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Nos missions du Japon

Nos missions du Japon C'est le 15 août 1549, en la fête de l'Assomption, que débarquait au Japon le premier missionnaire catholique, et ce missionnaire était saint François Xavier. Il y séjourna deux ans et jeta les fondements de cette église qui devait briller d'un si vif éclat au seizième et au dix-septième siècle, puis disparaître noyée dans le sang de très nombreux martyrs.
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    Nos missions du Japon

    C'est le 15 août 1549, en la fête de l'Assomption, que débarquait au Japon le premier missionnaire catholique, et ce missionnaire était saint François Xavier. Il y séjourna deux ans et jeta les fondements de cette église qui devait briller d'un si vif éclat au seizième et au dix-septième siècle, puis disparaître noyée dans le sang de très nombreux martyrs.
    Nous n'avons pas à raconter ici les événements qui se rattachent à cette évangélisation ; les derniers missionnaires avaient depuis longtemps disparu des terres japonaises, lorsque fut fondée la Société des Missions Étrangères.
    Les deux premiers évêques de la Société, il est vrai, furent nommés Vicaires apostoliques du Japon, mais les barrières infranchissables élevées par les persécuteurs les empêchèrent de s'occuper effectivement de ce pays.
    Vers le milieu de ce siècle seulement, il a été donné aux ouvriers apostoliques de voir tomber ces barrières, et c'est cette seconde prise de possession de l'empire du Soleil levant par la croix, que nous allons brièvement raconter. Nous exposerons ensuite quelques-uns des obstacles qui actuellement entravent le zèle des missionnaires; nous ferons connaître la situation créée à l'apostolat par les nouveaux traités, qui ont mis le Japon au rang des nations civilisées, et nous terminerons en jetant un coup d'il sur l'avenir probable du catholicisme dans cette contrée.
    Les premières tentatives d'évangélisation
    au dix-neuvième siècle
    En 1832, lorsque le Saint Siège confia la mission de Corée à la Société des Missions Étrangères, il joignit à ce Vicariat les îles Riou-Kiou peu éloignées du Japon et que l'on espérait prendre comme base d'opération, afin de pouvoir de nouveau introduire la foi dans l'Empire des Mikados.
    Le Japon resta uni pendant plusieurs années à la mission de Corée, mais les divers projets des Vicaires apostoliques pour son évangélisation ne purent jamais être exécutés.
    C'est seulement en 1844, après la conclusion des traités qui mirent fin à la guerre entre l'Angleterre et la Chine, quun missionnaire de la Société, M. Forcade, put pénétrer aux îles Riou-kiou. Il y séjourna deux ans, soumis à une surveillance rigoureuse par les autorités locales et dans limpossibilité dexercer aucun ministère.
    En mars 1846, le Japon fut érigé en Vicariat apostolique, et M. Forcade, nommé évêque de Samos, devint le premier supérieur de la nouvelle mission. Il fut sacré à Hong-kong le 21 février 1847, mais il ne revit point les îles, théâtre de ses premiers essais apostoliques ; il est mort en 1884, archevêque d' Aix.
    Un missionnaire de Mandchourie, M. Collin, succéda à Mgr Forcade, avec le titre de préfet apostolique; malheureusement il mourut en se rendant à son poste, et M. Libois, procureur général de la Société à Hong-kong, exerça provisoirement les fonctions de supérieur du Japon. Il réussit à envoyer de nouveau quelques prêtres aux îles Riou-kiou. Ils y furent soumis aux mêmes vexations, à la même surveillance tracassière que Mgr Forcade et toujours dans limpossibilité daborder les indigènes et de travailler à leur conversion.
    Vers cette époque, les gouvernements dEurope et dAmérique sefforçaient douvrir au commerce étranger le Japon si longtemps et si strictement fermé ; en 1853, le commodore américain, Perry, réussit à signer un traité ; lAngleterre obtint les mêmes avantages en 1856 et la France en 1858.
    Par ces traités, le Japon ouvrait aux étrangers les ports de Yokohama, Nagasaki et Hakodaté, auxquels furent joints plus tard ceux de Kobé, Osaka, Niigata et Tokyo. Le traité conclu par le gouvernement de Napoléon III renfermait en outre une clause relative à la religion et qui était ainsi conçue :
    « Les sujets français au Japon auront le droit dexercer librement leur religion, et à cet effet ils pourront y élever, dans le terrain destiné à leur résidence, les édifices convenables à leur culte, comme églises, chapelles, cimetières, etc., etc ».
    Ce nétait point encore la liberté puisque le prêtre ne pouvait exercer son ministère quauprès des étrangers, mais cétait déjà la première aurore de la tolérance.
    M. Girard, récemment nommé supérieur de la mission, sempressa de rappeler les prêtres qui étaient aux îles Riou-Kiou et les installa dans les ports ouverts aux étrangers. Leur premier soin fut d'élever à Yokohama et à Nagasaki de modestes chapelles pour les catholiques européens, avec lespoir d'y voir affluer un jour les Japonais, alors sévèrement écartés par les lois de Iempire.
    Bientôt, en effet, la chapelle élevée à Nagasaki, allait être le théâtre de la résurrection de l'Église du Japon, de la découverte des anciens chrétiens.
    C'est à Mgr Petitjean que la Providence réserva l'honneur d'être l'instrument de cette découverte; voici comment il a raconté lui-même cet événement :
    « Un mois à peine s'était écoulé depuis la bénédiction de l'église de Nagasaki. Le 17 mars 1865, vers midi et demi, une quinzaine de personnes se tenaient à la porte de l'église. Poussé sans doute par mon bon ange, je me rends auprès d'elles et leur ouvre la porte. J'avais à peine eu le temps de réciter un pater que trois femmes de cinquante à soixante ans s'agenouillent près de moi et me disent la main sur la poitrine : Notre cur à tous qui sommes ici ne diffère point du vôtre. Vraiment! Mais d'où êtes-vous donc? Elles nomment leur village. Chez nous, presque tout le monde nous ressemble ».
    Les jours suivants, les découvertes se multiplient, les délégations des villages se succèdent, et le 8 juin, 25 chrétientés étaient déjà connues des missionnaires.
    Ainsi, en l'absence de tout secours extérieur, sans sacrements, sauf le baptême, par l'action de Dieu d'abord, puis grâce à la fidèle transmission dans les familles des enseignements et des exemples des chrétiens et des martyrs des seizième et dix-septième siècles, le feu sacré de la foi véritable, ou du moins une étincelle ardente de ce feu était demeurée. Il ny avait donc quà souffler sur cette étincelle et à en ranimer la flamme.
    Sous la direction de Mgr Petitjean, le témoin ou plus exactement peut-être le héros de la découverte, que Pie IX nomma en 1866 évêque de Myriophite et vicaire apostolique du Japon, les missionnaires ne faillirent point à la tâche.
    La Persécution
    Cependant la liberté religieuse n'avait pas été octroyée aux Japonais: les missionnaires ne pouvaient sortir de la concession pour aller dans les villages instruire les fidèles, et ceux-ci avaient défense de se rendre à Nagasaki pour y recevoir l'instruction et les sacrements. Ils y vinrent cependant, même des îles éloignées, en s'entourant de toutes les précautions que suggérait la prudence; la résidence des missionnaires ne désemplissait ni jour ni nuit. On réussit à tromper la surveillance de la police; mais malgré toutes les précautions, il était impossible de garder longtemps secret cet événement et de dissimuler les catholiques, qui se pressaient de plus en plus nombreux autour des missionnaires dans l'église et la résidence.
    La persécution suivit aussitôt et commença en 1867.
    En 1868, un nouvel édit rappelait à tous que la secte perverse des chrétiens était toujours proscrite.
    Cette persécution coïncida avec la grande révolution politique qui devait transformer le Japon.
    Enfermé depuis plusieurs siècles dans son palais de Kioto, pendant que la direction des affaires était entre les mains d'un shogun, sorte de maire du palais, le Mikado voulut prendre le gouvernement effectif de l'empire. Ce ne fut point sans effusion de sang: la guerre civile dura plus d'un an sur terre et sur mer, mais la victoire resta aux troupes du Mikado.
    Aussitôt le calme rétabli dans l'empire, la persécution redoubla d'intensité.
    Du mois d'octobre 1869 au mois de janvier 1870, 4.500 chrétiens furent enlevés d'Ourakami et des îles Goto, conduits en exil et dispersés dans les diverses provinces du Japon. Aucun ne fut mis à mort, mais tous eurent à souffrir plus ou moins dans le lieu de déportation, suivant l'hostilité modérée ou violente des autorités locales. Beaucoup moururent en prison, des suites des mauvais traitements auxquels ils furent soumis et des privations qui leur furent imposées.
    Quand la persécution fut connue en Europe, les nations chrétiennes, par la voix de leurs représentants, insistèrent auprès du gouvernement japonais pour en obtenir la cessation.
    Vers la liberté La hiérarchie catholique
    Après de longues et laborieuses négociations, les diplomates étrangers obtinrent que les catholiques exilés seraient délivrés et renvoyés chez eux; ce qui fut exécuté au mois de mars 1873.
    Ce n'était pas encore la liberté religieuse: le gouvernement ne persécutait plus les chrétiens et ne leur demandait pas de participer à des cérémonies superstitieuses, mais la pratique extérieure de la religion était défendue; et les missionnaires se voyaient toujours enfermés dans les étroites limites des concessions.
    Peu à peu cependant, le gouvernement japonais se relâcha de sa sévérité et les missionnaires purent obtenir des passeports pour circuler dans l'intérieur du pays, mais sans avoir l'autorisation de s'y fixer.
    Dans les années 1877 et 1878, quelques-uns purent s'engager comme professeurs et obtinrent ainsi la permission de résider dans les villes, où ils étaient censés enseigner les langues et les sciences de l'Occident. De cette époque datent la fondation des premiers districts et l'évangélisation effective du Japon.
    Pour mettre à profit cette liberté encore bien précaire, le Saint Siège divisa le Japon en deux Vicariats apostoliques par un décret du 3 décembre 1876: le Vicariat apostolique du Japon septentrional comprenant les deux missions actuelles de Tokio et de Hokodaté fut confié à Mgr Osouf ; le Japon méridional renfermant les deux missions actuelles de Nagasaki et d'Osaka resta à Mgr Petitjean.
    Après la division faite, les fidèles de tout le Japon étaient au nombre de 16.622
    Ainsi répartis : Japon méridional 15.387
    Japon septentrional 1.235
    Des jours meilleurs commencèrent. Les missionnaires, il est vrai, étaient toujours sous le régime des passeports obtenus pour eux du ministère des affaires étrangères par le représentant de la France, sous prétexte d'étude ou autre motif analogue. Ces passeports comportaient le droit de voyager, mais non celui de se fixer dans une ville ou une province quelconque. Heureusement la police ferma souvent les yeux et n'appliqua pas à la lettre tous les règlements; et les ouvriers apostoliques purent travailler à établir solidement les stations de l'intérieur.
    Pendant ce temps, le Japon commençait à adopter nos méthodes et notre civilisation. Il organisait son armée, sa marine, son enseignement et toutes les branches de ladministration; un parlement était créé, composé de deux chambres; la monarchie devenait constitutionnelle, et la constitution était proclamée le 11 février 1889.
    Cette constitution consacrait en droit la liberté religieuse, octroyée en fait depuis plusieurs années; larticle 28 était ainsi conçu: « Les sujets japonais jouiront de la liberté religieuse en tout ce qui nest pas préjudiciable à la paix et au bon ordre, ni contraire à leurs devoirs de sujets ».
    Pour profiter des dispositions que commençait à manifester le gouvernement, le Souverain Pontife créa le Vicariat apostolique du Japon central, le 20 mars 1888, à la veille de la proclamation de cette liberté religieuse, et au lendemain un bref du 17 avril 1891 constitua le Vicariat apostolique de Hakodaté par la division de lancien Vicariat du Japon septentrional.
    Mais au moment où saccomplissait au Japon le sacre du premier évêque de cette dernière mission, à Rome, Léon XIII donnait au gouvernement du Mikado, une nouvelle preuve de confiance en établissant la hiérarchie catholique dans son empire.
    Par les lettres apostoliques du 15 juin 1891, Tokio était élevé à la dignité de métropole avec les trois évêchés de Nagasaki, Osaka et Hakodaté pour suffragants.
    Les missionnaires avaient profité de la liberté, de jour en jour plus grande qui leur était accordée, pour faire entendre la Bonne Nouvelle dans toutes les parties de lempire, et aujourdhui il ny a pas de province, de préfecture, de sous-préfecture, de ville, même peu importante, qui n'ait souvent vu, le prêtre catholique et entendu plusieurs fois sa parole.
    Les oeuvres
    En répandant ainsi à pleines mains la semence dans le champ qui leur était confié, les ouvriers apostoliques n'avaient garde d'oublier les oeuvres d'éducation et d'instruction, si utiles partout pour établir une mission sur des bases solides, si nécessaires au Japon, où le gouvernement a organisé l'enseignement d'après les plus récentes méthodes empruntées à l'Europe et à l'Amérique, depuis l'école primaire du petit village jusquaux moyens et grands collèges, jusquà lUniversité.
    Pour répondre à ces besoins, les missionnaires ont dû faire appel au dévouement de plusieurs congrégations religieuses.
    Les Dames de Saint-Maur arrivèrent les premières et fondèrent à Yokohama d'abord, et plus tard à Tokio, des pensionnats et des orphelinats. Les Surs de lEnfant Jésus de Chauffailles organisèrent, dans le sud et dans le centre, des écoles et aussi des orphelinats et des ouvroirs. Les Surs de Saint-Paul de Chartres dirigent dans les missions de Tokio et Hakodaté un pensionnat, plusieurs écoles prospères et officiellement reconnues et des orphelinats.
    Ces divers Ordres s'occupent aussi des oeuvres de charité, soit par leurs dispensaires, soit par des asiles de vieillards, soit par les gardes-malades quelles forment pour le service des hôpitaux officiels. Enfin les Surs franciscaines missionnaires de Marie viennent d'accepter la charge d'une léproserie dans le diocèse de Nagasaki, et en consacrant leur zèle de Filles de Saint-François à ce pays, elles relient ainsi le présent au passé, car le premier des martyrs donné au ciel par l'ancienne Église du Japon, est un Franciscain, saint Pierre Baptiste, dont on célébrait naguère le troisième centenaire.
    Ce que les religieuses de ces divers Ordres ont entrepris pour léducation des jeunes filles japonaises, les religieux de la Société de Marie (Marianites) le font pour les jeunes gens. En 1888, ils fondaient un premier collège à Tokio ; quelques années plus tard, un second à Nagasaki, et un troisième établissement à Osaka en septembre 1898. Les ordres contemplatifs sont venus à leur tour apporter aux missionnaires le concours de leurs prières et des exemples de leur vie austère et mortifiée. En 1896, les Trappistes prenaient possession du monastère de Notre Dame du Phare au diocèse de Hakodaté. Peu après, les Trappistines fondaient, dans la même mission, le monastère de Notre Dame des Angess.
    Tels sont les principaux travaux et les oeuvres accomplis par les missionnaires et leurs auxiliaires depuis que la lumière de l'Évangile a pénétré de nouveau au Japon.
    Le nombre total des catholiques qui étaient, nous l'avons dit plus haut, de 16.622 en 1876, s'est élevé pendant cette période de 22 ans au chiffre de 53.872 (statistique du 15 août 1898).

    La Liberté et les règlements administratifs

    Les traités signés en 1854 et les années suivantes entre le Japon et les puissances chrétiennes n'avaient point admis que les étrangers fussent soumis à la juridiction japonaise, ils avaient conservé le principe de l'extraterritorialité. Depuis 1868, le Japon n'a cessé de travailler à obtenir la révision de ces traités et l'abrogation des clauses qui blessaient son amour-propre national. C'est en partie dans ce but qu'il n'a reculé devant aucune réforme intérieure: successivement il a organisé selon nos méthodes occidentales, son armée, sa marine, son gouvernement, son administration, ses écoles, ses tribunaux, ses codes. Aujourd'hui il nous offre le spectacle, unique dans l'histoire, pensons-nous, d'un pays qui, dans une période de trente ans, est passé du régime féodal au régime parlementaire moderne et est arrivé à une civilisation matérielle très avancée, sans la religion chrétienne.
    Les puissances d'Europe et d'Amérique lui ont tenu compte des progrès réalisés dans cet ordre de choses et ont comblé son désir le plus cher en l'admettant dans le concert des nations civilisées.
    Par les traités signés de 1894 à 1896, elles ont renoncé au privilège de l'extraterritorialité. Ces nouveaux traités ont été mis en vigueur en juillet et août 1899. C'est une ère nouvelle qui commence pour le Japon.
    Ce pays resté pendant plusieurs siècles hermétiquement fermé aux étrangers, ayant à peine et seulement sous la pression de la force entr'ouvert ses portes, est désormais complètement ouvert. Le temps des passeports est fini; les étrangers, missionnaires, commerçants et touristes pourront circuler librement dans l'empire, s'y fixer, y louer des terres et des maisons, mais en même temps ils deviennent justiciables des tribunaux japonais; la justice consulaire a pris fin.
    Il serait prématuré de dire quelles seront pour l'évangélisation les conséquences de ce nouvel état de choses; on ne pourrait faire que des hypothèses, lavenir dira qui a raison de ceux qui espèrent que lentière ouverture de ce pays aux Européens contribuera à la conversion des Japonais, ou de ceux qui y voient un obstacle de plus à laction du catholicisme.
    Les craintes de plusieurs ne seraient pas sans motif, si les mesures récentes, édictées par le gouvernement, devaient être appliquées rigoureusement. Il y a quelques mois, en effet, que le nouvel état de choses existe, et déjà il semble que le gouvernement cherche par de nombreux règlements à multiplier les entraves devant les ouvriers apostoliques. Une ordonnance du ministre de linstruction publique défend denseigner la religion et de faire aucune cérémonie religieuse dans les écoles gouvernementales, municipales ou libres, qui suivent les programmes officiels, et pour être tolérée, toute école libre doit se conformer à ces programmes.
    Une ordonnance du ministre de l'intérieur prescrit, à son tour, les formalités auxquelles seront astreints les missionnaires.
    Pour ériger église, chapelle, salle de prédication ou tout autre local destiné à un usage religieux, il sera nécessaire de demander la permission aux autorités locales, et dénoncer les raisons de cette création. Il sera également nécessaire de notifier à ces autorités le nom du titulaire de chaque poste, le mode de sa nomination ou élection, la méthode dévangélisation par lui employée. Tout changement de titulaire, tout transport ou abandon de local affecté à un usage religieux devra être déclaré dans un délai déterminé.
    Dans quel esprit seront appliqués ces règlements? Il est difficile de le prévoir; mais nous voulons espérer que le gouvernement japonais se montrera assez libéral pour ne pas retirer en pratique, par des formalités vexatoires, la liberté religieuse reconnue à tous par la constitution de 1889; nous aimons à croire quen établissant de pareils règlements, il a cédé à une manie de bureaucrate, plutôt qu'à la pensée d'entraver le zèle des missionnaires.
    Nous croyons que de la part des autorités on n'a plus à redouter de persécution ni ouverte ni cachée; c'est ailleurs qu'il faut chercher les causes, qui s'opposent à la rapide propagation de l'Évangile dans ce pays.

    Obstacles à l'apostolat catholique
    Le Japon a accepté la plupart de nos institutions, il a fait appel aux hommes de l'Occident pour organiser toutes ses administrations: c'était une nécessité imposée par les circonstances et à laquelle il s'est résigné, parce qu'il compris que pour ne pas devenir la proie d'un peuple étranger, il fallait se mettre sur le pied des nations modernes.
    Mais en acceptant cette situation, il prenait des mesures, pour éliminer peu à peu cet élément étranger.
    Pendant que des fonctionnaires européens, au service du gouvernement japonais, organisaient le pays qui s'ouvrait, une multitude de jeunes gens étaient envoyés par le gouvernement dans les diverses écoles d'Europe et d'Amérique, afin de s'initier à nos méthodes d'administration, à nos sciences et à nos arts, et de se préparer à remplacer un jour les Européens que l'on devait momentanément subir. Cette élimination, depuis longtemps commencée, est aujourd'hui à peu près complète; déjà la plupart des administrations ont congédié les attachés étrangers qu'elles avaient employés à titre de conseillers ou à d'autres titres. Le Japon est maintenant persuadé qu'il n'a plus rien à apprendre de nous; il croit avoir pris aux divers pays civilisés ce que chacun avait de meilleur, et être devenu supérieur à tous.
    Dans un accès de franchise, certains Japonais disent volontiers ce que tous pensent au fond du coeur :
    « Nous serons bientôt plus forts que les Européens à tous les points de vue, car nous ne prenons des civilisations avec lesquelles nous sommes en contact que la quintessence.»
    Le jeune empire du Soleil levant a donc la prétention de se passer de nous en toutes choses, même en matière religieuse.
    Cependant il ne peut s'empêcher de voir que le shintoïsme et le bouddhisme sont d'anciennes croyances minées de toutes parts; l'instruction donnée dans les écoles de divers degrés ne laisse plus rien subsister des dogmes de ces religions, si dogmes elles avaient. Pour remplacer ces vieux cultes, les Japonais ont pratiqué l'éclectisme, qui leur a réussi dans les autres branches de leurs connaissances. Il leur est impossible de méconnaître la supériorité de la morale chrétienne. Ils feront donc un choix, ils remanieront leur vieux shintoïsme, ils reformeront le bouddhisme de leurs voisins de Chine et de Corée, ils élagueront de ces antiques croyances ce que ne peut plus admettre un peuple éclairé : à ces religions rajeunies, modernisées et unifiées, ils joindront quelques-uns des plus beaux préceptes de la morale évangélique, et ainsi sera fondée la religion qui seule peut satisfaire les aspirations du pays. Ce sera la religion parfaite, parce qu'elle renfermera la quintessence de tout ce que les autres ont de bon; mais ce sera une religion japonaise, et le Japon ne sera tributaire de l'étranger pas plus en matière religieuse qu'en matière civile.
    Le Christianisme n'est pas seulement une religion étrangère, elle est contraire au bien du pays et de la famille au Japon. L'empire a jusqu'ici reposé sur la foi aux dieux fondateurs de la nation et sur le culte religieux des ancêtres.
    Par conséquent, le Christianisme, qui propose un autre Dieu, enlève ou détruit le fondement même de l'empire.
    La vraie religion du peuple japonais, c'est le patriotisme; sa morale est toute dans la fidélité au souverain descendant des dieux et dans l'obéissance aux parents; le but de l'une et de l'autre est le maintien de la dignité nationale et la prospérité de la famille et de la nation. Le Christianisme, proposant à l'homme un autre but, le distrait de l'amour qu'il doit à son pays et à sa famille. Donc un homme qui aime son pays ne peut être à la fois Japonais et chrétien (1). Tout dans l'éducation japonaise concourt à maintenir et à aggraver cette fausse notion du patriotisme.
    (1) La Religion de Jésus ressuscitée au Japon. Marnas, t. II¸ p. 557.
    D'ailleurs sur cette question, le Japonais est susceptible à lexcès, il est chauvin au delà de toute expression.
    On conçoit par là combien il lui répugne d'embrasser une doctrine qui vient combattre de front et ruiner l'idée qu'il a de sa patrie et de son empereur. Est-ce à dire que tous les Japonais croient encore aux légendes enfantines sur l'origine divine du Mikado? Evidemment non. Beaucoup n'y ajoutent plus aucune foi, mais tous doivent parler et agir comme s'ils en étaient fermement convaincus, parce que ce serait ruiner le Japon que de parler ou agir autrement. Cet amour-propre national, ce patriotisme étroit et susceptible a été blessé bien des fois dans ses fibres les plus sensibles par le sans-gêne démocratique des protestants venus de la républicaine Amérique, qui n'ont pas eu pour cette infirmité de l'esprit japonais les égards souhaités. De là est née l'antipathie contre cette religion, qui a paru antijaponaise, et trop peu éclairés pour distinguer la vérité de l'erreur, les habitants du Nippon ont englobé dans ce même sentiment les multiples sectes protestantes, mais aussi la seule véritable Église du Christ : l'Église catholique.
    De tous les obstacles entravant la propagation de la religion chrétienne, le plus redoutable est le scepticisme, qui depuis plusieurs années semble envahir le pays.
    Le Japon n'a pas seulement pris à l'Europe ses inventions les plus perfectionnées, il lui a emprunté aussi les idées qui ont cours dans les sphères officielles et savantes. La science, qui a produit de si merveilleux résultats, les a éblouis; volontiers ils ont cru ce qu'affirmaient les docteurs de nos universités, dont ils suivaient les leçons, que la science donnerait l'explication de toutes choses. Il y a quelques années, un des personnages les plus en vue de l'Université impériale de Tokio traduisait la pensée de beaucoup de ses compatriotes, lorsqu'en empruntant à Schopenhauer une de ses comparaisons, il disait : « Semblable à ces mouches phosphorescentes qui ne luisent que dans l'obscurité de la nuit, la religion ne peut fleurir que dans une époque d'ignorance ou parmi les peuples sauvages; chez les peuples civilisés, la science a remplacé la religion ».
    Ce scepticisme a été introduit et propagé par les Japonais que le gouvernement a envoyés dans les universités d'Allemagne, d'Angleterre, de France et d'Amérique. Ces étudiants ont appris dans ces écoles officielles à ne plus croire qu'aux notions positives de la science. De retour dans leur pays, ils ont propagé ces idées, et grâce aux positions élevées que la plupart d'entre eux occupent, ils ont peu à peu imprégné de leur scepticisme l'esprit de leurs compatriotes.
    La presse leur a été d'un grand secours pour répandre leurs idées, car au Japon aussi la presse est une puissance. Les journaux quotidiens, les revues et toutes sortes de périodiques sur les questions les plus diverses vont se multipliant d'année en année. Le savoir des écrivains japonais étant trop pauvre pour alimenter ces innombrables publications, les publications similaires de la vieille Europe ou ses ouvrages fournissent les matériaux que les rédacteurs assaisonnent au goût de leur public.
    Le Japonais, du reste, n'est pas plus inventif dans le domaine des idées philosophiques ou autres que dans le domaine matériel, peut-être même l'est-il moins. C'est surtout en Allemagne que les chercheurs d'idées vont faire ample provision de données spéculatives. Chose étonnante! ce peuple si peu philosophe qu'il n'a même pas dans sa langue nationale les mots nécessaires pour exprimer les idées philosophiques, mais doit les emprunter aux Chinois, ce peuple discute à perte de vue sur les nuageux systèmes de Kant, de Schopenhauer, de Spencer.
    Une autre cause, qui n'a pas peu contribué à faire naître et à développer le scepticisme, est la multiplicité des sectes protestantes. Quelques-unes de ces sectes n'ont plus de chrétien que le nom. Avec leur principe de libre examen, elles sont arrivées à ne plus croire à la divinité de Jésus-Christ, à mettre en doute la spiritualité de l'âme, son immortalité, son existence, l'existence même de Dieu. Toutes assurément ne vont pas jusque-là, et les sectes si avancées sont une rare exception. Mais la multiplicité seule des Églises ne peut que persuader aux Japonais qu'il en est du Christianisme commue du Bouddhisme si divisé, que la vérité ne se trouve ni d'un côté, ni de l'autre, et qu'il n'y a aucune religion vraie.
    Les sectes protestantes sont nombreuses au Japon. Dès que les premiers traités entrouvrirent les portes de l'empire les prédicants américains et anglais se hâtèrent d'accourir. Aujourd'hui, on compte dans tout le pays 37 sectes différentes avec un personnel de 692 missionnaires étrangers (hommes et femmes); 308 ministres indigènes ordonnés: 720 prédicants indigènes non ordonnés ou aides prédicants ; 393 catéchistes femmes chargées de la propagation et de l'explication de la Bible : total des fidèles, 40.981. Ces chiffres sont tirés de la statistique publiée par le Révérend Loomis de Yokohama pour l'année 1898.
    Il faut ajouter les schismatiques russes représentés par un archevêque, quelques popes venus de Russie, un clergé indigène avec des catéchistes et 24.531 fidèles. (Statistique de 1898.)
    Toutes ces sectes hérétiques ou schismatiques sont désignées sous le nom générique de Yasokyo (religion de Jésus), et pour beaucoup le catholicisme est l'une d'elles. Avouons-le, d'ailleurs, il est bien difficile même à un esprit non prévenu de se reconnaître au milieu de ces Eglises diverses qui toutes prêchent Jésus-Christ, toutes prétendent avoir la vraie doctrine et se combattent mutuellement. De cette difficulté de distinguer où est la vérité, les Japonais concluent à l'impossibilité et tombent dans le scepticisme.
    A tous ces obstacles, il faut ajouter la fièvre de l'évolution politique, du commerce, de l'industrie, des spéculations qui se développent de jour en jour et absorbent les esprits. Il faut ajouter surtout le manque de ressources pour créer et entretenir les oeuvres nécessaires ou utiles à l'évangélisation. Sans doute les missionnaires de tous les pays gémissent de ne pouvoir accomplir le bien que leur zèle ambitionne, parce que les ressources ne sont pas en proportion des besoins. Mais il semble que, par suite des transformations particulières, survenues si rapidement au Japon, les missions sont dans une situation plus précaire, parce que des ressources numériquement semblables ne suffisent pas à soutenir les mêmes oeuvres. Tandis que dans certaines contrées un catéchiste est payé 10 à 15 fr. par mois, les missionnaires du Japon ne peuvent en avoir à moins de 35 ou 50 fr. suivant la province. La difficulté est plus grande encore pour recruter le personnel des écoles, parce qu'il est nécessaire d'avoir des maîtres diplômés qu'il faut payer fort cher.

    L'avenir
    Et maintenant nous sera-t-il permis de nous demander quel sera, au point de vue religieux, l'avenir de ce pays?
    L'avenir est entre les mains de Dieu, et il est bien difficile de le prévoir, surtout pour une nation, qui est en pleine période de transformation et où les changements les plus imprévus se succèdent avec une rapidité étonnante.
    Un des écrivains, qui connaissent le mieux le Japon, écrivait, il y a quelques années à peine, étant encore protestant: « Rendre tout le Japon chrétien par un édit, qui paraîtrait un beau matin, ne semble pas être dans le programme des hommes d'État de l'heure présente. Mais qu'un événement de ce genre se produisît d'ici à vingt ans, ce ne serait pas aussi invraisemblable que bien des choses actuellement réalisées dans ce pays d'improbabilités ».
    Il semble pourtant qu'on ne doive pas compter, dans un avenir prochain, sur un mouvement de conversions en masse. Ce qu'il est permis d'espérer, c'est que l'Église catholique prendra de jour en jour de plus profondes racines au Japon, qu'elle ira en progressant, suivant une marche lente et ininterrompue, jusqu'au jour où mieux connue, elle verra tomber les préjugés répandus contre elle et se présentera au pays comme la seule véritable religion civilisatrice.
    A côté des nombreux obstacles que nous avons vus, il y a aussi des motifs d'espérer pour l'évangélisation un avenir meilleur encore éloigné peut-être, mais qui donnera aux missionnaires, nos successeurs, la joie de recueillir la moisson que rêvent aujourd'hui les ouvriers de la première heure.
    Sans parler des motifs surnaturels de cette espérance, des martyrs innombrables que le Japon a fournis au ciel et qui intercèdent là-haut pour leur patrie, si l'on considère seulement le chemin parcouru pendant les vingt-cinq dernières années, simplement au point de vue religieux, il semble qu'on puisse attendre un magnifique développement de notre foi.
    En effet, malgré les préjugés séculaires dont le peuple japonais était animé contre le Christianisme, malgré la crainte, la défiance, la haine dont il était prévenu à l'égard des étrangers, malgré les entraves laissées par les premiers traités à la liberté des missionnaires, il n'y a pas aujourd'hui de condition sociale dans laquelle le Christianisme ne compte de partisans ou d'adeptes. Sans doute, les Japonais reçoivent et s'assimilent les sciences et les arts de l'Europe, plus volontiers et plus vite que sa religion (1).
    Néanmoins malgré leur scepticisme de surface, ils sentent le besoin d'une religion, car l'âme du peuple est restée au fond ce qu'elle était autrefois: religieuse. Il y a peu d'hommes intelligents et de bonne foi, qui ne reconnaissent la beauté du Christianisme et n'avouent sa supériorité. Les deux anciennes religions de l'empire, le shintoïsme et le bouddhisme, s'affaiblissent de jour en jour, et ceux qui croient à la nécessité d'une religion et d'une religion nationale, ne trouvent rien de mieux pour vivifier la religion shintoïste que de lui infuser les principes et les dogmes empruntés au Christianisme.
    Beaucoup de Japonais éclairés se préoccupent de cette question, et dernièrement un groupe important de professeurs de l'Université s'est constitué à Tokio pour opérer cette réforme. Parmi eux se trouvent des hommes qui ont été les plus ardents adversaires de tout Christianisme, et cependant, ils n'ont pas reculé devant les emprunts à faire au Christianisme, comme en peut faire juger le résumé des dogmes nouveaux que les fondateurs offrent à la nation japonaise.
    « Il y a un Dieu supérieur unique ayant pour attributs l'Intelligence, la Force et l'Amour. » Unité et trinité, ils acceptent le mot.
    «L'âme de l'homme est d'origine divine et immortelle. Son corps fut créé par l'énergie divine, mais n'en contient pas assez pour être immortel.
    « Le plus grand criminel peut mériter le pardon et même la faveur de Dieu s'il se repent avec sincérité. Il sera tenu compte à chacun de ses actions, et il en sera récompensé ou puni dans le monde futur. »
    (1) Marnas, op. c. II, p. 567.
    Les professeurs de l'Université ne sont pas les seuls à se préoccuper de la question religieuse. Dans les revues¸ dans les journaux de province comme dans ceux de la capitale, cette question est souvent abordée, et chaque écrivain apporte sa solution.
    Tout changement dans l'état d'esprit d'une nation ne peut être que l'oeuvre du temps, de longs et persévérants efforts; ce n'est pas dans une période de quelques années que les idées se modifient radicalement.
    Déjà, cependant, il est permis de constater d'heureux changements dans la disposition générale des esprits à l'égard de la religion chrétienne; le ton de la presse a changé, il est devenu moins hostile; plusieurs de ses organes les plus autorisés ne craignent pas de réclamer pour la religion chrétienne et ses oeuvres la liberté entière et la suppression des entraves apportées à son expansion. Dans toutes les classes de la société, on entend dire que s'il y a une religion vraie, c'est le Christianisme.
    Tout permet donc d'espérer que l'esprit japonais se ressaisira. Quand sera tombée la fièvre des transformations prodigieuses accomplies dans la courte période d'une trentaine d'années, le Japonais redeviendra ce qu'il était, un peuple religieux; il comprendra la nécessité de donner à sa civilisation une base plus solide que le progrès matériel et une science athée, et alors il ne s'adressera ni au schisme russe, ni au protestantisme, mais à la seule véritable religion de Jésus.
    En effet, aux yeux de tout esprit clairvoyant, la religion russe est inséparable de la politique des tzars et un des principaux moyens de gouvernement. Or, étant donné l'ardent patriotisme du peuple japonais, joint à la crainte que lui inspire naturellement le voisinage de la Russie, il est peu probable que la religion russe soit jamais adoptée par le Japon.
    Le protestantisme ne fait pas naître les mêmes craintes, mais il est divisé en sectes multiples; à cause de son manque d'unité et de dogmes fixes, il ne peut donner satisfaction aux esprits qui cherchent sérieusement la vérité. Le principe fondamental du protestantisme, le libre examen, est du reste l'opposé de l'âme japonaise. Dans le passé et aujourd'hui encore, malgré les transformations survenues, tout au Japon a reposé et repose sur le respect religieux de l'autorité. Or, l'esprit du protestantisme est un esprit d'insubordination, de négation de toute autorité. C'est même une des causes qui ont conduit les écrivains japonais à signaler les sectes protestantes, avec lesquelles trop souvent ils identifient la religion catholique, comme un danger social, une doctrine antijaponaise.
    Le vrai christianisme, le catholicisme, n'a rien qui puisse inspirer des craintes comme le schisme russe, ou le faire traiter en ennemi de l'ordre social comme le protestantisme; il est universel et n'est étranger à aucun pays; il est le défenseur de toute autorité légitime dans la famille et dans l'État, parce qu'il enseigne que toute autorité vient de Dieu; il donne satisfaction aux désirs des individus et des nations; donc vers lui, nous l'espérons fermement, se tournera un jour le peuple japonais, lorsque disparaîtront complètement ses défiances anciennes, lorsque son patriotisme sera plus éclairé et partant plus vrai, lorsqu'il aura reconnu que si la science a résolu et résout encore tous les jours de nombreux et difficiles problèmes, il y en a pourtant sur lesquels elle sera toujours muette, parce que seule la religion révélée par Dieu apporte la solution des questions qui intéressent et préoccupent davantage l'humanité.
    La lutte entre la vérité et l'erreur durera de longues années peut-être, mais il est permis de croire, que le siècle, qui va s'ouvrir, verra à son déclin une église florissante et prospère chez ce peuple, que saint François Xavier appelait les délices de son cur
    1900/102-120
    102-120
    Japon
    1900
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