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Noël

Noël
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    Noël

    A deux lieues au sud de Jérusalem, et toujours en montant, Marie et Joseph atteignirent le but de leur voyage. Devant eux, sur sa colline en forme de croissant et dominée par des hauteurs plus importantes, Bethléem présentait l'amphithéâtre de ses maisons blanches. A l'entrée, largement ouvert, s'offrait le Khan, la grande auberge pour voyageurs et pour montures. Joseph, tout heureux à l'idée que Marie allait se reposer, aborda avec empressement l'hôtelier. Mais, suivant l'expression tellement simple et tellement poignante de l'Evangéliste, il n'y avait pas de place pour eux. Joseph, tristement, regarda Marie. Elle conservait sa paix habituelle ; pas une ombre d'inquiétude n'altérait son tendre abandon à la Providence. Sans un mot de plainte ils se remirent en route, jugeant naturel que, vu l'affluence du recensement, il n'y eût plus de place, en effet, ou que, s'il en restait une petite, on la réservât à de plus riches qu'eux.
    Un peu après les dernières maisons, ils trouvent abri dans une grotte qui sert de refuge aux bergers et à leurs troupeaux. Quelle demeure pour l'hôte divin tout près d'apparaître ! Mais n'est-ce pas, après tout, celle qui lui sied le mieux ? Le Roi du ciel n'a pas à s'enfermer, contre argent, dans la clôture de constructions humaines. Il sera plus chez lui dans un asile oeuvre de ses seules mains et où ne fréquentent que des créatures simples. Et puisqu'il doit, par sa doctrine comme par ses exemples, redresser la fausse conception des valeurs mondaines, c'est bien que, dès sa naissance, il enseigne le détachement, la pauvreté, l'humilité. Cette richesse lui suffira, qu'il assure lui-même à tous les autres nouveau-nés : le coeur, les bras, le sein d'un mère
    Or voici qu'entre Bethléem et le désert tout proche, au-dessus des maigres pâturages où, près d'un feu de bivouac et en se relayant par équipes, des bergers passent la nuit à veiller leur troupeau, soudain une grande lueur se lève et la gloire du Seigneur brille tout autour d'eux, les remplissant de frayeur. Et un ange se présente, qui leur dit : « Ne craignez point, car je vous annonce une bonne nouvelle qui sera grande joie pour tout le peuple. C'est qu'il vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la cité de David. Et voici qui vous servira de signe : vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche ».
    Aussitôt se joint à l'Ange une troupe nombreuse de l'armée céleste, louant le Seigneur et chantant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et, sur la terre, paix chez les hommes de bonne volonté ».
    Lorsque les Anges les eurent quittés, remontant au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres « Allons donc jusqu'à Bethléem, et voyons l'événement qui est arrivé, que le Seigneur nous a fait connaître ».
    « L'événement qui est arrivé » et dont l'éclat doit rayonner bien au delà de cette nuit de miracle, tout ce qu'en dit l'Evangile, c'est que « le temps s'étant accompli où Marie devait enfanter, elle mit au jour son fils premier-né et elle l'enveloppa de langes et elle le coucha dans une crèche ». Tel était « le Sauveur, le Christ Seigneur », le Messie en un mot, dont les Anges venaient d'annoncer le commencement de règne.
    La foi des bergers ne s'y trompa point. Arrivés à Bethléem sans retard et ayant trouvé, avec Marie et Joseph, le petit enfant couché dans la crèche, ils reconnurent la vérité de ce qu'avait dit l'Ange, et ils se mirent à glorifier Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu. Leur docile empressement était bien récompensé : dans l'enfant emmailloté qui gisait sur la paille, leur intuition, aidée de la grâce, découvrait l'attendu d'Israël et ils s'agenouillaient devant lui, pleins d'admiration. Il fallut pourtant le quitter, vers l'aube, et retourner à leurs brebis qui s'éveillaient. Les gens qu'ils rencontraient, se rendant de bonne heure au travail, apprenaient d'eux avec étonnement les merveilles qui venaient de s'accomplir. Et Marie, l'heureuse mère, retenait toutes ces paroles, tous ces souvenirs, les méditant au fond de son coeur.
    Bien pins encore que les bergers, elle restait en admiration, en adoration, devant le nouveau-né, débordante à la fois de tendresse pour son Fils et de respect pour son Dieu. Qui sondera jamais les sentiments qu'elle éprouva en le mettant au monde, en le prenant dans ses mains, en l'enveloppant des langes qu'elle avait préparés, en lui donnant, tremblante, le sein pour la première fois ? Saint Joseph, à genoux près d'eux en un recueillement d'extase, ne trouvait point d'expression pour dire sa joie, sa confusion, sa reconnaissance, d'être choisi pour les servir.
    Et toute la suite des générations viendra s'incliner devant l'Etre ineffable, si petit et si grand, qui gît là dans une crèche sur un peu de paille, possesseur à la fois de la nature divine et de la nature humaine, les unissant dans le mystère, mais les montrant, distinctes, chacune dans la clarté : Dieu manifestement, par la puissance de ce qu'il va faire et la splendeur de ce qu'il révélera ; mais un des nôtres aussi, comme il paraîtra bien dans sa vie de Galilée et dans sa mort au Calvaire, comme il paraît bien, cette nuit, à ses faiblesses et à ses attraits de petit enfant. Dans les bras de sa jeune. Mère, l'Enfant Dieu, l'Enfant Jésus !
    (Abbé Klein. La Vie humaine et divine de Jésus-Christ Notre Seigneur.).
    1933/254-256
    254-256
    France
    1933
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