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Nagasaki : Vingt cinq ans d'épiscopat

Nagasaki (JAPON) Vingt cinq ans d'épiscopat LETTRE DE M. HALBOUT Missionnaire apostolique Ad mulots annos, tel était le cri que répétaient les missionnaires et les chrétiens du diocèse de Nagasaki, en ce jour du 21 septembre 1910, 25e anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr Cousin, leur évêque bien aimé.
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    Nagasaki
    (JAPON)

    Vingt cinq ans d'épiscopat

    LETTRE DE M. HALBOUT
    Missionnaire apostolique

    Ad mulots annos, tel était le cri que répétaient les missionnaires et les chrétiens du diocèse de Nagasaki, en ce jour du 21 septembre 1910, 25e anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr Cousin, leur évêque bien aimé.
    Raconter quelques phases de sa vie vaudra mieux que des louanges, et permettra plus facilement de voir que dans notre cher diocèse de Nagasaki, dirigé depuis 25 ans par un si digne prélat, l'Evangile a fait de véritables progrès.
    Arrivé à Nagasaki au commencement de 1866, un an seulement après la découverte des chrétiens, Monseigneur, alors le P. Cousin, fut le premier missionnaire qui put se rendre dans les îles Goto aux pressants désirs des descendants des anciens catholiques. Peu après, commençait la persécution qui ne devait se terminer qu'en 1873 par l'abrogation des édits proscrivant le christianisme au Japon et la mise en liberté des chrétiens déportés. Pendant ce temps, le P. Cousin avait été envoyé conduire au collège de Pinang 10 séminaristes, prémices du clergé indigène, puis nous le retrouvons à Osaka, où de temps en temps des chrétiens déportés, trompant la vigilance de leurs gardiens, venaient près de lui, parfois de fort loin, pour se réconforter par la réception des sacrements. C'est là qu'il construisit la belle église qui sert aujourd'hui de cathédrale au diocèse d'Osaka.
    En 1876 sur la demande Mgr Petitjean, le Japon fut divisé en deux Vicariats : le Japon méridional et le Japon septentrional.
    C'était l'époque de la tolérance qui vit, le 11 août 1884, la promulgation d'un décret du gouvernement japonais enlevant au Bouddhisme et au Shintoïsme leur titre de religions officielles, décret qui devait être suivi le 11 février 1889 par la proclamation de la nouvelle constitution du Japon et de la liberté religieuse. Deux mois seulement après le décret gouvernemental d'août 1884, le 7 octobre s'éteignait Mgr Petit jean dans les bras de son pro vicaire qui devait lui succéder.
    Au moment de sa nomination de Vicaire apostolique du Japon méridional, Mgr Jules Alphonse Cousin, évêque d'Acmonie était dans sa 43e année et travaillait au Japon depuis 19 ans. Lors de son sacre, le 21 septembre 1885, par Mgr Osouf dans l'église d'Osaka, la mission du Japon méridional comprenait les régions qui forment aujourd'hui les diocèses de Nagasaki et d'Osaka et la préfecture apostolique du Shikoku.
    Comparer la partie comprenant le diocèse actuel de Nagasaki en 1885 et en 1910 donnerait une idée exacte du développement de cette mission. Mais, à part le nombre de catholiques, la statistique ci dessous renferme pour 1885 toute la mission du Japon méridional.
    1885 1910
    Catholiques. . . . . . . . . 23.000 47.104
    Baptêmes de païens. . . . . . . 544 592
    — d'enfants de chrétiens. . . . . . 816 1.645
    — de païens in articulo mortis . . . . . 261 811
    Evêque . . . . . . . . 1 1
    Missionnaires. . . . . . . . 27 36
    Prêtres indigènes. . . . . . . . 3 26
    Catéchistes. . . . . . . . . 235 385
    Eglises et chapelles . . . . . . . 59 67
    Séminaire . . . . . . . . 1 1
    Elèves . . . . . . . . . 60 31
    Ecoles et orphelinats . . . . . . . 37
    Elèves . . . . . . . . . 1.590
    Postes ou résidences ordinaires. . . . . . 40
    Résidences secondaires. . . . . . . 35
    Chrétientés. . . . . . . . . 153
    Oratoires ou chapelles non bénites . . . . . 52
    Ecole apostolique 1 avec élèves . . . . . 18
    1 collège avec élèves . . . . . . . 325
    1 école de catéchistes femmes avec élèves. . . . . 15
    3 pensionnats de filles avec élèves. . . . . . 224
    1 école professionnelle avec élèves . . . . . 18
    1 école primaire de filles avec élèves. . . . . 149
    1 école maternelle avec élèves. . . . . . 39
    1 salle d'asile avec enfants . . . . . . 40
    8 orphelinats aveç enfants . . . . . . 244

    2 ouvroirs ; — 2 fermes ; — 1 léproserie ; — 3 hôpitaux ; — 6 dispensaires et pharmacies.
    17 Religieux Marianistes dont 3 Japonais.
    21 Religieuses du Saint Enfant de Jésus (Chauffailles) dont 5 Japonaises.
    16 Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie.
    8 Religieuses de Saint Paul de Chartres dont 3 Japonaises.
    10 Communautés de femmes indigènes avec 177 personnes.

    Note sur les écoles et le Séminaire. — On remarquera que les écoles ont diminué. La raison en est que le gouvernement a le monopole de toutes les écoles primaires et n'autorise plus, depuis quelques années, que la création d'écoles secondaires, et même sur ce point il se montre difficile.
    Le séminaire a lui-même diminué. Mgr Cousin dans son compte-rendu de 1909 en donne la raison : « C'est, dit-il, la diminution progressive de nos ressources et la certitude de ne pouvoir plus longtemps suffire à l'entretien d'un clergé indigène aussi nombreux qu'il le serait bientôt si on ouvrait toutes grandes les portes du séminaire devant les candidats qui se présentent. Les chrétiens, en plus des dépenses qu'ils font pour la construction et la réparation de leurs églises, doivent tous donner une contribution pour le clergé indigène. Mais cette somme est loin de suffire au but pour lequel elle est recueillie. D'autre part la Propagation de la Foi, dans ses allocations, ignore le clergé indigène, aux besoins duquel les chrétiens sont supposés pouvoir suffire. Aussi quelle belle oeuvre il y aurait à fonder là ! Ce serait celle qui succédant à l'oeuvre de la fondation du clergé indigène, viserait à son entretien ou du moins à combler les déficits ».
    Au moment où Mgr Cousin prenait en main la direction du Japon méridional, la religion catholique jouissait en fait de la liberté, liberté que l'Empereur du Japon avait reconnue dans la réponse qu'il fit le 12 septembre précédent à Mgr Osouf, qui avait été chargé par le Pape Léon XIII de lui présenter une lettre. La mission, du moins la partie qui constitue le diocèse actuel de Nagasaki, comprenait tout le Kiu-Siu avec les îles adjointes et l'archipel des RiuKiu. Les chrétiens étaient disséminés à Nagasaki, Urakami, Sotome, Iwojima, Hirado, Goto, Amakusa et Imamur dans le Chikugo. Pour tous ces postes, comprenant 23.000 catholiques et le séminaire, il y avait à peine une quinzaine de missionnaires. Aussi on comprend qu'avec la difficulté de circuler et de résider en dehors des concessions et le travail de formation de ces chrétiens pleins de foi, si l'on veut, mais peu instruits, et dont beaucoup n'étaient pas en règle avec les lois de l'Eglise, l'évangélisation ne s'était pas développée en dehors de ces divers districts. Cependant le Bungo venait de recevoir un missionnaire et déjà quelques fidèles en avaient récompensé le travail.
    Trois ans après, en 1887, la Propagande détacha du Japon méridional la partie située au Nord et à l'Est du Kiu-Siu, pour en former le Japon central avec Mgr Midon comme Vicaire apostolique. Cette division permit à Mgr Cousin de donner tous ses soins à un champ beaucoup moins vaste qu'auparavant. C'est à partir de cette époque que l'on voit les missionnaires s'installer au Bungo, an Bunzen, au Chikugo, au Chikuzen, au Higo, au Satsuma, et à l'île lointaine d'Oshima à 100 lieues au sud de ce pays. Dans la plupart de ces régions les chrétiens s'étaient autrefois comptés par dizaine et centaine de mille, mais la persécution avait tout détruit : de-ci de-là quelques individus se rappelaient que leurs ancêtres avaient été chrétiens, mais aujourd'hui le christianisme était pour eux la religion perverse, détestée et mise au ban du pays ; c'est dire les difficultés qu'il y eut pour s'y installer. Ce temps est passé, mais sauf quelques endroits1 les chrétiens n'y sont encore qu'en petit nombre.
    En 1890 s'ouvrait à Nagasaki le premier synode régional : il coïncidait avec le 25e anniversaire de la découverte des chrétiens. Aux diverses sessions du synode de magnifiques cérémonies réunirent des milliers de fidèles. Il me semble toujours voir Nos Seigneurs Osouf et Midon contemplant, avec attendrissement et les larmes aux yeux, ces longs défilés de chrétiens, le chapelet à la main, conduits par leurs prêtres, venant saluer la croix, puis la Vierge, avant de pénétrer dans la cathédrale. « Le jour de grande affluence, écrivait alors Mgr Cousin, comme aussi de grande joie et de grande émotion, fut le 17 mars. C'était à pareil jour que, 25 ans auparavant, trois pauvres femmes inconnues s'étaient présentées au missionnaire dans cette même église, et lui avaient dit en montrant la statue de la mère de Dieu tenant son fils entre ses bras : « Nous avons le même coeur que vous ».
    « Cette statue bénie était encore là sous nos yeux, Mgr Petitjean repose à la place même où se passa cette scène inoubliable, et sur sa tombe l'une des premières visiteuses, accompagnée de sa fille, qui jeune enfant alors, était aussi avec sa mère le jour de la manifestation, resta agenouillée tout le temps de la cérémonie, témoin vivant d'un passé qui n'est pas encore éloigné, mais dont nous sommes séparés par des événements prodigieux ».

    1. De ce nombre est l'île d'Oshima qui ne compte aujourd'hui près de 3.000 catholiques, plus à elle seule que la réunion de tous les districts ne comprenant pas de descendants de chrétiens.

    Quel rapprochement, en effet, entre ces deux dates. En 1865, il n'y avait au Japon que cinq prêtres sans un seul néophyte, et en 1890 le 17 mars, le Japon se trouvait là représenté par trois évêques entourés de 20 missionnaires, 15 prêtres indigènes et 2.000 chié tiens. — Quelle belle fête, et quel souvenir elle laissa dans tous les coeurs !
    Le 15 juin 1891, le Souverain Pontife institue au Japon la hiérarchie épiscopale. Tokyo devient le siège de l'archevêché, avec Nagasaki, Osaka et Hakodate comme suffragants. Cette nouvelle remplit de joie les fidèles, fiers de l'honneur que le Pape daignait faire à leur pays. — Cette même année 1891, les Marianistes, déjà à la tête d'un collège à Tokyo, arrivaient à Nagasaki pour en fonder un autre.
    Le 8 septembre 1897 eut lieu, dans la paroisse de Nakamachi, à Nagasaki, la bénédiction de l'église construite sur le penchant de la montagne et non loin du lieu où furent martyrisés, il y a trois siècles, les 26 patrons de l'église cathédrale.
    Voici ce qu'à cette occasion écrivait Mgr Cousin : « Rien n'a manqué de ce qui peut en rendre le souvenir ineffaçable pour nous.
    « En premier lieu, je dois signaler avec une reconnaissance que tous ont partagée la présence de NN. SS. L’Archevêque de Tokyo et l'Evêque d'Osaka. La solennité prenait ainsi le caractère qu'elle devait avoir et devenait une manifestation du Japon catholique, en l'honneur des nombreux martyrs qui ont rendu à jamais glorieux le Montmartre de Nagasaki ». Un nombreux clergé et plus de 3.000 chrétiens remplissaient l'église et ses alentours. La fanfare des jeunes catholiques d'Urakami rehaussa la solennité par ses concerts. Tous remarquèrent, avec plaisir, la présence de nombreux fonctionnaires des différentes administrations. « La Préfecture, la Cour d'Appel, le Tribunal, la Mairie, le Conseil général, la Police, la Douane, etc... toutes les autorités étaient représentées à la cérémonie. Pour nos chrétiens, qui ne s'en cachaient pas, et un peu pour nous qui le pensions comme eux, c'était un vrai triomphe. Les païens eux-mêmes étaient très frappés de voir, autour du sanctuaire, toutes les places réservées occupées par les officiers du gouvernement. Le catholicisme aurait donc conquis son droit de cité dans cette ville où il était persécuté il y a trente ans et où, hier encore, il était officiellement inconnu ! Le fait est que les journaux donnèrent, les jours suivants, les détails de la cérémonie en termes excellents, et que les habitants du quartier qui, pendant tout le temps de la construction, s'étaient montrés peu sympathiques, sont presque devenus nos amis, depuis le jour de la bénédiction ».
    Pendant ses 25 années d'épiscopat, Mgr Cousin a fait 33 ordinations, et 40 prêtres japonais ont été ordonnés par lui. C'est dire combien il s'est attaché à multiplier le clergé indigène. Chaque année, il est allé dans l'une ou l'autre partie de son diocèse donner les confirmations et bénir les nombreuses églises. Elles se sont augmentées considérablement et de belles et solides constructions en pierre ou en brique ont remplacé celles en bois ou en pisé que les typhons ou les fourrais blanches menaçaient de détruire.
    Aussi, je crois qu'on pourrait dire que notre Evêque s'est dépensé entièrement pour ses diocésains et a usé sa vie à leur porter le sacrement des forts. Tous le reconnaissaient le 21 septembre dernier, et tous lui en donnèrent un témoignage par leur ferveur à demander au Ciel de leur conserver longtemps encore leur pasteur bien aimé.
    Ces prières n'ont pas été la seule offrande des missionnaires et des chrétiens. Nous avons voulu lui donner un souvenir de son jubilé. Ce souvenir, c'était de lui fournir les ressources nécessaires pour remplacer l'antique construction qui sert toujours d'évêché, de procure, de lieu de réunion pour les retraites annuelles. Depuis longtemps cette habitation est insuffisante. Malgré la bonne volonté de tous, les souscriptions seront loin d'atteindre les frais nécessaires pour une construction pouvant suffire à ce que demande le développement de la mission. Espérons que la bonne Providence y pourvoira.
    1911/17-22
    17-22
    Japon
    1911
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