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Monastères et pagodes

MONASTÈRES ET PAGODES
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    MONASTÈRES ET PAGODES

    Tout petit village a son monastère. Dans quelques villes, comme à Mandalay, ils occupent des quartiers entiers. Leur situation, loin du bruit de la foule, est propice au silence et à la méditation ; l'ombre des gros arbres touffus qui les entourent en fait un séjour charmant. Aussi, nombreux sont les novices qui, chaque année, viennent frapper à leur porte. Pourrait-il en être autrement ? Habits, nourriture, frais de voyage, livres, les pieux laïques les leur fournissent. Leur travail est des plus faciles, leur responsabilité nulle : bref, tous ces bons moines et moinillons mènent une vie douce et agréable.




    Cependant, ici encore, le mot monastère, comme pour les bonzes celui de moine, prêtre, religieux, est tout a fait impropre. Il suggère en effet l'idée d'un monastère d'Europe, avec de vastes corps de bâtiments, des cellules, une chapelle, une bibliothèque... Or nous en sommes bien loin.

    Le monastère birman puisque l'usage veut qu'on l'appelle ainsi est bâti en bois de teck ou en briques. De forme toujours oblongue, la partie habitée s'élève sur des poteaux ou des piliers, à huit ou dix pieds du sol. Comme toute maison du pays, il n'a qu'un étage, car s'il est indigne d'un laïque d'avoir quelqu'un qui habite au-dessus de lui, a fortiori cela l'est-il pour un bonze. L'espace entre le sol et le plancher n'est jamais clos, les écoliers et les jeunes novices s'en servent pour y faire leurs parties de jeux, les chiens, les chèvres, les vaches et leurs veaux pour y dormir à l'ombre. Un escalier en bois ou en maçonnerie, dont la rampe est ornée de griffons et de dragons fantastiques, donne accès dans la demeure des bonzes. Au nord et au sud, une véranda rend le bâtiment plus spacieux, souvent même elle l'entoure. En y pénétrant, l'on se trouve devant une vaste salle aux toits superposés en pyramide : trois, cinq ou sept, selon la richesse du bienfaiteur ou la dignité du supérieur du monastère. A mesure qu'ils montent, leurs proportions diminuent.

    Cette grande salle remplit une double fonction : à l'avant, elle sort de salle de classe, de chambre de service (on y empile de tout) ; à l'arrière, de salon. C'est là que, sur une estrade, le supérieur reçoit les visiteurs et prend son repas. Derrière lui, tout contre le mur, sont rangées les statues de Bouddha. Une grande statue, placée du côté est et reposant sur une espèce d'autel plaqué de verroteries, occupe la place d'honneur. Autour d'elle, dix, quinze, vingt statuettes montent la garde. Bougies, fleurs, guirlandes de papier, ombrelles blanches les entourent et les protègent. Tout près se trouvent les coffres et les boîtes délicatement sculptés et ornés de nacre. Ils contiennent les vieux livres écrits sur des feuilles de palmier et forment la bibliothèque de l'établissement. Quelquefois les bonzes dorment dans une chambre à part; le plus souvent ils le font dans la salle centrale où, le soir, les nattes sont étendues et, le matin, enroulées autour de l'oreiller contre le mur.

    Résumons. Tous les monastères sont bâtis sur un plan uni- forme et ont quatre principales divisions. Le sanctuaire qui contient une statue de Bouddha est toujours situé à l'est du bâtiment ; c'est sur cette chapelle que s'élève le toit à sept rangées. Derrière celle-ci se trouve la chambre du supérieur du monastère qui n'a au-dessus d'elle que deux toits superposés. Vient ensuite la chambre principale avec, au milieu, une autre statue de Bouddha ; là vivent les bonzes rangés à ses côtés, c'est la salle d'étude où l'on enseigne la religion. Le pavillon qui la surmonte a trois toits. La dernière chambre est à l'ouest, elle sert de magasin à provisions.

    Les noms que portent ces monastères sont généralement en langue pali. On les appelle aussi du nom de la ville, de la pagode voisine ; quelquefois le supérieur qui l'habite est heureux de lui donner le sien.

    De Rangoon à Bhamo sur la frontière chinoise, de Bhamo à Mogok au pays Shan, de Mogok à Falam chez les Chins, la contrée est couverte de pagodes. Au sommet des montagnes, sur les rochers, sur les rives des fleuves, au bord des lacs, partout elles brillent. Leur cime dorée, émergeant parfois d'un bouquet d'arbres que le vent balance, réfléchissant les rayons d'un soleil tropical, produit des effets de lumière ravissants. Triste et désolée, avec sa vaste étendue de terre souvent inculte, son petit nombre d'habitants, ses villages parfois éloignés, serait la Haute Birmanie ; mais ses belles et nombreuses pagodes, blanches et dorées, surgissant à tous les coins de l'horizon, lui donnent un air gai, souriant, joyeux, qui en fait l'un des plus beaux coins du monde.

    Tous ces monuments, grands et petits, vieux ou nouveaux, doivent posséder une ou plusieurs reliques de Bouddha; sans cette relique, ils n'auraient aucun caractère religieux et ne seraient que des monceaux de briques sans valeur. La « chambre des reliques », située au soubassement de la bâtisse, contient donc des cheveux, des dents, des os, des ustensiles (ou leur imitation) de Gaudama. Elles sont, paraît-il, inépuisables, ces reliques ; puis, viendraient-elles à manquer, des copies de livres sacrés peu- vent les remplacer.

    Nombreuses, avons-nous dit, sont les pagodes en Birmanie, et tous les jours de nouvelles surgissent de terre. Car bâtir des pagodes est le plus sûr moyen d'arriver au nirvâna. Aussi tout Birman qui veut faire son salut et possède quelque argent l'emploie-t-il généralement à cette fin. Pour un acte aussi méritoire, ses concitoyens lui décernent le titre de bâtisseur de monastère ou de bâtisseur de pagode, titre qui ne le laisse nullement indifférent et pourrait bien être, chez certains individus, le vrai motif de leur générosité. Ils ne devraient pas avoir d'autre but, en les bâtissant, que de rappeler aux fidèles la Loi et le Bouddha; mais que de vanité, d'amour-propre, de vaine gloire se glissent, ici comme ailleurs, dans toutes les oeuvres pies !

    Le vieux Pagan, avec son millier de pagodes et plus, qui datent du XIe à la fin du XIIIe siècle, fait les délices des archéologues, épigraphistes et curieux; elles sont d'un autre temps et d'une autre civilisation. De nos jours, c'est la forme conique qui domine. Ce sont des tours, lourdes à leur base, montant en anneaux et amincissant leur contour à mesure qu'elles s'élèvent en hauteur, pour se terminer en cône. Chaque partie de la bâtisse a la forme d'un objet sacré pour les bouddhistes : ce sera une feuille de lotus, une sébile renversée, etc. Leur sommet, souvent doré, est recouvert d'un parapluie en métal ciselé, entouré de clochettes et de petits miroirs, ressemblant beaucoup à l'instrument de musique appelé chapeau chinois. Le tintement des clochettes qu'une brise légère agite, mêlé au bruissement des larges feuilles de palmiers et de cocotiers dont elles sont le plus souvent entourées, produit une musique douce et agréable. Mais c'est tout. D'adorateurs à leurs pieds, aucun. Ce sont de simples vigies montrant que partout doivent régner Bouddha et sa Loi.

    Il existe cependant un certain nombre de temples qui attirent, aux jours de fêtes et d'adoration, d'immenses foules de dévots. Les gros et gras bouddhas placés sur des autels noircis et gluants de cire brûlée, reçoivent les fleurs et les prières des fidèles. Il y en a, parmi eux, qui ont une réputation mondiale. Rangoon a sa fameuse pagode Shwé-Dagon, connue du monde entier. Mandalay possède aussi son célèbre Paya-Gyi. De la Birmanie entière et des Etats limitrophes, des milliers de pèlerins s'y rendent annuellement. En gens pratiques, ils font d'une pierre deux coups, c'est-à-dire leurs dévotions et leurs emplettes. Car, comme au temple de Jérusalem, des vendeurs envahissent de leurs marchandises les longues galeries conduisant au centre de la pagode, où se trouve le grand Bouddha recouvert, par la piété des dévots, d'une épaisse couche d'or.

    Des millions d'adorateurs se sont prosternés sur les dalles de leur parvis, des millions d'autres y viendront encore, répétant, comme ceux qui sont partis, cette négation suprême : Aneïssa, Dokka, Anatha...

    Des maisons de repos, bâties autour du temple, abritent les pèlerins. De hauts mâts, portant l'emblème de l'oiseau sacré Hintha, ou canard brahmine, et d'où pendent gracieusement les banderoles votives, indiquent très souvent au voyageur l'habitation du bonze, quelquefois l'entrée de la pagode.

    Non loin de celle-ci, il n'est point rare de trouver de larges étangs creusés par la piété des fidèles. Les poissons et les vieilles tortues qui vivent dans leurs eaux sales sont regardés comme sacrés. Aussi le pieux pèlerin veut-il gagner un dernier mérite en venant leur jeter, avant de se retirer, une poignée de nourriture...

    AUGUSTE DARNE,

    Missionnaire de Mandalay (Birmanie).





    1943/213-216
    213-216
    Birmanie
    1943
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