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Notice sur le R. P. Godard

ANNALES DE LA Société des Missions Étrangères SOMMAIRE NOTICE SUR LE R. P. Godard. NOTICE SUR M. Gangneron. OÙ ON RETROUVE LA SOEUR THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS, par le P. Robin. AU LOINTAIN THIBET. ― DANS LES ÎLES GOTO (JAPON). ― NOUVELLES DU KIENT-CHANG. ― ORIGINES DU VICARIAT APOSTOLIQUE DE LAOS. ― POUR LES INDOCHINOIS MORTS AU CHAMP D'HONNEUR. ― CANAL DE LA GRACE, par David. Gravures : GROUPE DE CHRÉTIENNES CHINOISES. ― GROUPE DE CATHOLIQUES INDOCHINOIS EN PÈLERINAGE A LOURDES.
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Étrangères

    SOMMAIRE

    NOTICE SUR LE R. P. Godard. NOTICE SUR M. Gangneron. OÙ ON RETROUVE LA SOEUR THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS, par le P. Robin. AU LOINTAIN THIBET. ― DANS LES ÎLES GOTO (JAPON). ― NOUVELLES DU KIENT-CHANG. ― ORIGINES DU VICARIAT APOSTOLIQUE DE LAOS. ― POUR LES INDOCHINOIS MORTS AU CHAMP D'HONNEUR. ― CANAL DE LA GRACE, par David.
    Gravures : GROUPE DE CHRÉTIENNES CHINOISES. ― GROUPE DE CATHOLIQUES INDOCHINOIS EN PÈLERINAGE A LOURDES.

    Notice sur le R. P. Godard

    Missionnaire au Tonkin Occidental.

    M. Louis Godard, né le 13 novembre 1845, départ en mission le 20 juillet 1870, mort le 12 février 1919.

    Le 12 février 1919, à 8 heures du soir, le bourdon de la cathédrale de Ké-sô tintait le glas. Le Père Godard venait de mourir, après une vie apostolique de 50 ans passés dans le même poste. C'est pour nous tous un grand exemple que nous tâcherons de faire connaître par cette modeste notice.
    Nous suivrons simplement l'ordre chronologique, racontant la vie de notre confrère en famille, au Séminaire, en Mission.

    I. VIE DE FAMILLE.

    Comment connaissons-nous cette famille ? Par le Père Godard lui-même qui, dans ses conversations, nous en a conté mille et mille traits, sans jamais varier d'un mot. On en ferait, en les réunissant, un pittoresque et original recueil, hélas! Trop long pour les Annales.

    SEPTEMBRE OCTOBRE 1919. ― N° 129.

    Louis Godard est né le 13 novembre 1845, à Damrémont, Haute-Marne, diocèse de Langres. Ses parents, François Godard et Marie Goillot, étaient cultivateurs vignerons, jouissant d'une bonne aisance, fermement et pratiquement chrétiens en tout.
    Il leur était né un premier fils, plusieurs années avant la naissance de Louis, mais il mourut prématurément et tragiquement, tué par un de ses petits camarades qui jouait avec une arme à feu. Louis devint ainsi et resta l'enfant unique de ses parents.
    Madame Godard disait à son petit Louis : « Le Bon Dieu nous a enlevé ton frère aîné parce que je l'aimais trop. Je crains, si je t'aime trop, qu'il ne t'enlève également ».
    « Oh ! Nous disait-il, ne croyez pas que ma mère m'a élevé dans une boîte à coton. Elle était sévère avec moi, elle ne me pardonnait rien. Il m'arriva, une fois, d'être en retard à Vêpres ; en rentrant à la maison, elle m'avait préparé le fouet avec des orties ».
    Le petit Louis était grand chasseur d'oiseaux, toujours dans les vergers et les forêts, grimpant sur les arbres, fouillant les fourrés. Sa mère, voulant lui faire passer cette mauvaise habitude, s'entendit avec le garde-champêtre et le garde forestier, qui vinrent plus d'une fois chercher le petit délinquant à domicile, lui dressant procès-verbal au nom de la loi. Puis l'affaire s'arrangeait à l'amiable, le petit oiseleur était gracié ; mais il fallait qu'il s'amendât, sinon il serait livré au gendarme qui le ferait lier à la queue de son cheval et conduire en prison.
    Si Madame Godard était un peu sévère à l'égard de son fils, il faut dire aussi qu'elle était juste. En voici un petit exemple. M. Jacob, instituteur à Damrémont à l'époque, maître exemplaire d'ailleurs et dont notre confrère a toujours gardé un bon souvenir, infligea un jour une punition au petit Louis ainsi qu'à un autre de ses camarades. Il leur fit lier une grande pancarte sur le dos avec mention : « Grand fainéant », et les renvoya chez eux. A la classe suivante, il fallait revenir à l'école de la même façon. A l'aller, tout s'était passé sans incident. Mais au retour, le petit Louis, pour ne point paraître trop penaud, se mit à danser dans la rue avec sa pancarte sur le dos. L'instituteur y vit un manque de respect à son égard. Il condamna le délinquant au corps de garde et au pain sec. La maman alla trouver le maître d'école, lui fit remarquer que tout cela était exagéré, qu'après tout sa pancarte n'était pas « une image de la Sainte Vierge » et que l'on pouvait bien danser avec.
    « Sévère, mais juste », c'est ainsi que Mme Marie Godard a travaillé à la première éducation de son fils Louis en famille, jusqu'à son entrée au petit séminaire de Langres.

    II. ― VIE AU SÉMINAIRE.

    Petit séminaire. En nous parlant de cette période de sa vie, le P. Godard nous disait : « Je r'étais pas un élève brillant, j'étais loin de valoir M. Fiot et M. Ravier (missionnaires du Tonkin Occidental, décédés). Je n'ai jamais été premier, ni dernier non plus d'ailleurs. J'ai eu un peu toutes les places intermédiaires. Les prix n'affluaient point chez moi. Une fois, pourtant, j'ai eu un premier accessit en chimie. Je ne sais comment j'ai pu le mériter».
    Il faut dire que Louis était chétif de santé et avait de fréquents saignements de nez. Il dut donc se modérer dans son travail. Déjà, d'ailleurs, il avait comme devise : « Primum vivere » qu'il nous répétait souvent.
    Il aimait aussi cette autre devise : « Ne jamais caller ».
    A l'un de ses examens, on lui demanda de réciter un morceau de poésie à son choix. Louis servit du Bossuet. Nous demandons de la poésie, expliquèrent les examinateurs.
    « Mais c'est bien de la poésie que je cite, car il y a poésie en vers et poésie en prose. Ce que je cite est de la poésie en prose. Bien, mais veuillez nous citer des vers ». Il leur récita le combat des Horace et des Curiace. Les examinateurs se montrèrent satisfaits.
    Malgré tout le mal que le P. Louis Godard disait de ses études humanitaires, les nombreuses lettres écrites par lui, portant toutes sa marque originale, pittoresque, primesautière, avec le trait à la fois charitable et piquant, en outre agréablement stylées, prouvent bien qu'il avait reçu au petit séminaire une bonne formation littéraire et qu'il se dénigrait lui-même.

    Grand Séminaire. Section de Philosophie. A la fin de 1865, Louis Godard entra, pour sa philosophie, au Grand Séminaire de Langres. Nous avons sous les yeux les cahiers de philosophie lithographiés de M. l'abbé Gérard, annotés de la main même de Louis.
    Ce manuel est fort bien fait. Mais ce qui nous a grandement intéressé, ce sont les notes que Louis écrivait en marge, expliquant et éclaircissant le texte. Elles témoignent d'une sérieuse application à l'étude de toutes les questions souvent abstruses de la philosophie, pour lesquelles l'esprit positif et pratique du P. Godard, tel que nous l'avons connu, ne nous semblait que médiocrement doué. Bref, ces notes prouvent que le jeune philosophe travaillait ses matières avec application et intelligence.

    Théologie. Les cahiers de théologie, entièrement écrits de sa main, sont très soignés comme fond, forme et même forme plastique ou calligraphique (car, soit dit par parenthèse, Louis avait une très belle écriture). Il suivit les cours de théologie de M. l'abbé Godard, son homonyme, ancien condisciple et ami du R. P., Dallet, et alors professeur de théologie au grand séminaire de Langres.
    A propos de ses notes de théologie, voici une petite histoire que notre confrère aimait à raconter. L'on sait que pendant les vacances, les grands séminaristes sont souvent invités par les curés de leurs paroisses à les remplacer pour le catéchisme de persévérance, avant Vêpres. C'est ce que fit Louis Godard à l'église de Damrémont, à la demande de son curé.
    Or, il advint qu'il eut à expliquer l'infaillibilité de l'Église. C'était en 1867, l'infaillibilité du Pape n'était pas encore définie. L'abbé Louis suivit l'enseignement qu'il avait reçu au Grand Séminaire et affirma nettement que le Souverain Pontife, parlant ex cathedra, était infaillible. Le vieux curé, qui se trouvait à la sacristie, entendant cette doctrine, en fut très troublé. Il fit immédiatement sonner les cloches pour Vêpres afin d'interrompre le catéchisme et, quand l'abbé Louis revint à la sacristie, il lui dit d'un ton sec : « Sachez bien, Monsieur l'abbé, que je n'entends pas que l'on enseigne des hérésies dans mon église ». «Mais, répondit l'abbé, c'est l'enseignement qui nous est donné au Séminaire. Voici mes cahiers de théologie, que j'ai suivis pour mon catéchisme ».
    La question en resta là jusqu'en 1870. L'abbé Louis rentrant alors à Damrémont pour faire ses derniers adieux à ses parents, avant de partir pour le Tonkin, le bon vieux curé qui avait naturellement mis sa théologie au point, lui rappela l'incident du catéchisme en ajoutant: « Ce que vous enseigniez est vrai, mais je ne l'aurais pas cru ».
    Pendant son séjour au Grand Séminaire de Langres, l'abbé Louis sentit sa vocation sacerdotale s'orienter nettement et impérieusement vers les Missions Étrangères. Son directeur spirituel jugeait que l'appel de Dieu était indubitable et qu'il fallait le suivre. Son admission au Séminaire de la rue du Bac était réglée. Mais la grave question, en l'espèce, était de notifier la décision aux parents et d'obtenir leur consentement. Quelle anxiété. Louis est timide, et ses parents ne soupçonnent rien de cette vocation qui sera pour eux un si cruel sacrifice. Et pourtant il faut aborder la question coûte que coûte.
    Un soir des vacances, après le souper en commun, Louis découvrit son projet en tremblant. Cela fait, il se retira aussitôt, comptant sur la grâce de Dieu pour arranger les choses. Le père et la mère demeurèrent un instant interdits, puis Godard père dit à sa femme: «Demain, il faudra aller consulter M. Bouvier sur tout cela ».
    M. l'abbé Bouvier, alors curé d'une paroisse assez éloignée, était un prêtre connu pour sa sainteté et sa doctrine. Il était originaire de Damrémont même, mais, contrairement au proverbe, il était prophète dans son pays.
    Le lendemain matin, Mme Godard se met en route, arrive chez M. l'abbé Bouvier et lui soumet son cas. Après un moment de silence, le vénérable prêtre lui dit : « Eh bien, Marie, et si c'est la volonté de Dieu, vous y opposerez-vous? »
    ― « Si le Bon Dieu nous demande ce sacrifice, nous le ferons volontiers ». « Alors, laissez faire ; attendez tranquillement la réponse de ceux qui ont grâce d'état pour examiner cette question, à savoir les directeurs spirituels de Louis. Ils ne décideront rien qu'à bon escient et en sûreté de conscience. Ayez confiance en eux ».
    Le cas de conscience se trouva ainsi solutionné en principe, et quelques semaines après, l'abbé Louis Godard était aspirant missionnaire au Séminaire des Missions Étrangères à Paris. Il y acheva ses études de théologie. Le 11 juin 1870 il fut ordonné prêtre et, le 20 juillet suivant, il se mit en route pour l'Extrême-Orient.
    Arrivé à Hong-kong il dut attendre pendant plusieurs mois une occasion de jonque chinoise qui consentît, pour une grosse somme, à transporter les dix missionnaires (huit français et deux espagnols) jusqu'à l'entrée du Tonkin.
    La nuit du 31 décembre, à la faveur des ténèbres, ils débarquèrent dans la région où plus tard devait s'élever la ville de Haïphong. On les garda quelques semaines à Huy, chrétienté de la Mission espagnole, et, au commencement de février 1871, le P. Godard était enfin rendu à Ké-so auprès de son évêque, Mgr Puginier, vicaire apostolique du Tonkin occidental.
    Les Missions du Tonkin sortaient à peine des persécutions officielles de Tu duc, et n'avaient encore de la paix que le nom et la promesse en vertu du traité de 1862. La foi seule restait debout ; les oeuvres vitales de la Mission avaient été détruites. La communauté de Vinh-tri, avec les séminaires qui y étaient établis depuis un siècle, ainsi que le village, avaient été rasés et le territoire distribué aux communes environnantes. Le village de Ké-so voulut bien recevoir les missionnaires dispersés et devint communauté centrale de la Mission avec résidence épiscopale ; mais tout était à réorganiser, beaucoup à créer de toutes pièces.

    III. VIE EN MISSION.

    Après quelques semaines passées à Ké-so, le P. Louis Godard, suivant la tradition de la mission, fut envoyé seul dans une chrétienté des environs pour se former à la langue et se préparer au ministère apostolique. Les premières chaleurs lui furent pénibles, et plus d'une fois il lui arriva de tomber en défaillance en célébrant la Sainte Messe. Une bonne vieille chrétienne lui en donna cette raison-ci : « Il n'est pas étonnant que vous tombiez de faiblesse : vous mettez trop d'habits pour dire la messe ».
    Le curé annamite de l'endroit, pensant qu'il fallait des toniques au nouveau missionnaire, lui offrit du lait de chèvre. Malheureusement le père ne put en profiter car il avait pour le laitage une répugnance naturelle qui lui resta jusqu'a sa mort. Peu à peu il s'habitua aux chaleurs, qu'il supportait même mieux que la plupart de ses confrères la fin de 1871 il revint à la communauté de Ké-so pour recevoir une destination.
    Mgr Puginier avait à peine pris le gouvernail de sa mission qu'il songea dès 1869 à réorganiser et développer l'oeuvre de la presse, si nécessaire au progrès d'une grande mission. S'es prédécesseurs, au commencement du siècle dernier, avaient bien fait leur possible. Ils avaient installe une imprimerie en caractères annamites gravés sur des planchettes, et ce moyen, quoique primitif, avait permis de fournir à la mission plusieurs ouvragés de grande utilité. Sous Mgr Retord, l'on s'était procuré une petite presse à caractères mobiles pour les imprimés les plus courants, comme circulaires épiscopales, etc... Mais tout cela était insuffisant. Mgr Puginier avait commandé en France un très important matériel d'imprimerie, lithographie et reliure, qui parvint au Tonkin en 1871, peu après l'arrivée du P. Godard.
    Or, un beau jour, le vicaire apostolique manda notre confrère et lui annonça à brûle-pourpoint qu'il le destinait au service de l'imprimerie. Le jeune missionnaire eut un moment de surprise, et sa nature primesautière ne put cacher sa répugnance pour ce travail. « Hé ! Lui dit l'évêque, vous êtes venu en mission pour obéir ».
    Le P. Godard se le tint pour dit il n'insista pas, et se mit à faire de l'imprimerie par obéissance et il en fit pendant cinquante ans.
    D'ailleurs, il ne fut pas seulement imprimeur. Les labeurs généralement plus consolants du ministère apostolique ne devaient pas lui manquer, car, presque en même temps qu'il fut chargé de l'imprimerie, il reçut la direction de la grande paroisse de Ké-so.
    Imprimeur de la Mission et curé de la paroisse, c'est dans ce double service que nous allons maintenant suivre notre missionnaire jusqu'à sa mort. Ici, nous sommes abondamment documentés, d'abord parce que nous avons des témoins de visu ; et ensuite parce qu'il nous reste deux précieux agendas que le Père a commencés dès son entrée en charge, 1871, et tenus à jour sans lacune jusqu'en janvier 1919. Dans l'un se trouve consigné tout ce qui concerne le service d'imprimerie, lithographie, reliure ; dans l'autre tout ce qui concerne le service paroissial. C'est superbe comme somme de travail et comme inlassable persévérance : toujours à la besogne pendant cinquante ans, sans vacances, sans congés et sans maladie. Le P. Godard avait sa bonne devise: « On n'est nulle part mieux que chez soi ».

    A l'imprimerie. Voici d'abord comment cette imprimerie était organisée. Le Père avait pour sa part la surveillance du service, la répartition et l'assignation du travail à chaque ouvrier, enfin, à lui seul, la correction des épreuves. L'établissement comptait une quinzaine d'ouvriers typographes, catéchistes de la mission chargés de la composition du texte à imprimer ainsi que de la surveillance technique dans l'imprimerie, lithographie, reliure.
    Ceux-ci étaient aidés de quelques manoeuvres pour l'exécution de divers travaux.
    Enfin, six religieuses, Amantes de la Croix, étaient chargées du pliage, brochage, etc...
    Pour apprécier la somme de travail fourni par l'imprimerie il suffit de parcourir l'agenda du Père1.
    La période de 1873 à 1885 fut très troublée du fait des lettrés révoltés qui voulaient expulser les troupes françaises et avaient résolu le massacre des chrétiens. Ké-so, communauté centrale de la mission, était particulièrement menacé. Au mois de janvier 1874 on avait lieu de craindre une attaque fortement organisée. En l'absence de Mgr Puginier retenu à Hanoi pour conseiller et soutenir l'action des représentants de la France, plusieurs confrères pressèrent le P. Godard de quitter Ké-so et de se réfugier à Hanoi : « S'il n'y a pas péché grave à s'exposer ici, répondit le Père, je reste avec mes chrétiens et mourrai avec eux, s'il le faut ». Et il resta. En 1883, après la débâcle du Pont au Papier, oit périt le commandant Henri rivière, nouvelles terribles alarmes. Un officier proposa au P. Godard de fortifier de son imprimerie et de couper la jetée qui la reliait au centre de la communauté. Le Père l'arrêta en lui disant : « Mais, mon lieutenant, comment ferai-je alors pour entrer et sortir ; est-ce que j'irai sur les zéphyrs? » Il mettait sa confiance en Dieu, et calme, tranquille, il continuait sa besogne d'imprimerie et de curé, sans rien ralentir de son activité.

    A la Paroisse.

    Prédication. Le P. Godard prêchait habituellement à la cathédrale chaque dimanche, à la deuxième messe. Il y manquait très rarement. Sur semaine, il profitait de toutes les fêtes, de toutes les circonstances pour adresser une parole d'édification à ses ouailles. Il ne perdait pas une occasion pour glorifier et faire aimer la Sainte Vierge. Sans grande préparation souvent, il parlait du coeur, semant toujours de bonnes paroles sans apprêt, comme il avait l'habitude de dire.

    1). Année 1873. Travaux d'imprimerie.

    Lettres de saint François Xavier en latin.
    Varia : Ordo, calendrier et autres imprimés de circonstance.

    Lithographie.

    Cours de thèmes latins, 125 pages à 250 exemplaires.
    Lettre de Mgr Puginier sur les malheurs des temps.
    Livre des prières.
    Lettre de Mgr Puginier sur le Sacré Coeur établissant le mois du Sacré Cur dans son vicariat.
    Petite histoire de l'Église, 160 pages à 130 exemplaires.

    Année 1874. Imprimerie.

    Petit cours de littérature.
    Synode du Sutchuen, traduit en annamite, 1.000 exemplaires.
    Liturgie, 1.000 exemplaires.
    Imprimes divers de circonstance.

    Lithographie.

    Cahier des décrets (Collectanea, en annamite), 180 p., 750 ex.
    Essai de théologie morale, en annamite : Actes humains. Conscience. Lois.
    Cartes de l'Europe et do l'Asie.
    Lettre circulaire de l'évêque.
    Calendrier annamite et varia de circonstance.

    Reliure.

    Etablie en 1873, elle commence à fonctionner modestement avec un millier de volumes par an. Ce chiffre grossit rapidement. L'agenda accuse pour :

    1876 : 927 volumes. 1889: 2.320 volumes.
    1885: 1.775 volumes. 1897 : 2.335 volumes.
    1888 :1.957 volumes. etc.....

    La reliure de Ké-So n'a rien de rechercher, niais elle est propre, bon marché, et d'une solidité à toute épreuve. Au mois d'août 1875, ce service fut passé aux religieuses annamites du couvent de Ké-So qui le gardent encore à présent. Elles ont installé leur atelier chez elles et six soeurs y sont occupées continuellement.

    Année 1875. Imprimerie.

    Précis de grammaire latine, en annamite pour les commençants, à 1.500 exemplaires.
    Grammaire latine, en annamite, à 2.000 exemplaires.
    Cours de thèmes latins, à 2.000 exemplaires.
    Arithmétique, en annamite, à 2.000 exemplaires.
    Imprimés de circonstance.

    Lithographie.

    Lettre de Mgr Puginier sur le Jubilé, 1.400 exemplaires.
    Figures pour l'arithmétique, 2.000 exemplaires.
    Ordo, calendrier, palmarès.

    Année 1876. Imprimerie.

    L'on commence l'impression des deux grands dictionnaires de la mission : Fun annamite latin (Taberd-Theurel-Lesserteur) 600 pages in-4o ; l'autre, latin annamite (Ravier) 1.200 pages in-4°, tirés l'un et l'autre à 4000 exemplaires. On peut facilement se rendre compte de la part de travail qui en revient au P. Godard rien qu'en songeant à la correction des épreuves faite par lui tout seul. Il nous a raconté que, plus d'une fois, il y avait passé ses nuits afin de ne pas entraver le tirage du lendemain.

    Lithographie.

    Lexique latin annamite.
    Essai de théologie morale, en annamite. Traité du mariage.
    Varia : ordo, calendrier, etc.

    Année 1877. Imprimerie.

    Continuation des deux grands dictionnaires.
    Harmonie des quatre Évangiles, en annamite, par le P. Venard.
    Cérémonial de Falise, en annamite.
    Petit cours de thèmes latins, à 2.000 exemplaires.
    Varia. Imprimés de circonstance.

    Lithographie.

    Cours de littérature, en annamite,
    Essai de théologie dogmatique, du P. Mollard.
    Lettre de Mgr Puginier sur la mort de Pie IX.
    Varia de circonstance.

    Année 1878. Imprimerie.

    Cérémonial de Falise, en, annamite.
    Varia : Imprimés de circonstance, formule de prières etc.

    Lithographie.

    Achevé le 1er volume de théologie morale.
    Varia: Ordo, almanach, palmarès, etc.

    Année 1879. Imprimerie.

    Achevé grand dictionnaire.
    Une étude de M. de Kergaradec, consul de France au Tonkin.
    Le commerce du Yun-Nan par le fleuve Rouge.

    Lithographie.

    Fin du 1er volume de la théologie dogmatique.
    Ordo, almanach. Varia de circonstance.

    Année 1880. Imprimerie

    Sermons de Bourdaloue (Lesserteur), 320 pages.
    Preces pour les petits séminaires, 72 pages.
    Cours de rhétorique, en annamite, 320 pages.
    Une masse d'imprimés pour le service des Douanes.
    Cours de géographie, en annamite.

    Lithographie.

    Commencé le 2e volume : Essai de théologie morale.
    Varia.

    Année 1881. Imprimerie.

    Lhomond : Doctrine chrétienne, en annamite, 1.200 exemplaires.
    Livre des Fins dernières, en annamite, 1.200 exemplaires.
    Manuel de catéchisme dogmatique, en annamite, à l'usage des catéchistes, 2 volumes:
    Combat spirituel, en annamite, 1200 exemplaires.
    Petit office de la Sainte Vierge, en latin, 2.000 exemplaires.

    Lithographie.

    Précis de l'Histoire de l'Église. Varia.

    Année 1882. Imprimerie.

    La Sainte Vierge, par Marie d'Agréda, traduction annamite.
    De nombreux imprimés pour les Douanes, le service du Génie.

    Lithographie.

    Continuation de la Théologie, dogme et morale.
    Varia : Ordo, almanach, lettres circulaires palmarès.

    Année 1883. Imprimerie.

    Ordre du jour du général en chef.
    Nombreux imprimés pour le gouvernement.

    Lithographie.

    Suite de la Théologie dogmatique et morale.
    Varia: Ordo, almanach, palmarès, etc.

    Année 1884. Imprimerie.

    Catéchisme diocésain, 3.000 exemplaires, précédemment imprimé par l'imprimerie en caractères seulement, est imprimé pour la première fois en caractères latins, dits quôc-ngu, qui sont une transcription des caractères annamites idéographiques. Désormais le catéchisme à l'usage des fidèles est imprimé en deux éditions : 1o en caractères annamites (idéographiques), 2° en quôc-ngu (transcription latine) ; cette dernière édition se répand de plus en plus dans le pays.
    Imprimés pour le gouvernement.

    Lithographie.

    Ordo, almanach, palmarès, etc.

    Année 1885. Imprimerie.

    Mois de Marie, en annamite.
    Grammaire française, en annamite, par le P. Amboise Robert.
    Stock d'imprimés pour le gouvernement.
    Cours de thèmes.

    Lithographie.

    Ordo, almanach, etc., comme précédemment.
    Par ce qui précède, on peut se former une idée assez nette du travail exécuté chaque année dans l'imprimerie lithographie de Ké-So. Dans la suite, supprimant les imprimés courants ou de circonstance, nous rie mentionnerons plus que les ouvrages d'importance.

    Année 1886. Imprimerie.

    Memoriale vitae sacerdolalis, traduit par P. Cadro.
    Rituel romain, traduit en annamite, par P. Pinabel.
    Selva, de saint Liguori, traduit en annamite, par P. Cadro.

    Lithographie.

    De nombreux rapports et lettres do Mgr Puginier traitant des questions actuelles au Tonkin.

    Année 1887. Imprimerie.

    Grammaire latine, en annamite, 5.000 exemplaires.
    Nombreux imprimés pour le gouvernement.

    Lithographie.

    Continuation de la théologie dogmatique et morale.

    Année 1888. Imprimerie.

    Imitation de Jésus-Christ, en latin, 2.500 exemplaires.
    Imitation de Jésus-Christ, en annamite, 2000 exemplaires.
    Manuel de conversation franco annamite, 2.000 exemplaires.

    Lithographie.

    Essai de théologie morale : Sacrement de Pénitence.
    Catéchisme, en laotien.
    Cartes de la province de Hanoi et de la province de Ninh-binh.
    Notes de Mgr Puginier sur les frontières du Tonkin.

    Année 1889. Imprimerie.

    Le Prêtre à l'autel, traduit en annamite, par P. Cadro.
    Lettres communes des vicaires apostoliques du Tonkin.
    Grammaire française, 2e édition, 2000 exemplaires.
    Un travail de M. de Goy, résident de France au Tonkin.

    Lithographie.

    Notice de Mgr Puginier sur les bois du Tonkin.
    Essai de théologie morale : les Commandements.
    Carle du Haut Tonkin (P. Rival).
    Mgr Puginier : Notes et renseignements, 184 pages.
    Appréciations diverses.

    Année 1890. Imprimerie.

    Histoire de l'Église, en annamite, par P. Ravier, 3 forts volumes, 2.000 exemplaires.
    La Sainte Mère de Dieu, en annamite, par P. Cadro, 2 volumes. 2.000 exemplaires.

    Lithographie.

    Fin de la Théologie dogmatique.
    Mgr Puginier : Notes sur la situation.

    Année 1891. Imprimerie.

    Livre des prières, 2.000 exemplaires.
    Mois de Saint-Joseph, en annamite, par P. Cadro.
    Géographie, en annamite, 2e édition, 2000 exemplaires.

    Lithographie.

    Traité d'embryologie sacrée, en annamite.
    Lettres de Mgr Puginier renseignant l'autorité.

    Année 1892. Imprimerie.

    Lettres communes de Mgr Puginier, 1er volume, 800 exemplaires.
    Mois du Sacré Coeur, 1000 exemplaires
    Cours de théologie morale, 1er volume, 1.000 exemplaires.

    Lithographie.

    Lettre commune de Mgr Gendreau sur Mgr Puginier.
    Fables, en annamite, par P. Drouet, 200 exemplaires.

    Année 1893. Imprimerie.

    Lettre commune sur le mariage.
    Lettre commune sur le mois du Rosaire.
    Cours de théologie morale, en annamite, 2e volume.

    Lithographie.

    Varia courants : almanach, etc... Cette année-là, Ké-So subit une très forte inondation. Le matériel de l'imprimerie fut sous l'eau pendant un mois entier.

    Année 1894. Imprimerie.

    Cours de théologie morale, 3e volume.
    Cours de littérature, nouvelle édition, 1.000 exemplaires.
    Lithographie : comme ci-dessus.

    Année 1895. Imprimerie.

    Lettres communes de Mgr Puginier, 2e volume.
    Règlement de la maison de Dieu, 1.500 exemplaires. Mois du Purgatoire, 2.000 exemplaires.
    Grammaire latine, en annamite, 2.000 exemplaires.
    Notre-Dame de Lourdes, en annamite, par le P. Cadro.
    Lithographie : Directorium de la Mission.

    Année 1896. Imprimerie.

    Livre des « Consolations pour les Malades », par P. Cadro.
    Retraite de Tiberge, traduit en annamite.
    Lettre commune de Mgr Gendreau sur l'éducation des enfants.
    Lettre commune de Mgr Gendreau sur l'interpellation.
    Perfection chrétienne, de Rodriguez, traduit en annamite, par P. Sérard, 1er volume.
    Manuel de Dogmatique générale, en annamite (P. Mollard).
    Lettre commune de Mgr Gendreau sur les retraites.
    Lithographie : rien d'important.

    Année 1897. Imprimerie.

    Perfection chrétienne, en an namite, 2e volume.
    Lettre commune de Mgr Gendreau sur le Saint-Esprit.
    Canons d'autel.
    Lithographie : rien d'important.

    Année 1898. Imprimerie.

    Règlement des Amantes de la Croix.
    Méthode de Méditation.
    Lettre commune de Mgr Gendreau sur le Rosaire.
    Règlement des Carmélites.
    Livre de fables annamites, du P. Dronet, 1.000 exemplaires.
    Office de la Sainte Vierge (latin), 2.000 exemplaires.
    Lettre commune de Mgr Gendreau sur les Martyrs du Tonkin.
    Lexique latin annamite, 2000 exemplaires.
    Lettre commune sur les Catéchistes.
    Lithographie : rien d'important.

    Année 1899. Imprimerie.

    Directoire des catéchistes du Tonkin occidental, 1.500 exemplaires.
    Lettre commune pour la consécration au Sacre Coeur.
    Manuel de Conversation franco annamite, (Bon-Dronet), nouvelle édition.
    Lettre commune sur les Martyrs.
    Méditations, d'Avancini, en annamite, 3 volumes, 1.000 exemplaires.
    Arithmétique, en annamite, 1.000 exemplaires.
    Lithographie : rien d'important.

    Année 1900. Imprimerie.

    Biographie des martyrs du Tonkin, (1er groupe), 1.000 exemplaires.
    600 canons d'autel.
    Lettre commune de Mgr Gendreau en France.
    Mois de Marie, nouvelle édition, 1.000 exemplaires.

    Lithographie.

    Ici le P. Godard met cette note : Le service de la lithographie est supprimé, étant devenu inutile et le matériel usé.

    Année 1901. Imprimerie.

    Méditations, d'Avancini, 2e volume.
    Perfection chrétienne, en annamite, 3e volume.

    Année 1902. Imprimerie.

    Grammaire française, en annamite, nouvelle édition, 2500 exemplaires.
    Catéchisme diocésain, 4.000 exemplaires.
    Livre sur l'Eucharistie, en annamite, par P. Cadro.
    Lexique franco annamite, 3000 exemplaires.

    Année 1903. Imprimerie.

    Essai de directorium, à l'usage des missionnaires du Tonkin.
    Livre des prières, en annamite, nouvelle édit ton, 2500 exemplaires.
    Perfection chrétienne, en annamite, 4e volume:
    Cérémonial, de Falise, en annamite, nouvelle édition.
    Rituel romain, en annamite, nouvelle édition.
    Petite histoire de l'Église, en annamite, nouvelle édition
    Livre des fines dernières, en annamite, nouvelle édition, 2.000 exemplaires.
    Manuel de conversation, des PP. Bon et Dronet, nouvelle édition, 3.000 exemplaires.


    Année 1904.

    Lettres communes pour le Jubilé.
    Traduction de l'Encyclique du Saint Père sur le Jubilé.
    Continuation de quelques livres non terminés l'année précédente.

    Année 1905.

    Synode de Ke-Sat (Tonkin), en annamite, 800 exemplaires.
    Synode de Ke-Sat, en latin, 1.000 exemplaires.
    Manuel de Physique, en annamite, par P. Décréaux.
    Histoire du Tonkin, par le P. Alexandre de Rhodes, 2 volumes.

    Année 1906.

    Manuel du Catéchiste au Tonkin occidental, d'après les anciens vicaires apostoliques avec supplément pratique.
    Les 22 martyrs du Tonkin, nouvelle édition, 1.900 exemplaires.
    Le Mémorial du Prêtre, en annamite, par P. Cadro.
    Catéchisme à l'usage des Catéchistes du Tonkin occidental.
    Livre de retraite, en annamite.
    Fables, en annamite, nouvelle édition.
    Le Secret de Marie, traduit, par le P. Defois.

    Année 1907.

    Petit manuel de politesse, en annamite.
    Cours de littérature, en annamite, nouvelle édition.
    Retraite, de Tiberge, 500 exemplaires, nouvelle édition.
    Le Combat spirituel, 500 exemplaires, nouvelle édition.
    Manuel de Philosophie, en annamite, par P. Décréaux.
    Théologie dogmatique, en annamite, par P. Schlicklin, 1er volume.
    Théologie dogmatique, » » 2e volume.
    Biographie du Bienheureux Venard et ses compagnons, en annamite.

    Année 1908.

    Nouvelle édition du catéchisme, 3.000 exemplaires.
    Consolations des malades, en annamite, nouvelle édition.
    Théologie dogmatique, en annamite, par P. Schlicklin, 3e volume.
    Biographie du Bienheureux Curé d'Ars, par P. Cadro.
    Manuel de géographie annamite, par P. Lebourdais.

    Année 1909.

    Théologie dogmatique, en annamite, par P. Schlicklin, 4e volume.
    Sainte Ecriture : le Pentateuque, traduit en annamite, par P. Schlicklin.

    Année 1910.

    Aucun nouvel ouvrage. Continuation do ceux en cours d'impression.

    Année 1911.

    Cours d'arithmétique, en annamite, 1200 exemplaires.
    Théologie dogmatique, P. Schlicklin, 5e volume.
    Livre des prières, en annamite, nouvelle édition, 2000 exemplaires.
    Sermonnaire, en annamite, par. P. Cadre.

    Année 1912.

    Théologie dogmatique, en annamite, par P. Schlicklin, 6e volume.
    Mois de Saint-Joseph, en annamite, par P. Cadro.
    Nouvelle édition du Catéchisme, annamite, 2000 exemplaires.

    Année 1913.

    Livre des Décrets (Collectanea), en annamite, par Mgr Bigollet.
    Manuel des Indulgences, en annamite, par Mgr Bigollet.
    Livre de retraite pour les enfants, en annamite, par P. Cadro.
    Mois de Marie, en annamite, par P. Cadro.
    Petit Catéchisme, en annamite, par P. Ravier.
    Rituel romain, en annamite, nouvelle édition.
    Histoire Sainte, en annamite, par P. Ravier.
    Histoire Sainte, en annamite, par P. Cadro.
    Évangéliaire pour Dimanches et jours de fête, en annamite, par Mgr Bigollet.
    Doctrine chrétienne, de Lhomond, en annamite, nouvelle édition.

    Année 1914.

    Synode de Ké-So (Tonkin), en latin.
    Synode de Ké-So, en annamite.
    Réimpression du Synode de Ke-Sat, latin et annamite.
    Petite histoire de l'Église, en annamite.
    Sermonnaire, du P. Thiriet, traduit par un prêtre indigène.

    Année 1915.

    Lettre commune de Mgr Gendreau sur la communion fréquente.
    Grammaire française, en annamite, nouvelle édition.
    Mois du Sacré-Coeur, en annamite.
    Cours d'arithmétique, 2.000 exemplaires.

    Année 1916,

    Réimpression du Catéchisme annamite, 2.000 exemplaires.
    Manuel de géographie, en annamite, nouvelle édition.
    Manuel de catéchisme à l'usage des catéchistes du Tonkin occidental.
    Livre des prières, en annamite, nouvelle édition.
    Harmonie des quatre évangiles, en annamite, par le Bienheureux Théophane Venard.

    Année 1917,

    Catéchisme en caractères annamites (mobiles), 2.000 exemplaires.
    Imitation de Jésus-Christ, en annamite, 1.000 exemplaires.
    Excepta pratiques du Codex Juris Can, en annamite, par Mgr Bigollet.

    Année 1918.

    Mois du Saint Rosaire, en annamite, nouvelle édition.
    Livre des prières en caractères annamites (mobiles).
    Lettre commune sur la consécration des familles au Sucré Cur.

    Année 1919.

    Le P Godard continue son travail d'imprimerie, petits imprimés divers, lettres de Monseigneur, etc., et surveille l'expédition des commandes jusque dans les premiers jours de février, presque jusqu'à sa mort.
    Comme on le voit, l'agenda du P. Godard est tout simplement l'histoire de l'imprimerie du Tonkin occidental depuis son origine, pour ainsi dire, jusqu'à présent.

    Sacrement de Pénitence. Le Père était assidu et inlassable au confessionnal, y passant ses rares heures libres du jour et souvent une partie de la nuit ; plusieurs fois même la nuit entière, lorsque menacés par les rebelles et les pirates, les fidèles voulaient se tenir prêts à la mort.
    Prenons quelques chiffres de confessions annuelles et, pour ne pas tout citer, ni citer au hasard, prenons les années décennales.

    1880: 3.472 confessions 1900 : 2.909 confessions
    1890 : 3.053 1910 : 3.286 ―

    Pour les communions annuelles, à la cathédrale de Ké-so, l'agenda accuse :

    1912 : 58.800 1944: 71.900 1916 : 65.200, fléchissement
    1913: 63.500 1915 : 78.000 dû à l'inondation qui dura plus de trois mois.

    Chaque année, le Père préparait les enfants de Ké-so à la première communion. Le chiffre annuel minimum sur ce point, dans l'agenda, est de 100 ; le chiffre maximum est de 150.
    Il ne négligeait point les tout petits et tenait à les exercer lui-même aux actes de la confession. Dans les années 1880-1890, la moyenne de ces petits reçus au confessionnal est de 400 ; de 1900 à 1910, ce chiffre se monte parfois jusqu'à 570.
    Le P. Godard eut aussi sa bonne part dans la visite des malades et l'administration des derniers sacrements. Le 14 juin 1902, l'agenda porte cette note : Extrême Onction et Saint Viatique à la mère du grand séminariste Dat, âgée de 100 ans. Le 23 octobre 1903, nous y lisons : la femme Toan de Kien-khe a rendu son âme en chantant un cantique à la Sainte Vierge.
    Le 15 octobre 1903, fête de sainte Thérèse, il assiste une de ses religieuses, relieuse pendant vingt-huit ans, Marie Nhin, qui meurt le jour même. Dans une note, le Père ajoute : «C'est cette religieuse qui m'a donné la première inspiration des cloches de la cathédrale de Kè-so et qui m'a grandement aidé dans l'exécution de mon dessein. Sans elle, les cloches de Kè-so seraient encore dans les futurs contingents ».
    Cela nous conduit tout naturellement à dire un mot de l'acquisition faite par notre confrère, en 1898, de quatre grandes cloches pour la cathédrale de Ké-so.
    La première « do » s'appelant « Marie immaculée » patronne de la cathédrale, porte au bas l'inscription : « Damrémont ». Le prix d'achat a été couvert par les souscriptions des Français de la région de Ke-so-phu-ly.
    La seconde « mi » s'appelant « Louise Françoise, » payée par les paroissiens de Ké-so, surtout Mme Tirch, la vieille mère de soeur Nhin dont il a été question plus haut.
    La troisième « sol » s'appelant « Joséphine Marguerite-Marie, » offerte par une souscription de plusieurs familles chrétiennes des environs de Ké-so.
    La quatrième « do » s'appelant « Jeanne Philomène » offerte également au moyen de souscriptions dans plusieurs autres chrétientés de la région.
    Le bourdon fit entendre la première fois sa voix le 2 février 1899. Depuis lors, cette magnifique sonnerie remplit sa fonction naturelle d'ordre, de piété et de vie aux offices de l'église : « Vivos voco, mortuos plango, fulgura frango ».
    Nous n'avons fait que décrire la besogne du P. Godard dans ses grandes lignes, mais ce résumé suffit pour qu'il soit possible d'apprécier la somme de travail réalisée dans ses cinquante années d'apostolat pour la presse et le ministère.
    L'on peut ajouter que cette oeuvre de presse est une cause permanente de biens, c'est un arbre bien planté qui continue et qui continuera à porter ses fruits : « Defunctus adhuc loquitur ».
    Ceux qui n'ont point connu le P. Godard se demanderont sans doute ce qu'a été l'homme qui a fourni une telle somme de travail. Comment était-il doué ? Exceptionnellement, pour sûr? Nous répondons : non. Il disposait de forces tout au plus moyennes.
    Il a été faible de santé toute sa vie, mais sans défaut de constitution, ni maladie grave. Il vivait de rien ; souvent un peu de riz avec quelques petits poissons grillés, trempés dans du « nuoc-mâm » suffisaient à son repas. Il ne supportait ni le laitage, ni les oeufs, qui sont une si précieuse ressource alimentaire, dans ces pays tropicaux surtout, où l'appétit fait défaut.
    Comme moyens psychiques, il était doué d'un bon jugement pratique, mais ici encore, il ne dépassait guère la moyenne.
    Il faut chercher le ressort de son activité dans sa foi vive et sa confiance en Dieu en tout et par-dessus tout. C'est sur ce fondement que s'appuyait sa volonté toujours ferme « sans jamais taller », comme il disait, avec une persévérance infatigable dans la monotonie du travail de chaque jour.
    Pendant cinquante années consécutives, il a été continuellement sous le harnais sans jamais prendre ni vacances, ni congé.
    Ce qui frappait le plus lorsqu'on faisait connaissance avec le P. Godard, c'était la simplicité, la bonhomie originale et ingénue, de bon aloi, mettant tout de suite à l'aise. Simple, il l'était en tout : dans la piété, dans la prédication, dans le langage ordinaire, dans ses reparties souvent assaisonnées d'un grain de sel caustique, dans la manière de faire, préférant toujours les opinions et solutions les plus obvies, archi-simple dans son logement, y compris mobilier, le même pendant cinquante ans ! Ce serait trop long d'entrer dans les détails. Citons cependant ces deux traits : Un jour, au petit séminaire de Langres, il était au tableau noir écrivant des problèmes que lui dictait le professeur. Comme il alignait mal les chiffres, le professeur lui dit : « Vous n'avez pas vu chez vous comment les oies défilaient ». « Il n'y a pas d'oies chez nous », répond l'élève, Le professeur passe à autre chose.
    Un autre jour, il était au parloir des Carmélites de Hanoi. La mère prieure le remerciant pour des services d'imprimerie, lui dit : « Nous aimons beaucoup le bon P. Godard. Oh! Reprit le Père, avons n'êtes pas difficiles ».
    Une autre caractéristique du Père, c'était la bonté, la serviabilité « Bonum est sui diffusivum ». Sa porte était ouverte à tous. Il était le refuge de tous ceux qui souffraient et peinaient. On l'appelait communément ; « le père du peuple », surnom bien mérité et qui vaut tout un panégyrique. En 1883-1887 nous avions un poste de soldats français dans la communauté de Ké-so. La chambre du Père était leur « cercle » et le Père les recevait à toute heure comme s'il n'avait eu rien à faire.
    En tout, il cherchait l'occasion de faire du bien aux âmes. Souvent, dans sa promenade habituelle du lundi, il emmenait: tous ses catéchistes de l'imprimerie ; « Aujourd'hui, disait-il, nous allons nous promener chez les païens pour leur prêcher la religion en exemples ».
    Que de pécheurs, même publics, lui doivent leur conversion, leur salut ! Au lieu de rompre tout rapport, il les visitait de temps en temps, il entretenait des relations avec eux «afin, disait-il, d'avoir une occasion de leur faire du bien ou, du moins, de se ménager une porte ouverte auprès d'eux à l'heure de la maladie ou de la mort ». Ici, il nous serait facile de citer des exemples. Bref, il avait le zèle du salut des âmes à un degré éminent et il ne reculait devant aucune fatigue lorsqu'il s'agissait d'une âme à mettre en grâce avec le Bon Dieu.
    Voyons maintenant, en terminant, quelle a été sa mort. C'est l'âme qui peu à peu a usé le corps, débilité le système nerveux. Manquant habituellement d'appétit, sans moyens de se tonifier, hostile par nature aux ressources alimentaires et toniques, comme il a été dit plus haut, les forces s'en allaient et n'étaient point réparées. Malgré cela, le P. Godard continuait son service d'imprimerie jusqu'au bout, distribuant la besogne aux compositeurs, corrigeant l'es épreuves, libellant ses factures, expédiant ses commandes. Le travail était pour lui un besoin ; le repos, c'était la mort.
    Au commencement de février dernier, la grippe, avec ses complications broncho pulmonaires, vint s'ajouter à l'état de fatigue déjà existant. C'était trop. Le Père n'était d'ailleurs pas habitué à se laisser « dorloter », comme il disait. Quand la soeur de l'hôpital de Ké-so se présentait pour lui donner des soins, il lui demandait ce qu'elle allait lui faire : «Vous mettre des ventouses, Père. Oh ! Si ça vous fait plaisir, faites toujours. Et maintenant, je vais vous faire une piqûre tonique. ― Comme vous voudrez », ajoutait le malade. Et ainsi de suite. Il n'espérait rien des secours médicaux ; il n'y croyait pas.
    Le 5 février, le malade reçut l'Extrême-Onction. Il vécut encore une semaine, gardant sa pleine connaissance jusqu'à la fin ; il s'est doucement éteint le 12 février 1919, à 8 heures du soir.
    « Beati mortui qui in Domino moriuntur ; opera enim eorum sequuntur illos ».

    1919/194-210
    194-210
    Vietnam
    1919
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