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Notice sur la province du Kouang-Si 2 (Suite et Fin)

Notice sur la province du Kouang-Si PAR LE P.RENAULT, pro préfet apostolique (Suite et fin.)
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    Notice sur la province du Kouang-Si
    PAR LE P.RENAULT,
    pro préfet apostolique
    (Suite et fin.)

    Communications fluviales avec Pe-hay (en cantonnais Pak-hoy). A une dizaine de lieues en amont de Ou-tcheou-fou, à la ville de Ten-hien, le Si-kiang reçoit un autre affluent, le Kien-kiang qui vient du sud-est de la province. Bien que son cours soit restreint, cette rivière permet de communiquer avec le port de Pak-hoy (Pe-hay) sur le golfe du Tonkin. Les marchandises remontent le Lien-kiang ou fleuve de Lien-tcheou-fou, d'où dépend Pak-hoy, entrent au Kouang-si par l'arrondissement de Po-pe-hien, et s'arrêtent à l'entrepôt de Fou-mien près de la ville de Yo-lin-tcheou, distante de Pak-hoy d'environ 45 lieues.
    De là à la ville de Pe-leou située sur la rivière qui aboutit à Ten-hien, après avoir arrosé l'arrondissement et les murs de la ville de Yong-hien, il n'y a qu'une marche de quelques heures à effectuer; à Pe-leou les marchandises retrouvent des barques qui communiquent par Ten-hien avec le Si-kiang. Cette région dite de Yo-lin-tcheou est une des plus riches, sinon la plus riche de la province, elle renferme de magnifiques rizières, que l'on ne trouve pas ailleurs, sinon peut-être dans les environs de Liou-tcheou-fou, où le riz abonde aussi, grâce aux vastes plaines qui avoisinent cette préfecture.
    De Yo-lin-tcheou une autre route de montagne conduit à la préfecture de Suin-tcheou-fou et à Kouy-hien. Malheureusement cette contrée, si bien située pour le commerce et où se trouvent de riches rizières, est un foyer de rébellion presque continuelle, et de plus l'antagonisme qui règne entre les Penty et les Hakka, et qui chaque année dégénère en batailles sanglantes, ne permet pas aux habitants de jouir en paix des délices de leur pays!
    Outre les rivières qui mettent le Kouang-si en communication avec les pays voisins et favorisent le commerce, il y a de nombreuses voies de pénétration dont voici les principales:

    Voies de terre
    1° Route de Pak-hoy à Nan-hiang. La première voie de communication par terre est la route de Pak-hoy à Nan-hiang (Nam-heung en cantonnais), marché important sur le Si-kiang à 300 ly (150 kilomètres environ) en aval de Nan-ning-fou, route que suivent les marchandises lourdes, pour de là être expédiées en barque à Nan-ning-fou, ou par voie de terre vers le nord du Kouang-si.
    Cette route, partant de Pak-hoy, passe à Cha-kiang-ling (en cantonnais Cha-kong-leang), Na-seu, Pe-lao, Ling-chan-hien (Leing-chan), sous-préfecture du Kouang-tong, non loin de la frontière, à une journée et demie de Nan-hiang : c'est donc 5 à 6 étapes tout au plus de Pak-hoy à Nan-hiang par cette route de terre. Elle est facile à pratiquer : une bifurcation près de Ling-chan-hien permet d'atteindre Houen tcheou sur le Si-kiang (Wang-chou) en trois jours et Kouy-hien (Kouai un) en quatre jours. De Pak-hoy on peut aussi en une journée gagner la ville de Lien-tcheou-fou, puis de là Kieou-tcheou, Siao-kiang, Fou ouang, Tchai-hui, Po-ho et enfin Kouy-hien en six jours.
    2° De Lien-tcheou-fou à Nan-hiang. On peut aussi de Lien-tcheou, ou du moins un peu au-dessus de cette ville, remonter sur de petites jonques la rivière de Ou-ly jusqu'au marché de ce nom. On est obligé ensuite de prendre pendant deux jours la route de terre par Ling-chan hien jusqu'à Nan-hiang, etc.
    3° De Pak-hoy à Nan-ning-fou par Kin-tcheou, Siao-tong, Na-lien. La deuxième route consiste à se rendre de Pak-hoy à Kin-tcheou (Yam tchao en cantonnais). De là une route de terre par Siao-tong, conduit à Nang-ning-fou en cinq étapes en passant par Na-lien ou en bifurquant vers Na-tcheng et Chang-kio ; la distance est la même des deux côtés ; cette route est montagneuse du côté de Siao-Tong où il y a trois cols à passer, mais elle est plus courte que la route par Nan hiang, c'est celle que suivent les marchandises légères.
    4o De Kin-tcheou à Ping-tang sur le Si-kiang un peu au-dessus de Nan-hiang. On peut signaler une autre route à partir de Kin-tcheou; on y transporte beaucoup de sel; en deux ou trois jours on remonte en barque jusqu'à Lou-ou, gros marché d'où l'on gagne en trois ou quatre heures de transport, par terre, une autre petite rivière qui aboutit cinq lieues au-dessus de Nan-hiang, à l'entrepôt de Ping-tang sur le Si-kiang; de là les marchandises sont expédiées dans les diverses directions, surtout vers le Nord.
    5° De Nan-ning-fou à Kouy-lin-fou. De Nan-ning-fou où aboutissent ces diverses routes, on peut se rendre à Kouy-lin en douze jours en passant à Pin-tcheou, puis à Liou-tcheou-fou, et en remontant ensuite le
    long du Yun-fou-ho que l'on quitte pour atteindre Kouy-lin en traversant le gros bourg de Sou-kiao.
    6° De Nan-ning-fou au Kouy-tcheou par Pin-tcheou, Kin-yuen-fou, Se-ngen-bien. Une autre route partant de Nan-ning-fou et passant également à Pin-tcheou où elle bifurque, conduit au Kouy-tcheou en quinze ou seize jours. D'abord de Pin-tcheou on atteint en quatre ou cinq jours les bords du Hong-choui-kiang que l'on traverse, puis en suivant la direction du nord-ouest on arrive à la préfecture de Kin-yuen fou, ensuite à la sous-préfecture de Sen-ngen-hien qui n'est éloignée de la frontière du Kouy-tcheou que de 8 à 9 lieues. On franchit cette frontière un peu au delà du village de Che-tsen-lou-che, distant de Nan ning-fou de quinze à seize journées de marche.
    7o De Nang-ning-fou à Che-tang, près du Hong-choui-kiang, que l'on peut remonter jusqu'à Pe-tsen au Kouy-tcheou. De Nang-ning-fou on peut encore gagner le Kouy-tcheou en se rendant en cinq ou six jours au gros marché de Che-tang, non loin du Hong-choui-kiang, d'où l'on peut remonter ce fleuve en barque jusqu'à un de ses affluents qui conduit jusqu'à Pe-tsen, au Kouy-tcheou, point terminus de la navigation de cette rivière. On trouve là une douane qui examine les marchandises avant de les laisser expédier à travers le Kouy-tcheou vers Tchen-fong-tcheou, Pou-ngan-tin, Gan-chouen-fou et Kouy-yang-fou, la capitale de la province. Reste à signaler deux autres routes partant de Kin-tcheou (Yam tchao) situé à trois jours au nord-ouest de Pak-hoy si on suit la voie de terre, mais on peut s'y rendre de Pak-hoy en jonque.
    8° De Kin-tcheou à Kouang-nan-fou par Siao-tong, Na-tcheng, To-lou, Kouy-chouen, Siao-tchen-gan ou Tien-pien-hien. L'une va de Kin tcheou à Kouang-nan-fou au Yun-nan en passant par Siao-tong, Na tcheng, Sou-hiu, To-lou, où l'on traverse le Tso-kiang, rivière de Long tcheou, Tso-tcheou, Kouy-chouen, Siao-tchen-ngan, ville frontière située dans un pays pauvre et fort peu habité et distante de 89 kilomètres environ de Kouy-chouen et à 35 kilomètres de Tou-fou-tcheou, sous préfecture indépendante du Yun-nan. (Siao-tchen-ngan s'appelle aussi : Tien-pien-hien.)
    De Tou-fou-tcheou on peut gagner Mong-tse en passant par Fou-tin, et Kai-hoa-fou, ou bien par Kouan-nang-fou, en bifurquant à Fou tin. De Fou-tin à Kai-hoa-fou on compte six journées de marche, et quatre de Kai-hoa-fou à Mong-tse. Cette route de Kin-tcheou à Siao tchen-ngan (Tien-pien-hien) et à Kouang-nan-fou, qui n'est guère que pour le commerce de l'opium, était celle principalement suivie naguère encore par les caravanes, qui tenaient à éviter les nombreuses douanes échelonnées le long du fleuve Si-kiang, et dont les exigences épouvantaient à juste titre les commerçants.
    9° De Kin-tcheou à Long-tcheou par Chang-se-tin et Tchai-miao. Une autre route part également de Kin-tcheou (Yam-tchao) en passant par Chang-se-tin d'où elle gagne Long-tcheou. Le trajet de Kin-tcheou à Long-tcheou est de huit à neuf jours par terre; les marchandises une fois arrivées au marché de Tchai-miao, près Tsien-long-tong vont en barque jusqu'à Long-tcheou ; d'abord elles descendent la rivière dite de Chang-se qui passe devant Nin-min-tcheou et va se jeter un peu au delà du marché de Yao-teou dans le Li-kiang à 5 ou 6 lieues en aval de Long-tcheou. C'est sur ce trajet entre Tsien-long-tong (à 3 ou 4 lieues de ce bourg) que se trouve une mine de charbon en exploitation.
    10° De Long-tcheou à Siao-tchen-ngan et le Yun-nan par Kouychouen. De Long-tcheou on peut en dix jours gagner la frontière du Yun-nan un peu au delà de Siao-tchen-gan (Tien-pien-hien) dont il vient d'être parlé et entrer sur le territoire de Kouang-nan-fou et Kaihoa. De Long-tcheou on se rend au marché de Pao-hiu, puis de là à Hia-loui-tcheou, d'où on gagne le marché de Pa-tong et un peu au delà Kouy-chouen, préfecture indépendante de second ordre.
    De Kouy-chouen à Siao-tchen-ngan la distance est de trois journées en passant d'abord au marché de Tong-ping, puis à celui de Ngan-te. Le troisième jour on traverse deux cols dont l'altitude est de plus de 1.000 mètres ; une porte voûtée s'élève au milieu du passage, on l'appelle Tchao-yang-kouan. De là on arrive à Mo-ha, ou plutôt Mo-ha est le nom de l'endroit où on passe le col; de là les relations sont établies, par Siao-tchen-ngan, directement avec Pe-se, mais elles sont sans importance.
    Après avoir passé ce col, on redescend jusqu'à Siao-tchen-ngan à 700 mètres. Siao-tchen-ngan, nommé depuis 1885 Tien-pien-hien, est une sous-préfecture de troisième ordre composée de 200 à 250 maisons et à demi murée. La distance ainsi parcourue entre Kouy-chouen et Siao-tchen-ngan est environ de 82 kilomètres.
    De Siao-tchen-ngan à la frontière yunnanaise il n'y a que 5 à 6 lieues. La première ville que l'on rencontre est Tou-fou-tcheou, sous-préfecture soumise à un mandarin héréditaire et éloignée de Siao-tchen-ngan de 35 kilomètres.
    Après avoir suivi pendant une heure la plaine de Siao-tchen-ngan assez bien cultivée, on s'engage dans une gorge qui, pour tout sentier, n'offre que le lit d'un torrent.
    On doit passer ensuite en trois heures d'une pente assez uniforme de 715 mètres à 776 mètres, puis, après une descente par un nouveau torrent de l'autre côté, on a à franchir un col où se trouve la séparation des deux provinces, Yun-nan et Kouang-si.
    11° De Long-tcheou à Pe-se par Kouy-chouen. De Kouy-chouen on peut gagner en deux ou trois jours Pe-se en passant par Tou-ngan (Yen-yai), Tong-tsin et enfin Pe-se. Le trajet de Long-tcheou à Pe-se est donc de 8 à 9 jours; il est assez accidenté.

    Population

    Population et races. La population totale de toute la province du Kouang-si est très difficile à évaluer à cause du mode défectueux et irrégulier du recensement : les uns l'estiment à 12 millions, d'autres vont jusqu'à 16 millions, tandis que certains ne dépassent pas 8 millions!
    Elle se partage en trois races principales, savoir : la race indigène qui a des dénominations différentes suivant les régions; c'est ainsi que vers le sud, surtout dans le district de Chang-se et en se dirigeant vers Long-tcheou et Tay-ping-fou, on appelle les représentants de cette race Tou-jen (hommes du sol), ce qui répond aux Thos du Tonkin.
    Vers le nord-est, dans la région de Siang-tcheou, ils sont désignés sous le nom générique de Tchouang-kou; vers l'ouest et le nord-ouest ils portent d'autres noms ; cette race occupe les deux tiers de la province, elle n'est pas chinoise et se rapproche beaucoup de la race annamite.
    Viennent ensuite les Cantonnais qui dominent dans le sud et le sud-est et conjointement avec les Cantonnais on trouve les Hakka, originaires de la partie est du Kouang-tong et qui peu à peu ont envahi une partie notable du territoire.
    Les Cantonnais et les Hakka sont des Chinois méridionaux ; rien de particulier dans leur costume. Un mot seulement sur ces derniers avant de parler des indigènes.
    Les Hakka. Le nom Hakka signifie « familles étrangères ». Dans la plus grande partie du Kouang-si, les Hakka ont adopté la plupart des coutumes chinoises, voire même l'habillement. Après s'être infiltrés tout d'abord parmi les indigènes comme manuvres, domestiques, fermiers ou petits merciers, ils achètent quelques lopins de terre, s'arrondissent avec le temps ; puis, par leur industrie, leur travail et leur esprit de race, ils arrivent à former corps, souvent à supplanter, à éliminer même en partie l'élément local. Aussi y a-t-il presque partout antipathie, sinon haine mutuelle. Rien de plus commun que des batailles, des pillages, des meurtres entre Hakka et indigènes Tchouang-kou.
    Les Hakka sont d'ordinaire plus alertes, plus entreprenants, mais aussi plus audacieux et plus facilement gens à tout faire; ils sont généralement hostiles aux Européens, surtout depuis que bon nombre d'entre eux ont accompagné au Tonkin, où ils ont fait fortune, le fameux chef des Drapeaux Noirs qui est de leur race. Parmi ceux qui ont le plus conservé la haine contre les Européens, il faut noter les habitants du marché de Ping-fou, de la juridiction de Chang-se-tin, et ceux des marchés environnants.
    Race des Tchouang-kou. Les Tchouang-kou se sont emparés du pays aux dépens des aborigènes Miao et Yao-jen : ils semblent appartenir à la race laotienne à laquelle se rattachent leur langue et un certain nombre de leurs usages. Dans beaucoup d'endroits, ils ont conservé le système de maisons employé dans leur patrie, c'est-à-dire que leurs maisons, assez solidement assises sur pilotis, se composent d'un rez-de-chaussée réservé aux bestiaux, d'un étage unique qui comprend la cuisine et l'habitation des maîtres de la maison; un plancher souvent mal joint sépare l'étage du rez-de-chaussée.
    On ne sait rien de bien certain sur leur origine première, mais il n'est pas invraisemblable que des soldats du Chan-tong, venus dans le sud avec le fameux général Ma-Yuen (Fou-Po) qui, en la première année de notre ère, subjugua la partie de l'Annam, formant actuellement les préfectures de Tay-ping-fou et de Nan-ning-fou, se soient établis dans le pays conquis; d'où serait sortie la race des Tou-jen du sud; du moins, c'est ce que disent leurs traditions 1.
    D'après les traditions des Tchouang-kou du Siang-tcheou, une partie d'entre eux descendraient de soldats du Kiang-si, lesquels, après une expédition victorieuse, seraient restés dans ces contrées où, mariés à des femmes Tchouang-kou, ils auraient bientôt subi une complète assimilation. Cette invasion daterait du cinquième ou du sixième siècle de notre ère.
    En tout cas, cette race s'est peu à peu chinoisée. Dans la plus grande partie du sud du Kouang-si, elle a adopté tous les usages chinois et n'a guère conservé que sa langue, contrairement au nord-ouest où la femme a conservé le costume national.
    Plus timides, très peu entreprenants et sans beaucoup d'initiative, ces indigènes abandonnent le commerce et l'industrie entre les mains des étrangers, surtout des Cantonnais et des Hakka ; ils se contentent de la culture de leurs champs, encore les hommes laissent-ils le plus gros des travaux à faire aux femmes, tandis qu'eux passent une bonne partie de leur existence dans l'oisiveté ; ils se contentent du reste d'assez peu pour vivre : le riz clair est la base de leur nourriture, en revanche ils aiment passionnément le vin chinois (espèce d'eau-de-vie). Craignant de se créer des affaires avec les mandarins, qu'ils savent toujours disposés à les gruger, ils sont moins turbulents et n'ont pas au même degré que les Cantonnais et les Hakka la haine de l'étranger. Tandis que les Cantonnais et les Hakka n'hésitent pas à quitter, même
    1. Ce que prouve aussi d'une certaine façon l'origine des nombreux mandarins héréditaires de la région de Tay-ping-fou et de Chang-se qui figurent sur l'annuaire des mandarins comme originaires du Chan-tong. Pour longtemps, leur famille pour aller commercer au loin, l'indigène ne sort que très peu, et il se trouve tout dépaysé quand il est obligé de s'absenter de sa région.
    En outre des Cantonnais et des Hakka, comme aussi des Tchouang-kou ou Tou-jen, habitent encore dans les montagnes des débris des races Miao-tse et des Yao-jen.
    Les Miao-tse. Ils se subdivisent en tribus distinctes suivant la couleur de leurs vêtements: les Noirs, les Blancs, les Bleus, les Fleuris, les Rouges, les Miao couleur de pie (Ya-tsio-miao) ; il y a aussi les Long-miao. Enfin, on distingue les Sen-miao (indépendants qui sont peu nombreux) d'avec les Chou-miao, qui sont soumis à l'Empire.
    Les He-miao (les Noirs) occupent presque exclusivement les régions voisines de la frontière du Kouy-tcheou au nord et au nord-ouest du Kouang-si. Ce sont eux qui possèdent et exploitent les vastes et magnifiques forêts de sapin qui couvrent ces montagnes et qui de là descendent vers Canton par Ou-tcheou ou remontent à Nan-ning, même jusqu'à Long-tcheou.
    Ils cultivent surtout les montagnes où ils fixent leur demeure, laissant la plaine aux Tchouang-kou, aux Cantonnais et aux Hak-ka. Leur principale culture est le coton, le maïs, le riz de montagne, le millet, le sarrazin, une espèce d'ivraie nommée hong-pay, et l'indigo.
    Toute leur religion consiste dans le fatalisme: ils attribuent tous les malheurs qui arrivent à la vengeance des esprits malfaisants ou aux mânes des défunts; aussi se hâtent-ils dans ces cas d'appeler le sorcier qui sacrifie à ces esprits irrités pour les apaiser. Ils n'ont, en dehors de cela, ni temple, ni espèce de culte, quoique à l'entrée de chaque village, ils tiennent pour sacré un grand arbre dans lequel, croient-ils, réside un esprit qui préside aux destinées du village.
    Yao-jen. Les Yao, qui sont les aborigènes du Kouang-tong et du Kouang-si, se sont maintenus indépendants, depuis la conquête tartare, dans les montagnes peu accessibles situées à quelques journées de Kouy-lin-fou, entre les sous-préfectures de Siang-tcheou et Sieou-jen d'un côté et celles de Yun-ngan-tcheou et Ping-nan-hien de l'autre.
    Ils se divisent en plusieurs tribus à costumes et idiomes différents: il y a les Kin-siou, les Hoa-lan, les Man-teou, les Chan-tse, les Pan-yao, comme aussi les Pan-y que l'on trouve dans les cent mille monts, chaîne de montagnes entre le Tonkin et le Kouang-si au sud-est de la ville de Chang-se-tin.
    Parmi ces tribus de Yao-jen, celle appelée Tchang-mao-yao (Yao à grands cheveux, parce qu'ils ne se rasent jamais) a toujours refusé de se soumettre à la dynastie qui règne en Chine.
    Diverses races ou tribus de Yao-jen. Ces Tchang-mao indépendants se choisissent un chef suprême qui est comme leur empereur et qui a quelques autres chefs inférieurs sous lui; c'est à lui à rendre la justice et à régler les différends qui s'élèvent dans la région, comme aussi à faire respecter les lois qu'ils se sont données: il serait plus vrai de dire qu'ils n'ont pas de chef commun, que chaque village a le sien à qui appartient l'office de juge de paix.
    Ils n'ont pas d'écriture particulière; un petit nombre d'entre eux lisent et tracent les caractères chinois qu'ils prononcent en mandarin ou en cantonnais, suivant le dialecte qui a cours dans le voisinage. Tous sont cultivateurs, mais ils ne savent guère planter que le riz et quelques légumes, avec un peu de coton; chaque famille file ce textile, le tisse, teint l'étoffe avec l'indigo et en confectionne ses habits. Ils n'ont aucune industrie, aucun commerce. Comme ils n'ont pas de marchés, ils vont aux marchés qui se tiennent dans la plaine pour y faire leurs provisions en échange du thé, des champignons, des plantes médicinales ou autres produits de leurs montagnes qu'ils y apportent et vendent.
    Parmi ces aborigènes les murs laissent beaucoup à désirer: quoiqu'ils ne tuent pas leurs enfants, les Tchang-mao n'en gardent qu'un pour les soigner sur leurs vieux jours, ils livrent les autres à d'autres familles, avec lesquelles des alliances sont contractées. Ils ont un costume spécial.
    Si les Tchang-mao ne se rasent pas et sont demeurés indépendants, il n'en est pas de même des Pan-yao et des Chan-tse-yao, qui eux se rasent la tête et s'habillent à peu près comme les Chinois de la plaine; les femmes seules conservent leur costume national. Ils reconnaissent généralement l'autorité de l'Empereur. A cause de leur genre de culture qui consiste à abattre et à brûler les forêts, ils sont forcément nomades, obligés de chercher de nouvelles montagnes quand ils ont épuisé les premières; en cela encore ils diffèrent des Tchang-mao qui forment de véritables villages, faisant la culture en grand: aussi y a-t-il parmi ces derniers des familles riches.
    Disons en terminant cet aperçu qu'il y a plusieurs tribus de Tchang-mao.
    Gouvernement. Armée
    Gouvernement civil. Divisée en 11 préfectures de premier ordre ou Fou, et en nombreuses sous-préfectures d'ordre inférieur, la province du Kouang-si est administrée par un Fou Tay (gouverneur général) qui relève du vice-roi des deux Kouangs et qui est assisté d'un trésorier général (Fan Tay) et d'un grand juge criminel (Nie-tay), résidant tous les trois à Kouy-lin, la capitale: c'est là le grand conseil de la province.
    Après ces hauts dignitaires viennent par ordre les autres mandarins inférieurs, d'abord les Tao Tay, c'est-à-dire les mandarins qui sont à la tête de chacune des grandes circonscriptions, entre lesquelles est divisé le pays: il y en a 4 au Kouang-si, lesquels résident:
    1 à Nan-ning-fou, 1 à Long-tcheou depuis 1885 seulement, 1 à Liou-tcheou-fou, et 1 tantôt à Kouy-lin-fou, tantôt à Ou-tcheou-fou.
    Ces Tao Tay ont juridiction sur les diverses préfectures ou sous-préfectures.
    Les 11 préfectures de premier ordre (fou) sont:
    Kouy-lin-fou, capitale de la province, Ping-lo-fou, Ou-tcheou-fou, Siun-tcheou-fou, Nan-ning-fou, Liou-tcheou-fou, Kin-yuen-fou, Se-tcheng-fou, Se-ngen-fou, Tchen-ngan-fou, Tay-ping-fou.
    Après viennent deux préfectures de deuxième ordre dites Tche-li-tcheou et un Tche-li-tin, préfectures indépendantes, c'est-à-dire non soumises à un Fou (préfet de premier ordre) mais dépendant directement et immédiatement du Tao Tay, et qui de plus ont juridiction directe sur une ou plusieurs sous-préfectures: elles ont ainsi les privilèges du premier rang, quoique n'appartenant qu'au deuxième.
    Il y a encore d'autres préfectures de deuxième ordre ou Tin, indépendantes des préfectures de premier rang (fou), mais sans juridiction sur les sous-préfectures.
    Au Kouang-si on compte 14 sous-préfectures de 1re classe hiérarchique dites Tche-tcheou et 48 sous-préfectures de 2e classe également hiérarchique dites Hien, avec des vice préfectures de 1re et 2e classe dites Fen-tcheou et Fen-hien et bon nombre de mandarins cantonaux appelés Se.
    On les appelle hiérarchiques pour les distinguer de 28 autres sous-préfectures de 1re et 2e classe, nommées Tou-tcheou ou Tou-hien, et qui relèvent d'un mandarin héréditaire, dont l'autorité reçue jadis comme fief pour services rendus en temps de guerre, passe de père en fils; c'est surtout dans la circonscription de Tay-ping-fou et de Kin-yuen-fou que sont groupés ces mandarins héréditaires dits Tou-houan.
    Gouvernement militaire. Outre le gouvernement civil, qui a sa part d'autorité sur les troupes de la province qu'il peut mobiliser en partie, s'il le juge nécessaire, et qui est spécialement chargé de faire parvenir l'argent destiné à l'entretien des soldats, il y a au Kouang-si un général en chef de toutes les troupes de la province; il s'appelle Ti-tou ou encore Ti-tay; actuellement c'est le général Sou, dont le quartier général est à Lien-tchen non loin de la porte de Chine (Nan-kouan), mais dont le yamen a été, depuis la guerre du Tonkin, transféré de Liou-tcheou-fou à Long-tcheou: au camp de Lien-tchen, les soldats sont de véritables yong ou volontaires destinés à être envoyés en expédition, tandis que les soldats de Long-tcheou sont plutôt pour la garde de la ville.
    Au-dessous du Ti-tou il y a dans la province 3 Tchen-tay, espèce de généraux de brigade, habitant les villes de Nan-ning fou, Liou-tcheou fou et Pe-se, et chargés de la police intérieure dans leur circonscription.
    De chaque Tchen Tay relèvent les Hie Tay ou majors généraux; il y en a 7 au Kouang-si : savoir 1 à Ou-tcheou-fou, 1 à Suin-tcheou-fou dépendant de la brigade de Nan-ning-fou, 1 à Tchen-ngan-fou dépendant de la brigade de Pe-se, 1 à Tay-pin-fou, 1 à Ning, 1 à Ping-lo-fou et 1 à Kin-yuen-fou dépendant de la brigade de Liou-tcheou-fou.
    Après les Hie-tay viennent 6 Tsan-tsiang, titre correspondant à peu près à celui de colonel, puis 15 You-ki ou lieutenants-colonels, au-dessous desquels sont 15 Tou-se ou majors et 39 Cheou-pi autrement dits capitaines, avec 63 Tsien-tsong ou lieutenants et 176 Na-tsong, sous-lieutenants.
    Armée régulière, troupes de l'étendard vert. Tel est l'effectif des officiers militaires préposés à l'armée régulière proprement dite (troupes de l'étendard vert, divisées en armée de terre et armée de mer). Cette armée régulière dans laquelle ne sont pas compris les soldats tartares, est chargée de la police, de la défense des grandes villes, de la surveillance des routes et des rivières ; à d'autres troupes est confié le soin de réprimer les insurrections et de défendre le pays : en somme le rôle de l'armée régulière se réduit à peu près à celui de gendarmerie.
    Les soldats sont recrutés par voie d'engagement volontaire et touchent une somme mensuelle de 2 à 3 piastres pour leur nourriture, entretien, etc.
    Leurs officiers font partie du corps des mandarins militaires et ont leur nom inscrit à l'annuaire.
    Ces trois brigades ne comptent guère que 9.675 hommes d'inscrits (car le nombre réglementaire n'est jamais au complet); si on ajoute 4.000 à 5.000 hommes détachés à l'armée de la frontière, on trouvera à peine 15.000 hommes qui régulièrement devraient être présents : souvent chaque garnison n'a que la moitié, le tiers même du nombre qu'elle devrait avoir ; spéculant sur la paye des absents pour remplir leur caisse personnelle, les mandarins ont trouvé ce moyen ingénieux de s'enrichir.
    Milices mandarinales. Outre ces troupes de l'armée régulière, il y a les milices des mandarins, entièrement à la disposition de ceux-ci; elles leur servent de garde, elles sont aussi chargées de réprimer les insurrections et de poursuivre les bandes de pirates. Elles sont recrutées parmi la population flottante ; souvent les mandarins en changeant de poste, les emmènent avec eux.
    Vient ensuite l'armée de défense, ou les yong proprement dits, recrutés au moyen d'engagements volontaires ; ils sont libres de renoncer au service quand bon leur semble, comme aussi on peut les congédier à volonté, si on est mécontent d'eux.
    Ce sont les officiers préposés à ces yong qui les recrutent suivant le besoin du montent; ces officiers eux-mêmes ne font nullement partie de l'armée régulière, leur nom ne figure pas sur l'annuaire des mandarins militaires nommés par l'empereur; ils sont nommés par faveur ou recommandation, ne possèdent leur grade que d'une façon précaire, comme aussi leur commandement, et peuvent être destitués à chaque instant.
    C'est par l'offre d'une bonne solde et l'espoir de monter vite en grade qu'on les attire; pour ce qui est des yong (les braves) ils sont mieux payés que les soldats de l'armée régulière; ils sont réunis en bataillons commandés par un Kouan-tay ; chaque bataillon se subdivise en cinq compagnies.
    Une compagnie comprend dix escouades de dix hommes chacune sous les ordres d'un caporal (Pa-tsong); à la tête de chaque compagnie est un Tou-se.
    La frontière est divisée en quatre régions à chacune desquelles correspond un groupe de bataillons, et qui est commandée par un Tong-ling (colonel).
    Ces yong, dont il vient d'être question, sont ordinairement des gens tarés et très audacieux.
    Enfin, en temps de guerre ou d'insurrection, les mandarins font mettre sur pied la garde nationale, composée des habitants du pays enrégimentés sous les ordres d'un des principaux de la région chargés de résister à toute attaque et de repousser l'ennemi.

    1901/290-302
    290-302
    Chine
    1901
    Aucune image