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Notes sur les superstitions des Carians 1

BIRMANIE MÉRIDIONALE Notes sur les Superstitions des Carians
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    BIRMANIE MÉRIDIONALE

    Notes sur les Superstitions des Carians

    Le culte que les Carians rendent aux nats ou génies n'est pas un culte d'adoration, mais de propitiation ; ce n'est pas par respect, mais par crainte. D'après eux, ces nats sont de mauvais génies répandus partout sur la terre, dans l'eau, dans les bois, les maisons, et ne tendant qu'à faire du mal à l'homme. Ils peuvent prendre une forme visible, entrer dans l'homme et les animaux, produire la maladie et la mort, etc. Les Carians croient aussi que les esprits célestes prennent soin des humains; ils disent même qu'ils apparaissaient autrefois, et qu'ils étaient d'une beauté extraordinaire.
    L'esprit, qu'ils disent être député par Dieu à notre garde et qu'ils appellent Pa xo, est certainement un esprit céleste. Ils disent qu'il y a aussi de bons esprits à la garde des différents lieux ; mais ils n'ont guère recours à ceux-ci et c'est presque toujours aux mauvais esprits qu'ils sacrifient. Ils offrent des sacrifices propitiatoires aux bons nats qui gardent les différents lieux, ou les bateaux qui vont entreprendre un voyage. Lorsqu'ils sont malades ils offrent des sacrifices déprécatoires aux mauvais nats ; ils varient leurs offrandes suivant la nécessité des temps. Les Talain-Carians m'ont dit qu'autrefois ils sacrifiaient des vaches, mais ensuite n'ayant plus que des porcs à leur disposition, ils sacrifièrent ceux-ci. C'est que les Talain-Carians avaient pour maîtres les Talain qui, eux aussi, sacrifiaient des vaches ; aujourd'hui ils n'en offrent plus que l'emblème. Parfois ils prennent deux poissons, leur passent une corde dans les ouïes en forme de rênes, les attellent à un fac-similé de herse et les font tourner dans un bassin, disant qu'ils labourent le champ, puis ils les offrent en sacrifice. D'autres fabriquent une vache avec du riz gluant, mettent à l'intérieur du jus de palmier pour remplacer le sang ; ensuite ils percent cette vache, font couler le sang, c'est-à-dire le jus de palmier, et puis la mangent. Ceci prouve que là matière du sacrifice est susceptible de changement.

    Les superstitions peuvent être divisées d'après leur but.
    Les superstitions propitiatoires comprennent :
    1° Les nats du lieu que l'on habite. Cette superstition est appelée par les Carians Kau ka xa, et aussi Plei sau, seigneur ou maître protecteur de la terre.
    2° Ta xo nat, le plus grand nat. Celui-ci est le nat de la famille.
    3° Nat de la maison, appelé par les Carians Bga.
    4° Phi bi yau, le nat du riz.
    Ces superstitions doivent se faire régulièrement une fois par an et ont pour but de rendre propices les nats bons et mauvais.
    Les superstitions déprécatoires comprennent quelquefois le nat des eaux, quelquefois le nat des bois, etc..., suivant que le sort l'indique. Elles n'ont rien de régulier ; on les fait quand on est malade ou quand on a quelque chose à craindre. Elles s'adressent aux mauvais nats.
    Les choses à éviter sont sans nombre; il serait difficile de les citer et de les connaître toutes.
    Ces superstitions ont pour but d'avoir la paix avec les pats en respectant tout ce qui les concerne :
    Les sorts, les maléfices, les enchantements, la nécromancie, etc. On a aussi recours aux nats dans le but de nuire à autrui.
    Telles sont les principales divisions des superstitions qui constituent le culte des mats; mais quand on en vient aux détails, c'est très compliqué et il est difficile de connaître le tout, les Carians eux-mêmes ne le connaissent pas.

    NATS DU VILLAGE.

    Les Birmans disent Nat du village, mais comme les Carians n'ont pas de village, ils disent : Thi ka xa kau ka xa, le Seigneur de la terre et de l'eau ; d'autres l'appellent aussi Pleisau, dieu de la terre1 ou Saturne.
    Cette superstition ne doit jamais se faire dans les maisons, mais dans la forêt ; il n'y a à y prendre part que les docteurs et les plus grands personnages.

    1. Ce dieu de la terre, ils ne savent pas ce que c'est; ils disent que c'est quelqu'un doué d'un pouvoir surnaturel.

    Voici comment elle se fait : ils bâtissent, dans un lieu solitaire, une petite maison comme on a Coutume de faire pour les nats, avec un étage à l'intérieur ; ils prennent ensuite du sang de porc et de poule, de l'arac et du riz, placent le tout dans la petite maison, comme holocauste, puis ils prient devant la petite maison en disant : « Seigneur du ciel, Seigneur de la terre, Seigneur du soleil, Seigneur de la lune, Seigneur des arbres, Seigneur des bambous, Seigneur des montagnes, Seigneur des collines, Seigneur du Pgau-gau, Seigneur du Cau-ci, Seigneur de l'eau, Seigneur du 'pays, Seigneur! Nous sommes ici sur ta terre, nous t'offrons avec respect l'odeur de ce sacrifice; puissions-nous jouir de la prospérité et du bonheur! Veuille bien ne pas t'irriter contre nous et ne pas nous haïr ».
    Ensuite ils mangent les offrandes et boivent l'arac.
    Ils disent que c'est leur culte d'autrefois. Il se pourrait que ce fût un vestige de l'ancien culte qu'ils rendaient à Dieu ; les paroles qui l'accompagnent paraissent ne s'adresser à nul autre qu'à. Dieu, car ils invoquent le Seigneur de toutes choses, non au pluriel comme ils le feraient s'ils s'adressaient aux esprits, mais au singulier. Il est aussi à remarquer qu'ils appellent cette cérémonie Ta lu, sacrifice, nom qu'ils ne donnent à aucune superstition faite pour les nats. Ce n'est pas la matière du sacrifice, mais les paroles qui l'accompagnent qui peuvent en fixer le but et l'esprit.
    Le nat supérieur se fait une fois chaque année, que l'on soit malade ou non. Tous les membres vivants d'une famille doivent y participer, quelque éloignés qu'ils soient, même les enfants à la mamelle. Si c'est le père qui le fait, ni ses enfants, ni les parents de sa femme n'y prennent part; si c'est la mère, les parents du mari n'y prennent point part, mais ses propres enfants en font partie1.
    Le sacrifice se fait avec un porc et une volaille. Dans cette superstition, c'est toujours la plus âgé des femmes de la famille qui est le chef, et jamais un homme. Ils font sur la maison qu'ils habitent une petite maisonnette, appelée hi pho ghai, petite maison des nats. Ce mot ghai peut avoir différentes1. Il en est ainsi pour tous les parents invités, les enfants suivent toujours la mère et jamais le père significations : soit les mauvais nats, soit une classe de nats considérés comme étant les ancêtres défunts.
    Les Carians disent que leurs parents, s'ils ont accompli beaucoup de bonnes oeuvres, montent au ciel après la mort et deviennent, des esprits célestes ; aussi il les invoquent toujours : « Pères et mères, venez manger de la viande de porc et de poule, de bon riz, boire de l'eau bien douce ».
    Et s'ils sont malades, ils ajoutent : « Je vous offre ces présents, guérissez, s'il vous plaît, vos enfants malades ».
    Quand on veut faire cette superstition, on va inviter chaque membre de la famille par rang d'âge. Lorsque tous sont réunis, la femme qui est le chef entre en fonctions, et tous doivent lui obéir ; elle ordonne tout, dispose tout, et juge de tout.
    Cette superstition dure trois jours; le premier jour, la gardienne du nat tue une poule, la fait cuire, puis elle invite à manger chacun par rang d'âge.
    Le second jour on prend un porc, on le couche vivant au dessus de la maison, sur des feuilles d'arbres verts que l'on a
    bien étendues ; on lui met dans le groin un morceau de bois qui doit être conservé ; puis la femme chef appelle les membres de la famille et leur fait successivement toucher le porc avec la main.
    Ensuite, elle coupe la gorge au porc avec un couteau destiné à cet usage ; elle reçoit le sang dans un bassin, puis le jette ; elle coupe la tête au porc et la place respectueusement sur la maison du nat sur des feuilles vertes ; elle place à côté de la tête un pied de devant et un pied de derrière de la victime ; puis elle fait cuire le reste ; le riz étant servi, elle invite tout le monde à manger comme le jour précédent.
    Le troisième jour on mange la tête et les pieds du porc déposés sur la maison du nal. Celle qui est chef prend un morceau de lard, le mélange avec les pieds, en donne à manger un peu à chacun et en met un peu sur l'oreille de chacun, puis on mange entièrement ce qui reste, et tout est fini.
    Alors la femme chef demande à tous s'ils sont satisfaits de la cérémonie ou bien s'ils ont quelques observations à faire. Si personne n'a rien à dire, tous s'en retournent. Si quelqu'un n'est pas satisfait, il faut recommencer les cérémonies.
    Il y a beaucoup de choses à éviter, et le règlement est très sévère; exemple : Si l'on a oublié les pères et mères défunts au commencement du repas, si un petit morceau de la victime tombe par terre, si un peu de feu tombe de la maison, si quelqu'un sort de la maison pendant que l'on mange, etc., la cérémonie est nulle et on doit la recommencer.
    Après la cérémonie, une fois sorti de la maison on ne doit plus y rentrer; ce serait encore un cas qui annulerait la cérémonie.
    Le nal de la maison. Cette superstition ne comprend que les seuls habitants d'une maison et leurs pères et mères vivants. Si c'est le père qui la fait, ses père et mère doivent y participer ; mais non les pères et mère de sa femme ; si c'est la mère qui le fait, la même règle est suivie.
    Si les père et mère de celui qui fait la cérémonie sont vivants tous les deux, il doit sacrifier deux poules et deux porcs, et la cérémonie dure quatre jours.
    Si le père ou la mère est défunt, on ne sacrifie qu'une poule et un porc, et la cérémonie dure deux jours. Règle générale, on mange la poule d'abord et ensuite le porc. En cette circonstance il n'y a pas de maison de nat, les choses se font tout simplement comme si l'on prenait un repas ordinaire.
    Il faut aussi noter que les victimes offertes en sacrifice doivent être exemptes de tout défaut ; ainsi on n'offrira jamais une victime borgne, ou boiteuse, ou malade, ou qui ait quelque autre défaut.

    SUPERSTITIONS DÉPRÉCATOIRES.

    Ce sont les superstitions que l'on fait quand on est malade. Elles sont très nombreuses et- varient beaucoup dans leurs formes. On s'en rapporte aux médecins, soit birmans, soit Carians; car tous les médecins les prescrivent suivant leur volonté ou suivant les indications de leurs livres.
    Voici la croyance des Carians sur l'origine, la cause des maladies. L'homme, dès le moment de sa conception, a en lui deux esprits : le pa xo qui est un esprit tutélaire ou ange gardien, député par Dieu pour veiller sur cet être toute sa vie, il ne le quitte jamais ; s'il le quitte, l'être cesse de respirer.
    Il y a en outre le ka la, qui est l'âme. Ce ka la ne réside pas continuellement en nous et ne prend pas soin du corps ; il s'en va de côté et d'autre, et s'il rencontre quelques mauvais génies, il s'en revient, rapportant des maladies qu'il place sur le corps. Ensuite, s'il voit le corps malade, il l'abandonne de nouveau ; quant à ce ka la, il ne peut mourir.
    Le pa xo travaille continuellement à délivrer le corps des maladies, mais il n'y réussit pas toujours. Les Carians donnent pour preuve un village et son chef : le chef, disent-ils, aime son village et en prend bien soin ; les habitants du village le craignent, et en sa présence ils ne font rien de mal, et le village est heureux grâce à ses soins ; mais loin du chef, les gens font le mal et le chef ne peut rien. Quand on est malade, le ka la s'est éloigné du corps, alors le corps souffre et ne peut se guérir ; afin de savoir pourquoi le ka la s'éloigne, et on consulte le sort. (A suivre).
    1922/147-154
    147-154
    Birmanie
    1922
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