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Notice sur M. Gangneron

Notice sur M. Gangneron Un douloureux accident vient de ravir à notre affection un de nos aspirants, M. Marie Sylvain Michel GANGNEBON. Né d'une famille chrétienne de Soulangis (département du Cher), M. Gangneron voulut, dans sa générosité, se consacrer au salut des âmes dans les pays lointains.
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    Notice sur M. Gangneron

    Un douloureux accident vient de ravir à notre affection un de nos aspirants, M. Marie Sylvain Michel GANGNEBON. Né d'une famille chrétienne de Soulangis (département du Cher), M. Gangneron voulut, dans sa générosité, se consacrer au salut des âmes dans les pays lointains.
    C'est pour se préparer à cet apostolat qu'il entra le 7 octobre 1911 au Séminaire des Missions Étrangères. Il s'y montra bon séminariste. Sa piété, sa fidélité à ses devoirs quotidiens, son amabilité parfaite lui gagnèrent l'affection et l'estime de tous, camarades et maîtres.
    Après avoir reçu les ordres mineurs le 28 septembre 1913, il nous quitta dès le lendemain pour aller à la caserne faire son service militaire.
    Sous l'habit du soldat, il resta ce qu'il était sous la soutane : l'homme du devoir et du dévouement. Les éloges ci-dessous, prononcés sur sa tombe par son commandant, diront ce que pensaient de lui ses camarades et ses chefs.
    Le 7 juillet dernier, au village de Maubert-Fontaine, Gangneron aperçoit un de ses caporaux qui se noyé. Sans considérer le danger qu'il va courir, le brave officier se jette à l'eau, saisit le caporal et le remonte à flot. Mais, hélas! Celui-ci l'étreint et paralyse ses mouvements. Ils replongent tous deux et se noyent ensemble.
    Dans la douleur qui les étreint, ceux qui ont aimé ce brave séminariste et officier, aimeront à se rappeler que c'est dans l'exercice d'un acte de charité que Gangneron a trouvé l'occasion de se présenter devant le Souverain Juge. Nous ne doutons pas qu'il lui ait été fait bon accueil.
    Citons donc ici la belle allocution prononcée par son commandant le jour des funérailles de notre cher aspirant.

    A mon jeune et cher camarade, le sous-lieutenant
    Gangneron, en souvenir de ses vertus.

    Nous nous réjouissions de la victoire, consacrée par la signature de la paix, glorifiée dans une magnifique apothéose où notre citer drapeau va nous représenter ; nos coeurs étaient tout à la joie.
    Soudain, voici notre famille notre cher 93e en larmes!!! La mort nous prend deux camarades, deux frères d'armes, enlevés à notre affection à la fleur de l'âge par un brutal accident.
    Ils avaient tous deux les plus belles qualités de courage ; ils ont tous deux noblement servi leur pays.
    L'un, Sylvain Gangneron, sous-lieutenant, âme d'élite, toute dévouée aux autres, comme le prouve sa mort, se préparait à l'apostolat chrétien, et déjà ses actes étaient un continuel exemple. Le premier et le dernier au danger, sa vie ne comptait pas ; il la donnait volontiers dans les combats, sachant bien que la vraie récompense n'est pas de cette terre qui ne sert qu'à gagner la cité bienheureuse. Il s'efforçait de vivre en faisant le bien, en le montrant surtout.
    Partout où il est passé il a laissé un inoubliable souvenir.
    Il arrive au 93e en mai 1917, comme caporal.
    Son caractère sérieux et l'ascendant qu'il sait prendre sur ses camarades, le font remarquer. Il est nominé sergent en octobre 1917 et cité en ces termes à l'ordre de la division du 30 avril 1918 :
    « Sous-officier modèle de sang froid et de bravoure. S'est distingué particulièrement au cours d'une série de patrouilles poussées jusque dans les lignes allemandes, entraînant ses hommes par son exemple. Est resté 24 heures entre les lignes et a rapporté de précieux renseignements sur les positions allemandes ».
    Il est nommé sous-lieutenant le 17 juin 1918 ; en même temps, le 23, il obtenait cette nouvelle et belle citation à l'ordre du corps d'armée :
    « Commandant un groupe de combat très durement attaqué, a lutté avec énergie, retardant l'avance d'un ennemi très supérieur en nombre. Menacé d'encerclement a rejoint son bataillon en combattant sans arrêt ».
    Cette citation se rapporte à l'attaque massive des Allemands au Chemin des Dames... Là où tout avait sombré pour nous, Gangneron, par son sang-froid, parvenait à résister le 27 mai pendant tout le jour, et ne repassait l'Aisne, au pont de Condé, qu'a la tombée de la nuit, sous une grêle de balles.
    Aussi ardent à l'attaque que calme et résolue dans la défense, Gangneron au mois d'octobre 1918, poussait l'ennemi avec acharnement... Blessé, il tient à mener ses soldats quand même, comme en témoigne cette nouvelle citation à l'ordre de la D. I. du 22 octobre 1918 :
    « Officier d'une bravoure et d'un sang-froid admirables. Blessé quelques minutes avant l'attaque du 3 octobre, a insisté auprès de son commandant de compagnie, et avant même de se faire panser, pour conduire quand même ses hommes à l'assaut d'une position ennemie qu'il savai -très fortement organisée ».
    Puis, aussitôt guéri, il revient vite retrouver ses chers soldats... Il ne saurait les abandonner une minute de plus... Et les premiers jours de novembre il se distingue encore dans la poursuite, comme le prouve cette quatrième citation à l'ordre du corps d'armée, en date du 25 novembre 1918:
    « Étant en flanc-garde, a conduit sa section à la poursuite de l'ennemi avec une très grande habileté, au milieu des bois parsemés d'obstacles et d'embuscades. S'est parfaitement acquitté de sa mission ».
    Tel est l'homme au cur droit, loyal, au coeur d'apôtre ; tel est le soldat héroïque que nous perdons... Dans ses relations avec ses camarades, il était aussi doux et bon qu'il savait être ferme dans le danger... Nous l'aimions comme un frère... Et moi comme un grand fils... J'aurais été fié de ses qualités pour tes miens.
    L'autre. . . . . . . . . . .
    Les voila tous deux couchés pour toujours ; fauchés par la more, inexorable qui les a ravis tous deux ensemble, enlacés dans l'étreinte de deux frères d'armes dont l'un s'est sacrifié pour sauver l'autre... Mais n'ont-il pas toujours agi ainsi pendant cette guerre, chefs et soldats? Le chef a aidé le soldat ; le soldat a aidé le chef ; et, par cet appui mutuel, par ce sacrifice volontaire, constant, dans noire chère armée où l'obéissance et le dévouement sont inspirés par l'affection réciproque, nous avons vaincu!...
    Je ne saurais dire adieu à ces deux chers camarades sans saluer aussi, dans un même souvenir, tous ceux qui sont tombés sur le champ de bataille, tous ceux que nous pleurons tous ceux que nous n'oublierons jamais, tous ceux qui ont donné leur vie pour la France victorieuse, belle et grande...
    Allez, mon cher Gangneron, mon cher Dubot, je suis mir que Dieu vous a pris auprès de Lui, et en retrouvant là-haut les héros de la grande guerre, dites leur notre admiration, notre impérissable souvenir, et pour vous bien prouver que nous ne vous oublierons pas non plus, nous vous con fondons avec eux dans une même et étroite pensée de reconnaissance pour les services rendus, d'espérance pour l'avenir de la France, de réunion après la mort.
    Puissent nos sentiments douloureux, puisse la présence de M. le Général Commandant le Corps d'Armée, qui a tenu à nous apporter lui-même toute sa douloureuse sympathie, puissent les témoignages de tout un régiment pleurant ses frères d'armes, puisse la présence de tous les habitants de ce village de Maubert-Fontaine, qui pleurent les nôtres comme les leurs, puisse la présence de nos chers camarades de l'artillerie, être une atténuation à la peine cruelle des chers parents.

    1919/211-214
    211-214
    Vietnam
    1919
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