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Nos trente-trois bienheureux

Nos trente-trois bienheureux Nous avons plusieurs fois entretenu nos lecteurs de la Cause de Béatification qui se poursuivait à Rome pour 33 Vénérables Serviteurs1 de Dieu, Confesseurs de la foi et Martyrs dans les Missions confiées à la Société des Missions Étrangères. L'examen de cette Cause est heureusement terminé. Le 24 novembre dernier, en la fête de nos 49 Martyrs béatifiés en 1900, s'est tenue la Congrégation qui devait résoudre la dernière question à laquelle il fut répondu affirmativement.
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    Nos trente-trois bienheureux

    Nous avons plusieurs fois entretenu nos lecteurs de la Cause de Béatification qui se poursuivait à Rome pour 33 Vénérables Serviteurs1 de Dieu, Confesseurs de la foi et Martyrs dans les Missions confiées à la Société des Missions Étrangères.
    L'examen de cette Cause est heureusement terminé.
    Le 24 novembre dernier, en la fête de nos 49 Martyrs béatifiés en 1900, s'est tenue la Congrégation qui devait résoudre la dernière question à laquelle il fut répondu affirmativement.
    A la suite de cette Congrégation fut publié le décret qui terminait la Cause, et dont voici la traduction :

    DÉCRET DE TUTO

    Relatif à la Béatification ou déclaration du Martyre des Vénérables Serviteurs de Dieu

    ETIENNE THÉODORE CUENOT, évêque de Métellopolis,
    JEAN-PIERRE NÉEL, PIERRE-FRANÇOIS NÉRON,
    THÉOPHANE VÉNARD,

    Missionnaires Apostoliques

    ET DE LEURS COMPAGNONS, mis a mort en haine de la foi par les idolâtres en Cochinchine, au Tonkin et en Chine.

    1. La Cause ne renferme plus que 33 noms au lieu de 35. Pour deux des Confesseurs de la foi, Antoine Thien, chrétien de la Cochinchine Occidentale, et Pierre lieu, catéchiste du Tonkin Occidental, les témoignages de leur mort en haine de la foi n'ont pas été reconnus par la Congrégation comme suffisants pour établir péremptoirement le martyre selon les exigences du droit.

    MARS AVRIL 1909, N° 68.

    Sur ce doute :
    Etant donnée la preuve du Martyre et de sa cause, Martyre illustré et confirmé de Dieu par des prodiges et des miracles, peut-on, en toute sûreté, procéder à la Béatification cation solennelle des Vénérables Serviteurs de Dieu.
    Eprouvés à cette heure par une lutte prolongée quoique non sanglante, les vrais fidèles du Christ ont assurément où puiser de l'énergie, chaque fois qu'ils se rappellent de quel courage Dieu a fortifié ses martyrs et à quelle gloire il les fait participer. On entend encore retentir le bruit du massacre qui, au dernier siècle, ensanglanta l'empire Chinois et les régions limitrophes.
    Mais à ce bruit se mêle un cri de joie, c'est le mot de saint Paul qui est répété « Les souffrances de cette vie n'ont aucune proportion avec la gloire future qui nous sera donnée ».
    Au temps providentiellement voulu, Dieu, par la décision de l'Eglise Catholique, a élevé celte glorieuse phalange d'athlètes, aux honneurs des Bienheureux habitants du Ciel, soit pour que les méchants comprennent que, en dehors des pays où règne le Christ, on voit commander en maîtresse la tyrannie la plus abominable, s'étendant au droit de vie et de mort injustement exercé, mais qu'au contraire, sous son joug, la liberté humaine est en sûreté, selon cette parole : « Où est l'esprit de Dieu, là est la liberté ; » soit afin que les catholiques, tremblants pour la destinée de l'Eglise, retrouvent des espérances plus fortes, se souviennent que de même que le Christ a souffert pour entrer dans sa gloire, ainsi l'Eglise et ses enfants ne se frayent le chemin du triomphe que par le sentier du Calvaire.
    Dans cette lutte de l'innocence contre la perfidie, de la douceur contre la haine, quelle chose est la plus étonnante, de la férocité des bourreaux ou de la patience invincible des Martyrs ? On voit toutes sortes de supplices, depuis l'exil le plus dur que le Vénérable Paul Lôc affirmait craindre plus que la mort, jusqu'à la faim, la soif, les outrages, les injures, le mépris de la part de la foule appelée au son des trompettes à ce cruel spectacle comme à une réunion publique, jusqu'aux chaînes, aux cages, aux rotins, aux ceps, au pieu, à la croix, à la décapitation.
    Mais le courage admirable des victimes triomphe de tout, et devant l'horreur de renoncer au nom chrétien et de fouler aux pieds la croix, ils regardent les plus cruels tourments comme des délices, ainsi que le prouvent les actes du martyre du Vénérable Laurent Huong, qui chargé d'une lourde cangue, disait à de nombreux spectateurs attendris : « Cette cangue est vraiment une fleur que Dieu a daigné me donner ».
    Inspirés d'un égal courage, tous, au nombre de 33 de toute condition et de tout sexe, parmi lesquels on remarque principalement le Vénérable Serviteur de Dieu, Etienne Théodore Cuénot, évêque de Métellopolis, avec trois prêtres de la Société des Missions Etrangères de Paris, supportèrent la fureur des bourreaux et une mort cruelle ; leur courage incroyable arracha cet aveu aux infidèles étonnés : « Ceux qui ont une fois embrassé la religion chrétienne bannissent de leur coeur toute crainte des supplices et de la mort ».
    Sa Sainteté le Pape Pie X, après avoir pesé tous les témoignages présentés, a publié un décret paru le quatre des nones d'août, de l'année courante1, dans lequel il établit la certitude du martyre subi par ces athlètes en haine de la foi chrétienne, et rendu évident par plusieurs miracles.
    Il restait un seul point à résoudre conformément au droit : Pouvait-on, en toute sûreté, décerner les honneurs des habitants du Ciel à ces courageux confesseurs de la foi? C'est pourquoi, dans une séance générale tenue le huit des calendes de décembre de cette année, devant Sa Sainteté, le cardinal Dominique Fer-rata, Rapportcur de la Cause, a proposé ce doute : « Etant donnée l'approbation du Martyre et de sa cause, Martyre illustré et confirmé de Dieu par des prodiges et des miracles, peut-on, en toute sûreté, procéder à la Béatification solennelle des Bienheureux Serviteurs de Dieu ». En réponse à ce doute, les Cardinaux et les
    Consulteurs ont unanimement affirmé que l'on pouvait en toute sûreté procéder à la Béatification ; le Souverain Pontife a différé son jugement.

    1.2 août 1908.

    Aujourd'hui donc, troisième dimanche de l'Avent, après la célébration du Saint Sacrifice dans sa chapelle privée, le Saint Père est venu dans la salle Vaticane, et là siégeant sur le trône pontifical, il a ordonné d'appeler les Cardinaux, Séraphin Cretoni, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et le Rapporteur de la Cause, Dominique Ferrara, avec le R. P. Alexandre Verde, promoteur de la Foi, et devant moi secrétaire soussigné, devant tous les assistants, il a dit : « On peut procéder en toute sûreté à la Béatification solennelle des Vénérables Serviteurs de Dieu, Etienne Théodore Cuenot, évêque de Métellopolis, Jean-Pierre Néel, Pierre-François Néron, Théophane Vénard, missionnaires apostoliques, et de leurs Compagnons, mis à mort par les infidèles en haine de la Foi.
    Il ordonna que ce décret devint public, qu'il Mi inséré dans les Actes de la Sacrée Congrégation des Rites, et que l'on envoyât, aux ides de décembre de l'année 1908, des Lettres Apostoliques sous forme de Bref, avertissant de la solennité de la Béatification dans la Basilique Vaticane dès qu'elle serait possible.
    L. S. SÉRAPHIN Card. CRETONI, Préfet de la Sacrée Cong. Des Rites.
    DIOMÈDE PANICI, Archev. de Laodicée, Secrétaire de la S. C. R

    Ce décret fut lu le 13 décembre, en séance solennelle, devant le Souverain Pontife entouré de plusieurs cardinaux et évêques. Etaient également présents le Procureur général de la Société des Missions Etrangères, M. Cazenave, les RR. PP. Cormier, général des Dominicains, Le Doré, supérieur des Eudistes, et M. Herzog, procureur général de la Compagnie de Saint-Sulpice.
    Après la lecture, l'évêque d'Orléans, Mgr Touchet, prononça un discours vibrant d'émotion religieuse et patriotique, presque entièrement consacré à Jeanne d'Arc, sans oublier cependant nos martyrs qu'il salua en ces termes :
    « Très Saint-Père, du front des 36 vénérables Votre Geste auguste de Pontife approche de très près la couronne des Bienheureux.
    « On ne la voit pas encore, on la devine.
    « Or, de ces 36, un seul n'est pas de chez nous, le Vénérable François de Capillas, sorti de la fière et catholique Espagne...
    « Ils sont nôtres les Cuénot, les Vénard, les Néron, les Néel. Ils sont les disciples de notre école polytechnique du martyre, le sublime Séminaire des Missions Etrangères.
    « Ils sont nôtres, les candidats convertis chinois, vierges, catéchistes, mères, artisans. La Chine leur mit du sang aux veines et le leur redemanda. La France leur apprit à le verser dans la résignation et dans l'amour... »
    Le Souverain Pontife soulignait les paroles les plus significatives de l'évêque d'Orléans par des signes approbatifs. Puis il répondit à ses principales idées par un important discours prononcé d'une voix forte et émue. La joie du Pape est grande et il en donne comme motif la glorification des Bienheureux. L'exemple des martyrs se présente opportunément dans un temps où les caractères sont fort abaissés. Le Pape est heureux que ces exemples viennent, pour la plus grande partie, de France, pays où les gouvernements ont ouvertement déployé l'étendard de la rébellion et ont voulu à tout prix la lutte avec l'Eglise.
    Pie X se félicite également, parce que ces manifestations du surnaturel seront pour beaucoup, malgré l'aveuglement volontaire, un rayon divin qui ranimera les consciences ; parce que les martyrs exciteront le véritable courage qui doit avoir pour base les convictions de l'intelligence et de la foi.

    1909/58-61
    58-61
    France
    1909
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