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Notre Dame de Lourdes dans nos missions

Notre Dame de Lourdes dans nos missions Le cinquantenaire des apparitions de l'Immaculée Conception à Lourdes nous a donné l'occasion de rechercher et les faveurs que la Sainte Vierge a accordées aux chrétiens de nos missions, et la dévotion filiale dont ceux-ci l'entourent. Nous publierons plusieurs des relations qui nous sont parvenues, persuadé qu'elles intéresseront grandement la piété de nos lecteurs. Nous allons commencer par une guérison obtenue au Japon et par le Rapport de la mission de Kumbakonam qui relate également une guérison miraculeuse.
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    Notre Dame de Lourdes dans nos missions

    Le cinquantenaire des apparitions de l'Immaculée Conception à Lourdes nous a donné l'occasion de rechercher et les faveurs que la Sainte Vierge a accordées aux chrétiens de nos missions, et la dévotion filiale dont ceux-ci l'entourent.
    Nous publierons plusieurs des relations qui nous sont parvenues, persuadé qu'elles intéresseront grandement la piété de nos lecteurs.
    Nous allons commencer par une guérison obtenue au Japon et par le Rapport de la mission de Kumbakonam qui relate également une guérison miraculeuse.

    GUÉRISON D'UNE OSTÉO MYÉLITE INCURABLE AU TIBIA DE LA JAMBE DROITE AU MOYEN D'EAU DE LOURDES

    Mon fils aîné Ogiwara Iwao, né l'an 21 de l'ère de Meiji, le 25 du 3e mois (25 mars 1888) reçut le baptême 30 jours après sa naissance des mains du R P. Dalibert, dans l'église de Tsurugaoka, et fut appelé Pierre. A partir de l'automne de sa neuvième année, il servit chaque matin la sainte messe à l'église.
    L'an 31 de Meiji le 28 du 12e mois (28 décembre 1898), on jouait avec entrain à l'école primaire au jeu de « otcri 1 ». Pierre, alors âgé de onze ans, 2 s'y donnait de tout cur, quand en combattant, il lui sembla recevoir une légère contusion un peu au-dessous du milieu du tibia. Sur le moment il n'y fit que peu d'attention, mais le lendemain matin 29, en allant à l'église, il sentit une douleur à la jambe droite. Après la messe il revint à la maison et ressentit de nouveau fortement cette douleur.
    J'examinai minutieusement l'endroit ; l'os ne me parut pas brisé, mais la pression des doigts accusait une grande souffrance. J'ordonnai donc le repos, et refroidis, sans cesse, la partie malade avec des compresses d'acide phénique dilué.
    Quatre jours après, c'est-à-dire le 1er du 1er mois de l'an 32 de Meiji (1er janvier 1899), à partir de 3 heures de l'après-midi, l'enflure et la douleur augmentèrent beaucoup et, d'instant en instant devinrent plus violentes. J'appelai alors, sans retard, trois médecins renommés de la ville : Messieurs Tazawa Kiyoshi, Machino Hanza, et Hoshihawa Seimin. Mais leurs soins prodigués très diligemment ne produisirent aucun résultat sensible. Le 28 du même mois, l'enflure et la douleur redoublèrent, et la blessure suppurant, je l'incisai ; mais malgré des soins répétés la violence du mal redoubla. La plaie accusait tous les symptômes, non seulement d'une périostite, mais même d'une ostéomyélite.
    Impossible de trouver de comparaison, pour exprimer l'atrocité de la douleur, qui, jour et nuit, faisait pousser au patient des cris épouvantables.
    J'administrai chaque jour divers calmants, entre autres de la morphine, qui bientôt ne produisit plus d'effet. Je fis alors des injections sous-cutanées de cocaïne, mais au bout d'un certain temps, le malade, habitué, n'en ressentit aucun soulagement.

    1. O = Roi, tcri = prendre ; jeu dans le genre de la petite guerre.
    2. Daprès la manière japonaise de compter.

    La violence du mal fit graduellement des progrès rapides et journaliers. La jambe malade, dans sa partie antérieure devenue couleur violet noir, était, à cause de l'enflure, quatre fois plus grosse que la jambe saine ; l'os lui-même, également déformé, avait augmenté quatre fois de volume.
    Ce même jour, à l'avant du tibia déformé, un peu au-dessous du milieu, je vis un trou de 2 bu (6 millimètres) de diamètre : de ce trou sortirent en même temps du pus et plusieurs esquilles d'os carié. Depuis l'articulation du genou jusqu'à l'articulation de la cheville, le périoste se détacha de l'os dans sa partie antérieure, et prit une apparence horrible. La jambe devint alors pour ainsi dire incurable.
    Une grande faiblesse s'empara du malade, l'appétit diminua considérablement, et le pouls devint précipité ; la fièvre montant à 40 degrés atteignit bientôt le maximum. Tout remède semblait être devenu inutile.
    Les trois médecins ci-dessus nommés, voyant cet état, jugèrent que, pour sauver la vie du malade, il était devenu nécessaire d'amputer la jambe à partir de l'articulation du genou.
    Craignant pour notre fils bien-aimé la perte d'une jambe, et ne pouvant supporter la seule pensée qu'on en vint à cette extrémité de pratiquer l'amputation, ma femme et moi nous nous tournâmes vers Dieu, le priant avec ardeur de nous accorder son secours en quelque manière.
    Pour que notre cher enfant ne perdit pas la jambe, dès le commencement nous le soignions jour et nuit, et moi-même avec mon bistouri, je pratiquai des incisions dans la plaie environ onze fois. Nous fîmes donc tout ce qui était en notre pouvoir ; mais aucune amélioration, même petite, ne se produisant, nous tombâmes vraiment dans un profond chagrin.
    Le très charitable Père Dalibert daignait chaque jour visiter le malade, et chaque fois il appliquait sur la partie malade des reliques de la vraie Croix ; et, chose merveilleuse, chaque fois l'application de ces reliques produisait un grand soulagement à l'atroce douleur du patient.
    De plus, Pierre, voyant l'extrême chagrin de ses parents, s'efforçait de supporter sans plaintes ses souffrances, mais encore enfant, n'ayant pas dix ans accomplis, comment eût-il pu le faire ? Chaque élancement douloureux lui faisait pousser des cris perçants, et nous ne pouvions supporter sa douleur.
    Plein de charité, le Père se donnait beaucoup de peine et venait plusieurs fois par jour : il adressait au ciel de ferventes prières, mais cela aussi n'eut pas de résultat. Voyant notre extrême malheur, il nous disait souvent : « N'auriez-vous point commis quelque péché grave ! Voyez, examinez-vous, et si la chose vous était arrivée, vous feriez bien d'en demander pardon à Dieu par une bonne confession ». La vue de ce mal d'une violence extraordinaire lui avait fait penser que ce n'était pas naturel.
    Nous réfléchîmes à ce montent : « De fait, des actions méritoires devant Dieu, nous n'en avons aucune évidemment ; quand nous reçûmes le baptême, le repentir de nos péchés fut certainement imparfait, cependant à l'heure présente nous n'avons pas souvenir d'avoir commis de péché grave. Malgré cela il y a certainement quelque cause ».
    Hélas ! Pourquoi cette affliction nous est-elle venue ? Soupirions-nous. Notre fils aîné vint au monde sans accident, et après sa naissance il fut préservé de toute espèce de malheur. Pour qu'il grandisse sans encombre, chaque jour, en plus de nos prières ordinaires, unis d'intention, ma femme et moi, nous adressions à Dieu trois fois des prières spéciales. De plus il servit la sainte messe depuis l'automne de sa neuvième année, et cela sans manquer un seul jour, malgré le chaud ou le froid, le vent ou la neige. De tout cela, point de résultat heureux, au contraire, la grande affliction présente.
    Peut-être, pensions-nous, Dieu veut-il éprouver notre patience ? Peut-être est-ce un artifice de l'esprit malin ?
    Quoi qu'il en soit, à l'exemple du saint homme Job, sans rien perdre de la vivacité de notre foi, et tout en pensant que des soins étaient nécessaires, de plus en plus nous priâmes de tout cur, implorant l'aide de la Sainte Mère par la récitation du chapelet jour et nuit.
    Dieu daignera t-il nous exaucer ? Ah ! Merveille de la grâce ! Le 13 du 2me mois (13 février 1899) le P. Dalibert reçut de l'eau de Lourdes. Tout joyeux il nous annonça la nouvelle et, nous consolant nous dit : « Demain 14, j'appliquerai de cette eau à Pierre : pour vous, préparez-vous bien à la réception du sacrement de pénitence, et faites la sainte communion ». Obéissant à cet ordre nous nous confessâmes et reçûmes le sacrement d'Eucharistie.
    Ce jour donc, à 10 heures du matin, le Père, faisant le signe de la croix, tout en priant la sainte Vierge, versa l'eau sur la jambe de Pierre sur toute l'étendue de la plaie, lui en fit boire, et le bénit d'un signe de croix.
    O merveille ! Comme une tache essuyée disparaît, la douleur violente de jusqu'alors cessa subitement ; la physionomie du malade changeant soudain, prit une expression joyeuse et souriante. En même temps sa voix devenait claire, et les mains jointes il se mit à louer Dieu.
    Je commandai alors à Pierre : « Lève la jambe ».
    Cette jambe qu'il ne pouvait le moindrement bouger était restée quarante jours durant dans la position même où on l'avait mise au commencement.
    Aussitôt il l'éleva de 90 degrés.
    Je lui commandai ensuite : « Au nom de Dieu tout-puissant, lève-toi et marche ! »
    Immédiatement il se leva tout droit, mais, malgré ses efforts, il parut ne pouvoir marcher.
    « Repose-toi, lui dis-je ».
    Jusqu'alors, en 24 heures, il ne pouvait même pas boire un verre de lait, immédiatement il put en boire et mangea deux tasses de riz délayé.
    Impossible de trouver des paroles pour exprimer notre joie ! Le Père Dalibert, sur la figure duquel la joie débordait à la vue de cet étonnant miracle, joignant les mains, remercia vivement le bon Dieu. Au même instant, retentirent dans la maison les cris de joie de toute la famille et ses actions de grâces envers Dieu, pendant que nous répandions des flots de larmes de bonheur et de reconnaissance.
    Ah ! Seigneur, votre toute-puissance n'a point de limites !
    De ce jour Pierre ne ressentit plus la plus légère douleur ; la plaie se cicatrisa journellement, et, peu à peu, la guérison fit des progrès sensibles. Dix jours après il pouvait marcher dans la maison à l'aide d'une canne. Pendant trente jours encore il reçut quelques soins assidus. A partir de ce moment, pendant cinquante-six jours, soit en voiture, soit avec l'aide d'autrui, il se rendit régulièrement à l'église et à l'école. Quatre-vingt-dix-sept jours après le miracle, sans se soucier de ce que la plaie ne fut pas encore complètement cicatrisée, il se servait de très lourds « geta » 1 en « yamagiri » 2, et cela librement ; comme à l'ordinaire il courait comme s'il eût volé, et sautait d'endroits élevés de trois pieds !
    Toutes choses étonnantes vraiment ! Voyant cela, le Père Dalibert louait Dieu et pensait à la grandeur de sa toute-puissance.
    A l'heure présente, Pierre n'a plus à la jambe droite cette horrible déformation ; la marche et tous les mouvements sont devenus naturels. Une longue course de douze ou treize lieues ne le gêne pas, et comme un autre il fait l'ascension de montagnes hautes de huit à neuf mille pieds.

    1. Chaussure japonaise en bois.
    2. Bois dont ont fait certains geta.

    Après avoir obtenu ses diplômes d'études primaires et secondaires, il est entré au neuvième mois de l'année dernière (septembre 1907) au septième lycée supérieur 1 où il étudie assidûment.
    Fait à Tsurugaoka, département de Yamagata, en, l'année 41 de Meiji le 16 du 2e mois.

    (16 février 1908).

    1. Sis à Kagoshima (Kyu Shu).

    MARC OGIWARA MADOKA
    LE TRADUCTEUR
    F. HERVÉ, pr. mis. apost.

    1908/195-199
    195-199
    Japon
    1908
    Aucune image