Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Mort d'une néophyte

KOUY-TCHEOU Mort d'une Néophyte LETTRE DE M. CHANTICLAIR Missionnaire apostolique. Je vais vous raconter la mort d'une néophyte chinoise, nommée Ou Tchao-mei.
Add this
    KOUY-TCHEOU

    Mort d'une Néophyte

    LETTRE DE M. CHANTICLAIR
    Missionnaire apostolique.

    Je vais vous raconter la mort d'une néophyte chinoise, nommée Ou Tchao-mei.
    Le pays de Long-tchang s'est ouvert à l'Evangile par la conversion de 12 familles. Près de Keou-tchang, 5 familles, ont renoncé aux idoles, entre autres une famille Ly, braves gens que, depuis plusieurs années, les chrétiens de Ta-chan exhortaient à reconnaître le vrai Dieu. Ly-long, le fils aîné de la famille, a un cousin germain nommé Ly-nien. Celui-ci, comme il arrive malheureusement trop souvent en Chine, avait depuis le plus jeune âge sa fiancée Ou Tchao-mei, chez lui, et depuis quelques années les cérémonies païennes du mariage avaient été célébrées selon la coutume du pays.
    Comme il arrive, hélas ! Trop souvent dans ces cas de mariage, la concorde ne dura pas longtemps ; le mari prit une seconde femme qui devint la préférée, et l'épouse légitime fut dédaignée, maltraitée, quasi mise à la porte, et obligée de travailler à son compte pour gagner sa vie. Sa belle-mère, Ly Hou-che, de la secte de « l'Onde pure », la prit avec elle, espérant la convertir à ses croyances. Cette jeune femme se sauva à deux reprises dans les pagodes de La-sen et de Ma-pie-ta-tchai, pour se faire bonzesse.
    Des chrétiens, qui la reconnurent, en avertirent la famille et le mari Ly-nien qui la ramena chez lui. Son sort demeura cependant sans aucune amélioration. Cette pauvre femme résolut alors de se faire chrétienne, et elle allait de temps en temps prier chez sa tante, mère de Ly-long.

    Lorsque j'étais à Keou-tchang, Ou Tchao-mei vint entendre la sainte messe, mais je ne savais encore qui elle était. Les chrétiens me racontèrent son histoire, en me priant de l'admettre à l'adoration. Craignant de soulever quelques difficultés, je répondis qu'il fallait encore attendre. Se croyant rejetée, la pauvre femme se mit à pleurer, sa dernière espérance était d'adorer Dieu et de se faire chrétienne ; elle savait déjà le Pater et l'Ave et quelques mots de la doctrine que lui avait appris sa tante. Les chrétiens me dirent : « Si le Père ne l'admet pas à l'adoration, étant désormais sans espoir, il est bien à craindre qu'elle ne vienne à s'empoisonner ; du reste, Père, c'est toujours une âme à sauver ». Cette dernière parole me gagna, et je me reprochai d'avoir trop de prudence humaine et pas assez de confiance en Dieu, pour le salut de cette âme ; une âme à sauver, c'est cette parole qui fait venir le missionnaire en Chine, et quand une âme se présente, comment ne pas essayer de la sauver ?
    J'envoyai alors Kiong Te-tsay qui est parent de Ly-nien, chercher celui-ci et le père de la malheureuse pour leur dire quelques mots au sujet de la résolution de cette femme. Ce n'était qu'à quelques pas ; ils ne vinrent point, mais me firent dire de bonnes paroles. Le lendemain, j'envoyai la mère de Ly-long dire à sa nièce que je l'admettais à l'adoration. Je lui demandai si la veille elle avait été grondée d'être venue voir le Père, elle me répondit que la seconde femme seule l'avait un peu disputée. Alors je ne fis pas de difficulté d'admettre cette jeune femme à l'adoration. Je lui commandai d'être plus patiente qu'auparavant, d'obéir en tout à son mari, excepté pour les superstitions, et lui défendis bien formellement de s'ôter la vie par l'opium ou de quelque manière que ce soit. Cette jeune femme n'avait certes pas mauvais caractère et me paraissait bien humble et bien simple. C'était le 21 février. Je revins alors en ville. Le 25 suivant, elle était allée réciter la prière du matin chez sa tante 1 ; à son retour commencèrent les menaces et les coups. Il paraît bien que c'était une affaire montée par les sectaires de l' « Onde-pure » 2. La mère de Ly-nien, Ly Hou-che, est de cette secte ainsi que ses frères. En se rendant chez Ly-nien, ces trois individus avaient l'intention de forcer Ou Tchao-mei à apostasier. Ils lui firent d'abord des promesses, puis des menaces. D'après deux témoins oculaires, Tsin Lao-tchang et Hou-tchang, la jeune femme s'enfuit dans la direction de Keou-tchang pour porter une accusation devant les chefs du village, disant que pour les affaires du ménage, elle ferait ce qu'on exigerait d'elle, mais que pour ce qui concerne l'âme, elle les invitait à venir s'expliquer devant le missionnaire ou devant le mandarin. Ses oncles et son mari l'atteignirent à deux ly environ et la ramenèrent à la maison. Alors Ly-nien, aidé de ses trois oncles, Hou Lao-tsy, Hou Lao-se, Hou Lao-lou, prit une hache et en frappa plusieurs coups à la tête, à la joue et à la mâchoire, sa pauvre et malheureuse épouse, que les efforts de Tsin Lao-tchang et de Hou-tchang, témoins de la scène, ne purent délivrer. Elle expira immédiatement. Ces monstres l'enterrèrent à la hâte, afin, disaient-ils, qu'on ne pût leur faire de procès. Kiong Te-tsay, qui était dans le voisinage, à cette nouvelle se rendit immédiatement chez Ly-nien, il était environ quatre heures de l'après-midi ; mais il arriva trop tard et tout était terminé, meurtre et enterrement. Tout le monde était à table. Où est donc Tchaomei ? » Demanda Kiong Te-tsay. Elle est morte », répondirent-ils « Comment est-elle morte? » pas de réponse. Kiong Te-tsay répliqua : « Je vois bien que vous avez honte de le dire » ; il ajouta quelques mots et partit. La famille Ou, de Ngan-sy-ka, porta une accusation au mandarin qui répondit que, comme la défunte était enterrée, on ne pouvait guère faire procès. J'aime à croire que le bon Dieu a dû sauver l'âme de cette pauvre femme encore non baptisée, et, d'après ce récit, il semble bien qu'elle serait morte pour la foi, par suite de la haine du démon contre l'Eglise. Qu'un homme veuille entrer dans n'importe quelle secte, personne ne s'y oppose ; qu'il parle de se faire chrétien, parents, amis, connaissances, tout le monde s'élève contre lui.

    1. Son mari est allé voir si elle se mettait réellement à genoux
    2. Une des nombreuses sociétés secrètes de la Chine.

    1908/349-351
    349-351
    Chine
    1908
    Aucune image