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Monographie de la chrétienté de Saigon 1

COCHINCHINE OCCIDENTALE Monographie de la chrétienté de Saigon PAR M. SOULLARD Missionnaire apostolique. I SOUVENIRS HISTORIQUES DE LA VILLE DE SAIGON Les origines de la ville de Saigon sont assez incertaines. Il paraît que, avant Gia Long, elle n'était qu'un simple village cambodgien. Elle avait été cependant, en 1680, pendant un certain temps, la résidence du second roi du Cambodge.
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    COCHINCHINE OCCIDENTALE

    Monographie de la chrétienté de Saigon

    PAR M. SOULLARD

    Missionnaire apostolique.

    I

    SOUVENIRS HISTORIQUES DE LA VILLE DE SAIGON

    Les origines de la ville de Saigon sont assez incertaines. Il paraît que, avant Gia Long, elle n'était qu'un simple village cambodgien. Elle avait été cependant, en 1680, pendant un certain temps, la résidence du second roi du Cambodge.
    En 1789, Gia Long, après avoir repris Saigon, occupé alors par les Tay Son (Montagnards de l'ouest), fit construire la première citadelle, qui s'étendait, du sud au nord, de la rue Mac-Mahon jusqu'au mur de la citadelle, et, de l'est à l'ouest, de la rue d'Espagne à la rue Richaud. Le centre, où se dressait le mât de pavillon, se trouvait à peu près à l'endroit de la cathédrale actuelle.
    La ville dé Saigon fut occupée par Gia Long pendant 22 ans.
    Mgr Pigneau de Béhaine, évêque d'Adran, depuis son retour de France, résidait à Saigon, dans une demeure que Gia Long lui avait fait construire au coin extérieur de la citadelle, à, peu près au peint où est l'ancien magasin des subsistances, dans la pépinière du jardin botanique; 11 accompagna le prince Canh au siège de Qui Nhon, où ii mourut le 9 septembre 1799, à l'âge de 58 ans. Ses dépouilles furent rapportées à Saigon le 16 du même mois ; et le 16 décembre eurent lieu ses funérailles solennelles au Tombeau d'Adran.
    En 1811, Gia Long ayant fixé sa résidence a Hué, le vice roi Le-van-Duyet gouverna pacifiquement la Basse Cochinchine jusqu'en 1831, année de sa mort. Il était très redouté de Minh Mang, qui n'osa rien entreprendre contre lui : l'importance de ses services et l'an torii é qu'il avait su s'acquérir le rendaient à peu près inviolable. Lés chrétiens furent en paix pendant son gouvernement. Voici un fait qui montre ses bonnes dispositions à leur égard. Il assistait un jour à un combat de coqs, quand on lui remit le premier édit de persécution lancé par Minh-Mang, en 1828, contre la religion catholique et les Européens en général : « Comment ? s'écria-il, nous persécuterions les coreligionnaires de l'Evêque d'Adran et de ces Français, dont nous mâchons encore le riz entre nos dents ? Non, tant que je vivrai, on ne fera pas cela. Que le roi fasse ce qu'il voudra après ma mort ». Son tombeau, profané par Minh Mang, fut réparé et entretenu par les seins de l'Administration française; il est en face de l'inspection de Gia Dinh.
    A la mort du vice-roi Le-van-Duyet, Saigon tomba entre les mains de Nguyen-van-Khoi, qui se révolta contre le roi. Minh Mang reprit Saigon en 1834, Les fils de Khoi, les mandarins rebelles, et un missionnaire français, le Bienheureux Marchand, retenu au milieu des assiégés, furent tous mis en cage, et conduits à Hué pour y subir la mort, Minh Mang fit détruire la citadelle élevée par Gia Long, et la remplaça par un ouvrage de moindre étendue, qui fut pris par les Français en 1859, et sur l'emplacement duquel s'élèvent aujourd'hui les nouvelles casernes de l'infanterie de marine.

    II

    DÉBUTS DE LA CHRÉTIENTÉ DE SAIGON

    APRÈS L'OCCUPATION DE CETTE VILLE PAR LES FRANÇAIS.

    Le 11 février 1859, l'amiral Rigault de Genouilly force l'entrée du cap Saint-Jacques, et remonte la rivière de Saigon pour s'emparer tic cette ville. Il y avait alors dans les prisons de Saigon un jeune prêtre annamite, Paul Loc. Les juges, sachant l'arrivée des Français, le firent appeler à l'improviste et lui signifièrent sa sentence de mort. Il suivit avec joie les soldats chargés de le conduire au supplice. Il fut décapité aux portes de la citadelle, à l'angle de la rue Paul Blanchy (anciennement rue Nationale) et de la rue Chasseloup-Laubat. Il a été déclaré Bienheureux par Pie X, le 2 mai 1909. C'est le seul martyr connu dont s'honore la chrétienté de Saigon.
    A l'arrivée des Français, la tête du Vicaire apostolique, Mgr Lefebvre, était mise à prix. L'évêque put s'échapper ; et, le 15 février, il monta à bord d'un navire français, où il fut reçu avec les égards dus à sa dignité et à sa personne.
    Enfin, le 18 février 1859, Saigon appartenait à la France.
    Après la prise de cette ville, beaucoup de chrétiens, pour fuir la persécution, vinrent d'un peu partout se réfugier sous le canon français ; et c'est ce qui explique la présence d'un si grand nombre de chrétiens dans les environs de Saigon. Mais à cette époque, la paroisse comme chrétienté séparée, n'existait pas encore. Mgr Lefebvre s'occupa de la fonder ; et, pour asseoir plus solidement le christianisme au centre de son diocèse, et le faire rayonner de là dans les alentours, il commença par établir des oeuvres et se munir d'auxiliaires dévoués.

    Séminaire. — La première de ces oeuvres en date et en importance fut le séminaire. Etabli d'abord à Thi Nghe, dans un terrain marécageux, à portée du tigre, et dans le voisinage du poste des soldats annamites, le séminaire fut peu de temps après transféré à Xom Chien. en 1860. Mais quelques mois après, la Mission ayant obtenu un vaste terrain situé le long du boulevard Luro, Mgr Lefebvre y installa définitivement le séminaire, et en confia la direction à M. Théodore Wibaux. Celui-ci construisit un bâtiment à étage qui dura une quinzaine d'années. A cette époque, il fallut reconstruire la maison presque entièrement. Les nouveaux bâtiments, tels qu'ils existent encore aujourd'hui, sont dus principalement au dévouement de PP. Julien Thiriet, second supérieur du séminaire depuis 1877, Félix Humbert et à la science d'architecte du P. Charles Boutier. En 1887, Mgr Colombert lit la bénédiction solennelle du bâtiment le plus important qui occupe le centre. Dans la suite, on y adjoignit les deux ailes1, dont l'une fut destinée aux élèves du grand séminaire, et l'autre aux élèves du petit séminaire.
    Actuellement le nombre des séminaristes est de 129, dont 26 au grand séminaire et 103 au petit.

    Soeurs de Saint-Paul de Chartres. — Mgr Lefebvre assurait le recrutement, du clergé par la fondation du séminaire : il pourvut à d'autres besoins en appelant les Soeurs de Saint-Paul de Chartres, qui arrivèrent à Saigon dans le courant de l'année 1860. Elles furent d'abord chargées de recueillir les orphelins que la persécution faisait chaque jour, ainsi que les nombreux enfants païens abandonnés de leurs parents, qui erraient, hâves et déguenillés, par les rues de la ville. Cefut le premier noyau de l'oeuvre de la Sainte Enfance. Cette oeuvre commença bien modestement, dans une grande case incommode, située près de l'évêché primitif sur l'emplacement actuel de l'ancien marché. Deux ans pistard, l'amiral Bonnard fit don à la Mère Benjamin, supérieure des Soeurs, d'un vaste emplacement qui comprend tout l'espace qui se trouve entre l'arsenal et le séminaire, le long du boulevard Luro.

    1. L'aile droite seule a été bâtie à cette époque, l'aile gauchi, en entrant, existait déjà.

    L'établissement des Soeurs de Saint-Paul se compose aujourd'hui 1° d'un noviciat pour la formation des Soeurs indigènes ; 2° d'un pensionnat pour les jeunes filles européennes et métisses ; 3° d'un autre pensionnat pour les jeunes filles annamites appartenant aux familles riches de la colonie ; 4° d'un orphelinat pour les enfants abandonnés ; 5° d'un refuge pour les pauvres filles annamites victimes de la séduction et désirant se réhabiliter.
    (A suivre).

    1918/483-485
    483-485
    Vietnam
    1918
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