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Notes sur les superstitions des Carians 2 (Suite)

BIRMANIE MÉRlDIONALE Notes sur les superstitions des Carians (suite) 1 Il y a deux manières de consulter le sort. Dans l'une, on prend un morceau de bois et un charbon. Avec le charbon, on fait plusieurs marques à la hâte sur le bois; on fixe d'avance : si c'est pair, ce sera telle signification, si c'est impair, ce sera telle autre. On compte les marques. On répète ordinairement la chose trois fois et l'on se détermine suivant que le résultat des marques correspond avec ce que l'on avait fixé d'avance. C'est le hasard.
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    BIRMANIE MÉRlDIONALE

    Notes sur les superstitions des Carians
    (suite) 1

    Il y a deux manières de consulter le sort. Dans l'une, on prend un morceau de bois et un charbon. Avec le charbon, on fait plusieurs marques à la hâte sur le bois; on fixe d'avance : si c'est pair, ce sera telle signification, si c'est impair, ce sera telle autre. On compte les marques. On répète ordinairement la chose trois fois et l'on se détermine suivant que le résultat des marques correspond avec ce que l'on avait fixé d'avance. C'est le hasard.
    L'autre manière est beaucoup plus compliquée. On prend les os des jambes d'une poule ou d'un coq et on les confronte. Ces os ont des trous en nombre tantôt pair, tantôt impair, tantôt parallèles, tantôt pas ; ils sont aussi quelquefois inclinés en haut, quelquefois en bas; on confronte donc ces trous, on y enfonce de petits morceaux de bambou pour déterminer l'inclinaison,et avec cela on tire des augures. Mais c'est toute une étude. Je vais en donner un petit tableau pour en faire concevoir une idée.

    1. Voir Ann. M.-E., n° 146, juillet-aout 1922, p. 147.



    Mauvais. Quand les os sont parallèles et qu'il n'y a qu'un trou dans chaque os.
    Bon. Quand il n'y a qu'un trou dans chaque os et que le trot de l'os gauche est un peu plus haut que l'autre.
    Bon. Quand les os n'ont qu'un seul trou et que le trou de l'os gauche est sensiblement plus haut que l'autre.
    Mauvais. Quand les os n'ont qu'un seul trou dont celui de l'os gauche est sensiblement plus bas que celui de l'os droit.
    Mauvais. Quand les os n'ont qu'un seul trou dont celui de l'os gauche est un peu plus bas que celui de l'os droit.
    Mauvais. Si l'os gauche a un seul trou très haut, si l'os droit en a deux, l'un à peu près vis-à-vis le trou de Fos gauche.
    Mauvais. Si l'os gauche a deux trous, le plus bas beaucoup plus bas que le trou de l'os droit.

    Je pourrais allonger l'énumération, mais il me semble que celle-ci suffit.
    On tire des augures pour toutes espèces de choses dans le commerce de la vie, mais en particulier dans les maladies. Le médecin les consulte pour savoir s'il sera capable de guérir le malade, pour connaître le genre de maladie, le traitement à employer, etc. Si le médecin est un chef de superstitions, il ne consulte pas le sort, car il est censé voir les ka la (les âmes); il peut prophétiser par lui-même, ou bien il allume un cierge et descend dans le monde invisible, et là il voit si quelque mauvais nat a emporté l'âme du malade; alors au moyen d'une offrande faite au chef des nats, il peut la rappeler.
    Avant de parier des divers moyens que l'on emploie pour se délivrer des vexations des mauvais esprits, faisons à ceux-ci une visite. Je vais donc vous introduire en enfer et vous parler de cette multitude de spectres infernaux, tels qu'ils sont décrits par les wi ou chefs de superstitions, qui seuls ont le privilège de communiquer avec ces êtres invisibles.
    Suivez donc le wi dans ces régions lointaines, domaine de la mort. Le voyage est long : il s'agit de quitter ce monde matériel pour s'enfoncer dans les ombres souterraines du La ra (enfer). Mais comme l'esprit dégagé de la matière ne connaît nulle distance, plus rapide que le fluide électrique, le wi carian a à peine fermé les yeux l'espace de deux minutes, qu'il arrive à l'aide d'une bougie allumée aux confins du monde invisible dont la mort est la reine.
    Ce monde s'appelle Plu; c'est le lieu où se rendent toutes les âmes après leur départ de ce monde, et où, suivant leurs mérites et démérites, elles sont, ou délivrées des griffes du démon, le frère cadet de Dieu, pour être envoyées au ciel, ou abandonnées par lui au pouvoir d'agents qui les entraînent dans le La ra (enfer).
    Le premier personnage que rencontre le wi en abordant ces lieux, c'est Mau-ki. C'est son ami, dit-il, c'est un des subalternes de la mort; c'est lui qui garde l'entrée des lieux où sont tous les mauvais génies qui vexent les hommes. Arrivé à cet endroit, le wi appelle Mau-ki, et aussitôt celui-ci vient et l'introduit dans le royaume de la mort. S'il s'agit de rappeler l'âme d'un malade, le wi fait un présent à Mau-ki, et par cette rançon il obtient la délivrance de l'âme. Mais il n'est pas donné aux mortels de s'avancer plus loin dans les régions qu'occupe la mort ; le wi peut d'ici contempler au milieu des ombres sans fin les spectres hideux, toujours avides de la vie humaine, qui peuplent ces lieux redoutables. Les uns sont des espèces de hauts fonctionnaires, qui ne paraissent pas ordinairement en ce monde; ils se tiennent sur le chemin qui conduit au Plu, et cherchent à s'emparer de toutes les âmes qui se rendent dans cette région. Ce sont, disent les Carians, les âmes de ces mauvais princes birmans qui ont exercé leur pouvoir par la cruauté et l'injustice. On les nomme khon the. Il y en a d'autres qu'on appelle gha, ou ta mu gha; « ils sont les plus méchants de tous les nats; ils ont tout pouvoir sur la vie des hommes. Ils ont des formes très hideuses et très différentes, dit le wi; les uns manquent de tête, d'autres d'un oeil, d'aucuns n'ont qu'une jambe; certains ressemblent à des hommes, d'autres ont des plumes, d'autres ont du poil comme des sangliers, etc... Ils peuvent changer de forme : ils peuvent prendre celle d'un homme, d'une femme, de divers animaux ; alors on les appelle du nom de l'animal auquel ils ressemblent.
    Tous ces mu gha, d'après les idées des Carians, sont les âmes ces méchants, qui, pendant cette vie, ont commis beaucoup de crimes et doivent maintenant souffrir des tourments en enfer. Ils continuent d'ailleurs de vexer les hommes en leur causant toutes sortes de maladies afin de les faire mourir. D'où il suit que ce n'est pas au diable Mu kau li que les Carians sacrifient, mais aux âmes des méchants, qui sont tombées en enfer et sont devenues de mauvais génies qui attentent continuellement à la vie des hommes. Aussi toutes les causes de destruction sont attribuées aux mauvais génies, de même que toutes les causes de protection et d'ordre sont attribuées aux bons génies. Ils savent cependant que Dieu aime et protège les hommes, mais ils pensent : « Dieu est en rapport moins suivis avec nous que les bons et mauvais génies ». Aussi leur culte s'arrête-t-il à ceux-ci.
    Les Carians croient que tous les êtres : les hommes, les animaux, les plantes, les astres, les saisons, le tonnerre, etc., ont chacun leur maître, leur protecteur. Mais le nombre et la malice des mauvais génies, dont le monde est peuplé, font qu'ils les craignent toujours.
    S'il arrive que quelqu'un soit malade, on va consulter le wi, chef des superstitions : celui-ci commence par descendre aux enfers afin de voir si un mauvais génie n'y a pas emporté l'âme du malade ; s'il la trouve et qu'il ne puisse la rappeler, c'est que les mauvais génies l'ont déjà mangée ; si elle n'y est pas, il s'agit de savoir quel génie l'oppresse. Alors on tue une poule et avec les os des jambes on consulte le sort, comme nous l'avons indiqué.
    Dans la même maladie on fait différentes superstitions, ou bien on répète la même plusieurs fois, jusqu'à ce que le malade soit guéri. Quand on a fait toutes les superstitions possibles et que l'on ne peut rien obtenir des mauvais génies, on dit alors : « Seigneur, ayez pitié de nous, assistez-nous, délivrez-nous ! » Quelquefois ils ont encore recours aux bons nats pour vaincre les mauvais ; ils préparent de la viande de poule, de l'arac, du riz ; ils vont le placer sur une souche d'arbre pourrie dans la forêt, et ils prient le Seigneur de la terre eu disant : « Seigneur, je t'offre eu sacrifice de la liqueur d'arac, du riz bien pur, une grasse volaille, délivre-moi du mauvais génie, délivre-moi de mes ennemis, délivre-moi des puissances de l'enfer. Après avoir prié ainsi, ils laissent là leur offrande et s'en reviennent, en évitant de fouler aux pieds ou de passer par dessus un arbre mort.
    Si c'est le nat des eaux qui est censé causer la maladie, ils mettent, dans un tuyau de bambou, du riz, des oeufs, du safran, font une petite maisonnette sur le bord du ruisseau où ils déposent l'offrande, ou bien la jettent dans le ruisseau.
    Quelquefois quand ils ont mal à la tête, ils disent que ce sont les âmes de leurs père et mère qui, voyant leur misère, ont pitié d'eux et désirent les appeler au royaume de Plu ; alors ils suspendent des charbons à leurs oreilles, et le génie croyant que c'est de l'or, le mal de tête disparaît.
    Dans tous les maux extérieurs, tels que coupures, brûlures, enflures, panaris, etc., les incantations, eau, huile, chaux, bétel, etc., sont employées à profusion.
    Lorsque quelqu'un de la maison a fait un mauvais rêve, la première chose doit faire en s'éveillant, et avant de parler à personne, c'est de prendre, de la cendre et de la verser au pied de l'escalier. S'il manque cette cérémonie; il faut que dans la journée, tous fassent une cérémonie. La nuit, en dormant, s'ils ont le cauchemar, c'est quelque mauvais nat qui les oppresse ; une cérémonie quelconque est encore requise.
    (A suivre.)

    1922/184-188
    184-188
    Birmanie
    1922
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