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Mon audience du 4 mai

Mon audience du 4 mai L'audience spéciale donnée par le Pape et à laquelle fait allusion le très intéressant récit de M. Boulanger eut lieu le 4 mai. Elle fut précédée d'une audience particulière accordée au Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères, M. Fleury, qui nous a transmis dans les quelques lignes suivantes le souvenir de ces deux réceptions.
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    Mon audience du 4 mai

    L'audience spéciale donnée par le Pape et à laquelle fait allusion le très intéressant récit de M. Boulanger eut lieu le 4 mai.
    Elle fut précédée d'une audience particulière accordée au Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères, M. Fleury, qui nous a transmis dans les quelques lignes suivantes le souvenir de ces deux réceptions.

    Mon audience avait été fixée par S. Exc. le Majordome à 11 h. 1/4, c'est-à-dire avant l'audience générale, dite de la Postulation, dans laquelle devaient être offerts à Sa Sainteté les présents d'usage.
    Accompagné du P. Kaiser, je laisse les confrères et les autres pèlerins dans la salle Clémentine et je me dirige vers les appartements du Saint-Père. Après les formalités d'usage et un stage assez long dans les diverses salles ou antichambres, où déjà les audiences se succédaient depuis quelque temps, un camérier, qui se trouvait être le comte de Loppinot, que j'avais autrefois rencontré à Paris, vint me dire que mon tour était arrivé.
    J'avais vu le Saint-Père le soir de la Béatification, à Saint Pierre, j'étais encore sous l'émotion que j'avais ressentie en le voyant si recueilli devant Celui dont il est le Vicaire sur la terre. Au moment d'approcher de Sa Sainteté Pie X, cette émotion redoublait.
    Cependant me voici entré dans la bibliothèque où il reçoit. Il est là, debout, je fais les trois génuflexions d'usage, je me dispose à lui baiser le pied. Avec bonté il me prévient, me tend la main que je porte à mes lèvres, en balbutiant que j'étais heureux de venir, au nom du Séminaire des Missions Étrangères, renouveler à Sa Sainteté la respectueuse expression de notre sincère attachement et de notre entière obéissance. Il me releva en me répétant par deux fois : « Ah ! Les Missions Étrangères de Paris, les Missions Étrangères de Paris ! Asseyez-vous là », fit-il. Tout près de lui : Il se montrait si bon, si patient que je fus tout de suite à l'aise.
    « Très Saint Père, lui dis-je, venu à Rome à l'occasion de la Béatification de nos 33 martyrs,... » Vos 33 martyrs ! Interrompit-il en souriant ; oui, Mgr Touchet disait : « Tous français, tous français ! Mais vous n'en avez que trois. Oh ! Très Saint Père, nous en comptons quatre, un évêque et trois missionnaires. Oui, c'est vrai, quatre. Et les 29 martyrs annamites ou chinois peuvent être regardés comme les enfants spirituels des autres. Comme cela, c'est vrai encore ».
    J'expliquai ensuite que n'ayant pu apporter à l'époque de son jubilé sacerdotal les quelques présents qui étaient arrivés des Missions, nous avions décidé de les joindre à ceux de la Béatification. Très bien, très bien ! Et sur son désir j'ajoutai quelques mots au sujet de ces présents : un porte-missel avec incrustations de nacre, envoyé par la paroisse de Nam-dinh du Tonkin Occidental ; un chapelet monté en argent et dont les pierres qui forment les grains, avaient été cherchées, lavées et polies par les prêtres et les séminaristes du Su-tchuen méridional. Le Saint-Père semblait heureux de tous ces détails qui démontrent si bien les sentiments de nos chrétiens indigènes.
    « Enfin, dis-je, Votre Sainteté verra parmi les présents un vrai chef-d'oeuvre d'orfèvrerie japonaise. Du Japon ? Ah ! Qu'est-ce donc ? Une magnifique pagode, travail de 6 ou 7 années. Elle avait été envoyée aux dames de l'OEuvre des Partants qui me l'ont remise pour vous la présenter. Cette OEuvre des Partants a pour but de fournir le trousseau des nouveaux missionnaires. Je sais, je sais. Elle a pour présidente d'honneur S. A. R. Mme la comtesse de Bardi 1. Je sais, je sais. Puis se recueillant un moment, il ajouta : « Pensez à toutes ces dames ; pensez également à tous ceux que vous voulez me recommander, je les bénis de tout mon coeur ».
    Le Saint-Père ensuite revint à nos Bienheureux, en particulier au Bienheureux Théophane Vénard, dont il se souvenait d'avoir lu le panégyrique par le cardinal Pie l'année qui suivit son martyre. Nous parlâmes de nos missions, des épreuves qui accablent plusieurs d'entre elles, de la difficulté inouïe que nous prévoyons pour le recrutement des aspirants à l'apostolat. J'ai alors demandé au Saint-Père de vouloir bien, dans ces douloureuses conjonctures, avoir un souvenir spécial devant Dieu. Il eut l'extrême bonté de me répondre que le Saint-Père était toujours avec nous, nous suivait partout.
    Bientôt je tombai à ses genoux, il me bénit ou plutôt il bénit tous ceux à qui je pensais, et je n'oubliai personne. Il me répondit en posant ses deux mains sur ma tête et disant : Carissime frater. Oh ! Cette bénédiction et ces mots du Père commun des fidèles je les emportai comme un gage favorable pour l'avenir, et je m'éloignai grandement ému, mais très heureux.
    J'allai de là rejoindre dans la salle du Consistoire secret mes confrères et tous ceux qui devaient participer à l'audience générale, 150 personnes environ. A droite du trône, le T. R. P. Général des Dominicains et ses religieux ; à gauche, les prêtres des Missions Etrangères ; dans l'intervalle, les familles et les compatriotes des nouveaux Bienheureux et quelques autres personnes amies des missions.
    Bientôt le Saint-Père parut accompagné de camériers et de quelques gardes-nobles. Il prononça quelques mots pour exprimer son bonheur de voir tant de ses enfants en cette circonstance. Il fit le tour de la salle et donna à chacun sa main à baiser. Je lui présentai tout spécialement les familles de nos Martyrs ; un petit-neveu du B. Cuénot ; une soeur et trois nièces du B. Néron ; deux soeurs, six ou sept neveux ou nièces et autant de cousins du B. Néel.

    1. Depuis lors, S. A. R. Mme la comtesse de Bardi ayant eu une audience pontificale, le Souverain-Pontife s'est plu à lui montrer cette pagode et à lui répéter les explications que M. Fleury lui avait données.

    Le frère du B. Vénard n'était pas avec nous ; il avait été reçu, le samedi précédent, dans l'audience accordée ce jour-là aux pèlerins de Poitiers. En terminant, le Saint Père bénit toutes les personnes présentes et avec elles toutes celles qu'elles avaient présentes à l'esprit. Il accorda aux prêtres et aux religieux ayant charge d'âmes la faculté de donner la bénédiction papale à leurs ouailles ou aux membres de leur communauté.

    1909/212-213
    212-213
    France
    1909
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