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Monseigneur de Guébriant au Canada : Prise d'habit d'une religieuse chinoise

Monseigneur de Guébriant au Canada Prise d'habit d'une religieuse chinoise En retournant de France dans sa mission, Mgr de Guébriant est passé par le Canada. Il s'est arrêté dans plusieurs villes et en particulier à Montréal, où l'archevêque de cette ville, Mgr Bruchési, et les évêques de Sherbrooke, de Nicolet et de Joliette lui ont fait le plus aimable accueil. Le 6 octobre il a présidé la cérémonie de la prise d'habit, chez les Religieuses Missionnaires de l'Immaculée Conception, d'une Chinoise, Cécile Tsan.
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    Monseigneur de Guébriant au Canada
    Prise d'habit d'une religieuse chinoise

    En retournant de France dans sa mission, Mgr de Guébriant est passé par le Canada. Il s'est arrêté dans plusieurs villes et en particulier à Montréal, où l'archevêque de cette ville, Mgr Bruchési, et les évêques de Sherbrooke, de Nicolet et de Joliette lui ont fait le plus aimable accueil.
    Le 6 octobre il a présidé la cérémonie de la prise d'habit, chez les Religieuses Missionnaires de l'Immaculée Conception, d'une Chinoise, Cécile Tsan.
    Un des assistants a écrit, dans la Semaine Religieuse de Montréal, le très intéressant récit de cette fête. Le voici :
    C'était le 6 octobre au matin, dans la chapelle des Missionnaires de l'Immaculée Conception, à Outremont. Nous assistions à une cérémonie de prise d'habit, que présidait le vénérable Mgr de Guébriant, Vicaire apostolique de Canton en Chine. Une seule élue était admise, ce matin-là, à la vêture, et c'était une Chinoise authentique, venue l'autre année au Canada, Cécile Tsan (Chan), que notre communauté canadienne admettait ainsi dans son sein, par le ministère de cet évêque missionnaire, sous la juridiction de qui nos Soeurs travaillent, là-bas, au soin des enfants et à la garde des lépreux. Au dehors, il faisait un temps superbe, beau et frais, suivant le style des communiqués. Dans la pieuse chapelle, doucement ornée et illuminée, c'était beau aussi pour le coeur, et rafraîchissant à l'âme, magnifiquement. Quelle scène que ce tableau vivant d'apostolat ! Comment la décrire ?
    Le petit orgue prélude. Monseigneur fait son entrée, précédé des enfants de choeur, accompagné de quelques prêtres. Bientôt il se revêt des ornements sacrés. Enveloppé de la chape, mitre en tête et crosse en main, du pied de l'autel, il se tourne vers la nef. Bon nombre de fidèles sont là, avec, au premier rang, une vingtaine de Chinois, bien reconnaissables... Tout à l'arrière, les Soeurs se sont groupées, avec leurs petites Chinoises devant elles ; elles en ont plusieurs à Outremont. Ce qu'elles ont l'air attentives et intéressées, ces petites ! Tout près du balustre, la supérieure et la vierge chinoise Cécile Tsan sont agenouillées. Il va se passer quelque chose de grand et de hautement significatif. Monseigneur l'explique en un français très pur, que soulignent quelques hésitations... On dirait que l'idée lui vient de parler chinois ! Je n'y aurais rien compris. Mais j'avoue que j'aurais aimé cela.
    « Ma fille dit l'évêque missionnaire, je vous félicite à un double titre, parce que d'abord, en vous donnant à Dieu, vous honorez une fois de plus l'humanité, et qu'ensuite vous honorez aussi spécialement votre race. Vous êtes la première enfant de race chinoise à entrer dans cet Institut qui est jeune et issu d'un pays encore neuf. C'est pour vous un triple honneur. Mais chacun de ces honneurs comporte sa responsabilité. Ce jeune pays du Canada ne fait que naître aux choses de l'apostolat; lui qui a si admirablement gardé sa foi catholique, il lui convient de contribuer à la répandre au loin. Dans ce pays, la communauté qui vous accueille n'est encore qu'à son berceau ; elle qui promet tant, il lui faut grandir et se développer. Et vous, ma soeur et mon enfant, prémices de votre race, fille de ce peuple bon et fort qu'est le peuple de Chine, vous devez, vous imprégner à jamais de l'esprit de cette communauté et de ce pays canadien. Première novice chinoise des Missionnaires de l'Immaculée Conception du Canada, vous portez trois titres qui vous créent un triple devoir de dévouement. Bénie et louée soit la communauté qui, en vous recevant, admet et consacre le principe de l'apostolat par les forces indigènes ! C'est ainsi qu'il faut comprendre les vues de Dieu. L'Eglise est canadienne au Canada, française en France, anglaise en Angleterre. Il convient, il faut qu'elle soit un jour chinois en Chine. Et cela se fera par ses communautés et par son clergé, je veux dire par les membres indigènes du clergé et des communautés de Chine ».
    Bien entendu, nous ne rapportons là que la substance de l'allocution du vénérable évêque missionnaire. Que ne pouvons-nous rendre davantage surtout l'accent, si convaincu et si convaincant, de cette voix menue, à timbre élevé, qui dit des choses si simples et sait être pourtant si éloquente !
    « Demain, dit-il encore, le 7 octobre, il y aura 35 ans que j'ai quitté mon pays, ma famille, mes frères en religion, ma fortune, mon nom même — que je devais perdre bientôt — pour habiter la Chine, et, malgré les privations et les difficultés de mille sortes que j'ai dû subir, je n'ai pas, dans mon pauvre coeur, assez d'actions de grâces, pour remercier Dieu qui m'a appelé à lui et voué à ses oeuvres... » Je pensais à saint Paul racontant ses voyages et ses naufrages. Comme pour le grand apôtre, ce que disait de lui-même Mgr de Guébriant ne s'arrêtait pas à lui, mais nous élevait vraiment jusqu'à Dieu.
    Puis, ce fut la cérémonie de la vêture, avec son impressionnant questionnaire : « Ma fille, que demandez-vous ?... » La vierge chinoise répondait en français, non sans quelque peine peut-être, mais avec quelle évidente sincérité! Si les mots français lui sont encore difficiles à prononcer, l'idée d'apostolat qu'ils expriment lui est sûrement très chère. On l'a bien vu, au rayonnement de sa jaune et douce figure aux yeux bridés, quand, avant le Te Deum, Monseigneur lui a dit, au nom de Dieu : « Cécile Tsan, vous vous appellerez désormais soeur Marie Théophane !
    Théophane ! Quel nom bien choisi pour cette première novice chinoise ! Théophane, cela veut dire : paraître au nom de Dieu, montrer Dieu dans sa personne et dans ses oeuvres. Que font d’autres les missionnaires, prêtres ou vierges ?

    LES SOEURS MISSIONNAIRES
    DE L'IMMACULÉE CONCEPTION

    Dans la lettre qui précède, il est question des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée Conception.
    Voici sur ces Religieuses, sur leur fondation au Canada et sur leurs travaux des détails, qui, nous en sommes convaincus, intéresseront nos lecteurs.
    En 1902, trois pieuses femmes jetaient à Montréal les bases d'une communauté destinée aux missions étrangères. Dans cette audacieuse entreprise qui s'abritait discrètement sous le nom d'Ecole apostolique, les fondatrices étaient assistées des conseils d'un prêtre de Montréal, jeune encore, M. l'abbé Gustave Bourassa (1). Deux ans plus tard, il tombait foudroyé en pleine maturité, avant d'avoir pu compléter son oeuvre de prédilection. Monseigneur l'archevêque de Montréal était alors en route pour Rome. Avant son départ, M. l'abbé Bourassa lui avait confié ses projets et ses espérances. L'archevêque était perplexe. C'est un trait caractéristique des opérations de la Providence, que cette hésitation des autorités de l'Eglise à l'heure de la naissance des oeuvres les plus fécondes.

    (1) Nom choisi en l'honneur du Bienheureux Théophane Vénard, martyrisé à Hanoi (Tonkin), le 2 février 1861, et béatifié en 1909 par le Souverain Pontife Pie X.

    Mgr Bruchési eut recours aux lumières de l'autorité suprême. Il soumit le projet au Souverain Pontife et lui fit part de ses hésitations.
    Le Saint Père Pie X réfléchit un moment. « Fondez, Monseigneur », se borna-t-il à répondre ; puis, avec cette expression de douceur lumineuse, voilée de tristesse résignée, qui donnait à sa physionomie un si extraordinaire reflet de l'au-delà, il ajouta : « Toutes les bénédictions du ciel descendront sur le nouvel Institut ».
    De ce jour, l'archevêque devint le père tendre et vigilant de la jeune communauté, baptisée par le Pape lui-même le 7 décembre 1904, sous son vocable définitif de Soeurs Missionnaires de l'Immaculée Conception. C'est la première communauté canadienne exclusivement consacrée aux missions étrangères.
    Il a grandi vite ce dernier rejeton de la sève apostolique de la Nouvelle-France. A peine ébauchée en 1902, organisée en 1904, la communauté compte déjà cinq maisons — deux au Canada, trois en Chine — une quinzaine d'oeuvres et 88 religieuses. De ce nombre 17 sont rendues en Chine et 3 au ciel. A Montréal même, plusieurs de ces religieuses font la classe à des enfants chinois, et s'intéressent à tous les besoins des Chinois catholiques et païens de cette ville. Elles ont ouvert pour eux un hôpital et soignent à domicile ceux qui sont malades.
    Appelées dans la mission du Kouang-tong en 1909 par Mgr Mérel, elles quittèrent Montréal le 8 septembre de cette même année, et parvinrent à Canton le 7 octobre.

    (1) Alors secrétaire de l'Université Laval, plus tard curé de Saint Louis de France, mort le 20 novembre 1904.

    Dès leur arrivée, elles prirent charge, en plein coeur de la grande ville chinoise, d'une crèche de la Sainte Enfance, d'où 1.500 à 2.000 pauvres petites nouveau-nées vouées chaque année à la mort par la barbare indifférence des parents, ont le bonheur de partir pour le ciel avec le sceau du salut.
    Un orphelinat recueille celles qui sont viables. Il renferme aujourd'hui 80 orphelines.
    Un asile abrite 21 aveugles, idiotes ou infirmes, auxquelles il faut ajouter 25 vieilles femmes.
    Un atelier donne du travail à 63 ouvrières.
    Une école pour les pauvres rassemble 130 fillettes; cette école porte le joli nom de Shu Tak : Pépinière de la vertu.
    L'Académie du Saint Esprit fournit une instruction plus recherchée à 56 jeunes filles chinoises ou étrangères. C'est la première école catholique ouverte à Canton pour jeunes filles.
    Enfin, un noviciat de vierges chinoises vient compléter cette ruche d'oeuvres apostoliques.
    La bonne tenue de la crèche de Canton a si vivement frappé les autorités civiles, qu'en 1916 elles ont confié aux Soeurs la direction d'une crèche de 1'Etat, à Tong-Shang. Là trois religieuses reçoivent 3.000 à 4.000 petites mourantes qu'on leur apporte chaque année. Elles les baptisent toutes et les disputent à la mort.
    Mais leur oeuvre principale là-bas, est l'hôpital des lépreux.
    Dès le premier de l'an qui suivit leur arrivée à Canton (1er janvier 1910), la supérieure Soeur Marie de Lourdes, écrivait à la Mère générale : « Aux portes de la ville est situé un hôpital renfermant 700 lépreux sous la seule garde d'un saint prêtre qui leur consacre sa vie. Si nous avions des sujets en nombre suffisant, ce serait là pour notre Institut un beau champ d'action, n'est-ce pas? ».
    En 1912, Mgr Mérel ayant écrit dans ce sens à l'archevêque de Montréal, celui-ci alla faire part aux religieuses de la proposition; il raconte ainsi sa visite :
    « Je suis allé voir nos chères Soeurs de l'Immaculée Conception. Elles connaissaient votre désir, elles m'attendaient. Elles étaient quarante environ : professes, novices et postulantes.
    « Mes enfants, leur dis-je, on vous propose une oeuvre nouvelle en Chine, une oeuvre d'abnégation et de sacrifice, mais belle, glorieuse comme la charité même que notre divin Maître a prêchée et pratiquée : c'est l'oeuvre des pauvres femmes lépreuses. L'acceptez-vous? Que celles d'entre vous qui se sentent prêtes à partir pour s'y dévouer se lèvent ».
    « Monseigneur, les quarante se levèrent à la fois. C'est donc une chose décidée et j'en suis heureux. Votre léproserie sera sous les soins de nos religieuses de Montréal; ce sera, j'en suis sûr, pour votre diocèse, une source de bénédictions et de grâces ».
    Quatre religieuses de Montréal, auxquelles se joignit l'une des soeurs de Canton, allèrent, l'année suivante, prendre possession de l'hôpital des lépreuses, sur une île déserte, en face de Shek-Lung, à quelque distance de Canton. Depuis 1913, le nombre des patientes à Shek-Lung a doublé.
    De plus, les Soeurs ont accepté d'aller, deux fois la semaine, panser les 400 lépreux de la colonie des hommes sur une île voisine.

    1921/20-24
    20-24
    Chine
    1921
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