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Nécessité d'Ecoles professionnelles ( Kumbakonam)

KUMBAKONAM LETTRE DE M. FLUCHAIRE Missionnaire Apostolique Nécessité d'Ecoles professionnelles ( Kumbakonam)
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    KUMBAKONAM

    LETTRE DE M. FLUCHAIRE

    Missionnaire Apostolique

    Nécessité d'Ecoles professionnelles ( Kumbakonam)

    DANS la mission de Kumbakonam nous rachetons, chaque année, environ 150 enfants. Cette oeuvre du rachat fonctionne à peu près comme celle du « tour » ou de l' «abandon » dans les établissements charitables de France, avec cette notable différence, toutefois, qu'un secours pécuniaire est, par surcroît, donné aux malheureux parents contraints par la misère de se décharger sur la mission du soin de leur progéniture. Indépendamment des enfants de païens, nous avons encore l' « adoption » des enfants de chrétiens, dont le nombre s'élève à une centaine environ chaque année. C'est ainsi, par le rachat et l'adoption, que se recrute la population enfantine, si digne d'intérêt à tous égards, de nos orphelinats. Nos orphelinats, en effet, recueillent, pour les élever et les instruire, tous ceux de ces enfants, garçons et filles, que nos soins ont pu réussir à sauver des nombreuses maladies qui les guettent dans le bas âge.
    Pour comprendre comment il se fait que nous ayons tant d'orphelins à recueillir, il faut savoir que l'Inde est désolée par de terribles fléaux. Le choléra y est, on peut dire, en permanence ; la peste, la variole, les fièvres y font périodiquement des coupes sombres, et les famines enfin y sont fréquentes et désastreuses, car toutes les fois que la mousson ou saison pluvieuse manque, la récolte du riz, qui constitue la base de l'alimentation dans ce pays, est à peu près entièrement compromise. En 1900, par exemple, nous avons été témoins des scènes les plus navrantes ; nous avons vu de pauvres gens réduits à l'état de squelettes se traîner le long des routes et les encombrer de leurs cadavres décharnés. Dans ces conditions, il ne se passe pas de mois, pas de semaines que, ici ou là, des familles entières ne soient décimées. Souvent, le père et la mère disparaissent ensemble, laissant seuls et sans ressources toute une nichée de petits enfants. C'est ainsi que la mort et la misère peuple nos orphelinats.
    Vous me demandez ce que deviennent ces orphelins auxquels la mission a sauvé la vie et donné une instruction élémentaire, lorsqu'ils ont atteint l'âge de 12, 13 ou 14 ans ?
    Certes, nous ne les abandonnons pas. Ils restent nos enfants. Et quand ils quittent nos orphelinats, nous faisons tout ce qui dépend de nous pour les placer, de façon qu'ils gagnent leur vie en se conservant honnêtes et bons chrétiens. Mais là, précisément, est la difficulté, surtout pour les garçons. A ceux-ci il faudrait pouvoir assurer un métier rémunérateur par un apprentissage très sérieux, à la fois théorique et pratique. Nous en ferions de la sorte, des menuisiers, des ébénistes, des sculpteurs, des mouleurs, des forgerons, des mécaniciens, des tisseurs. Je vous assure que nous nous chargerions bien de leur trouver des maîtres habiles et du travail. Dans ces conditions, nous les marierions plus tard et, sans peine, avec des compagnes dignes d'eux, et voilà des familles à l'abri de la misère, des foyers solidement construits avec le ciment chrétien !
    Pour atteindre ce but, il nous faudrait, complétant loeuvre de nos orphelinats, une école professionnelle où, comme disent les Anglais, une école industrielle. Il en existe déjà dans un grand nombre de missions, et partout on se félicite des excellents résultats obtenus. La vérité est que de telles écoles sont une nécessité pour parachever notre travail de christianisation et de civilisation. Le diocèse de Kumbakonam en est malheureusement encore dépourvu à cause de son organisation récente. Il a fallu parer à tant de besoins urgents ! Mais l'heure est venue de donner ce couronnement à l'oeuvre de nos pauvres orphelins hindous.
    Et c'est pourquoi Mgr Chapuis m'a remis avant mon départ pour la France la lettre suivante :
    Les écoles industrielles sont le complément des orphelinats. D'abord, elles permettent d'enseigner à nos orphelins un métier qui les fera vivre. Ensuite, ces mêmes orphelins, pouvant, à partir de 12 ans, gagner leur vie dans une école industrielle, il nous sera possible d'en entretenir un bien plus grand nombre, ce qui fait un gain sur le paganisme.
    Je recommande chaleureusement cette oeuvre, et je promets à nos bienfaiteurs une part dans nos prières. Tous les jours nous aurons pour eux une prière spéciale.

    A. CHAPUIS,

    Evêque de Castoria, coadjuteur de Mgr Bottero, évêque de Kumbakônam.

    P. S. Nous avons l'intention de construire pour notre école industrielle, et nous attendons impatiemment le secours matériel qui doit nous arriver par vous. Nous sommes embarrassés de nos orphelins, et à cause de cela nous n'en assistons guère. Avec une école industrielle, loeuvre des orphelins prendrait un grand essor.
    12 mars 1913.

    1913/183-184
    183-184
    Inde
    1913
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