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Monographie du Kien-Tchang 3 (Suite)

Monographie du Kien-Tchang PAR Mgr DE GUÉBRIANT Vicaire apostolique du Kien-tchang ET M. GOURDIN Missionnaire du Se-tchoan méridional (SUITE 1). Après 18 ans de travail, M. Gourdin dut quitter le Kien-tchang et laisser la place à M. de Guébriant. C'était à la fin de 1893. Le nombre des chrétiens dans tout le Kien-tchang avait augmenté d'un bon tiers et se répartissait comme il suit : 1. Voir Annales M.-E., no 86, p. 96 ; n° 87, p. 131.
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    Monographie du Kien-Tchang



    PAR Mgr DE GUÉBRIANT

    Vicaire apostolique du Kien-tchang



    ET M. GOURDIN

    Missionnaire du Se-tchoan méridional



    (SUITE 1).



    Après 18 ans de travail, M. Gourdin dut quitter le Kien-tchang et laisser la place à M. de Guébriant.

    C'était à la fin de 1893. Le nombre des chrétiens dans tout le Kien-tchang avait augmenté d'un bon tiers et se répartissait comme il suit :



    1. Voir Annales M.-E., no 86, p. 96 ; n° 87, p. 131.



    Hong-pou-so, 50 confessions

    Sud Sa-lien, 10 annuelles 80

    Siao-ho, 20



    Te-tchang, 18

    Centre Hang choui-tang, 22 60

    Ko-kai-leang et Kien-tchang, 20



    To-lang et Li-tcheou, 20

    Song-lin et Cha-pa, 40

    Lou-kou, 15

    Nord Yue-hi, 5 150

    Mien-lin, 50

    Tong-chan-wa, 20



    Eul-sse-in, Ta-yo, Lin-kiang-tang, 18

    Kin ho San-tcha-ho, 8 26



    TOTAL .316



    M. Usureau se chargea de Mien lin et du Kin-ho avec résidence à Mien lin, où un oratoire avec écoles existait. M. de Guébriant s'établit à la pharmacie de Lou hou récemment aménagée par M. Gourdin et eut pour district le reste du Kien-tchang.

    M. Usureau, qui joignait à une charité admirable des connaissances pratiques assez étendues en médecine, s'employa à mettre sur un bon pied la léproserie de Mien lin qu'il transporta hors de la ville au lieu nommé Pe-cha-pa. Il construisit et inaugura un oratoire près du marché d'Eul-sse-in. Malheureusement, au printemps de 1894, M. de Guébriant tomba malade de la fièvre dengue qui le réduisit à l'extrémité. M. Usureau le sauva à force de soins dévoués et intelligents, mais il prit lui-même le terrible mal qui l'emporta le 12 août, laissant au Kien-tchang un vide irréparable.

    M. de Guébriant ne restait pourtant pas seul. Un nouveau confrère, arrivé de France l'hiver précédent, M. Burnichon, avait été envoyé au Kien-tchang dès le mois d'avril. Les deux missionnaires s'arrangèrent pour que le Kien-tchang souffrît le moins possible de la mort du P. Usureau. Ils allèrent ensemble ouvrir une nouvelle station à Lo-ko-ti, localité d'accès fort difficile au delà du Kin-ho, à la hauteur de Li-tcheou. Les autres stations furent visitées régulièrement, mais la léproserie, privée des lumières de M.Usureau, ne fit plus que végéter.

    L'année qui suivit 1895 fut pour le Kien-tchang une année terrible. Les Chinois étaient alors en guerre avec les Japonais qu'ils ne distinguaient nullement des Européens, confondant tous les étrangers dans une même haine. Dès la fin de 1894, on sentait dans toutes les missions du Se-tchoan un profond malaise créé par les dispositions xénophobes du monde officiel, et particulièrement du vice-roi Liou Pin-tchang. M. de Guébriant, visant à répartir le Kien-tchang en 3 districts régulièrement installés à l'instar du reste de la mission, avait acheté, faute de mieux, un lambeau de terrant avec une maison délabrée au village de Houang-choui-tang ; mais l'opposition des notables, appuyée par le préfet et le sous-préfet, l'empêchait d'en prendre possession. A Tchong-so-pa, près Yue-hi où, au mois de novembre, il était allé voir une famille (Tchao Kong-san) en voie de conversion ; on l'avait hué pendant plusieurs heures, et la maison avait été criblée de pierres, sans qu'aucune autorité grande ou petite s'inquiétât de le protéger. Un mois plus tard, la crise était devenue une véritable persécution. M. Jacques Gire, ayant été envoyé à Mien lin pour remplacer M. Usureau, y était arrivé vers le 20 décembre, et les trois missionnaires s'étaient réunis à cette occasion. Par déférence pour le mandarin local, M. Gire lui envoya, avec sa carte pour le saluer, son passeport à viser. Mais à peine le catéchiste Tchang Yao Tang se fut-il présenté au prétoire pour y remplir cette mission, que le mandarin, un nouveau venu nommé Sin, entra dans une fureur indescriptible. Il fit saisir et traîner le chrétien devant son tribunal, où il s'assit comme pour juger un criminel. Sans rien vouloir entendre, il déclara Tchang Yao Tang coupable de s'être introduit au prétoire sans avoir qualité pour cela, et sous ce prétexte il le fit abîmer de coups et jeter le soir même dans la grande prison où on le tortura plusieurs jours de suite. Dès le lendemain, il envoyait un courrier exprès à Tchen-tou où ses supérieurs approuvèrent sa conduite et signèrent la condamnation du catéchiste à la prison à vie, condamnation qu'on s'empressa d'afficher sur tous les murs de Mien lin. M. de Guébriant alla en toute hâte à Ning-yuen pour demander des explications au préfet. On ne le reçut même pas. A Ya-tcheou où il se rendit ensuite, l'audience du Tao-tai lui fut refusée plus grossièrement encore. Il dut rentrer au Kien-tchang, sans avoir rien obtenu, sinon que le Consul de France pressât, d'ailleurs sans succès, les autorités, de faire rendre à M. Gire son passeport avec la personne aux mains de qui il l'avait confié.

    Malgré un tel scandale, les missionnaires du Kien-tchang ne se décourageaient pas. M. Veyrac, nouvellement arrivé de France, était venu porter leur nombre à quatre. A Tchong-so-pa, la famille Tao s'étant convertie, M. de Guébriant vint passer trois semaines dans sa maison en plein marché, malgré des avanies presque continuelles de la part des notables et du mandarin de Yue-hi. Quelques familles s'étant déclarées chrétiennes, on ouvrit une école de filles. Un nouvel oratoire bâti à Lou-kou fut bénit avec solennité le 23 mai. A Te Tchang, où la présence de deux ou trois bonnes familles chrétiennes laissait quelque espoir pour l'avenir, la mission acquit un immeuble donnant sur la principale rue ; mais dès qu'elle eut essayé d'en prendre possession, la persécution éclata.

    C'est vers le 10 juin que parvint au Kien-tchang la nouvelle du pillage de l'évêché et des églises de Tchen-tou, ainsi que d'autres chrétientés dans les trois vicariats du Se-tchoan. Que le mot d'ordre vînt du vice-roi, il n'était pas possible d'en douter. Que les mandarins du Kien-tchang fussent trop heureux d'avoir cette occasion de chasser les missionnaires, c'était non moins évident.

    En effet, des bandes ne tardèrent pas à converger vers Lou-kou dans le but avoué de saccager la nouvelle résidence. La poste, interceptée du côté de Ya-tcheou, n'apportait plus depuis longtemps ni renseignements sûrs, ni instructions. Après plusieurs alertes, M. de Guébriant décida le départ. Accompagné de MM. Burnichon et Veyrac, il quitta Lou-kou le 21 juin. M. Gire n'avait pas voulu quitter Mien lin où il croyait pouvoir tenir encore, mais il fut obligé de fuir dans la nuit du 24 juin. Le sac de Lou-kou avait eu lieu la veille. De tous côtés, les chrétiens effrayés se dispersaient. M. Gire, ayant, par un hasard providentiel, rencontré sur une route de traverse (près Tchang-mou-tsin) M. de Guébriant qui revenait secrètement à sa recherche, les deux missionnaires reprirent ensemble la route du Sud et rejoignirent leurs deux confrères à Sa-lien où ils espéraient pouvoir attendre que la bourrasque fût passée. Mais ils s'aperçurent bientôt que leur présence attirait l'attention sur les chrétiens et créait pour eux un danger. Ils se décidèrent donc à passer la frontière du Se-tchoan et à pousser jusqu'à Yun-nan sen où le télégraphe leur permettrait de communiquer enfin avec Soui-fou. Arrivés le 15 juillet à la capitale du Yun-nan, ils trouvèrent auprès de Mgr Fenouil la plus généreuse hospitalité. Grâce au télégraphe, ils surent bientôt que la persécution, après avoir sévi plus d'un mois, pouvait être considérée comme finie. Le ministre de France à Pékin, dès qu'il avait été averti, avait, par son action énergique, fait changer la face des choses. Le vice-roi Liou Pin-tchang était sous le coup d'un châtiment sévère, et les hautes autorités de Tchen-tou avaient l'ordre formel de s'aboucher directement avec les Vicaires apostoliques pour traiter des dommages à réparer. Ainsi renseignés, MM. Gire et Burnichon, après dix jours de repos, repartirent pour le Kien-tchang, tandis que M. de Guébriant et M. Veyrac s'acheminaient vers Soui-fou. De Soui-fou, M. de Guébriant continua seul sur Tchen-tou où, le 6 septembre, il rejoignit Mgr Chatagnon. En quelques jours de négociations, il y obtint du Yang-ou-kin un délégué pour le réintégrer honorablement au Kien-tchang et l'aider à y rétablir la mission et les chrétiens dans leurs droits. A sa rentrée au Kien-tchang, en octobre, les mandarins durent donc s'exécuter, relâcher Tchang Yao Tang, indemniser la mission et les chrétiens, et inaugurer avec les missionnaires des relations toutes différentes de ce qu'elles avaient été jusqu'alors. M. de Guébriant se fit livrer sans délai les immeubles achetés à Hoang-choui-tang et à Te-tchang, et s'établit à poste fixe dans cette dernière ville, prenant pour district tout le sud du pays depuis Ning-yuen fou, tandis que ses deux confrères se partageaient le reste.

    Les temps les plus difficiles du Kien-tchang étaient dès lors passés. Entrés enfin en possession des droits que leur confèrent les traités, les missionnaires pouvaient circuler partout, s'établir où il leur convenait, rappeler aux mandarins que les chrétiens devaient être traités non comme des outlaws, mais comme des sujets chinois au même titre que leurs concitoyens. Quelques conversions eurent lieu çà et là. Chargé de Mien lin, M. Burnichon vit avec joie s'accroître sa chrétienté du Kin-ho. Entre les mains de M. Koscher, qui avait remplacé M. Gire, le district de Lou-kou commença à prendre tournure ; Te-tchang fut doté d'une résidence complète ; Hoang-choui-tang d'une pharmacie ; à Ning-yuen fou même, cette ville où pendant 20 ans aucun missionnaire n'avait cru pouvoir reparaître, la mission parvint à acquérir un pied à terre au Heou-yu-hang.

    1897 marqua encore un léger progrès, payé de luttes et de tristesses. A Kong-mou-yu, à 10 lieues sud de Te-chang, résidait un mandarin militaire, Li Tchao-tchou, chrétien de vieille race, originaire de Tchen-tou. Il employait un personnel en partie chrétien, notamment un secrétaire nommé Yu Chouen-ou, grâce au concours duquel la mission avait pu, dès 1896, prendre pied dans la localité, recruter quelques adorateurs et ouvrir une pharmacie. Certains bacheliers du crû virent la chose de mauvais oeil et après avoir essayé sans succès divers systèmes d'opposition, l'un d'eux, Tchen-Tchong-tche, à la tête d'une émeute, saccagea la pharmacie (avril 1897). Le mandarin militaire fit son devoir en arrêtant le bachelier et l'envoya sous escorte à Houi-li tcheou au grand scandale de la gent lettrée. Effrayé de la chose, le timide sous-préfet de Houi-li tcheou accourut à Kong-mou-yu où il se rencontra avec M. de Guébriant, venu lui aussi en toute hâte de Te-chang. Après un semblant d'enquête, il déclara qu'il retournait à Houi-li tcheou juger l'affaire. Mais le lendemain matin il partit sans bruit avant le jour, non pour Houi-li tcheou, mais pour Ning-yuen fou, où il comptait circonvenir ses supérieurs et tout régler au détriment de la mission et du mandarin chrétien. Il fut devancé d'une demi-journée par le missionnaire qui, à son insu, et par une route peu fréquentée, gagna sur lui plusieurs heures. Quand il arriva en ville, les autorités civiles et militaires étaient renseignées. Il perdit la face et dut en passer par ce qu'exigeait la justice. Tchen Tchong-tche fut condamné à trois ans de prison et la mission reçut 300 taëls d'indemnité. Cette affaire jeta un tel désarroi dans le camp lettré, que M. de Guébriant crut le moment venu de reprendre dans la ville de Houi-li tcheou la position perdue depuis douze ans. Les chrétiens de Sa-lien l'aidèrent à trouver près du Tong men un emplacement qui fut acheté 600 taëls. L'opposition, peu sûre d'elle-même, n'osa pas trop se découvrir, et après quelques difficultés, l'affaire se trouva réglée dès les premiers jours de juillet.

    Entre temps, la nouvelle résidence de Te-tchang enfin terminée avait été solennellement bénite le jour de l'Ascension. Les chrétiens vinrent à la fête de plusieurs journées à la ronde. M. J. Gire, resté attaché de coeur au Kien-tchang, y vint aussi de Ya-tcheou. Par malheur, une dysenterie dont il était remis à peine le reprit dès son arrivée à Te-tchang et termina une belle fête par un deuil cruel. Mort pieusement après dix jours de maladie, le Père fut enterré dans le jardin de l'école des filles, à quelques pas du mur de la chapelle.

    A Mien lin, depuis le 15 mai, M. Burnichon n'avait plus pour logis que trois ou quatre chambrettes au milieu d'un tas de décombres. Un violent incendie avait dévoré en quelques heures tout un quartier de Mien lin ; et l'oratoire, bâti jadis par M. Gourdin, n'avait pu être préservé. Il fallut sans hésiter recommencer une nouvelle bâtisse ; on choisit seulement pour emplacement celui qu'on avait destiné d'abord à l'établissement d'une léproserie. Sa position au milieu des vastes jardins supprimait le principal risque d'une nouvelle destruction par le feu.

    Sur les cinq sous-préfectures dont l'ensemble forme le Kien-tchang, une seule restait où la mission n'eût pas encore pris pied, celle de Yen-yuen hien. Fallait-il se hâter, malgré l'isolement de cette région et son éloignement de toute chrétienté existante d'y prendre position ? Pouvait-on remettre la chose à plus tard, sans risquer de voir renaître peu à peu tous les anciens obstacles qui s'opposaient à l'expansion de la mission ? Dans le doute, et ne sachant d'ailleurs par où commencer, M. de Guébriant mit ce district en espérance sous l'invocation de saint Louis, promettant plusieurs mois à l'avance, que, si la saint Louis ne passait pas sans lui apporter un encouragement quelconque, il essaierait sans remettre à plus tard. Or, le soir du 25 août, pendant le souper, un chrétien de Te-tchang, Tchen Pou-ke, qui avait fait dans sa jeunesse le commerce du sel, vint communiquer au Père une lettre qu'il recevait le jour même de Yen-tsin. Il y était dit qu'à l'entrée de cette ville un terrain bien situé était à vendre dans de bonnes conditions, et le correspondant ajoutait qu'ayant été par hasard témoin d'une fête chrétienne, il était disposé personnellement à faciliter l'acquisition proposée en vue de l'établissement de la mission à Te-tchang.

    En conséquence il fut décidé que M. de Guébriant et M. Koscher iraient à Yen-tsin aussitôt après les pluies. Après avoir envoyé Tchen Pou-ke préparer les voies quelques jours à l'avance, ils partirent de Te-tchang le 6 novembre, et avant le 15 du même mois, l'acquisition du terrain et la prise de possession par les missionnaires était un fait accompli. Le sous préfet de Yen-yuen hien n'avait en effet mis aucune opposition. C'était un nommé Tang-cheou-chang auquel le consul de France venait de faire obtenir une médaille du gouvernement français, à cause de sa belle conduite lors des pillages de Tchen-tou en 1895.

    Un chrétien, Hoang, fut laissé à Yen-tsin pour garder la nouvelle acquisition en attendant qu'on pût l'utiliser. Puis, profitant des circonstances et de la saison favorables, pour ajouter aux régions déjà parcourues du Kien-tchang toute une série d'itinéraires nouveaux, les missionnaires se rendirent de Yen-tsin à Ga-sa-la, passèrent de là à Houi-li tcheou par Hong-pou-so, puis à Pei-cha, à l'angle S.-E. du Kien-tchang, vis-à-vis Kiao-kia-tin ; et par la vallée de Yu-choui-pou-ke rentrèrent à Ning-yuen fou après un mois de voyage presque entièrement en pays neuf.

    En 1898, M. de Guébriant transféré à Ya-tcheou fut remplacé à Te Tchang par M. Bourgain. Le nouveau supérieur du Kien-tchang, M. Castanet, y arriva en novembre et choisit pour district personnel celui de Lou-kou.




    1912/180-187
    180-187
    Chine
    1912
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