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Ningyuenfu : Séminaire Sainte-Anne

Ningyuenfu : Séminaire Sainte-Anne, premières récompenses de longues épreuves Le samedi 3 décembre, fête de Saint François Xavier, modèle et protecteur des missionnaires, Monseigneur Baudry inaugurait son ministère épiscopal par l'ordination d'un Sous Diacre et de trois Prêtres.
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    Ningyuenfu : Séminaire Sainte-Anne, premières récompenses de longues épreuves



    Le samedi 3 décembre, fête de Saint François Xavier, modèle et protecteur des missionnaires, Monseigneur Baudry inaugurait son ministère épiscopal par l'ordination d'un Sous Diacre et de trois Prêtres.

    En vue de ce mémorable événement, tout avait été préparé de longue main et, on peut le dire, avec amour, par le personnel dévoué de la Mission. Aussi bien, partout des fleurs, des guirlandes, des bannières, des inscriptions : un miroitement de couleurs variées, joie des regards chinois, et faut-il l'avouer, joie aussi des nôtres, tant la belle disposition de l'ensemble empêchait l'abondance de tomber dans une tapageuse prodigalité.

    Bien avant la cérémonie, la foule, en Chine éminemment compressible, s'entassait dans la nef et les bas côtés. Impossible de l'évaluer, même approximativement. Et nombreux sont ceux et celles qui encombraient, naturellement sans rien voir, le parvis. Avec les délégations venues des quatre coins de la Mission, les parents des Ordinands et les chrétiens de la ville, s'était introduite une affluence considérable de païens ; il faut dire à leur louange que, durant plus de deux longues heures, ils surent garder une attitude respectueuse et un religieux silence.



    C'est dans ce magnifique décor que se déroula l'émouvante cérémonie, à laquelle participaient, outre les officiants, quatre prêtres chinois et trois missionnaires européens. Comme rien n'avait été laissé au hasard, les rites se succédèrent sans précipitation comme sans lenteur. La grande ferveur des Ordinands ne gênait en rien leur liberté d'allures. Ils firent d'un geste décidé la prostration, et prononcèrent sans hésitation avec leur Evêque les paroles du Saint Sacrifice. On voyait qu'ils comprenaient et endossaient généreusement les responsabilités de leur nouvel état. Dieu soit loué!

    Quant aux chants liturgiques, le petit séminaire les exécuta dans toute leur intégrité, avec l'accompagnement d'un organiste chinois, sinon à la perfection, du moins fort bien.

    L'ordination achevée, les chrétiens se précipitèrent pour demander aux heureux élus leur première bénédiction. Et cette belle journée se termina par un salut solennel d'action de grâces, donné par Monseigneur assisté d'un nouveau prêtre et du nouveau sous-diacre.



    ***



    Ce qui donne à cette cérémonie son caractère spécial n'est pas le chiffre encore bien modeste des ordinands, mais le fait que voici la première promotion sortie du Séminaire, ouvert à Ningyuenfu même, par Mgr de Guébriant en 1912. Pauvre séminaire en vérité, et peu adapté à son affectation spéciale. Les vieilles maisons chinoises qui le constituent, transformées tant bien que mal en dortoirs, études, réfectoire, n'avaient pas trop mauvaise apparence, grâce à la peinture claire dont on les avait parées. Mais leur dispersion sur une vaste étendue rendait une surveillance exacte presque impossible ; et enfin, la saison des pluies mettait en évidence tout ce que ce genre de construction a d'impratique. Tel quel, il ne pouvait être que provisoire. Cependant, il faut sa voir gré à Mgr de Guébriant de nous l'avoir donné. Sans son initiative, qui sait de combien d'années aurait été retardée l'ordination d'aujourd'hui ! Et là ne fut pas son seul mérite. A maintes reprises, il dut faire confiance à la Providence, car le Séminaire était bâti, non fondé. Encore aujourd'hui, les ressources générales du Vicariat ne permettent pas de constituer à Sainte Anne dos revenus propres. Aussi, pendant longtemps, nos élèves furent tous à la charge de la Mission. Depuis ces dernières années, cette situation s'est légèrement améliorée. La Providence nous a suscité des bienfaiteurs en Europe et en Amérique, et c'est grâce aux quelques bourses qu'ils ont offertes, que nos séminaristes peuvent aller achever leurs études, soit à Penang, soit à Suifou.

    C'est qu'en effet, si le Kien-Tchang est dit « une petite mission », cela ne doit s'entendre que du petit nombre de ses ouvriers apostoliques. Son territoire est immense, et les régions qui restent à ouvrir sont plus vastes encore que celles où nous avons des chrétientés. Voilà pourquoi presque tous les confrères sont répartis sur la ligne de front, et l'on ne garde, pour les oeuvres centrales, que le personnel minimum. Et donc, voilà aussi pourquoi le corps professoral se trouve réduit, de temps à autre ... au seul Supérieur..., et cela dans le temps même où il est nécessaire de multiplier les entrées, si l'on veut faire face aux exigences d'un avenir de jour en jour plus menaçant.

    On a cru trouver la solution de cet angoissant problème en ne gardant chez nous que les classes inférieures. Pour le reste, formation littéraire et ecclésiastique plus complète que celle que notre petit nombre et notre manque de préparation pouvait donner à nos séminaristes, la charité des confrères de Penang y pourvoirait. L'expérience tentée en ce sens donna des résultats très consolants : chez les « Penanguais », le déchet est presque nul ; ils nous reviennent avec un esprit moins particulariste et plus catholique ; enfin, ils paraissent fort attachés à leurs exercices de piété. D'un autre côté, les inconvénients ne sont pas petits ; la longueur du voyage dans des pays actuellement peu sûrs, un séjour prolongé dans un climat lourd, chaud, humide, contraire de tout point à celui du Kien-Tchang, mettent à une rude épreuve la santé de nos montagnards. C'est ce qui nous fit tourner les yeux vers le Séminaire de Suifou, dont la renommée, au point de vue des études et de la ferveur, n'est plus à faire. Là encore, si la route est moins longue, elle n'en est pas moins périlleuse ; et le climat se montra encore plus inclément. Décidément, nos « Kientchanais » ne s'acclimatent pas ailleurs. Quoi qu'il en soit de cette constatation, des huit élèves que nous avions à Suifou, six sont rappelés. Cinq, à qui la santé le permet, prendront sous peu, comme leurs devanciers, le chemin de Penang.

    Il n'en reste pas moins que, dans ces conditions, l'idéal serait de réaliser à Ningyuenfu un séminaire complet... Grâce à Mgr de Guébriant et à nos bienfaiteurs, en particulier l'OEuvre de Saint Pierre Apôtre, le Kien-Tchang vient de faire un pas dans cette voie. La construction de bâtiments suffisants pour le Probatorium, et le petit Séminaire jusqu'à la philosophie, vient de commencer. Qu'ils en soient bénis et remerciés ; et qu'ils veuillent bien nous continuer, avec leurs prières, les témoignages de leur bienveillante et généreuse sympathie, resserrant ainsi les liens d'affectueuse reconnaissance qui depuis longtemps nous attachent à eux.




    1928/110-114
    110-114
    Chine
    1928
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