Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Notre Dame des Aspirants

Notre Dame des Aspirants La dévotion à la Sainte Vierge a toujours été très vivante au Séminaire des Missions Etrangères. Parmi les aspirants elle s'est manifestée par des témoignages que nous avons encore sous les yeux : ce sont les Oratoires, où nous aimons à prier en commun, soit au Séminaire, soit même dans les bois.
Add this
    Notre Dame des Aspirants

    La dévotion à la Sainte Vierge a toujours été très vivante au Séminaire des Missions Etrangères. Parmi les aspirants elle s'est manifestée par des témoignages que nous avons encore sous les yeux : ce sont les Oratoires, où nous aimons à prier en commun, soit au Séminaire, soit même dans les bois.
    Ces oratoires sont liés intimement à la physionomie du Séminaire et l'étude de leur histoire devient une étude psychologique de l'aspirant missionnaire : son amour pour la Sainte -Vierge, son esprit d'initiative et de coopération se révèlent dans les circonstances qui ont amené la réalisation de ces modestes chapelles.
    L'Oratoire de la rue du Bac est toujours un objet de curiosité pour les visiteurs aux jours de départ ou de procession il réveille en eux une idée plus exacte des Missions Etrangères et de l'idéal que discrètement leur rappellent les noms de nos Martyrs gravés dans le marbre.
    Nos voisins du moins, ceux qui aiment les missionnaires, s'unissent de coeur aux prières qu'y récitent et aux cantiques qu'y chantent les aspirants. Le prince Sixte de Bourbon, dans sa dernière maladie, faisait ouvrir sa fenêtre chaque fois qu'il entendait un de ces chants et s'y associait de loin.
    La première date mentionnée dans les archives pour la construction d'un oratoire dans le jardin du Séminaire est celle de 1845. Le P. Albrand, rappelé du Collège de Penang à Paris, regrettait le modeste oratoire où il apprenait à prier à ses séminaristes d'Extrême-Orient. Il eut alors l'idée d'en faire reconstruire un sur le modèle de celui de là-bas pour se donner l'illusion d'être toujours en contact avec eux. Ce furent des aspirants qui construisirent ce premier oratoire, sous la direction du P. Tapie, futur missionnaire du Setchoan, et, parmi ceux qui l'aidèrent dans ce travail, on relève les noms de deux de nos Martyrs, les Bienheureux Schoeffler (+ 1851) et Bonnard (+ 1852).
    L'oratoire était orné d'un autel surmonté d'une statue de la Sainte Vierge, celle que l'on y voit encore aujourd'hui. Un lustre suspendu au plafond prêta sa lumière aux réunions du samedi jusqu'au jour (1908) où, le piton qui le soutenait ayant cédé, il s'écrasa sur le sol. Il avait été acquis à la suite d'une souscription faite parmi les aspirants et dont le plus généreux signataire fut M. Thomine-Desmazures ancien grand vicaire de Bayeux et futur vicaire apostolique du Thibet.
    L'autel de 1845 fut remplacé vingt ans plus tard par un autre, il y est encore, oeuvre de M. Binet, qui, avant d'être aspirant missionnaire, avait été apprenti menuisier : il ne pouvait mieux employer son talent, et, durant ses 25 années de mission au Setchoan, il eut encore plus d'une fois l'occasion de l'exercer en l'honneur de la Sainte Vierge.
    Sur l'initiative du vénéré M. Delpech, alors Supérieur, des plaques de marbre recouvrirent les murs de chaque côté de l'autel : elles étaient destinées à recevoir les noms de nos Martyrs après leur béatification. En 1900, 1909 et 1925, 9 puis 4, puis 3 noms y furent gravés ; on espère y pouvoir lire bientôt ceux des 9 Martyrs de Corée de 1866 : ce fera 25 noms, et après cela il restera encore de la place, manière discrète de dire avec Mgr de Guébriant : « La liste n'est pas close ; le Séminaire ne doit pas perdre son beau titre de «Séminaire des Martyrs », et nous n'y avons pas encore renoncé ! ».
    La cloche chinoise, qui donne à ce coin du jardin, une note tout extrême-orientale, vient de Canton : c'est un don de l'Amiral Rigault de Genouilly après la prise de la ville en 1858. Placée d'abord dans la maison, ce n'est qu'en 1873 qu'elle fut installée dans le jardin, et depuis lors chaque samedi ou veille de fête, chaque date anniversaire de la mort d'un de nos Martyrs, chaque jour de départ de nouveaux missionnaires, c'est son timbre exotique qui invite les aspirants à se réunir aux pieds de la Reine des Apôtres pour lui demander de les rendre dignes de leurs aînés.
    La communauté de Bièvres ne voulut pas rester en retard sur celle de Paris et, munie de l'autorisation de son Supérieur, le P. Delmas, elle entreprit en 1907 la construction d'un oratoire : les travaux, exécutés entièrement par les aspirants, furent terminés au mois de mai de l'année suivante. Semblable à celui de Paris par sa forme octogonale, il en diffère par les matériaux, bois et pierres apparentes, qui, n'était son toit conique en tôle galvanisée, rappelleraient une cabane de berger dans les Alpes.
    Les réunions et cérémonies s'y font aux mêmes jours et de la même manière qu'à Paris devant l'oratoire des Martyrs.
    Là ne se borne pas le zèle des aspirants de Bel Air dans leur dévotion envers Marie. Venus de toutes les provinces de France, ils ont gardé au coeur le culte de leur Vierge locale, si l'on peut ainsi parler, et ce culte ils ont voulu le manifester par de petits oratoires devant lesquels ils se groupent les jours de fête : les Parisiens ont Notre Dame des Victoires, les Lyonnais Notre Dame de Fourvières, les Basques et Béarnais Notre Dame de Lourdes, les Bretons Notre Dame d'Auray ; j'en passe et des meilleurs, car les bois qui entourent le Séminaire de l'Immaculée Conception sont parsemés de petits édicules édifiés par les aspirants, entretenus pieusement, toujours ornés de fleurs, et dont le sens profond peut se résumer en ces quelques mots : « Rien n'est assez beau pour la Sainte Vierge ! ».

    ***

    La dévotion des aspirants envers la Sainte Vierge trouva encore un autre moyen de se manifester. Honorer Marie dans l'intérieur du Séminaire était facile ; mais au fond des bois, après une longue course, ne serait-ce pas plus méritoire ? De cette pensée naquit le « Chêne des Aspirants », dont l'histoire que nous ne pouvons que résumer brièvement, est une série de vicissitudes de nature à décourager tous autres que des aspirants missionnaires.
    Aux alentours de l'année 1860, une épidémie décimait les enfants de Viroflay. Le curé de la paroisse eut la pieuse inspiration de se consacrer avec ses paroissiens à « Notre Dame du Chêne », ainsi appelée d'une petite statue abritée dans une niche et fixée à un chêne de la forêt de Viroflay. Et aussitôt l'épidémie cessa. Cette petite statue y avait été placée par les aspirants de Paris alors l'unique séminaire, durant leurs vacances à Meudon. Mais lorsque, en reconnaissance de la grâce que leur avait accordée la Sainte Vierge, les paroissiens de Viroflay changèrent la statue en une plus grande et s'y rendirent en pèlerinage, les aspirants leur abandonnèrent la place et se mirent en quête d'un endroit qui leur fût réservé.
    Ils le trouvèrent dans les bois de Verrières : une nouvelle statue fut appliquée, à une hauteur convenable, au tronc d'un beau chêne et, en 1872, le P. Péan, directeur des aspirants, procédait pendant les vacances à la bénédiction du nouvel « oratoire ». En 1880, on trouva un jour la vitre de la niche brisée et la statue endommagée par les pierres qui lui avaient été lancées. Un aspirant, M. Lavest le futur Préfet apostolique du Kouangsi, fit une nouvelle niche, plus belle et plus résistante ; ce nonobstant la statue, l'année suivante, gisait brisée au pied du chêne. Les débris en furent rapportés au séminaire et une autre statue fut installée. Persévérance touchante mais inutile : aux vacances de 1884, niche et statue, tout avait disparu. Que faire ? Les aspirants ne voulurent pas céder : une petite statuette fut placée dans les hautes branches du chêne, invisible pour tous, mais connue des séminaristes, qui fixèrent au tronc de l'arbre un écriteau portant ces mots : « Notre Dame des Aspirants, priez pour nous et pour les Missionnaires ».
    Cependant une telle situation, humiliante pour la Sainte Vierge et, par conséquent, intolérable aux aspirants, ne pouvait durer. Le bois de Verrières fut abandonné et c'est le bois de Meudon qui abrita une nouvelle statue dans une nouvelle niche, don du P. Delpech : c'était en 1888. Depuis lors les réunions à Notre Dame du Chêne devinrent plus régulières : on y chantait vêpres et complies, ainsi que des cantiques, on y récitait le chapelet.
    Tout alla bien jusqu'en 1903 ; sous l'injonction du ministre Combes, toute réunion fut alors interdite auprès du chêne. Obligés de se soumettre, les aspirants enlevèrent la statue, la rapportèrent à Meudon et la placèrent dans le grand marronnier du jardin, où elle est encore, et ce ne fut plus que par petits groupes de 2 ou 3 au plus que les fervents se rendirent quelquefois en pèlerinage au chêne du bois de Meudon : il en fut ainsi jusqu'à la guerre de 1914, qui interrompit tout.
    La traditionnelle dévotion à Notre Dame du Chêne est donc devenue Notre Dame du Marronnier, beaucoup plus modeste et moins méritoire ; mais peut-être viendra le jour où renaîtra le pèlerinage à une nouvelle Madone sylvestre. Quoiqu'il en soit, du reste, les aspirants auront toujours leurs oratoires de Paris et de Bièvres, devant lesquels ils continueront de chanter avec enthousiasme :
    Des aspirants Reine auguste et chérie,
    Du haut du ciel entend ce cri d'amour :
    A toi nos coeurs et nos chants, ô Marie.
    Toujours, toujours, jusques au dernier jour !
    B. Danis,
    Aspirant missionnaire.

    1936/27-33
    27-33
    Chine
    1936
    Aucune image