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Notes sur le district de Kouang-Yuen

SU-TCHUEN OCCIDENTAL Notes sur le district de Kouang-Yuen PAR M. BEAUQUIS Missionnaire apostolique. DESCRIPTION
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    SU-TCHUEN OCCIDENTAL

    Notes sur le district de Kouang-Yuen

    PAR M. BEAUQUIS

    Missionnaire apostolique.

    DESCRIPTION

    La sous-préfecture de Kouang-yuen, placée tout à fait au nord de la province de Su-tchuen, limite les provinces du Chen-si et du Kan-sou, donne passage à la route de Tchen-tou à Pékin ; elle est située entre le 32° et le 33° degré de latitude nord. Elle s'étend sur une espace de 7 à 8 jours de marche, mais ne comprend guère qu'une vallée fertile et bien cultivée. Tout le reste de son étendue n'est composé que de montagnes abruptes, enchevêtrées, de ravins coupés par des ruisseaux encaissés dont le lit rocailleux est, sauf la route mandarinale, à peu près le seul chemin de communication.
    Les habitants vivent en grande partie de la production du maïs, base de leur nourriture ; mais le blé, l'orge, le sarrasin sont aussi cultivés.
    La houille et le minerai de fer abondent dans beaucoup de ses vallons. Dans la partie septentrionale, les rivières charrient des paillettes d'or ; sur leurs bords les habitants ont fait des fouilles ; mais, comme partout, le gouvernement chinois, méfiant ou incapable, n'en a pas permis l'exploitation. La pierre ordinaire des montagnes, toute différente de celle de la plaine, est un calcaire grisâtre, dur, et susceptible d'un beau poli ; on rencontre aussi le silex ou pierre a fusil, la pierre meulière et le marbre rouge dans plusieurs de ses torrents.
    Comme animaux sauvages, le sanglier, la panthère, la chèvre sauvage, le daim musqué, le chevreuil, le faisan peuplent les montagnes et les endroits trop abrupts pour être cultivés.

    Parmi les arbres ordinaires, le cyprès chinois, le peuplier, le camphrier, l'arbre à sandaraque, le néflier, on distingue un pin géant, particulier à cette région, et l'arbre à insectes de cire blanche. Mais le plus abondant est le chêne qui couvre la plupart des montagnes et constitue une véritable ressource pour le pays. Dans les ravins où l'on exploite le fer, il est transformé en charbon de bois, et sert à traiter le minerai, par le seul procédé connu en Chine et dans l'antiquité ; mais dans les autres contrées, il est abattu tous les sept ans, et repousse avec la même vigueur. D'abord couché sur le sol, il prend contact de l'humidité, de la pluie et de la rosée ; dressé ensuite la seconde année, son écorce produit un champignon estimé des Chinois, et vendu dans toutes les régions.

    ORIGINE DES DIFFÉRENTES STATIONS CHRÉTIENNES

    Kouang-yuen.

    La ville de Kouang-yuen est située sur la rive droite d'un des affluents du Yang-tse-kiang, qui descend de la province voisine du Kan-sou et Chen-si et va se jeter dans le fleuve Bleu à Tchong-kin.
    Au dix-septième siècle, probablement au temps de la repopulation de la province du Su-tchuen, une famille chrétienne nommée Jen, vint du Chen-si, province voisine, et reçut en partage une maison à la ville de Kouang-yuen. Elle y demeura et s'y multiplia jusqu'à l'avènement des empereurs Yong-tchin et Kien-long, époque à laquelle éclatèrent les persécutions. Deux branches de cette famille émigrèrent au loin et apostasièrent. Une seule demeura, et l'un de ses membres devint bachelier et prit son diplôme de docteur à Pékin. Le thème de la composition était une dissertation sur les esprits et les corps. Comme il était chrétien, il sut mieux qu'un autre païen traiter le sujet de cette composition, fut forcé de faire au grand examinateur l'aveu qu'il avait dû étudier des livres étrangers à la Chine, et reçut son diplôme. Revenu de Pékin à Kouang-yuen, il brigua, contre l'avis du missionnaire, une charge de mandarin, mais à la veille de partir pour son mandarinat, il mourut subitement. La pierre de sa tombe qu'on voit encore dans le cimetière chrétien de cette famille, près de la ville de Kouang-yuen, porte la date de 27e année de Kien-long (1750 de notre ère). Près de 20 années plus tard Mgr Pottier trouva, à Kouang-yuen, un refuge contre la persécution et en allant recevoir la consécration épiscopale des mains du Vicaire apostolique du Chen-si, mission administrée par les PP. Franciscains de l'Observance. Ouy-lan-hien, près de Si-gan-sen, où se trouvent encore les membres de cette famille toujours chrétienne, est regardé comme le lieu de leur origine.

    Hoan-liang-tse et les stations environnantes (1760).

    Cette famille Jen, vers 1760, acheta en remontant vers le nord, à deux journées de la ville, dans les montagnes, un assez vaste terrain où elle se multiplia. C'est l'origine des chrétiens de Hoan-liang-tse. Le petit-fils du bachelier Jen, pendant la persécution de Kia-king, en 1815, accompagnait dans la plaine le prêtre chinois, M. Lieou. Dans la ville de Tee-iang-hien, les satellites s'emparèrent du prêtre et de sa suite. M. Lieou fut étranglé. Notre Jen de Kouang-yuen se cacha derrière la moustiquaire du lit et échappa aux recherches. Revenu dans son pays, il apostasia, et finit par le suicide, mais ses descendants gardèrent la foi, ainsi que les autres branches de cette famille.
    Les stations environnantes sont nées, la plupart, d'alliances matrimoniales avec cette famille. Ainsi se sont formées les stations de Ho-kia-pin (1760), Fen-lin-ouan vers 1800, Hao-ia, Houy-long-keou vers 1850.
    Un peu plus au nord encore, plusieurs chrétiens fuyant la persécution, quittèrent le Tchouan-tong, partie orientale du Su-tchuen, et vinrent après trente jours de chemin s'établir à cette extrémité de la province, où à force de travail, au milieu de montagnes incultes, et dans une tranquillité relative, ils purent acquérir un petit domaine. Sous la persécution de Kia-king (1815) où fut martyrisé Mgr Dufresse, on cite l'un deux, nommé Tchen, enchaîné pour sa religion, qui devant le mandarin et en prison, ne craignait pas de réciter tout haut ses prières. Le mandarin lui ordonna de se repentir, parlant de l'apostasie. « Oh ! Oui ! Répondit-il, je me repentirai ! » Le chrétien entendait de ses péchés, ce que le mandarin ne comprit pas, et il le renvoya libre.
    D'autres familles se firent chrétiennes parce qu'elles étaient lépreuses. Les lépreux sont mis hors la loi par les païens, souvent quand ils deviennent une charge trop lourde pour la famille, ils sont livrés aux sorciers et aux mendiants qui se chargent de s'en défaire à bref délai. Règle générale, la superstition refuse aux lépreux les honneurs de la sépulture, ce qui est une grave affaire pour un Chinois. De tout temps, les chrétiens recevaient, moyennant une modique rétribution, ces lépreux sur leurs propres terres, avec charge de les enterrer honorablement, et ces malheureux embrassaient la foi de leurs bienfaiteurs.
    C'est près de ces stations, qu'en juillet 1900, lors des grands troubles du nord de la Chine, le Père Crescitelli, missionnaire du Chen-si, fut égorgé avec quinze néophytes, leurs membres mis en pièces et jetés au fleuve.

    Ta-yuen (1730) et les stations environnantes.

    Quelques années après l'émigration des habitants de la province du Fo-kien, (dix-septième siècle) au Su-tchuen, sous la dynastie des Min, une famille nommée Ly, avait reçu en partage un territoire à 15 lys (5 kil.) de la ville de Kouang-yuen. La famille grandissant, plusieurs branches se divisèrent, et l'une d'elles s'avançant plus avant dans les montagnes, vint s'établir dans un vallon fermé par une longue gorge étroite, et un circuit de montagnes, commandé par un village appelé Ta-yuen. Ce village avait encore une pagode administrée par un bonze. D'après les conjectures probables, c'était vers le commencement du dix-huitième siècle.

    JANVIER FÉVRIER 1907, N° 55.

    S'étant établi là avec sa famille, l'émigré trouva bientôt l'emplacement hanté de mauvais esprits. Entrautres, racontent les anciens, l'eau qui alimente le village, n'était pas potable ; la légende ajoute même que l'eau était si lourde qu'elle écrasait les épaules du porteur. On entendait aussi des cris si extraordinaires d'animaux, que les nouveaux habitants n'y tinrent pas. Comment trouver le moyen de se débarrasser de ces ennuis ? Le bonze indiqua ce qu'il y avait à faire : tant de papiers, tant d'encens à brûler devant l'idole. Alors, le chef de famille Ly s'en va à la ville, distante d'une journée de marche, y faire ses emplettes. Sur ce chemin, s'élèvent quelques auberges chinoises, à 15 ly de la ville, à un endroit appelé Lieou-lin-tsé. Ly s'arrêta chez un chrétien de la famille Jen dont il est parlé plus haut. Logeant chez ce chrétien, il lui raconta son histoire et ses embarras. Alors le chrétien s'offrit à le délivrer des tracasseries des esprits, s'il promettait d'embrasser la religion. « Mais que dira le bonze ? Si le bonze peut me convaincre, reprit le chrétien, je consens à me retirer, sinon, on l'expédiera avec ses diablotins ». Par la toute-puissance divine, la chose finit à merveille, les tracasseries diaboliques cessèrent, le bonze disparut, toute la famille devint chrétienne et les idoles allèrent joindre, par la verticale, les cailloux du torrent qui coule en bas.
    La station de Ta-yuen, ainsi fondée, végéta jusqu'au temps de la Révolution, faute d'ouvriers apostoliques.
    Mgr Dufresse tira de cette famille un enfant qui devint prêtre et mourut au Kouy-tcheou.
    Du temps de Kien-long et de Kia-king, persécuteurs de la religion, les chrétiens de Ta-yuen donnèrent quelques sapèques aux satellites venus pour les dénoncer, et évitèrent les perquisitions du gouvernement chinois. Cependant un voisin habitant l'autre penchant de la montagne venait par trop souvent les réquisitionner. A bout de patience, un des chrétiens l'assomma avec une pile de fer, dans un dîner. Mal en prit à nos chrétiens qui subirent une grave condamnation, et ne purent se délivrer qu'en dépensant leur dernière sapèque. Le mandarin se rendit lui-même chez eux, approuva leur religion, et ordonna qu'on enterrât le cadavre sur le col de la montagne (1790 à 1800).
    Vers la même époque le village fut incendié par les rebelles, et un chrétien tué ; les autres catholiques réfugiés dans les cavernes tuèrent plusieurs brigands.
    Jusqu'à l'empereur Tao-kouang, le prêtre chinois arrivait en secret dans ces montagnes, et aussitôt après minuit, commençait la célébration de la sainte Messe, où tout le monde venait assister à la lueur des torches.
    Un prêtre chinois nommé Yang y mourut. Les chrétiens l'ont enseveli au milieu de leur cimetière commun, et lui ont élevé un tombeau (1842).
    La station de Ta-yuen, soit grâce à son éloignement, soit grâce à sa position au milieu d'une couronne de montagnes qui l'enserrent comme un mur de forteresse, s'est toujours fait remarquer par son esprit de docilité et par son courage à défendre ses droits contre les païens. Elle comprend environ 300 chrétiens, la plupart rejetons de celui qui envoya les idoles au torrent. D'autres familles sont venues s'y grouper, poussées par la persécution, abandonnant leurs propres terrains, pour vivre plus en sûreté.
    Il y a 40 ans, les chrétiens firent une souscription, et donnèrent une petite maison, sur l'emplacement de l'ancienne pagode, pour y recevoir le missionnaire au passage et servir d'oratoire.
    Depuis lors, la station a augmenté, l'oratoire s'est agrandi et un missionnaire y a sa résidence pour toute la sous-préfecture.
    Par suite des alliances matrimoniales, se sont formées aux alentours, dans les montagnes, les stations de Yang-eul-pien (1700), Ho-kia-yuen, Tcheou-kia-gan (1780), Tchou-kia-po, Tong Chan, Tsin-chou-ia, et Siao-se-chan vers 1860.

    1907/46-51
    46-51
    Chine
    1907
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