROLOGE MISSIONNAIRE TROIS NOUVEAUX NOMS sont venus s'ajouter, en 1940, à la longue liste de ceux des nôtres qui, jusqu'ici, ont donné leur sang en témoignage de la foi qu'ils étaient allés prêcher aux païens d'Extrême-Orient. Sans doute, du moins rien ne le dit dans les rapports qui nous sont parvenus, ils ne sont pas martyrs au sens strict du mot, mais tout prouve qu'ils sont morts martyrs de la charité, sachant à quoi ils s'exposaient en restant malgré tout au milieu du troupeau qu'ils avaient mission de garder.
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    NOUVEAU MARTYROLOGE MISSIONNAIRE

    TROIS NOUVEAUX NOMS sont venus s'ajouter, en 1940, à la longue liste de ceux des nôtres qui, jusqu'ici, ont donné leur sang en témoignage de la foi qu'ils étaient allés prêcher aux païens d'Extrême-Orient. Sans doute, du moins rien ne le dit dans les rapports qui nous sont parvenus, ils ne sont pas martyrs au sens strict du mot, mais tout prouve qu'ils sont morts martyrs de la charité, sachant à quoi ils s'exposaient en restant malgré tout au milieu du troupeau qu'ils avaient mission de garder.
    Ce sont les Pères Sonnefraud et Castiau, tués le 29 juin 1940 dans l'île de Waichow (golfe du Tonkin), et le Père Nussbaum, fusillé par des brigands, non loin du village de Pamé (Marches thibétaines du Yunnan), le 17 septembre 1940.
    Le P. SONNEFRAUD Henri Joseph Louis était né le 23 mars 1891 à Saint-Briac-sur-Mer (Ille-et-Vilaine) ; il avait été ordonné prêtre le 23 décembre 1922 et était parti le 16 avril 1923 pour la Mission du Kouang-tong occidental (Chine), dont le nom devint peu après «Vicariat apostolique de Pakhoi ».
    Le P. CASTIAU Robert Charles était Belge ; né le 27 avril 1912 à Montigny sur Sambre (Hainaut) : il avait été ordonné prêtre le 24 décembre 1935 et était parti pour Pakhoi le 14 avril 1936.
    Le P. NUSSBAUM Michel Victor était Alsacien ; né le 27 septembre 1884 à Schweinheim (Bas-Rhin) et ordonné prêtre le 27 septembre 1908, il était parti pour la Mission du Thibet le 18 novembre suivant, et c'est là qu'il s'est dévoué pendant 32 ans au service des âmes.
    La difficulté des communications ne nous a pas permis de connaître tous les détails de leur mort tragique et glorieuse, cependant nous ne voulons pas remettre à plus tard la publication de ce que nous savons.

    ***

    C'est à S. E. Mgr Deswazière, Vicaire apostolique de Pakhoi, que nous allons d'abord laisser la parole :
    « Dès septembre 1938, l'île de Waichow avait été occupée ; la population, tant chrétienne que païenne, avait fui devant l'envahisseur et s'était réfugiée à Pakhoi et au Luichow. Quant à notre confrère, le P. Sonnefraud, il avait partagé le sort de ceux qui étaient restés, et il se trouvait seul prêtre dans l'île quand, nous ne savons pour quelle raison, les Japonais évacuèrent Waichow. Le P. Castiau, revenu de notre sanatorium de Béthanie (Hongkong), où il était allé se soigner, s'offrit généreusement pour aller lui tenir compagnie. Quant au P. Leung, prêtre chinois qui avait accompagné les chrétiens lors de leur exode, comme il devait changer de poste, il voulut profiter du départ des troupes japonaises pour aller chercher quelques objets laissés dans l'île ; il y arriva juste pour s'y faire bloquer, car les Japonais revinrent de nouveau et cette fois d'un façon définitive.
    « Les trois prêtres se trouvèrent donc dans l'impossibilité non seulement de sortir, mais même de correspondre librement avec le dehors, et cela dura près de deux ans. Nos deux confrères vécurent ainsi isolés du reste du monde et de leur Mission, ne pouvant même pas recevoir la correspondance de leurs familles, ne connaissant de l'extérieur que ce que les envahisseurs voulaient bien leur apprendre. Si nous en jugeons par les souffrances que nous éprouvons nous-mêmes par suite du manque de nouvelles depuis les tragiques destinées de notre chère Patrie, combiens grands ont dû être les angoisses et les tortures morales de nos confrères !
    « Tous en comprenant ce que cette vie de reclus pouvait avoir de pénible et de douloureux, nous étions cependant sans inquiétude immédiate à leur sujet. Mais voilà que, vers le 10 juillet, des bruits alarmants commencèrent à circuler : des parquiers allant au Luichow avaient dit que les deux missionnaires avaient été décapités... Personne parmi nous ne voulut d'abord attacher d'importance à ces racontars. Cependant des chrétiens revenant de l'île de Waichow furent bientôt aussi affirmatifs. Nous doutions encore quand, le 28 juillet, nous arrivèrent deux lettres, l'une en latin et l'autre en chinois, celle-ci parlant d'une autre lettre expédiée de suite après les événements et qui n'est jamais parvenue à destination.
    « Voici le sens de la lettre chinoise :
    « ...Le jour de la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul, un peu après midi, les deux Pères Sonnefraud et Castiau ensemble montèrent au ciel. Ce jour-là, dans la soirée, six Soeurs, catéchiste, chrétiens et moi, en tout plus de dix personnes, nous fûmes conduits au quartier militaire où nous sommes restés en surveillance pendant deux jours. A ce moment, je me préparais au suprême sacrifice, mais Dieu a voulu sans doute prolonger mon purgatoire. Le 1er juillet, les trois Soeurs originaires de l'île et les chrétiens ont pu retourner dans leurs familles. Quant aux trois autres Soeurs qui ne sont pas de Waichow, elles furent relâ : chées sous garantie d'un chrétien chez qui elles demeurent. Pour moi, c'est le chef de la « Société chargée de la protection du pays » qui s'est porté garant. Les deux églises ont été mises sous scellés, défense de s'y rendre ; les objets des Pères sont entièrement pillés, ornements et livres brûlés, les pertes s'élèvent à 10 ou 20,000 dollars... »

    « Le doute n'était plus possible, et les renseignements reçus dans la suite n'ont fait que confirmer qu'une terrible calamité s'est abattue sur la chrétienté de Waichow.
    « Le 29 juin, vers une heure de l'après-midi, les PP. Sonnefraud et Castiau avaient été emmenés au quartier militaire. Peu après leur arrestation, les envahisseurs firent courir le bruit qu'ils s'étaient sauvés, or c'est bien impossible. Tout le monde dit qu'ils ont été tués ; un soldat en état d'ivresse l'a même avoué, mais on ne peut trouver de témoins oculaires et, avant d'annoncer la mort glorieuse de nos chers confrères, nous attendons une réponse aux démarches entreprises par l'intermédiaire du Gouverneur Général de l'Indochine et de notre ambassade de Chine ; jusqu'à présent rien n'est arrivé. Nous sommes tous convaincus que nos deux confrères sont morts, et morts martyrs de leur devoir, sans doute au soir de la belle fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, le Prince des Apôtres et le Modèle des Missionnaires.
    « Evidemment la situation de la France est pour quelque chose dans cette attitude des autorités occupantes de Waichow, les soldats peuvent faire ce qu'ils veulent, ils peuvent supprimer deux missionnaires inoffensifs sans qu'on arrive à savoir ce qu'ils sont devenus !
    « A l'origine de cette tragédie, il y aurait une question de riz que les Pères n'auraient pas voulu livrer en disant qu'ils ne pouvaient disposer à leur gré des biens de l'Eglise, il y aurait aussi l'interdiction de l'enseignement religieux..., que sais-je encore ? Quoi qu'il en soit, le fait est que nos chers disparus s'attendaient à la mort et qu'ils s'y préparaient, convaincus qu'ils mourraient en martyrs du devoir.
    « Depuis lors, la persécution religieuse continue à Waichow : églises fermées, pillage complet de tous les vases sacrés, défense aux chrétiens de saluer le prêtre chinois du nom de Père, disparition de tout insigne religieux, dispersion des orphelines, rizières confisquées, le P. Leung et les religieuses dans l'impossibilité de remplir tout ministère et de sortir de cette île...

    « La chrétienté de Waichow comptait plus de 2.400 fidèles, elle est actuellement dans une condition bien difficile. Combien de temps cela durera-t-il ? Ayons confiance quand même, nous sommes convaincus que la tempête passera, la paix reviendra pour nos missions comme pour notre chère et pauvre patrie qui retrouvera dans sa foi première une vitalité nouvelle. Daignent nos aînés et nos martyrs, du haut du ciel, hâter par leur intercession l'aurore de ce beau jour ! »

    ***

    Les détails que l'on va lire sur le meurtre du P. Nussbaum sont tous tirés de l' « Echo du Thibet » du 1er novembre 1940, aucune correspondance ne nous est parvenue de ce coin reculé des Marches thibéfaines.
    « Le P. Victor Nussbaum résidait en territoire de Lhassa depuis de longues années, il pouvait difficilement quitter son poste, même pour se rendre à la retraite annuelle des missionnaires de la région yunnannaise de notre Mission.
    « Cette retraite devait avoir lieu, cette année, à Tsechung, du 22 au 28 septembre. Notre bon confrère, tout heureux de pouvoir s'y rendre, était arrivé chez le P. Goré, recteur de Tsechung et Supérieur de la région, dès le 5 septembre, mais il en repartait le 10 du même mois, accompagné d'un conducteur, de son domestique et de trois vierges institutrices.
    « Jusqu'à deux étapes au nord d'Atentze, rien d'anormal sur la route. Ce fut dans le village de Napou que nos voyageurs rencontrèrent une bande de brigands auxquels ils firent don de 7 boules de thé comme droit de passage, et ils purent ainsi continuer leur voyage jusqu'à Pamé, où se trouvent quelques familles chrétiennes. Tous logeaient dans la même maison et ils se réjouissaient sans doute à la perspective de pouvoir, le lendemain, arriver à domicile un peu avant la nuit lorsque, tout à coup, leur logis fut envahi par un groupe de brigands qui les obligèrent à les suivre. Toutefois Ngueudjroupt, le conducteur de la caravane, et la vierge Anna réussirent à s'enfuir. Sur la route de Pateu, les brigands fusillèrent le pauvre Père Nussbaum et emmenèrent les trois autres prisonniers (deux vierges et un domestique) on ne sait où. Ce crime atroce, qui nous prive d'un excellent confrère doublé d'un vaillant missionnaire, a été commis dans la nuit de 17 septembre.
    « De Pamé, la nouvelle du meurtre a été rapidement communiquée aux chrétiens de Yerkalo qui, par la rive droite du fleuve, le Mékong, (Pamé est sur la rive gauche), vinrent chercher les restes du cher défunt. Deux jeunes portèrent la triste nouvelle aux quatre premiers confrères réunis pour la retraite à Tsechung.
    « Le P. Nussbaum avait toujours été missionnaire aux postes avancés, dans la vallée du Fleuve Bleu et surtout dans celle du Mékong, notamment à Yerkalo, où il est demeuré les huit dernières années de son apostolat.
    « Il avait acquis une connaissance remarquable de la langue et des coutumes indigènes. N'était sa barbe rousse qui trahissait une origine étrangère, on l'aurait pris pour un Thibétain authentique. A ces qualités précieuses, il alliait l'art d'entretenir de bonnes relations avec son voisinage et avec les autorités. Gens du peuple et fonctionnaires le tenaient en grande estime et recherchaient ses bons offices qu'il ne leur épargnait pas. Car sous une écorce un peu rude, il cachait un vif attachement au Thibet et un non moins vif dévouement au bien de tous. Le poste de Yerkalo étant passé sous le sceptre de Lhassa, tous ceux qui, par ruse ou par complot, tentèrent l'anéantissement de la chrétienté ont trouvé en notre confrère un adversaire résolu, conscient de ses devoirs et capable de faire respecter ses droits. Les chrétiens sont ainsi restés sur place et ont conservé le libre exercice de leur religion.
    « Chefs de chrétienté, officiers thibétains, représentants de la lamaserie, d'un commun accord, ont apposé les scellés sur les chambres de la résidence, en attendant l'arrivée d'un nouveau titulaire.
    « Les chrétiens ont demandé au P. Goré de partir de suite pour Yerkalo afin de procéder à l'inhumation de notre confrère et de mettre un peu d'ordre dans le désarroi général que cette disparition ne peut pas ne pas occasionner. Le Père pensait se mettre en route le 30 septembre pour voyager avec une caravane de retour de Tundjrouglin.
    « La liste des missionnaires du Thibet tombés sous le sabre des persécuteurs ou sous les balles des brigands est bien longue. Puisse tant de sang répandu être une semence de chrétiens ! »

    ***

    « Soyons aussi, nous tous, des serviteurs fidèles,
    « Pensons à nos martyrs, prenons-les pour modèles,
    « Nous habitons des lieux pleins de leurs souvenirs!
    « Promettons, en fêtant leur jour anniversaire,
    « De garder le beau nom de notre séminaire,
    « Le Séminaire des Martyrs!

    Paris, le 29 juin 1941.
    J. C.

    EN CHINE
    1941/6-8
    6-8
    Chine
    1941
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