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Notes Laociennes

LAOS Notes Laociennes
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    LAOS

    Notes Laociennes

    Le Laos est bouddhiste ; partout on rencontre de misérables constructions abritant des statues informes de bouddhas. Pas de style, pas de goût ; si l'on veut trouver quelque chose qui puisse faire l'honneur d'un culte, il faut s'en tenir aux rares pagodes riveraines du Mékhong, aujourd'hui en ruines, et qui ont été édifiées il y a déjà plusieurs siècles. A cette époque, les Laotiens eurent certainement une connaissance assez précise de la religion bouddhique, mais tous les monuments de ce temps sont remplis de détails empruntés au brahmanisme. Que conclure de cela? Que le Laocien a seulement hérité des édifices construits par un peuple qu'il a chassé du pays ou bien que le Laocien a sacrifié à Bramha avant de rendre les honneurs aux bouddhas ; la question est difficile à résoudre. Les Laociens seraient descendus du Yun-nan et des provinces avoisinantes dans le courant du IIIe siècle de notre ère ; or aucun monument ne remonte à cette époque ; pas de traces non plus du culte d'Agni et des prescriptions du Tantrisme. Les histoires locales sont d'une autorité trop discutable pour permettre une opinion sûre. Jusqu'en 1650 environ, nous ne trouvons guère que des portulans, ce qui nous permet d'affirmer que les hauts plateaux de l'Indochine étaient encore inexplorés par les voyageurs européens. Au siècle suivant, nous trouvons des cartes donnant des détails géographiques et économiques de ces régions. Les missionnaires de Siam, Birmanie, Sud-Ouest de la Chine, Tonkin, Annam commencent à parler du Laos, mais pour la question qui nous occupe, ils se contentent de dire : la religion du Laos est le bouddhisme.
    Nous ne sommes pas mieux renseignés par les explorations commerciales et politiques des Chinois au XIIIe siècle, des Hollandais, des Anglais et plus récemment des Français ; car les voyageurs se sont peu occupés de la question religieuse ; quant aux détails économiques et historiques, ils ne peuvent être reçus que sous bénéfice d'inventaire. Quelle autorité peut-on tirer d'un ouvrage qui fit foi jusqu'aux travaux de la mission Pavie et qui confond Vien Chan et Luang Prabang ?
    Restent les manuscrits conservés dans les pagodes ; les plus anciens ne remontent guère à plus de trois siècles ; ils sont écrits dans une langue plus pâlie que laotienne, les caractères d'écriture ne sont pas les mêmes. La mission protestante de Xieng-mai a publié des travaux sérieux sur les manuscrits de cette région, mais on n'en peut tirer une conclusion que pour la partie du Laos qui limite la Birmanie. A côté des manuscrits assez rares qui ont trait à la religion, nous trouvons un nombre incalculable de romans religieux dont le fond est le Ramayana, les Yatakas, etc., etc. La partie la plus sérieuse au point de vue religieux est constituée par les Pha : Vinai (règles) et leurs commentaires qui donnent une idée assez exacte des enseignements du Çakya-Mouni. Les bonzes les apprennent par coeur, sans en comprendre le sens, les récitent par tirades interminables, prosternés devant les bouddhas, et il est permis de croire que leurs adorations ne sont pas animées du plus léger esprit de foi, nous dirions presque qu'elles manquent de sérieux.
    Après avoir longuement discuté avec des chefs de pagodes, chargés d'instruire les novices, on arrive à la conclusion que les bonzes eux-mêmes ont perdu la notion du sens du mot « bouddha » (Phuttha) et du Nirvana. Le bonze vit dans un doux farniente, apprend quelquefois à lire, plus rarement à écrire ; en marmottant ses invocations religieuses, il attend l'heureux moment de commencer la série de ses nombreux mariages. Sans doute le jeune homme entre dans la pagode avec l'idée d'acquérir des mérites qui couvriront l'iniquité de ses parents et la sienne propre, mais cette idée est si vague qu'elle n'influe en rien sur l'intellect si peu philosophique du Laocien. Plus qu'en n'importe quel autre pays, le bonze laocien a divinisé les descendants des Gautamas (Pha : Kho) à l'exclusion de tous les Thevas (anges), demi-dieux, héros, géants qui encombrent la mythologie de ses romans.
    Le bonze passe son temps à apprendre par coeur un fatras de formules auxquelles il attribue une efficacité régénératrice après le péché, une force préservatrice contre les maux de la vie, une liberté de se livrer presque impunément au vice, enfin et surtout, une puissance contre les mauvais génies ou une attirance des faveurs des bons génies. Aussi l'offrande des fleurs, des cierges, de la boule de riz, s'adresse-t-elle moins aux bouddhas qu'aux « phi » (génies) dont son imagination féconde est pourtant débordée. De ceci on peut conclure, qu'après avoir connu la vraie doctrine de Bouddha, le Laocien ne l'a pas conservée comme le Cambodgien et que sa religion actuelle tient plus de l'Hindouisme que du Bouddhisme primitif.
    Si les représentants, les docteurs d'une religion connaissent si peu les principes qui doivent assurer leur félicité éternelle, que penser du peuple? Le Laocien, on peut l'affirmer, est essentiellement superstitieux. Les rapports intimes de la religion et de la superstition dans ce pays ont été lobjet d'une étude approfondie. Montrer la mythologie religieuse et superstitieuse du Laos dans les pagodes, la mythologie du roman et aussi la mythologie qui guide les actions les plus communes du Laocien, pourrait être l'objet d'un travail bien intéressant.

    1914/57-58
    57-58
    Laos
    1914
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