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Nos missions de l'Inde Pondichéry, Maissour, Coimbatour (I)

Nos missions de l'Inde Pondichéry, Maissour, Coimbatour (I)
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    Nos missions de l'Inde Pondichéry, Maissour, Coimbatour (I)

    L'Inde a subi depuis cinquante ans de notables changements; la civilisation européenne y est entrée de toutes parts : chemins de fer, télégraphes, constructions superbes, grandes routes bien entretenues, journaux, livres, universités, collèges, écoles, hôpitaux, associations, finances aux lourds budgets, armée, police, administration avec ses rouages compliqués, bureaucratie grandissante, commerce que la concurrence rend chaque année plus difficile, théâtres, courses, jeux, elle n'a rien à nous envier, et n'étaient les famines qui trop fréquemment la désolent, elle offrirait, malgré l'aspect misérable des huttes indiennes qui avoisinent le confortable bungalow anglais et les révoltes qui inquiètent parfois le vainqueur; le spectacle d'une colonie prospère.

    Lès hommes ont, comme les choses, subi des changements, extérieurement du moins.

    Au lieu de s'élancer, par la contemplation, dans les sphères éthérées, le brahme habite les sphères gouvernementales ; il est magistrat, médecin, avocat, il embrasse les carrières libérais qui conduisent aux honneurs ou à la fortune; les castes . supérieures l'imitent dans la mesure de leurs forces, et l'on voit aujourd'hui les bureaux d'administration, les maisons de commerce, les gares de chemins de fer, remplis d'employés indiens parlant et écrivant l'anglais. Mais l'âme indienne n'a pas été atteinte dans ses profondeurs; les séparations et les préjugés de caste sont encore très vivaces, les superstitions sont pratiquées presque sous toutes les formes, et les coutumes séculaires, battues en brèche, sont loin d'avoir disparu.

    (1) Ceux de nos lecteurs qui désireraient bien connaître ces Missions, doivent lire l'ouvrage de M. Adrien Launay : Histoire des Missions de l'Inde, Pondichéry, Maïssour, Coïmbatour, 5 volumes, gravures et cartes; chez Téqui, 29, rue de Tour-non.

    La masse du peuple pauvre et ignorant a été moins attaquée encore, elle demeure rivée à son métier, à son champ, à ses usages, se nourrissant de quelques grains de riz, vêtue de haillons, souple devant le vainqueur qu'elle n'aime pas et lui payant de gros impôts malgré sa pauvreté. Ces cieux civilisations vivent côte à côte et vivront ainsi longtemps; il est bien évident néanmoins que c'est la civilisation indienne qui perd du terrain.

    Ce qui frappe d'abord l'observateur européen dans les institutions sociales De ces peuples, c'est la répartition des habitants en une foule de castes, vestiges des races diverses qui sont venues successivement se fixer sur un même sol et se sont juxtaposées sans se mélanger ni s'unifier.

    On ne distinguait autrefois que quatre castes principales : les Brahmes, prêtres; les Kchatrias, guerriers; les Vaïssyas, agriculteurs et commerçants, et les Soudras, artisans. Ces castes se sont subdivisées en fractions presque innombrables qui ne sont en réalité que des corporations de métiers, « sociétés restreintes dont le domaine ne s'étend parfois pas « au delà d'une province, d'un canton, même d'un village ». Disons tout de suite que si une telle institution présente de grands inconvénients ruine du patriotisme, destruction de la liberté individuelle et de l'initiative, négation de l'égalité entre tous les hommes, elle offre certains avantages pour établir et perfectionner l'ordre, faciliter le gouvernement et l'administration, contenir les passions, prévenir la dégradation et la barbarie.

    La Société des Missions-Etrangères possède dans l'Inde trois missions : Pondichéry, Maïssour, Coïmbatour.

    Le territoire de la mission de Pondichéry se divise au point de vue physique en cieux parties :

    10 A l'Ouest, quelques montagnes peu élevées, derniers contreforts des Ghâtes orientales, couvertes de forêts où les plus riches essences croissent avec une extraordinaire rapidité.

    20 A l'Est, une immense plaine basse, parcourue par plusieurs rivières dont les principales sont : du Nord au Sud, le Palar long de 350 kilomètres avec un bassin de 16,300 kilomètres carrés, le Pennar long de 390 kilomètres avec un bassin de 16,000 kilomètres carrés, le Velar et enfin le Kavéri qui, descendant des Ghàtes du Coorg, arrose le district de Salem et la plaine du Tanjore; c'est là que se forme son delta dont la base présente un développement de plus de 160 kilomètres aux deux côtés de la pointe Calimère. La branche du nord du Delta prend le nom de Colerun et débouche à 58 kilomètres au sud de Pondichéry. La branche qui conserve le nom de Kavéri garde un volume d'eau beaucoup moindre.

    La côte qui s'infléchit un peu au centre pour former le fond du golfe du Bengale est sans cesse battue par un flot furieux et n'offre aux navires que des rades ouvertes où les brisants rendent le débarquement difficile.

    La mission du Maïssour comprend le royaume de ce nom, les provinces du Coorg et du Collégal, une partie du Wynaad et le taluli (i) d'Ossoor dans le district de Salem.

    Le Maïssour est un vaste plateau dont l'élévation moyenne au Nord et au Sud est d'environ 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, tandis que le Centre atteint une hauteur de 3,000 pieds. Il est entouré de montagnes, excepté vers le Nord, traversé par quelques collines et renferme un certain nombre de pies isolés couronnés de forts ou de temples païens.

    (1) Tabac, subdivision d'un district, à la tète de laquelle se trouve un magistrat appelé

    thasildar.

    La parlie septentrionale du royaume est arrosée par le Tunga-Cbadra et le Hugry, le Sud par un des fleuves sacrés de l'Inde, le Kavéri qui, comme il a été dit ci-dessus, prend sa source dans les montagnes du Coorg. De nombreux étangs disséminés sur toute la surface du pays entretiennent une humidité continuelle et contribuent à augmenter la fertilité naturelle du sol, surtout dans le Wynaad ; le Collégal est couvert de forêts.


    Il est traversé clans sa partie occidentale par les Ghâtes qui se divisent en une série de petits systèmes sans orientation continue.

    Les plus célèbres de ces montagnes sont au Nord-Ouest les Nilgiris (6,900 pieds) dont le plateau couvert de plantations diverses, parmi lesquelles dominent le caféier et le thé, est remarquable par la salubrité de son climat ; aussi les Anglais s'y installent-ils nombreux, principalement à Ootacamund et à Coonoor, pour remettre des fatigues que leur causent les chaleurs de la plaine.



    C'est en 1776 que la Société des Missions-Étrangères fut chargée de l'évangélisation de ces pays. En effet, par un bref daté du 30 septembre de cette année-là, le Souverain Pontife Pie VI lui avait donné les missions des Jésuites clans l'Inde avec Mgr Brigot, l'ancien Vicaire apostolique de Siam, pour supérieur.

    Le fardeau était lourd, les difficultés immenses : outre les difficultés inhérentes à l'apostolat en général, il y en avait de spéciales pour des Français, à une époque où l'Angleterre et la France se disputaient l'empire des Indes. La Providence pourvut à tout, elle donna aux missionnaires la prudence pour éviter les obstacles et le zèle pour les vaincre. Sous la direction des évêques qui se succédèrent à leur tète, ils purent tout d'abord, sinon donner à l'évangélisation une extension considérable et fonder de nouveaux établissements, du moins conserver ce qui existait, garder au coeur des néophytes la foi vive et pure, soutenir leur séminaire et quelques écoles, en un mot préparer l'avenir.

    Jusqu'en 1836, les pays qui avaient été ainsi confiés aux prêtres des Missions-Etrangères furent désignés sous le nom de Mission Malabare ou du Carnatic. A cette époque, par un bref du 8 juillet, le Pape Grégoire XVl érigea ce territoire en Vicariat apostolique de la côte de Coromandel.

    A mesure que grandit le nombre des missionnaires et celui des chrétiens, on songea à former de nouvelles circonscriptions. C'était le moyen de concentrer sur un territoire moins vaste les efforts des ouvriers apostoliques, par conséquent de leur donner une efficacité plus puissante d'abord, et une plus grande expansion ensuite. Pour ces motifs, dès 1845, le vicariat apostolique fut divisé en trois missions : Pondichéry, Maïssour et Coïmbatour, ayant un évêque à la tète de chacune d'elles et des limites bien déterminées. Toutefois ce fut seulement cinq ans plus tard que fut définitivement consacrée cette division, par le bref du Souverain Pontife Pie IX qui érigeait en vicariats apostoliques distincts les trois nouvelles missions. Ce bref est daté du 3 avril 1850

    Enfin, le Ier septembre 1886, par la bulle Human salutis, Léon XIII ayant décrété l'établissement de la hiérarchie catholique dans l'Inde, les trois vicariats apostoliques sont devenus des diocèses. Un bref pontifical du juin 1887 constitua la province ecclésiastique dont Pondichéry est la métropole, avec Maïssour et Coïmbatour pour suffragants. Plus tard, le Io août 1883, comme nous l'avons dit dans le numéro précédent de nos Annales, le nouveau diocèse de Malacca fut rattaché à cette province.

    Cent vingt ans se sont écoulés depuis que les prêtres des Missions-Étrangères ont été appelés à exercer le ministère apostolique sur la terre des Indes. On peut dire que leurs missions, dans ce pays, ont grandement progressé et se sont rapidement développées sous l'action des évêques que la Providence leur a donnés.

    A plusieurs reprises, d'épouvantables fléaux les ont ravagées. Qui ne se souvient de la famine de 1877, où plus d'un million d'hommes moururent de faim? Les missionnaires donnèrent tout ce qu'ils avaient, comme ils le font encore aujourd'hui dans des circonstances presque aussi pénibles, afin de pouvoir offrir quelque soulagement aux affamés.

    Partout, la souffrance et le malheur donnent l'accroissement aux églises: en certain pays, ce sont les persécutions; aux Indes, c'est surtout la misère. Pendant l'année 1875, les missionnaires avaient baptisé 2,512 païens; pendant les années 1877 et 1878, ils en baptisèrent 66,706.

    Des congrégations de religieuses européennes, Saint-Joseph de Cluny, Bon-Pasteur d'Angers, Franciscaines Missionnaires de Marie, Saint-Joseph de Tarbes, sont venues se fixer clans ces missions et prêter leur précieux concours aux ouvriers apostoliques. On y rencontre aussi des communautés florissantes de religieuses indigènes carmélites, soeurs du Saint-Coeur de Marie, de l'Immaculée-Conception, de la Présentation, de Sainte-Anne, de Saint-Louis de Gonzague. Une communauté de Frères vient aussi de se fonder à Bangalore.

    Parmi les autres oeuvres et moyens d'action qu'offrent les missions de l'Inde, nous citerons : des collèges affiliés à l'université de Madras, de nombreuses écoles qui reçoivent des allocations du gouvernement, grâce à leur bon fonctionnement, des hôpitaux où les malheureux reçoivent les soins du corps avec ceux de l'âme, des orphelinats où, par suite des famines qui trop souvent désolent le pays, les enfants se pressent nombreux. Nous devons ajouter à ce tableau de belles églises, élevées principalement à Pondichéry et dans les environs, à Bangalore, à Coïmbatore et aux Nilgiris.

    Malheureusement le protestantisme parcourt l'Inde, semant l'or à pleines mains et essayant d'acheter des âmes que la conviction ne lui amène pas. Il a, lui aussi, construit des collèges, des écoles et des oeuvres de bienfaisance ; il a inondé le pays de bibles, et, ce qui cause un mal trop souvent irréparable, il répand partout des calomnies contre le catholicisme. Ses diatribes agissent sur l'esprit des Indiens; elles y font naître une sorte de scepticisme difficile à déraciner.

    Que de fois les missionnaires n'ont-ils pas désiré la conversion de l'Angleterre pour arriver plus aisément à la conversion des Indes ! Ah! certes, si Dieu accordait cette grâce à leurs prières ; s'il donnait à l'Anglais quelque chose de l'esprit de prosélytisme qui anime le Français ; si surtout il lui soufflait au coeur un peu de zèle apostolique; si les ministres qui arrivent de Londres, de Manchester, de Birmingham et d'ailleurs, se transformaient en prêtres catholiques, avec quelle rapidité ne verrions-nous pas s'opérer ce change-

    ment religieux tant souhaité !

    En attendant et malgré tous les obstacles, les apôtres se dépensent et leurs efforts sont bénis de Dieu. Nos trois missions qui, il y a un siècle, ne comptaient que 70,000 néophytes, voient aujourd'hui le nombre de leurs fidèles s'élever presque à 300,000.

    Les conversions se font principalement parmi les basses classes. Aux premiers siècles, la parole de Dieu fut surtout. écoutée et suivie par les petits et les humbles. Le cachet qui marqua le christianisme à ses débuts se retrouve aujourd'hui dans l'Inde. Mais des esclaves, la religion du Christ passa aux grands, et bientôt elle eut des fils sur le trône. Puisse-t-il en être bientôt ainsi sur ces terres païennes où. les missionnaires s'appliquent à annoncer la Bonne Nouvelle !

    Pour mieux préciser leurs travaux, nous terminerons ces pages en reproduisant la statistique que nous donnent pour nos trois missions de l'Inde les derniers documents officiels, c'est-à-dire ceux de l'année 1897.

    Dans la mission de Pondichéry : catholiques, 217,562; conversions de païens, 3,995 ; abjurations d'hérétiques, 67 ; baptêmes d'enfants de païens in articulo mortis, 1,912; églises et chapelles, 748 ; collèges et écoles, 148; élèves dans ces établissements, 8,661 ; séminaire, 1 ; étudiants ecclésiastiques, 47; archevêque, 1 ; missionnaires, 95 ; prêtres indigènes, 40 ; catéchistes, 148.

    Dans la mission de Maïssour : catholiques, 40,634; conversions de païens, 434; abjurations d'hérétiques, 68; baptêmes d'enfants de païens in articulo mortis, 440; églises et chapelles, 97 ; collèges et écoles, 80 ; élèves dans ces établissements, 4,443 ; séminaire, 1 ; étudiants ecclésiastiques, 25; évêque, 1 ; missionnaires, 49; prêtres indigènes, 10; catéchistes, 63.

    Dans la mission de Coïmbatour : catholiques, 35,042 ; conversions de païens, 667 ; abjurations d'hérétiques, 56; baptêmes d'enfants de païens in articulo mortis, 1,197: églises et chapelles, 111 ; collèges et établissements, 61; élèves dans ces établissements, 3,672 ; séminaire, 1 : étudiants ecclésiastiques, 15; évêque, 1 ; missionnaires, 35: prêtres indigènes, 7 ; catéchistes, 27.
    1898/245-252
    245-252
    Inde
    1898
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