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Monseigneur Félix clair ridel vicaire apostolique de la Corée

Monseigneur Félix clair ridel vicaire apostolique de la Corée Le centenaire de la naissance de notre Bienheureux Théophane Vénard (21 novembre 1829-1929) fut célébré par anticipation les 18-19-20 août de l'année dernière, à Saint Loup sur Thouet, avec tout l'éclat qui auréole de jour en jour le nom de « l'Angélique Martyr ».
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    Monseigneur Félix clair ridel vicaire apostolique de la Corée

    Le centenaire de la naissance de notre Bienheureux Théophane Vénard (21 novembre 1829-1929) fut célébré par anticipation les 18-19-20 août de l'année dernière, à Saint Loup sur Thouet, avec tout l'éclat qui auréole de jour en jour le nom de « l'Angélique Martyr ».
    Le centenaire de son contemporain, le vénéré Mgr Ridel (7 juillet 1830-1930) fut, cette année même, célébré à Vannes dans une pieuse intimité familiale qui réunit, au pied des autels et à la table de l'aînée du nom, les deux nièces et les deux neveux survivants, ainsi que presque tous les petits et arrière-petits-neveux de l'héroïque Confesseur de la Foi.
    Voici, pour nos lecteurs, la petite conférence qui esquissa, à grands traits, la physionomie de celui qui, suivant l'expression de M. l'archiprêtre de la cathédrale de Vannes « anoblit » pour jamais le nom des Ridel.

    ***

    Mgr Félix Clair Ridel, votre compatriote de lointaine adoption, naquit dans la banlieue de Nantes le 7 juillet 1830, il y a juste un siècle, aujourd'hui même, et il est mort à Vannes, parmi vous, le 20 juin 1884 des suites de son incarcération dans les prisons de Corée.
    Septembre Octobre 1930, n° 195.

    Sa vocation de missionnaire, il l'a due à sa pieuse mère. Un jour que tout enfant il jouait près d'elle, il aperçut sur la table les « Annales de la Propagation de la Foi »
    Maman, dit-il, est-ce qu'il y a des histoires dans ce livre ?
    Oui, mon fils, c'est un livre qui raconte des histoires de missionnaires.
    Et qu'est-ce qu'un missionnaire, dis, maman ?
    C'est un prêtre qui s'en va bien loin, chez les peuples sauvages qui ne connaissent pas le bon Dieu, pour leur apprendre à sauver leurs âmes afin d'aller au ciel.
    Eh bien ! Moi aussi, j'irai le leur dire, afin qu'ils viennent avec nous au Paradis.
    Pauvre petit ! Lui répondit sa mère en le pressant sur son coeur.
    Félix tint parole. En 1859, il entrait au Séminaire des Missions Etrangères, que l'on nommait communément : le Séminaire des Martyrs ; en 1860, il partait pour la Chine et, en 1861, il était en Corée, malgré de sévères édits qui menaçaient de mort les prédicateurs du saint Evangile.
    Il y avait pénétré sous un vêtement de deuil qui masquait sa figure ; il y résida dans le plus grand secret ; son presbytère, où il se terrait entre deux périlleuses visites de ses chrétientés, il va nous le décrire :
    Mes appartements ? Inutile de vous en faire la description : humble paillote dont il vaut mieux ne pas parler ! Mais j'ai mon esplanade et mon petit jardin ! Cest un terrassement de trois ou quatre mètres de long, que trois arbres de la montagne mettent à l'abri de tout regard indiscret .... Allons, cher frère, viens t'asseoir près de moi, là, sur cette pierre que j'ai fait placer pour un ami. Cette place est toujours restée vide. Ici, mon seul ami, mon seul compagnon, c'est mon Ange gardien. Mes confrères bien-aimés sont trop loin pour venir, sans de graves raisons, dans ce pays désert .... Viens donc, mon frère, viens là, près de moi, et regarde : ici, à nos pieds, sont les quatre maisons de mon village ; elles abritent une trentaine de chrétiens. Cet arbre qui nous donne de l'ombre, c'est un châtaigner sauvage. Ces fleurs que j'ai semées, ces amarantes, ces balsamines, sont un souvenir de la patrie. Regarde maintenant de tous côtés : des montagnes, des montagnes, et toujours des montagnes ; ainsi est toute la Corée. Maintenant, lève les yeux au ciel. Quel azur ! Quelle limpidité ! N'est-ce pas le beau ciel d'halie ? Pour moi je le préfère avec son voile de nuages gris ; il me rappelle alors ma Bretagne, et je crois respirer le parfum de la bruyère. Si le dessous du ciel est si beau, qu'est-ce donc le ciel dans la clarté de Dieu ?
    En 1866, une horrible persécution éclate sous ce beau ciel de la Corée : le Vicaire apostolique, Mgr Berneux, son Coadjuteur, Mgr Davetuy, et sept missionnaires français, les PP. de Bretenières, Beaulieu, Dorie, Petituicolas, Pourthié, Huin et Aumaitre, sont arrêtés, suppliciés, décapités. Le P. Ridel peut fuir à temps. Ecoutez cette histoire charmante qu'il nous conte. Réfugié dans un grenier sous la garde de son fidèle catéchiste André et l'incessante surveillance de petits enfants qui, tout en jouant sur la route, font le guet et signalent l'approche de l'ennemi, sans jamais laisser soupçonner la présence du pauvre proscrit. C'est ainsi qu'un soir, le missionnaire surprend la conversation suivante (c'était le mardi de Pâques, on venait d'apprendre le martyre de Mgr Daveluy), La petite Anna, fille du catéchiste et âgée de 12 ans, disait à ses deux jeunes frères : « Les satellites parcourent toutes les campagnes et cherchent le Père qui est caché ici. Ils cherchent aussi tous les chrétiens : ainsi, dernièrement, ils ont pris tout un village ; ils ont attaché toutes les femmes, les unes à la file des autres ; ils les ont conduites à la ville, où on les a battues pour leur faire dire qu'elles n'étaient pas chrétiennes.
    « Bientôt, ils vont venir prendre le Père, avec papa et maman ; on nous emmènera aussi, on nous dira : Renonce à la Religion, ou bien je vais te couper en morceaux. Que ferons-nous ?
    Moi répond Venance, je dirai : faites comme vous voudrez, je suivrai l'exemple de papa, je ne renoncerai pas au bon Dieu.
    Mais on te coupera la tête !
    Eh bien, j'irai chez le bon Dieu, répétait ce charmant enfant.
    Et toi, Augustin ?
    Moi, répond Augustin, je dirai au mandarin : Je veux aller au ciel ; si vous étiez chrétien, vous iriez aussi au ciel. Mais pourquoi tuez-vous les chrétiens ? Ils ne font de mal à personne. Si vous les faites mourir, vous irez en enfer ».
    Alors Anna serrant ses deux frères dans ses bras leur dit :
    Bien, très bien, il ne faut pas renoncer au bon Dieu ; nous mourrons tous, et nous irons au ciel, avec papa et maman et le Père. Mais pour cela il faut bien prier le bon Dieu, car on nous fera bien mal. On nous arrachera les cheveux, les dents, les mains ; on nous frappera avec un gros bâton, et le Père dit que si l'on n'a pas bien prié, on ne pourra pas y tenir. Disons donc notre chapelet ».
    Anna et Venance se mettent aussitôt à prier, pendant qu'Augustin reprend sa faction sur la route.
    Retenez encore ceci, petits Bretons qui m'écoutez :
    Cette petite Anna, qui trouvait dans son coeur des paroles éloquentes pour exhorter ses jeunes frères, était instruite et pieuse. Outre les connaissances ordinaires aux chrétiens, elle savait assez bien l'Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament et pouvait parler d'Abraham et de Joseph dont l'histoire l'intéressait beaucoup. Un jour elle va trouver le P. Ridel et lui dit :
    « Je sais mon catéchisme, mes prières du matin et du soir, les 15 mystères du Rosaire, les 14 stations du chemin de la Croix, comme les grandes personnes. Je récite de plus les actes avant et après la Confession et la Communion ; je sais aussi par coeur le symbole de saint Athanase. Qu'est-ce que je puis apprendre encore ? Père, indiquez le-moi ».
    Or, mes enfants, cette petite Coréenne ne savait pas lire ! Son papa, le catéchiste André, qui était un lettré, lui apprenait mot à mot les prières, qu'à son tour Anna enseignait à ses petits frères, sous le regard de leur maman, prête à intervenir quand la mémoire de sa fillette était en défaut. Quelle leçon pour vous aussi, parents chrétiens qui m'écoutez !
    Le missionnaire en fuite était donc bien gardé, par la prière et l'innocence de ses enfants de Corée, par un dévouement et un amour plus forts que la mort.
    Le P. Ridel put enfin passer la frontière de Chine, où il fut rejoint par les deux seuls confrères qui lui restaient des 12 apôtres de la Corée. Son catéchiste André mourait deux ans plus tard dans les horribles prisons de Séoul.
    Nommé évêque de la Corée, où il ne pouvait encore rentrer, Mgr Ridel partit pour le Concile du Vatican et fut sacré à Rome. Il ne fit qu'une trop courte apparition à Nantes et à Vannes, ses deux petites patries, et dès le mois de mai 187E, il repartait pour son infortunée mission. Mais il faut que j'abrège, nos projections attendent, et vous aussi votre beau voyage en Corée.
    Dès son retour, Mgr Ridel écrit : « Nous sommes vraiment entre les mains du bon Dieu. Au milieu de mille dangers, sans force, sans protection, à chaque instant nous pouvons être arrêtés et voir surgir une nouvelle persécution... Que vous dire de ma position ? Oh ! Elle est bien belle ! Belle parce que je suis ici par la volonté du bon Dieu, mais humainement parlant, elle est insoutenable. Je vous en parle, non pour vous effrayer, mais pour que vous admiriez la miséricorde du bon Dieu. Me voici donc ici, moi, pauvre missionnaire, environné d'ennemis qui ont juré notre mort... Oh ! Quil fait bon tout quitter pour Dieu ! Chaque jour je puis me dire : C'est aujourd'hui qu'on va me prendre. Puisque Jésus est mort pour moi, refuserai-je de mourir pour Lui ? Ah ! Le beau jour ! Le ciel s'ouvre : Dieu, Dieu, toujours Dieu, la Sainte Vierge, les Anges et les Saints toujours, le bonheur toujours ! »
    Le 28 janvier 1878, il était arrêté dans sa maison de Séoul et incarcéré dans les prisons de la capitale. Il y resta un peu plus de 4 mois.
    Il nous a lui-même laissé le récit de son interrogatoire : c'est beau comme les Actes des Martyrs de l'Eglise des Catacombes !
    Ecoutez ce dialogue entre le juge et son prisonnier :
    Quel est ton nom ?
    Ridel (en Coréen, le P. Ni).
    Ton prénom ?
    Félix Clair (en Coréen, = la félicité et la pure clarté).
    Quel est ton pays ?
    La France ! A ce moment, dit-il, un nuage passa sur mes yeux et tout mon être tressaillit.
    Pourquoi es-tu venu ?
    Pour prêcher la religion catholique et enseigner aux hommes à se bien conduire.
    Es-tu Père ?
    Oui, et de plus je suis évêque.
    Et dans un autre interrogatoire :
    Mets-toi à genoux !
    L'évêque reste debout.
    A genoux ! À genoux ! Crient les satellites.
    L'évêque promène lentement sur l'assistance un regard plein de noblesse et de dignité, et reste impassible. Le juge lui-même se sent dominé par cette noble attitude, il lui dit avec douceur :
    Assieds-toi !... Ne crains-tu pas de mourir ?
    Tout le monde craint la mort.
    Mais actuellement, si on te mettait à mort, n'aurais-tu pas peur de mourir ?
    Je n'ai peur que d'une chose, c'est du péché, et si vous me mettez à mort pour la cause de Dieu, je n'ai nullement peur.
    Mais dans ce cas, où iras-tu ?
    Au Ciel, avec Dieu, pour toute l'Eternité !
    On le ramène dans sa prison infecte, on entrave ses pieds, ce qui l'immobilise nuit et jour et le fait horriblement souffrir. Il écrit sur une page blanche de son bréviaire :
    « Aujourd'hui, j'ai récité mon office ; dans quelques instants je vais probablement mourir, je suis tout à Dieu. Vive Jésus qui m'attend au ciel ! » Son immense espérance fut déçue : il fut libéré, mais exilé de sa chère Corée. On eut peur de ces vaisseaux de guerre de tous pavillons, dont le drapeau tricolore, qui passaient de plus en plus fréquemment au large des côtes du royaume ou jetaient l'ancre dans ses ports.
    Hélas ! Le pauvre Confesseur de la Foi était atteint de paralysie presque complète contractée dans sa prison de voleurs et d'assassins ; il dut reprendre le chemin de la mère patrie. Peut-être les eaux thermales de France, ou mieux encore les eaux miraculeuses de Lourdes lui rendraient-elles, avec les forces indispensables à son retour au poste de combat, la joie suprême d'y mourir...
    Mais il avait donné sa mesure pleine et surabondante de zèle apostolique, d'héroïques souffrances et de brûlant amour pour Dieu et pour les âmes : sa couronne était prête. Et c'est à Vannes, parmi vous, que le bon Maître rappela à Lui son bon serviteur. Et vos parents, mes chers enfants, se pressaient autour de son lit funèbre, baisant une dernière fois son anneau pastoral et faisant toucher à ses mains glacées leurs croix, médailles et chapelets. Vos pieuses mères en se signant disaient : « C'est un saint ! » Vos pères gravement répondaient : « C'est un martyr ! »

    E.-M. D.

    1930/189-195
    189-195
    Corée du Sud
    1930
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