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Notre Dame de Lourdes à Taipin (Kouangsi)

Notre Dame de Lourdes à Taipin (Kouangsi) Avant son prochain retour dans sa chère Mission, le P. François Marie Crocq veut bien donner quelques précisions sur un fait qu'il ne nous appartient pas de commenter, mais qui, en tout état de cause, a été, pour ses chrétiens persécutés, un grand sujet de joie réconfortante et, pour son jeune successeur, le P. Elie Maillot, un grand motif d'espoir en l'avenir, ainsi qu'il nous le dira lui-même.
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    Notre Dame de Lourdes à Taipin (Kouangsi)



    Avant son prochain retour dans sa chère Mission, le P. François Marie Crocq veut bien donner quelques précisions sur un fait qu'il ne nous appartient pas de commenter, mais qui, en tout état de cause, a été, pour ses chrétiens persécutés, un grand sujet de joie réconfortante et, pour son jeune successeur, le P. Elie Maillot, un grand motif d'espoir en l'avenir, ainsi qu'il nous le dira lui-même.

    Cédons d'abord la plume au P. Crocq : « Le 20 février 1930, à 7 heures du soir, j'avais été arrêté et emmené au Comité des Soviets, puis jugé et condamné. En même temps les Communistes dévalisaient la Mission, profanaient l'église et détruisaient les objets du culte.

    Pendant la nuit, bien que munis de lampes électriques, les sacrilèges ne virent pas la belle statue de N.-D. de Lourdes qui trônait dans une niche à plus de quatre mètres au-dessus du maître-autel. Ce n'est que le lendemain qu'à l'aide d'une échelle, ils arrachèrent la Vierge bénie de son piédestal et la jetèrent de cette hauteur sur les dalles de l'église, sans réussir à la briser, ni même l'ébrécher tant soit peu. Stupéfaits, ces bandits la transportèrent au Comité des Soviets, suivant le même itinéraire qu'ils m'avaient fait prendre la veille et l'accompagnant d'un cortège ignoble.

    Au Comité, elle est jugée comme un être vivant (ou, ce qui répond bien à leur mentalité superstitieuse, comme un Génie qui hante la statue qui le représente : un Génie protecteur de village n'est-il pas promu et diplômé par brevet impérial, ou rétrogradé si les services qu'il rend ne sont pas en proportion avec les honneurs qu'on lui décerne ni des dépenses qu'ils occasionnent ? Et quand il est reconnu franchement malfaisant, ne le met-on pas à la cangue, au rotin, à la corde qui le traîne au fleuve où on le précipite, mais sans le mettre en pièces ni le mutiler ? E.-M. D.).

    Pour la Vierge de Tai pin, le satanisme moscoutaire aidant, on n'eut pas ce reste d'égards : jugée, insultée, conspuée, elle fut condamnée à être brisée à coups de haches et de marteaux. Ce fut en vain, le fer n'y mordait même pas. Les mains sacrilèges se mirent à trembler ; la frayeur gagnait l'assistance ; certains disaient: « C'est sûrement l'étranger (le Père) réincarné dans cette statue pour se venger des injures qu'on lui a fait subir hier soir ! » Et tous de s'écrier : « Le malheur est sur nous ! Qu'on nous débarrasse au plus tôt de cette statue hantée ! »

    C'est alors qu'un catholique put la rapporter chez lui. Il n'était pas exemplaire, mais massacré quelques semaines plus tard par les communistes, il dut sans doute à cet acte de vrai courage d'avoir un bon passeport signé pour le ciel. La statue resta dans sa famille, entièrement païenne.

    Le P. Maillot va nous raconter maintenant comment « la Sainte Vierge est revenue chez Elle, à Taipin » :

    Dimanche matin 6 septembre, pendant que je célébrais à l'autel, on déposait à la porte de la salle, qui momentanément me tient à la fois lieu de parloir et de chapelle, une lettre dans laquelle on nous invitait, tout simplement, à aller reprendre, au siège d'une des administrations de la ville, la statue de la Sainte Vierge, disparue l'an dernier, au cours du pillage de la Mission de Taiping par les communistes. Un petit mot de réponse, ma carte, et deux hommes partent avec une couverture, dans laquelle ils enveloppent la statue que l'un d'eux rapporte sur son dos.

    Je la vois passer, et je la suis aussitôt, en disant dans mon coeur, à la bonne Mère, ma reconnaissance filiale. C'est la plus belle procession mariale que j'aie jamais faite. Et nous voilà dans ma chambre. On ouvre la couverture ; c'est une belle statue de N.-D. de Lourdes de plus d'un mètre de haut. Mais elle est couverte de poussière et de taches qui montrent bien qu'on ne l'a pas traitée avec beaucoup de respect. On dirait même qu'il y a eu des crachats sur sa robe. Dans cet état, les mains jointes, la tête levée vers le Ciel, lui donnent un air suppliant très expressif, les yeux surtout, de beaux yeux bleus, en verre, qui seuls brillent encore, mais brillent tellement qu'ils semblent baignés de larmes, traduisent, mieux que je ne l'ai jamais vu, les souffrances de la Sainte Vierge. On ne peut cependant supporter longtemps cette vue. Avec des linges et de l'eau, on essuie, on lave pieusement l'image de cette Bonne Mère. Aussitôt, à mesure que disparaissent les marques de l'oubli et de l'injure, la physionomie de la statue nous parait se transformer et devenir plus calme. Mais elle reste toujours bien vivante, et ses yeux, qui n'ont plus l'air de pleurer, disent maintenant, en regardant fixement vers le Ciel, l'espérance. Je l'ai placée, comme pour lui faire fête, au bon milieu de mon autel provisoire, et quelques heures après, au moment de la prière de midi, un petit enfant de quatre ans dit tout à coup son enthousiasme en criant à plusieurs reprises à tue-tête et en sautant de joie : Oh ! Que c'est beau !

    Voilà comment nous est revenue cette fameuse statue de N.-D. de Lourdes, après plus d'un an et demi, sans que nous ayons eu bourse à délier, sous une simple menace, assez discrète d'ailleurs, aux détenteurs supposés.

    J'ai vainement cherché sur cette précieuse relique la trace de sa chute sur le pavé de l'église et celle des coups qui lui ont été assenés car à peine si au bas de la robe de la Bonne Mère il manque un petit morceau, lequel permet justement de voir que la statue n'est pas d'une matière bien solide. (Cette cassure, note le P. Crocq, date de la réception de la statue venue de France à Tai-pin.) Les payens restent stupéfaits, et les chrétiens ont prononcé et prononcent depuis longtemps le mot de miracle. Quant à moi, j'ai aussi ma conviction. Trop heureux de garder ce précieux trésor qui est pour moi, contre toutes les raisons contraires, une raison plus forte d'espérer un avenir meilleur pour cette malheureuse région. Car la préservation de cette statue n'est-elle pas un symbole ? Si tant d'efforts généreux furent à peu près sans résultats jusqu'à ce jour, la Sainte Vierge, Elle, n'a pas encore dit son dernier mot. Comme son image est restée, qu'Elle reste toujours, Elle, avant, pendant et après la tempête, l'étoile du missionnaire sur cette terre ingrate. Qu'Elle règne sur nous et nous dirige !




    1932/125-126
    27-28
    Chine
    1932
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