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Mission de Quinhon le typhon du 23 octobre 1924

ANNAM Mission de Quinhon Le typhon du 23 Octobre 1924 Lettre de Mgr. Grangeon Vicaire apostolique de Quinhon Voici brièvement les détails qui nous sont parvenus sur ce désastre:
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    ANNAM
    Mission de Quinhon
    Le typhon du 23 Octobre 1924
    Lettre de Mgr. Grangeon
    Vicaire apostolique de Quinhon
    Voici brièvement les détails qui nous sont parvenus sur ce désastre:
    Le typhon proprement dit ne dura guère que de 4 à 7 heures du matin; il n'atteignit même toute sa violence que pendant une demi-heure, vers 5 heures. Encore ici, à Quinhon et environs, cette violence fut-elle loin d'égaler celle des cyclones dont nous avons eu plus d'une fois la visite; c'est seulement dans la province voisine, au Phu-ven, où fut son centre, que sa violence fut extrême, comme les dégâts le prouvent amplement. Malheureusement il avait été précédé par trois jours de grandes pluies, qui avaient déjà produit une forte inondation; et il fut accompagné d'un raz de marée qui au loin, sur le littoral, éleva l'eau à près de un mètre et demi. Cette coïncidence fut la principale cause de l'écroulement des maisons et de la disparition de nombreux individus emportés en pleine mer ou submergés dans les courants. On en compte une centaine aux environs de Quinhon, 108 dans 2 provinces du nord, et 1.170 au Phu-yen, surtout à Song-cau, centre administratif de la province, et dans le sud vers l'embouchure du grand fleuve. Sur ce nombre, grâce à Dieu, nous n'avons perdu que 28 catholiques, dont toute une jeune famille de six personnes à Le-uyen.
    Dans la partie septentrionale du Binh-dinh et dans les deux provinces de Quang-ngai et Quang-nam, il n'y eut pas de typhon proprement dit, mais l'inondation et le vent furent très forts et plus que suffisants pour ruiner la moisson des régions élevées, moisson en train de fleurir ou de mûrir. Sous ce rapport, c'est là aussi un vrai désastre. L'église de Gia-huu s'est très bien comportée quoi que n'ayant encore ni portes, ni fenêtres; celles de Nha-trang et Phan-rang sont demeurées hors d'atteinte, mais celle de Ninh-hoa a subi une désastreuse inondation.
    Après ces détails généraux voici le résumé approximatif de nos pertes matérielles :

    1° Pour la Mission elle-même:
    Toute une aile du Petit Séminaire dortoir des grands s'est aplatie jusqu'à terre, peu après l'exode des élèves effrayés par de sinistres craquements; vieilles baraques, il est vrai, en bois et paille, sans étage évidemment ; elles rendaient néanmoins le même service qu'un palais en ciment. Les autres bâtiments, tous de même style, sont devenus sensiblement plus écumoires, mais sont restés debout. Il en a été de même de l'Evêché, pas plus monumental que le Séminaire auquel il est attenant. Ses huit manguiers, couchés à terre, ne donneront plus de bois de chauffage qu'ils n'ont jamais donné de fruits. On ne compte pas les autres arbres brisés ou déracinés. En outre, située dans le même enclos l'Imprimerie a payé cher son luxe unique de couverture en tuiles ; soulevées par le vent, elles ont laissé couler des flots sur machines, livres et provision de papier. Ses nombreuses publications n'auront pas peu à en souffrir en bonne exécution et régularité.
    La procure située au port de Quinhon a été rendue inhabitable. Il a fallu installer dans les dépendances bureau et magasin, en attendant que la saison permette des réparations fondamentales.
    Au Phu-yen, nos jardins d'aréquiers ont eu tous leurs arbres couchés à terre, c'est-à-dire nécessitant leur remplacement par de jeunes plants qui ne produiront rien avant sept ou huit ans. C'est donc pendant ce long laps de temps une cessation de revenu annuel considérable sur lequel notre unique hôpital indigène de Binhdinh vivait en grande partie.

    2° Districts et chrétientés. D'après les renseignements reçus, au Phu-yen, sur les 34 églises méritant ce nom on devine aisément le sort des petites chapelles aucune qui n'ait au moins perdu sa toiture tuiles ou pailles et plus ou moins ses murs en torchis. Plusieurs même sont couchées à terre, entre autres celle de Song-cau, en briques et tuiles, et celle de Mang-lang, longtemps notre plus belle et plus vaste, dont la construction avait coûté plus de dix ans de soucis et de travaux ; elle n'a plus guère debout que sa façade sans porte et ses quatre murs; sa lourde charpente a été soulevée- « comme un fétu de paille », dit le curé désolé.
    Ce tableau des églises laisse deviner sans peine l'état des presbytères, on sait que chaque chrétienté a le sien, si petit soit-il. De là aussi on peut estimer facilement les pertes de mobilier religieux et profane. Le P. Luan, à Song-cau, a perdu jusqu'à son calice, aplati par la chute d'une colonne de l'église.

    3° Pertes subies par les catholiques. Aucune base ne permet d'en donner une estimation quelconque... Pertes au moins partielles du bétail et de la moitié de la moisson; destruction des aréquiers, des arbres fruitiers des jardins, dislocation des toitures; plus de cinq cents maisons renversées, dont beaucoup emportées parles eaux, souvent avec le pauvre petit mobilier, ainsi que les quelques mesures de riz péniblement amassées pour la mauvaise saison (octobre avril). Et dans les champs, que de digues et de talus à refaire ou à réparer! Quels tas de sable infécond à enlever coûteusement! Pauvres agriculteurs!
    De plus il s'est produit des circonstances très aggravantes de cette misère générale. Non seulement en cette saison pluvieuse il est presque impossible de trouver des bambous et surtout des paillettes pour trouver un abri provisoire, mais encore et surtout il est très difficile aux malheureux de quitter le refuge de fortune du premier jour.
    En effet, la désastreuse inondation du 23 avait été précédée d'une première, et quatre autres l'ont suivie pendant un mois entier sans interruption; pluie et vent froid continus, eau de tous côtés : sur la tête presque autant qu'aux pieds, estomac vide et corps à peine vêtu ; pas même quelques brindilles pour cuire du riz, s'il en reste! Évidemment aucun travail ni dehors, ni à la maison. Il ne saurait être question de pêche même sur le littoral et le bord des cours d'eau... La situation est vraiment navrante pour tous, combien plus pour le si grand nombre des petites gens et des miséreux, habitués à ne vivre qu'au jour le jour ! Comment éviter la famine? Et comme conséquence de toutes ces privations et de tous ces malaises, la fièvre commence à sévir largement, que sera-ce dans quelques semaines, jusqu'au retour de la bonne saison!
    Par ailleurs, pour apprécier tous ces maux, il faut savoir (ce qu'au loin on s'imagine difficilement) que le territoire annamite de la Mission de Quinhon la partie sauvage est beaucoup plus large n'est qu'un couloir entre la mer et les montagnes, mesurant 700 kil de long, du col des Nuages au cap Padaran, mais ayant au plus 30 kil. de largeur moyenne; par conséquent très accidenté, n'ayant que quelques plaines étroites arrosées par de courtes rivières que le déboisement effréné transforme de plus en plus en torrents, dévastateurs en hiver et à sec en été. D'où rendement des récoltes, essentiellement aléatoire ; deux jours d'inondation intempestive ou deux mois de sécheresse enlèvent tout le bénéfice d'une année de travail et de grosses dépenses. Et quelle calamité, quelle ruine quand survient un typhon, même bénin! Et le pays en est gratifié, ici ou là, en moyenne tous .les huit ans ! Comme complément, ou plutôt comme conséquence de cette situation désolée, pas d'industrie qui mérite ce nom; commerce très restreint et purement local... Aussi comptons-nous aisément par coeur nos familles catholiques qualifiées de riches, d'une richesse d'ailleurs toute relative qui, dans le delta de l'Indochine, ne serait guère que de l'aisance de campagnard. Aussi, encore la bonne moitié de la population dans nos quatre provinces du nord, les païens plus encore que les chrétiens, ne font-ils chaque jour que deux maigres repas; et un bon tiers de nos néophytes pratiquent-ils l'abstinence à peu près toute l'année.

    Voici les chiffres officiels qui nous arrivent à la dernière heure :

    MISSION DE QUINHON

    Maisons Animaux de labour
    Provinces Morts détruites ayant péri

    Phu-yen . . 1.170 13.913 1.293
    Binh-dinh . . 87 1.775 211
    Quang-ngai . . 62 1.765
    Quang-nam . . 46 1.588 149
    Totaux . . 1.365 18.941 1.653

    Plus 327 jonques au Phu-yen.

    MISSION DE HUÉ

    Maisons Animaux de labour
    Provinces Morts détruites ayant péri

    Thua-thien . . 24 450 56
    Quang-tri . . 130 243 1.237
    Totaux . . 154 693 1.293
    Total général . 1.519 19.634 2.946

    Cet exposé succinct montre les lourdes charges qui pèsent déjà et pèseront longtemps sur le budget de ces deux missions Que Dieu leur vienne en aide.

    1925/34-37
    34-37
    Vietnam
    1925
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