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Monographie du Kien-Tchang 1

Monographie du Kien-Tchang PAR Mgr DE GUÉRIANT Vicaire Apostolique du Kien-tchang ET M. GOURDIN Missionnaire du Se-tchoan méridional EN 1861, le Se-tchoan méridional fut érigé en Vicariat apostolique détaché du Se-tchoan oriental, et confié à Mgr Pi-chon. A cause des troubles récents et du petit nombre de ses prêtres, l'évêque ne put s'occuper immédiatement du Kien-tchang, la partie la plus éloignée et la moins peuplée de chrétiens de son Vicariat.
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    Monographie du Kien-Tchang



    PAR Mgr DE GUÉRIANT

    Vicaire Apostolique du Kien-tchang



    ET M. GOURDIN

    Missionnaire du Se-tchoan méridional



    EN 1861, le Se-tchoan méridional fut érigé en Vicariat apostolique détaché du Se-tchoan oriental, et confié à Mgr Pi-chon. A cause des troubles récents et du petit nombre de ses prêtres, l'évêque ne put s'occuper immédiatement du Kien-tchang, la partie la plus éloignée et la moins peuplée de chrétiens de son Vicariat.

    En 1862, la révolte des musulmans, au Yun-nan, ayant forcé Mgr Chauveau, coadjuteur de cette province, à se réfugier à Hong-pou-so, station du Kien-tchang fort rapprochée de ses frontières, il y passa trois ans et administra cette chrétienté et les environs.

    Vers 1866, Mgr Chauveau fut transféré à la mission du Thibet, et alla se fixer d'abord à Ta lin pin, dépendant de Tsin ky hien, puis à Ta-tsien lou. A peu près vers le même temps, une révolte des Lolos rendit difficiles sinon impossibles, les relations entre le Kien-tchang et Ya-tcheou. Mgr Pichon envoya pourtant successivement deux prêtres indigènes, Simon Ou et Mathias Ly, dont le premier parcourut le Kien-tchang, et en revint promptement, tandis que le second se vit arrêté à Yue-hi et dut rebrousser chemin.

    Mgr Pichon fit alors un arrangement avec Mgr Ponsot, Vicaire apostolique du Yun-nan, d'après lequel cette mission se chargeait provisoirement, moyennant une indemnité annuelle de 500 taëls, de faire visiter, au moins une fois l'an, toutes les stations en deça du Siao-sing-lin. Pendant huit ans, un confrère du Yun-nan visita assez régulièrement Hong-pou-so et les stations voisines, mais il ne fit que passer dans les stations du nord une fois au plus tous les deux ou trois ans. Les chrétiens, dans leurs difficultés, s'adressaient plus volontiers à Mgr Chauveau, résidant à Ta lin pin ou à Ta-tsien-lou, beaucoup plus rapproché d'eux, qu'à leur propre Vicaire apostolique. Du reste ils étaient fort peu nombreux et tellement peu connus, que personne ne songeait à leur créer de mauvaises affaires.



    Voici quel était à peu près l'état de la chrétienté du Kien-tchang, à la fin de 1874, sans tenir compte pourtant des quelques petites stations, dépendant au civil de Yue-hi tin, visitées régulièrement par le curé de Tsin-ky hien, dont elles étaient fort rapprochées.

    La ville de Yue-hi n'avait aucun chrétien ; il fallait encore marcher deux grands jours au-delà, pour rencontrer Lou-kou, dépendant de Mien-ning hien, et ayant à la campagne, mais très près du marché, deux familles fort pauvres. La ville de Mien-ning n'avait guère que deux familles, émigrées de O-pien-tin, et une troisième, venue aussi du haut Tchouan-lan.

    En suivant de Lou-kou la grande route de Lin-men fou, on trouvait à une quinzaine de kilomètres, au marché et près du marché de Long lin, cinq familles qui pouvaient donner une trentaine de confessions, et dont la conversion ne datait que de quelques années. Là résidait un vieux baptiseur ambulant, qui devait aller tous les deux ou trois ans, chercher à Lin-fou son viatique et ses pilules.

    Seize kilomètres plus loin, sur la même route, on rencontrait à Ko-kay-hang deux familles de vieux chrétiens, émigrés de Kiong-tcheou, et suffisamment instruites, fournissant une douzaine de confessions. La ville de Ning-yuen fou, distante d'environ huit kilomètres, ne renfermait aucun chrétien baptisé, mais seulement quelques adorateurs, et parfois des chrétiens de passage, échoués là à l'occasion des examens, ou ruinés dans le commerce des vers à soie disaient-ils, mais le plus souvent ayant tout perdu au jeu.

    Environ 36 kilomètres plus loin, sur la grande route qui traverse toute la vallée, au marché de Houang-chouy-tang, se trouvait une famille de vieux chrétiens, émigrés de Tsin-ky hien, et dans la montagne deux autres familles peu instruites, venues aussi du haut Tchouan-lan.

    A 16 kilomètres plus loin, de l'autre côté du fleuve, on arrivait à Te-chang, subdivision de la sous-préfecture de Ly-tchang, et tête de ligne de la route de Yen-yuen hien, qui avait eu, dix ans plus tôt une chrétienté relativement nombreuse, mais qui se trouvait réduite alors, par suite d'émigrations au Yun-nan, à une quinzaine de membres demeurant à la campagne et passablement ignorants.

    De Te-tchang, il fallait quatre grands jours de marche pour arriver à Sa-lien ou My-y-se, subdivision de Houy-li tcheou où l'on trouvait une quinzaine de chrétiens, parmi lesquels une famille Sen assez considérée, dont un des fils mourut en prison, confesseur de la foi à Kay-hoa fou, au Yun-nan, en compagnie de M. Vachal, missionnaire apostolique vers 1860.

    La ville de Houy-li tcheou n'avait plus aucun chrétien, et n'avait jamais du reste, formé une station. A une douzaine de kilomètres de Salien, se trouvaient dans la campagne, près du marché de Si ho, deux familles de vieux chrétiens, offrant une quinzaine de confessions, sans zèle ni instruction. Sur la montagne qui dominait Si ho, logeaient, au milieu des Lolos, deux familles autrefois émigrées de Houang-ko-chou et de Lo-lan-keou, et dont le vieux chef racontait lui-même à nos confrères qu'ils s'étaient enfuis pour échapper à la grande persécution de 1815, après la mort du Bienheureux Gabriel Dufresse.

    En prenant l'autre versant de la montagne, on pouvait se rendre directement à Hong-pou-so, distant d'une bonne journée ; c'était la plus forte station de tout le Kien-tchang, elle avait dépassé la centaine de confessions (106) au temps de Mgr Chauveau, mais était descendue à moins de 60, par suite de l'émigration au Yun-nan de deux branches de la famille Louy, dont une donna à cette province un prêtre, qui fut maladroitement insulté par Francis Garnier, à Hong-pou-so même, et mourut peu après. Cette famille Louy, originaire de Gan-yo hien, était aussi venue dans ces lointains parages pour fuir la persécution de 1815. Une autre famille était originaire de Fou-chouen hien et deux autres se disaient aborigènes, et demeuraient à un hameau distant de cinq kilomètres, et au port de Ga-ky-lou, sur le fleuve bleu.

    En remontant le fleuve pendant une douzaine de kilomètres, on rencontre son confluent avec le Kin-ho, descendu directement du Thibet, puis ayant parcouru tout le Kien-tchang, presque parallèlement à la vallée centrale, mais séparé d'elle par une chaîne de montagnes. Sur l'autre rive, on entrait sous la juridiction de Yen-nien hien ; de là après une bonne journée de marche, non sans passer plusieurs fois la frontière du Yun-nan, on pouvait arriver près de Mien-houa-ty, pays de brigands, dont le marché dépend pour moitié de chaque province, de sorte que les assassins ont trop beau jeu. A trois kilomètres du marché, se trouvaient quelques familles de vieux chrétiens, émigrés de Gan-yo, pour les mêmes raisons que les Louy de Hong-pou-so, et donnant une trentaine de confessions. Ces chrétiens, vers 1882, émigrèrent en grande partie à Kieou-ya-pin au Yun-nan, où deux ans après la plupart furent massacrés ou dispersés.

    En définitive, il n'y avait dans tout le Kien-tchang, enfants compris, qu'environ 250 chrétiens, dont 200 adultes, fort ignorants en général, et peu soucieux des règles de la Sainte Église. Tous étaient des émigrés ; à notre connaissance il ne se trouvait aucun aborigène parfaitement authentique, ni même aucune de ces familles datant de l'occupation chinoise sous Kien-long, et connues dans le pays sous le nom de pao-che-san. En fait d'indigènes, à Song lin seulement se trouvait une famille de race Sy-fan, mais complètement chinoisée, et portant le nom chinois de Hiong.

    Le Kien-tchang, à cause de son éloignement de la capitale de la province, de ses montagnes et de ses chemins difficiles, n'a d'examens littéraires que tous les trois ans, mais le grand examinateur, outre son escorte militaire, a toujours une suite de quelques centaines d'hommes, auxquels se joignent une foule de commerçants et de pêcheurs en eau trouble, qui ne passent pas sans exercer de nombreuses concussions, et susciter de graves désordres. Or, en 1873, le grand examinateur était Tchang Tche-tong, qui plus tard devint vice-roi de Nankin et des deux Kouang. De grands troubles religieux avaient éclaté dans les parties orientale et occidentale de la province ; aussi des hommes de la suite de l'examinateur répandaient à profusion des libelles contre la religion chrétienne.

    Deux vieux chrétiens commerçants des environs de Tchong-kin, père et fils, du nom de Houang, non des plus exemplaires, puisque le fils était un incorrigible fumeur d'opium, avaient réussi à faire adorer à Ning-yuen fou, deux frères Ouang, hommes âgés et assez riches commerçants, dont l'aîné était seul, avec sa vieille femme qu'il avait épousée en secondes noces, tandis que le cadet, ayant perdu sa femme et son fils unique, n'avait qu'un petit-fils de huit ans, dont la mère s'était remariée. Les païens virent de mauvais oeil cette conversion, et voulurent forcer les deux frères à contribuer aux superstitions. Les chrétiens Houang, pour tenir tête à l'orage, fabriquèrent une fausse carte de Mgr Chauveau, avec laquelle ils sommèrent le mandarin d'arrêter les vexations païennes ; celui-ci en effet proclama la liberté selon les traités. Les Houang, insolents dans leur triomphe, se firent tirer force pétards, et offrirent à ceux qui les congratulaient un grand repas, payé naturellement par les deux frères. Peu de temps après, les païens furieux, jetèrent du feu sur leur maison donnant sur le rempart, puis, après l'avoir éteint, voulurent exiger qu'ils fissent les superstitions ordinaires. Sur leur refus, il y eut bataille, et l'aîné des frères fut blessé grièvement ; sur le conseil d'un faux ami, il se fit porter hors la ville, il mourut à Song lin au bout de trois jours ; son frère mourut de maladie la même année. Les Houang, qui s'étaient esquivés prudemment, envoyèrent un courrier à Mgr Chauveau, demandant du secours contre la persécution. L'évêque ne voulut pas prendre en main une si grave affaire, mais écrivit à Mgr Lepley pour la lui signaler et le prier d'organiser cette partie de son Vicariat.



    (A suivre).




    1912/95-99
    95-99
    Chine
    1912
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